13/01/2008

Le paysan savoyard : un loup pour l'Homme ?

Chers internautes,

J’ai eu sur un blog, il y a déjà quelque temps, une discussion pénible avec un journaliste de “La Tribune de Genève” que je ne nommerai pas (mais dont je puis quand même dire que ce n’était pas Jean-François Mabut). Il prétendait que les paysans de la Haute-Savoie étaient foncièrement méchants, racistes, et qu’ils n’agissaient, tels des bêtes féroces, que selon les principes de défense d’un territoire. C’était son idée. Il était persuadé qu’elle était vraie.

Les paysans savoyards n’auraient donc pas plus de conscience de la relativité des choses terrestres, comme celles qui concernent la survie immédiate, que des animaux. Ils ne sauraient pas non plus qu’ils sont mortels, en quelque sorte, et qu’être propriétaire de plus de parcelles que le voisin ne signifie pas qu’après la mort, on en aura encore besoin, que devant la destinée, tous les hommes sont égaux : ils seraient totalement ignorants de ce qu’est un être humain. Seul leur instinct dirigerait leurs pensées.

Evidemment, quand on présente les choses de cette manière, cela paraît complètement ridicule. Que la nécessité d’être toujours dans l’action pratique pour gagner sa vie ne laisse pas beaucoup de loisir pour la méditation, voire les spéculations théoriques sur la condition humaine, c’est incontestable. Quand on est face aux obstacles que pose la nature - qu’on doit contraindre à faire pousser des fruits et des légumes (ou à donner du lait, si on a des vaches) -, alors qu’elle s’y refuse souvent, quand on est face à cela, dis-je, certes, le tempérament se manifeste aisément : le placide tendra à se laisser submerger par la masse de travail, et donc à laisser la saleté de l’extérieur tout envahir, le colérique tendra à devenir brutal, violent, dans son action, et donc à maltraiter ses bêtes. Et c’est mal, mais cela n’est pas spécifique aux paysans. On sait bien que dans leurs relations amoureuses, les citadins tombent volontiers dans les mêmes travers ! Dès qu’il s’agit d’agir physiquement, c’est inéluctable, malheureusement.

Quand on est naïf, à cet égard, et quand on ne fait pas la part des choses, quand on croit que les paysans sont juste des gens qui vivent tranquillement à la campagne, regardant le temps qui passe, le soleil qui brille, la lune qui croît et décroît, et qu’on a peut-être un peu trop lu Rousseau, naturellement, on peut juger des paysans à l’aune de la boue qui se colle quotidiennement à leurs bottes. Marcher sur du bitume, n’est-ce pas, c’est plus propre : c’est plus civilisé.

Mais pour saisir de l’intérieur les paysans de la montagne, il faut lire John Berger, qui s’est installé en Haute-Savoie (à Mieussy) après être passé par Genève, depuis Londres. A ceux qui sont encore plus prêts à aborder les Savoyards de l’intérieur, je conseillerai la lecture de “Alpage de mon enfance”, de Guy Chatiliez, dont la mère était originaire de la Vallée verte, et qui, lui-même, fut maire socialiste de Tourcoing, dans le département du Nord (après avoir été Grand Reporter). Il est du reste rermarquable que ce sont de vrais altermondialistes comme Berger et Chatiliez qui ont su le mieux entrer dans l’âme des paysans de la Haute-Savoie. (Mon camarade de “La Tribune de Genève” était juste de la gauche classique, je crois bien.)

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10/01/2008

Prologue d'un blog

Chers internautes,
Jean-François Mabut m’a fait l’honneur et l’amabilité de me proposer l’ouverture d’un blog au sein de La Tribune de Genève en ligne. Dans le même temps membre de la Société genevoise des Ecrivains et de la Société des Auteurs savoyards, de nationalité française et habitant la Haute-Savoie, je me suis toujours intéressé à la tradition littéraire et historique genevoise, en plus de celle de la Savoie. Je suis donc heureux de pouvoir ouvrir un blog qui explorera les relations passées, présentes et à venir entre Genève et la Savoie.
Chercher à les définir peut amener à évoquer un certain nombre de problèmes, bien sûr. Mais pour aujourd’hui, je voudrais signaler un point qui rassemble : c’est l’article que je fais paraître dans le principal hebdomadaire de la Haute-Savoie, Le Messager, sur une poétesse franco-suisse qui habite le Chablais et publie ses ouvrages en Suisse romande, Chantal Daumont. Je me suis en particulier intéressé à son dernier livre, destiné aux enfants et préfacé par Nadine de Rothschild - qui, ayant à la fois des liens avec Genève et avec Megève, est, elle aussi, certainement un pont.
Oh, oui, quel pont d’eau, entre Genève et Megève, puisque la rime entre les deux ne vient de rien d’autre que d’un mot qui chez les Allobroges (et d’autres Celtes, à vrai dire) désignait l’eau. De fait, le point commun entre Genève et Megève, c’est que ce sont deux cités fondées par les Allobroges. Cela dit, je n’ai pas voulu me présenter comme Allobroge d’abord, car de nos jours, le terme est plutôt mythologique.
On pourra me demander ce qu’est un Savoyard. Pour beaucoup, c’est juste un paysan de la montagne. Personnellement, je dirai que c’est quelqu’un qui, comme moi, ne peut pas s’empêcher de lever son chapeau quand il croise une statue à l’effigie de saint François de Sales. De fait, c’est un écrivain que j’aime beaucoup. Et il est certain que la divinité tutélaire des Savoyards, c’est lui, depuis la Réforme.
Sinon, le Savoyard est aussi quelqu’un qui habite simplement la Savoie ou la Haute-Savoie, sans penser à rien : bien sûr. Mais je crois que celui qui pense les choses en fonction de l’état d’esprit traditionnel tombe forcément sur François de Sales, qu’il l’aime ou qu’il le déteste. Il est à mon avis incontournable.

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