10/03/2008

Le Chat botté

“Le Messager” (en Haute-Savoie) contenait une publicité pour une représentation adaptée du “Chat botté”, à Genève, et je suis allé y assister. Les acteurs sont bons et savent animer une scène : c’est certain. La mise en scène était de qualité.

Les traitements que l’on a fait subir au texte m’ont laissé plutôt perplexe, en revanche. J’avais l’impression que, pour Perrault, le roi du conte était un de ces petits rois des temps antiques ou barbares, à peine chefs de tribu (malgré la présence d’un carrosse) : cela explique qu’il ait volontiers accepté comme présents un lapin de garenne et une perdrix. Or, ici, le choix a été fait d’appeler ce prince Louis XV, roi de France. Comme je me souvenais mal du texte original, je me suis dit qu’un tel monarque allait forcément mépriser des présents aussi modestes. Mais non : car l’intrigue suit fidèlement le conte de Perrault, d’une manière plutôt illogique.

On a visiblement voulu rajouter de la satire. Je ne suis pas persuadé qu’elle ait été bien présente au départ, sinon de façon très allusive, indirecte. (En tout cas, Perrault n’a pas pu penser à Louis XV, qui n’était pas encore roi, quand il fit paraître son recueil de la Mère l’Oye. Louis XIV a sans doute gardé assez de prestige pour qu’on ne puisse pas facilement ironiser sur lui ; avec Louis XV, la situation est différente. Mais cela ne vient pas de Perrault même : évidemment.) Le fond du conte est plutôt centré autour du chat même, de sa ruse : c’est un avatar de maitre Renart.

Au reste, l’univers du conte était quelque peu détourné et rationalisé, et l’Ogre est peu crédible : on ne voit que son ombre, derrière une vitre opaque. Cela sent l’idée qu’on peut avoir d’un ogre à notre époque : c’est un peu un spectre, une abstraction. Évidemment, la question de la transformation de cet ogre en lion puis en souris posait des problèmes particuliers, à la mise en scène.

Les effets de lumière et les coups de tonnerre, le rendu du fantastique, m’ont rappelé une adaptation du “Don Juan” de Tirso de Molina (la version du mythe la plus chargée de merveilleux) que j’ai vue à Annemasse : d’un mystère baroque écrit par un prêtre jésuite, la troupe avait fait une fantaisie spectaculaire et colorée. Le fond en était en quelque sorte allégé : le plaisir d’un folklore plutôt dépassé était présent surtout pour l’œil. Il perdait de sa signification intrinsèque. (Walt Disney fit subir aux contes de Grimm - ou de Perrault même - globalement la même évolution, à vrai dire.)

Quoi qu’il en soit, ce fut une pièce animée, et on ne s’y ennuie pas. Les acteurs ont bien su matérialiser une action, et le théâtre est avant tout cela, n’est-ce pas.

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06/03/2008

André Vuillermoz, de Saint-Claude

Cette semaine, dans “Le Messager” (Hte-Savoie), je fais paraître un article sur un écrivain du haut-Jura, André Vuillermoz, qui a joliment évoqué la Haute-Savoie, dans un de ses livres. Vuillermoz est un chanoine de Saint-Claude, où j’ai un peu vécu. Le lien avec la Savoie existe depuis l’origine, car la Terre de St-Claude fut colonisée au Moyen-Âge par des Bugistes et des Vaudois, à une époque où le Bugey et le Pays de Vaud appartenaient à la Savoie. Genève avait été encore auparavant le centre historique de ce territoire, même si le Genevois demeura indépendant jusqu’au début du XVe siècle : cela remonte au royaume de Bourgogne. Bref, je suis heureux de pouvoir évoquer un écrivain de cette Terre de Saint-Claude, que j’ai apprise à connaître avec beaucoup de plaisir et d’émotion. J’y ai du reste plusieurs fois rencontré André Vuillermoz lui-même.

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02/03/2008

Paris

J’aime bien les films de Cédric Klapisch : ils sont d’une grande humanité. Je suis allé voir “Paris”, le dernier qu’il ait fait, à Archamps, et je l’ai bien aimé aussi, malgré un début plutôt glaçant. Mais je me disais que j’étais sûr que Cédric Klapisch allait proposer une voie de sortie, une sorte de façon d’apprendre à affronter sa destinée. Or, je l’ai trouvé très convaincant, et à la fin, j’ai versé des larmes.

La ville même de Paris y est chantée dans son fonctionnement concret : le cheminement de la nourriture depuis Rungis, où elle est amenée, est montré, avec les hommes et les femmes qui s’en chargent, et qui sont somme toute la base de la vie à Paris : sans eux, il n’y aurait pas de vie possible.

Et puis il y a la classe des intellectuels, qui explorent Paris depuis l’intellect et la connaissance scientifique, et qui semblent utiles, mais aussi un peu décalés, et sans perspective véritable, sans doute parce qu’ils se contentent d’une science fondée sur “des éléments tangibles”, comme le personnage joué par Fabrice Lucchini (un professeur d’Université spécialisé dans l’histoire de Paris) le dit.

Son frère est bâtisseur : il bâtit les quartiers nouveaux ; il bâtit Paris. De ses projections dans l’avenir sort la ville. Il construit Paris pour créer du bonheur terrestre, mais il se laisse aussi enfermer dans son monde virtuel : et il en fait des cauchemars. C’est une sorte d’artiste pratique, rempli de sensibilité, mais au fond, le vrai bonheur lui vient quand un enfant lui naît.

Cependant, l’attention à la vie des Parisiens, à leurs sentiments, à leurs aventures propres, d’une part ; la beauté, l’éclat des monuments de Paris, d’autre part, enrichissent assez l’âme pour lui donner des ailes, dirait-on. En contemplant la tour Eiffel la nuit, le personnage principal (le héros) parvient à représenter à un enfant (qui est son neveu) le Père Noël qui dépose les cadeaux, la nuit de Noël, dans tous les foyers allumés de la capitale.

A la fin, il voit l’ange de la Bastille, la Liberté, toute d’or. Et puis le ciel de Paris, lumineux entre les nuages blancs. Le film s’achève sur son sourire.

C’est bien une ode à Paris : l’âme d’un lieu vue comme enrichissant l’âme individuelle. Et il s'agit d'un lieu auguste, où toute sorte d'hommes et de femmes peuvent se rencontrer, et communier, peut-être, dans le partage, où l’on peut s’aimer. De fait, j’avais déjà remarqué, dans un précédent film de Klapisch, qu’il parvenait à faire de l’amour un vrai sacrement. C’est un réalisateur qui m’est vraiment sympathique.

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