27/04/2009

Le thème de la maya

Arthur_C._Clarke_2005-09-09.pngBeaucoup de films américains s’inspirent de l’hindouisme d’une façon assez claire, notamment lorsqu’il s’agit de créer, au-delà de ce monde apparent, un monde autre, qui s’avère plus vrai que le précédent : la maya - l’illusion des sens -, alors, se déchire. C’était évident dans Matrix, des frères Wachowski, qui du reste avaient placé dans la bouche des personnages des formules issues des Upanishads.

Certains Français sont allés dans le même sens, avec une référence encore plus explicite aux religions traditionnelles, notamment Jan Kounen, dans L’Expérience interdite, issue du chamanisme que le cinéaste a lui-même pratiqué. Mais la vérité est que Stanley Kubrick, dans 2001 : l’Odyssée de l’espace, donnait aussi à voir ces formes-pensées peintes par Kandinsky. On sait peut-être qu’Arthur C. Clarke, dont Kubrick adaptait un roman, avait pour ambition de concilier la mythologie et la science-fiction, et que l’influence de l’hindouisme était sur lui aussi très grande. Il a d’ailleurs passé les dernières années de sa vie au Sri Lanka.

Il me semble quand même que ces transpositions de la spiritualité orientale dans la culture occidentale ont montré des Occidentaux essayant souvent de comprendre les concepts mystiques orientaux à partir de la science moderne. A cet égard, je crois que la physique quantique a joué un certain rôle. On est ainsi fréquemment plongé, dans ces films, dans un monde parallèle qui a quelque chose à voir avec la tradition mathématique grecque, et qui se situe volontiers dans un univers de formes et figures qui en quelque sorte sont le dessin théorique de la matière visible. L’influence de Platon et de son monde intelligible est patente, même si elle peut rester inconsciente chez les cinéastes. Ce qui pouvait être mythologique et mystique dans les traditions primitives devient parfois assez intellectuel et abstrait dans les transpositions occidentales les plus récentes.

Une réflexion similaire pourrait être effectuée dans la peinture, en comparant les arts premiers et les artistes contemporains qui les ont imités. Mais je crois bien que cela a déjà souvent été fait.

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21/04/2009

Castellion et François de Sales

23978328_p.jpgIl est curieux de constater que Castellion eut somme toute les mêmes difficultés relationnelles avec Théodore de Bèze que plus tard François de Sales. On sait que Castellion voulut instaurer une vie spirituelle assez individualiste, face au pouvoir théocratique de Calvin et de son successeur: Castellion pensait qu’il fallait s’appuyer sur la conscience de chacun; il préparait ainsi Rousseau, notamment sa Profession de foi du Vicaire savoyard.

Or, celle-ci fut inspirée à Jean-Jacques par un prélat savoyard appelé M. Gaime. On se trouve donc dans une atmosphère dominée par des Savoyards, puisque Castellion même l’était. Et la question est de savoir si, chez le plus grand des prélats savoyards, François de Sales, de tels présupposés individualistes existaient.

Or, contrairement à ce qu’on pourrait croire pour un théologien résolument catholique, l’individualisme était bien présent chez l’évêque dit de Genève, à la différence près que, pour lui, il ne devait pas s’exercer dans le domaine de la pensée, et par conséquent remettre en cause la doctrine, mais se limiter à la façon dont chacun vivait cette doctrine préétablie. Il invitait chacun à créer des figures qui lui parlassent en propre, qui correspondissent à sa sensibilité. C’est le sens de sa préface à son Introduction à la vie dévote, qui évoque une bouquetière qui par sa liberté et l’inspiration du Saint-Esprit parvenait à créer sans cesse des bouquets nouveaux, avec les mêmes fleurs: le saint savoyard la prend comme modèle.

Cependant, il faut admettre qu’une telle option n’était possible que d’un point de vue artistique: chacun pouvait et même devait représenter le monde divin à sa façon, du moment qu’il correspondait au dogme. Dans le système de Calvin, la représentation du monde divin était perverse d’emblée; l’individualisme figuratif de François de Sales, renvoyant au sentiment individuel, devenait impossible.

Il n’en demeure pas moins que face au projet plus collectif de Jean Calvin et de ses disciples, la nécessité de relier la foi à une expérience personnelle semble bien relier Castellion et François de Sales. Le Savoyard, quelle que fût sa doctrine religieuse, avait une tendance culturelle individualiste.

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15/04/2009

Jean-Jacques Rousseau & David Lynch

DAVID_LYNCH_(CannesPhotocall).jpgJe trouve qu’il existe un film de David Lynch dont le fond correspond aux idées de Jean-Jacques Rousseau: c’est A Straight Story (Une Histoire vraie). Le mythologique y est résorbé dans la nature, qui favorise les projets et débouche sur le monde étoilé, à la fois matériel et sacré.

David Lynch a une culture biblique profonde, tout comme Rousseau, qui disait lire chaque jour un chapitre de l’auguste Livre. On se souvient qu’Alvin Straight a pour objectif de se rendre par ses propres moyens là où vit son frère, avec lequel il s’est brouillé. Or, ce lieu s’appelle, significativement, le mont Sion: c’est le lieu du retour. Le mont Sion est la base à partir de laquelle l’âme va s’élancer vers les étoiles.

Alvin Straight fait ce voyage qui est un pèlerinage, pour se réconcilier avec son frère de sang: et dans l’Ancien Testament, les liens de sang, les liens familiaux, sont sacrés, et Dieu s’y trouve, Dieu y vit. Or, chez Rousseau, l’amour même devait passer, on le sait bien, par cette image du lien familial: il faisait de sa maîtresse la mère qu’il n’avait jamais connue, déjà. Son disciple Bernardin de Saint-Pierre, dans Paul et Virginie, donna à son tour à l’amour qui unissait son couple une essence fraternelle. C’était le souvenir d’Adam et Ève au paradis perdu: le lien psychique correspondait idéalement au lien physique. Le monde était alors parfait!

Sur le chemin de sa réconciliation avec son frère, Alvin Straight doit faire la paix avec sa conscience, et mesurer l’ampleur de ses péchés. Il doit également faire le bien autour de lui, réconcilier d’autres familles. Il doit enfin apprendre à saisir l’essence morale de la nature: les cerfs mangés par lui réclament le paiement de la dette; lorsque les hommes tuent par leurs machines, dans le ciel, les nuages s’amoncellent. Le mystère est au-delà des apparences: le karma agit.

Lynch, au-delà de la Bible, est un grand adepte de l’hindouisme, comme on ne l’ignore pas. Dans ce film, la nature est vraiment habitée.

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