27/01/2009

Joseph de Maistre et le Tsar

Saint-Martin.jpgGrâce à son poste d’ambassadeur du roi de Sardaigne en Russie, Joseph de Maistre devint un intime du tsar Alexandre, qui lut avec attention les Considérations sur la France, que le philosophe avait alors déjà publiées. Ce livre avait eu un retentissement énorme parmi les émigrés, car il faisait de la Révolution une manifestation de la Providence: elle était une épreuve imposée à la Civilisation pour qu’elle se réforme en puisant à nouveau à sa source vraie, de nature divine. La Révolution allait pour Joseph de Maistre provoquer une régénérescence de l’Occident, en amenant les princes et les prêtres à renouer avec la divinité, à reprendre contact avec elle. Il en donnait lui-même l’exemple, en sondant la volonté de Dieu - ce qu’il avait déjà commencé à faire, à vrai dire, à l’époque où il fréquentait les adeptes de Louis-Claude de Saint-Martin.

Le tsar Alexandre était pareillement assez mystique. Il s’entendit donc bien avec le philosophe savoyard. Et en 1815, on le sait, il fut le principal prince d’Europe à vouloir ramener la monarchie héréditaire en France, et à la laisser gouverner par le roi légitime, sans plus intervenir dans ses affaires: il voulait lui rendre son indépendance, comme si le sort de l’Europe dépendait de cette souveraineté retrouvée.

Or, les Considérations sur la France allaient précisément dans ce sens. Le retour au pouvoir des rois de France - et donc l’avènement de Louis XVIII - devait pour Joseph de Maistre permettre la régénération de l’Occident.

Étrangement, c’est juste après la Restauration en France qu'à Saint-Pétersbourg, les choses commencèrent à se gâter pour Joseph de Maistre et ses amis jésuites de Russie, et qu’ils durent rentrer en Europe occidentale. Qui sait si cette générosité du Tsar à l’égard de la France n’a pas été regardée à Saint-Pétersbourg comme l'effet néfaste de l’influence exercée sur le souverain par Joseph de Maistre et ses amis? Car ces idées sur la France, la Révolution, la monarchie héréditaire, semblaient de purs fantasmes à plus d’un, comme on s’en doute. Louis XVIII lui-même ne s’yTolstoi.jpg intéressait que parce qu’elles l’arrangeaient. Il n’avait en réalité aucune envie de se réformer, de se régénérer: à son arrivée au pouvoir, il a institué à nouveau l’ordre ancien, tel quel. Le mysticisme de Joseph de Maistre ne le touchait pas du tout.

Tolstoï, dans Guerre et paix, a rendu justice à l’action généreuse et désintéressée d'Alexandre. Il n’a d’ailleurs pas laissé d’essayer pareillement de sonder l'action de la Providence au sein des événements. En faisant de Napoléon un pantin de l’Histoire, il donna même un écho singulier à la pensée de Joseph de Maistre - qui influença assez l’aristocratie russe, en fait.

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23/01/2009

Echanges culturels : Vaud & Savoie

Jmaistre.jpgLe sondage qui a vu exprimer le désir des Suisses romands que les rejoignent, dans la Confédération, les Francs-Comtois et les Savoyards donne certainement l’occasion de créer des sortes de rencontres culturelles. Beaucoup de faits pourraient être retenus, si on voulait. Évoquons ici ceux qui concernent en particulier les Savoyards et les Vaudois.

La mémoire de Pierre II vient immédiatement à l’esprit. J’ai lu chez un historien vaudois qu’il était un seigneur vaudois devenu comte de Savoie ; il ne faut pas exagérer : il était le frère du comte de Savoie, qui à cette époque prenait ses marques dans le Pays de Vaud, contrée riche et ensoleillée, prestigieuse par le souvenir, qui y demeurait, des rois de Bourgogne. Mais l’importance de Pierre II, en Savoie, est grande aussi, non seulement parce qu’il a fait la château de Bonneville, l’ancienne capitale du Faucigny, mais aussi parce qu’il reçut le titre de vicaire perpétuel du Saint-Empire romain germanique, qui lia la Savoie de façon profonde au Saint-Empire, jusqu’à sa suppression en 1806. On dit aussi que Pierre II reçut des moines de Saint-Maurice les symboles de la royauté de Bourgogne ; or, la tradition de la Savoie s’inscrit dans ce souvenir.

Beaucoup plus tard, et par-delà le règne des Amédée, on peut se rappeler que Joseph de Maistre, fuyant la Révolution, vécut quelque temps à Lausanne. Il y fréquenta un peu Mme de Staël, mais à vrai dire, cela ne dura pas, parce qu’il détestait Benjamin Constant. Cela fait, quoi qu’il en soit, une occasion de commémorer un souvenir commun !

Et puis pensons aux écrits de Ramuz sur la Savoie, et aux séjours qu’il y a fait, notamment à Saint-Jeoire, chez le docteur Gay.

Mais souvenons-nous aussi de l’acquisition de Moudon par le comte Thomas de Savoie, et le gouvernement des États de Savoie par saint Amédée de Lausanne, alors qu’Amédée III était parti aux Croisades ! D’autant plus que saint Amédée fut aussi abbé de Hautecombe.

Oui, il y a bien quelques souvenirs communs.

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