06/03/2009

Francoprovençal & duché de Savoie

SiègedeBriançon.jpgLe langage courant des Savoyards était autrefois constitué de variantes du francoprovençal, comme aussi l’était celui de la plupart des Suisses romands. Cependant, la Maison de Savoie a constamment rédigé des actes en français. Le français était la langue de l’administration et des magistrats, et comme la littérature était produite par ces derniers, pour l’essentiel, elle a constamment été faite en français. Il faut finalement attendre le rattachement de la Savoie à la IIIe République française pour voir des gens commencer à publier de façon importante des textes en dialecte, surtout dans la presse locale. Le dialecte devenait une marque proprement savoyarde, face à Paris. Auparavant, les chansons en dialecte demeuraient manuscrites, si même elles étaient écrites, et pas simplement apprises par cœur, comme chez les bardes antiques !

Les magistrats pouvaient parler le francoprovençal : ils ne l’écrivaient pas, en général.

Il se peut que le francoprovençal ait été écrit plus souvent par la noblesse de robe du Lyonnais et du Dauphiné. On a à Grenoble, au XVIe siècle, l’exemple d’un Laurent de Briançon qui était d’origine tarine, par sa famille, mais dont la maison, dite des seigneurs de Briançon, avait été bannie de Savoie au cours d’événements évoqués par Jacques Replat dans son roman du Siège de Briançon. D’une façon remarquable, ces seigneurs de Briançon appartenaient, dit Replat, à la race des Burgondes, et étaient à demi païens, mais le comte de Maurienne, futur comte de Savoie, dut le bannir, à la demande de l’archevêque de Moûtiers et au nom de l’Empereur, parce qu’il rançonnait les voyageurs et faisait prévaloir la force sur le droit. Je veux dire : le francoprovençal est écrit par un homme issu d’une famille noble qui a voulu conserver les caractéristiques premières des vieux Bourguignons ! Dans le Dauphiné, cette famille fut accueillie, et intégrée à la noblesse de robe. Le Dauphiné d’ailleurs se réclamait héréditairement de l’ancien royaume de Bourgogne : le Dauphin disait descendre des Rodolphiens, quand le comte de Savoie disait descendre de l’Empereur, qui avait hérité par voie légale, et non naturelle, génétique, du royaume de Bourgogne. Le comte de Genève était d’ailleurs dans le même cas que le Dauphin de Vienne, mais il se rangea finalement, après bien des batailles, sous la bannière de la Savoie et de l’Empereur. L’hymne genevois n’en est pas moins lui aussi en francoprovençal !

On pourrait dire que le français était la langue du droit et le francoprovençal, la langue du peuple : car le droit dépendait des princes et du clergé. Les Bernois l'ont bien compris ainsi, lorsqu'ils ont imposé le français au Pays de Vaud, à la place du francoprovençal parlé couramment.

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23/02/2009

Jacques Replat à Lausanne

Cathédrale Lausanne.jpgJacques Replat est un écrivain savoyard du XIXe siècle qui a écrit des romans de style gothique, se situant dans la Savoie médiévale. Or, l’un d’entre eux, Le Sanglier de la forêt de Lonnes, raconte la mort du Comte Rouge, Amédée VII, et le fameux duel qui s’en est suivi entre Othon de Grandson et Gérard d’Estavayer. Cependant, dans l’introduction, Replat évoque la Lausanne de son temps avec la poésie dont il était coutumier :

“Puis, elle m’apparut à son tour, la ville aux trois collines, la Lozène du moyen-âge, élevée au-dessus des vapeurs du lac, comme un palais des fées bâti dans les nuages. Son château épiscopal semble porter encore sur ses noires murailles l’ombre de notre Charlemagne [Replat désigne ici le comte Pierre II], héros trempé d’or et d’acier, brave comme un preux de la Table-Ronde, et portant ses titres au bout de son épée.

“Mais le soleil, dégagé des brumes du matin, venait de dorer la flèche légère, élancée, trois fois plus haut que le plus grand sapin de nos forêts, au-dessus du jubé en marbre noir de la vieille cathédrale ; les rayons jouaient entre les mille faisceaux de colonnes, à travers les vitraux émaillés du chœur, veuf aujourd’hui d’encens et de lampes sacrées : alors on aurait dit que les vieilles pierres, où Grégoire X a laissé la marque de ses pas, allaient parler leur langue mystérieuse des anciens jours, et que les tombeaux s’animaient pour assister à la résurrection de l’antique splendeur.

“Saisi d’une émotion religieuse, je m’agenouillai au pied d’un mausolée, et je priai !... car le temple profané conserve encore des ossements bénis, et toute prière est bien venue sur la cendre des trépassés.”

Suit l’évocation de la statue d’Othon de Grandson.

Replat assimilait totalement le pays de Vaud médiéval à la Savoie, même s’il s’excusait d’avance d’avoir prié dans un temple protestant : il était très attaché au catholicisme. Mais ici, la religion se mêlait à la politique. A mon avis, tout de même, les paroles de Replat sur Lausanne et sa cathédrale ne manquent pas de charme.

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16/02/2009

Le Lac sous Amédée VIII

Lazare.jpgJ’ai dit que Maurice-Marie Dantand, le Virgile thononais, estimait que Thonon était réellement la cité la plus noble des bords du Léman. Peut-être se souvenait-il obscurément du temps où le duc Amédée VIII siégeait au château de Ripaille. De fait, ce prince dominait réellement, dans la première moitié du XVe siècle, l’ensemble du pays lémanique.

Outre son domaine propre, hérité du Comte Rouge son père, comprenant déjà le Chablais, le Valais en amont du lac, le Pays de Vaud et le Faucigny - qui touchait au lac par Hermance -, en 1401, il reçut encore en apanage le comté de Genève. Or, quinze ans plus tard, il était fait Duc par l’Empereur, qui voulait ainsi marquer son caractère souverain au sein de ses États. Car on sait que Genève et Lausanne étaient cités impériales ; mais le titre de Duc était une sorte de titre de souveraineté accordé par l’Empereur y compris au sein du domaine impérial.

Il restait le pouvoir personnel de l’Évêque, qui pouvait, en théorie, contrer le pouvoir du Syndic : à Genève, le syndic Jean Servion - rappelons-le - était un proche du Duc ; il était même son historiographe officiel. Cependant, l’autorité des princes-évêques mêmes allait passer sous la coupe d’Amédée VIII quand il serait élu Pape - sous le nom de Félix V - par les évêques du Saint-Empire réunis en Concile à Bâle.

Certes, ce pape était schismatique, et Amédée VIII renonça finalement à la tiare. Mais entre-temps, il a bien assis son pouvoir sur les évêques de ses États. Tout le pourtour du Léman lui appartenait, et d’ailleurs, le château de Ripaille, où il s’est retiré après son renoncement à la tiare, était bien plus vaste qu’aujourd’hui. Il abrita, dans les dernières années de vie terrestre du Prince, un ordre qu’il avait créé, voué aux saints Maurice et Lazare - le premier étant le saint patron de la Maison de Savoie, le second étant le premier homme ressuscité par le Christ.

Bref, il fut un temps où tout le Léman avait un seul gouvernement, dont le siège était à Thonon. Les anges y venaient sans doute à cette époque, pour reprendre le mot de Dantand, qui affirmait que ces êtres célestes aimaient particulièrement cette noble cité !

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