07/01/2021

Les cosmiques Mitounes de Rennes-le-Château

00000.jpgLe plus grand mystère de Rennes-le-Château est peut-être constitué par les méconnues Mitounes. Il s'agit de fées malignes que la tradition paysanne dit vivre dans le beau lieu qui entoure le village – lumineux, ouvert au ciel, ceinturé de montagnes. Là, les rayons des étoiles, entrant dans l'atmosphère terrestre, se déploient en formes ondoyantes et charmantes, douées de vie propre et humaines en apparence – ce sont les Mitounes.

La tradition assure qu'elles pouvaient se déguiser en toute sorte de choses – notamment en moutons, et ainsi s'amusaient à tromper les bergers, à les tourner en bourrique. Ils les entendaient rire, se moquant d'eux. Elles étaient facétieuses.

On disait en particulier qu'elles vivaient dans des grottes – notamment celle où Béranger Saunière crut voir, un jour, Marie-Madeleine en vision: rien d'autre qu'un bon tour des Mitounes.

Dans ses poèmes, Frédéric Mistral aussi nous rappelait que les fées en général vivaient dans les failles de la terre, et aimaient s'amuser avec les mortels – tombant amoureuse de chevaliers, ou de curés. Il ajoute qu'à cause de cela Dieu les a réduites au silence, éloignant leur présence par la force des Anges et des Saints.

Telles qu'on les décrivait dans les temps anciens, les fées n'aimaient rien tant que tisser des illusions trompeuses, et saint Augustin dit, de manière plus globale, que c'est la faculté principale des démons. Il 0000.pngest clair que les mitounes de Rennes-le-Château entrent dans cette catégorie.

Ce qui est remarquable est l'abondance d'idées farfelues énoncées sur Rennes-le-Château depuis un siècle et demi. On a cru y voir un tombeau de Marie Madeleine, à laquelle l'église du village est du reste dédiée: il y a fort à parier que le visionnaire qui l'a songé a vu une mitoune qu'il a prise pour la sainte, à laquelle il vouait une dévotion d'autant plus profonde qu'il n'était autre que le curé du lieu. Mais on peut raisonnablement penser que les Mitounes ont aussi pris l'apparence de tout ce qu'on a cru voir dans cet endroit magique: le Graal, les Templiers, les Cathares, les Wisigoths, le temple voué à Mithra, Jésus marié, sont tous nés de visions de mitounes mal évaluées et mal comprises.

On a vu la grotte des Mitounes et on l'a prise pour un temple solaire; on a vu une mitoune faire l'amour avec un berger, et on a cru que c'était Jésus et Marie-Madeleine; on a des mitounes boire dans un hanap, et on a cru que c'était le Graal; on a vu des elfes graves se mêler à leur reine, et on a nommé templiers et cathares. C'est en tout cas l'impression que cela me fait, après plus d'une année de recherches. Même le vaisseau spatial aperçu au au-dessus du pic de Bugarach n'est probablement qu'un bateau de mitounes: léger, il flotte sur les nuées, et les brouillards. Car elles ont le pouvoir d'aller et venir entre la Terre et la Lune, c'est sûr!

Il y a quand même quelque chose qui est prouvé par toutes ces imaginations: les Mitounes du lieu ont une grande puissance. Les Pyrénées leur en donnent certainement beaucoup. L'intensité de l'éthérique, comme disent les occultistes, y est incroyable.

Cela n'est d'ailleurs pas sans rapport avec le grand nombre de sources d'eau chaude qu'on y trouve. Maurice Magre liait intelligemment la déesse des eaux locale Ilixone à l'esprit des Pyrénées tout entières – mais aussi aux cathares, au Graal, à l'âme de Toulouse et de la Garonne, et elle 00000.jpgest certainement aussi la mère des Mitounes, qui ne sont peut-être rien d'autre que les nymphes de l'Aude.

Je veux dire: il y a peut-être des gens dont le corps le plus épais est fait de gouttelettes, et qu'on voit quand la Lune les éclaire, ou dans des grottes, dans la brume, dans ce qui justement tend à condenser les vapeurs sans pour autant les changer en eau liquide. H. P. Blavatsky assure que les anges sont des hommes qui ont pris conscience d'eux-mêmes en acquérant un corps d'air; les dieux, un corps de feu; pour les fées, sans doute, c'est un corps d'eau – et c'est pourquoi elles sont si liées à la terre: l'eau y monte et descend en rythme.

Pour d'autres planètes, la science-fiction a souvent exploré cette possibilité, d'êtres gazeux ou magnétiques, sans corps solide; mais l'a-t-elle fait assez pour la Terre même?

L'eau a ses reflets, et crée aisément des formes ou des illusions: le lien est patent.

Peut-être même que Marie-Madeleine, depuis le ciel, brille sur les vapeurs en suspension au-dessus du sol, et donne son visage à ces êtres qui n'en ont pas – n'ayant pas de chair palpable, encore moins d'os calcaires. De telle sorte que l'illusion de l'abbé Saunière aurait quelque chose de légitime: les Mitounes elles-mêmes étant vouées à Marie-Madeleine – ayant pour elle une dilection spécifique –, elles tendraient à prendre son visage, donnant l'occasion à toute sorte de gens d'en avoir la vision, et les poussant à croire que celle-ci émane du passé historique – ce qui, il faut bien le dire, est complètement impossible: les visions étant apparentées aux rêves, elles émanent du psychisme, et donc n'expriment que le monde psychique, qui n'est pas le monde physique dont s'occupent les historiens. Encore une fois, si Marie-Madeleine est venue à Rennes-le-Château, c'est en esprit, et les Mitounes lui ont servi de messagères.

Ce que je veux bien croire, pour le coup. C'est plus vraisemblable que sa venue physique dans ce lieu misérable. Mais la dévotion des braves gens qui y vivaient a pu l'attirer, 0000.jpgdepuis les étoiles où désormais elle demeure!

Je terminerai cet exposé en disant que s'il y a bien une œuvre d'art qui donne à voir le monde des Mitounes, c'est le gracieux, le coloré décor de l'église de Rennes-le-Château. Je ne sais pas si Béranger Saunière a bien interprété ce qu'il a cru voir en vision, mais il en a donné une forme chatoyante, belle, luisante, élégante, et même le diable qu'il a fait représenter est assurément présent dans le royaume des Mitounes. Il y est une sorte de gnome, avec des ailes. Les anges de l'église figurent du reste d'autres êtres qu'on peut y voir, et aussi les saints dont il a placé les statues. Et comme la reine des Mitounes prie continuellement les Dieux de bien vouloir lui pardonner d'avoir trop frayé avec des mortels (espérant, ainsi, que la porte fermée des cieux lui soit rouverte), je laisse au lecteur le soin de deviner que l'image de Marie-Madeleine qu'on voit sur l'autel s'en inspire évidemment. Sa statue aussi, peut-être, avec la croix et le crâne qui montrent qu'au grand jamais l'abbé Saunière a pu croire que Jésus n'était pas mort sur la croix, comme certains le prétendent – nouvelle blague de mitounes!

Le mystère de Rennes-le-Château en tout cas n'est pas forcément là où on dit qu'il est: car il est peut-être simplement dans ce qu'ont vu les paysans locaux – plus avisés, au fond, que les visionnaires et les philosophes qui sont venus après.

22/12/2020

Le mariage de Jésus

00000.jpgJ'ai lu, ici ou là, que l'on aurait des preuves suffisantes que Jésus et Marie-Madeleine auraient été physiquement mariés. À ma connaissance, cela n'est pas le cas, car un seul évangile – celui, apocryphe, dit de Philippe – évoque cette question, et on doit à ce sujet faire deux remarques. La première est l'adage romain: testis unus, testis nullus; un seul témoin ne suffit pas. Tout le monde peut mentir. La seconde est que l'expression évangélique est Épouse du Christ, et non Femme de Jésus, et que cela fait clairement référence au Cantique des cantiques. Or, pour la sagesse traditionnelle juive, il n'était pas question dans ce texte d'un amour terrestre, mais de l'union mystique de l'âme d'Israël à Dieu. On ne peut pas quand même prétendre que l'esprit d'une communauté ait des organes sexuels au sens physique. L'union était seulement mystique.

Et de fait, les esprits les plus avisés parlent d'une union mystique parfaite entre, d'une part, Jésus et saint Jean l'Évangéliste et, d'autre part, Jésus et sainte Marie Madeleine. On ne pourra pas s'imaginer, tout de même, que Jésus et Jean aient fait l'amour physiquement.

Ce qui suggère également l'absence de mariage terrestre entre Jésus et qui que ce soit, c'est la chose suivante: il existait des saints, déjà, qui s'étaient mariés, et d'autres non. Dans la tradition juive, on cite Hillel, immense 00000.jpgsage, rabbin légendaire que connaissait forcément saint Paul, qui était pharisien à l'origine. Il pouvait être marié, cela ne changeait pas la dévotion qu'on avait pour lui. Mais saint Paul a choisi Jésus-Christ, après avoir eu de lui une vision cosmique sur le chemin de Damas – et, ayant ensuite rencontré des gens qui l'avaient personnellement connu, il a recommandé aux prêtres le célibat sur son modèle.

Et de fait, si Jésus-Christ n'avait pas été célibataire, il est douteux que des gens qui regardaient le célibat comme important se soient voués à lui, comme fournissant la preuve d'une pulsion érotique totalement sublimée et spiritualisée – laissant libre les organes sexuels, placés complètement dans le cœur.

Certains croiront que ce n'est pas possible. Peut-être jugeront-ils selon eux-mêmes. L'antiquité en donne de nombreux exemples. Le Bouddha a quitté sa femme et vivait seul. Si saint Paul jugeait important le célibat, il n'avait pas besoin de falsifier la vie de Jésus par l'intermédiaire de son disciple Luc, évangéliste canonique: il lui suffisait d'adorer le Bouddha!

Chez les Romains mêmes, on a l'exemple de Caton d'Utique, qui a répudié sa femme et lui a conseillé de trouver un nouveau mari, parce que, disait-il, ayant suffisamment engendré pour avoir une descendance, il n'avait plus 0000000000.jpgbesoin de disperser son énergie spirituelle dans l'acte sexuel: il pouvait l'élever jusqu'à son cœur, jusqu'au seuil de l'âme où l'être humain s'assimile pleinement à l'esprit de la communauté – au génie de Rome. Car il le servait sans faille, de manière illimitée, et à cause de cela fut-il regardé comme un saint païen.

Le problème est le suivant: il y a un besoin de comprendre de façon concrète l'union mystique avec la divinité. Et cela peut se faire par l'imagination, comme on le faisait dans l'ancienne mythologie. Mais souvent l'imagination porte la marque excessive du pays dont elle vient: le monde physique, car les images sont bien liées à la mémoire. Et donc, le besoin de se représenter concrètement la chose la déplace inopportunément dans la sphère physique. Un glissement s'opère, faute de parvenir à se représenter le monde des esprits sans corps avec autant de précision, de netteté et de réalité que le monde des esprits corporés – si l'on peut dire.

Mais je ne crois pas que cela soit nécessaire, ni même justifié, car l'enjeu est justement de comprendre en quoi le monde spirituel est concret, et pas d'établir des faits historiques, physiques – en réalité indifférents en soi. Ce qu'ont fait Jésus et Marie-Madeleine les regarde eux seuls, et n'engage en fait à rien, ne prouve rien – moralement. Car si on raconte l'histoire de leur mariage pour dire que spiritualiser le sexe jusqu'à y renoncer est impossible, il reste les exemples de Bouddha Sakyamuni et de Caton d'Utique, et personne n'est obligé de s'intéresser aux personnages de la Bible.

Que l'idée d'un mariage terrestre entre Jésus et Marie-Madeleine ait surtout pris dans les pays anglophones nous rappelle ce qu'y a d'important la Bible. Mais en France, somme toute, la base est l'histoire romaine, et beaucoup de philosophes se sont 000000000000.jpgappuyés sur Caton pour montrer que le sexe n'était pas indispensable.

Même en Amérique, quelqu'un comme Lovecraft, dont la culture était tournée vers la romanité antique et le Stoïcisme, se vantait d'être célibataire et de mépriser les pulsions sexuelles dont le ressort lui apparaissait comme dérisoire – et en cela il était proche aussi de Spinoza. Celui-ci affirmait, comme plus tard Lovecraft, que quand on comprenait l'origine des affects, ils disparaissaient. Et somme toute, le Bouddha historique allait dans le même sens, en se tournant juste vers la lumière divine. Qui ne sait qu'il fut tenté par le dieu de la mort, Yama – justement comme l'étaient les saints du christianisme – par des apparitions de ravissantes nymphes? Mais il a renoncé à elles, et elles ont aussitôt disparu, pures illusions. Il est difficile de croire que l'homme dans lequel se serait incarné Dieu n'ait pas pu faire aussi bien. Et si on n'y croit pas, il est difficile peut-être de rester attaché à la Bible. Car dans la sainteté légendaire, on aspire à des vertus inaccessibles, plus qu'à consacrer ses désirs par des exemples luisants.

Saint Augustin disait qu'on attribuait à Jupiter des adultères pour se donner le droit de s'y adonner. Donc des saints célibataires ont détrôné Jupiter. Saint Augustin, par exemple, qui a fini par renoncer aux femmes après avoir eu beaucoup de mal. L'amour divin, dit-il, l'a aidé, en tournant son cœur vers les cieux. Et pourquoi pas?

06/12/2020

Marie-Madeleine, Isis

00000.jpgPour justifier l'idée d'un mariage physique entre Jésus et Marie-Madeleine, on a dit que la seconde incarnait Isis – en sous-entendant que le premier incarnait Osiris. Mais le Christ incarnait-il Osiris? Pour les premiers chrétiens, il était l'incarnation d'un dieu cosmique et solaire – au-dessus d'Osiris.

Rudolf Steiner renchérit en énonçant que Jésus-Christ, dans les trois dernières années de sa vie (mais pas depuis la naissance, comme le disait la théologie catholique), incarnait l'être divin qui avait parlé à Moïse sur le mont-Sinaï, et qu'on appelait Yahvé. Il faisait de celui-ci une grande entité solaire, restée aux côtés de l'être humain après sa chute, et qui lui avait envoyé un couple d'êtres sublimes, sortes d'anges qui le représentaient: Osiris et Isis, lesquels avaient polarisé sexuellement l'être humain, en même temps que la Terre.

Du point de vue de la mythologie égyptienne, Yahvé est plus apparenté à Râ qu'à Orisis.

Mais c'est là qu'apparaît un nouveau mystère. Car Horus, fils d'Osiris et Isis, est bien un enfant divin – l'incarnation de Râ. Et lui aussi, comme son père Osiris, a ressuscité, après avoir été tué par Seth.

On oublie trop souvent qu'avant Jésus-Christ, un autre homme a ressuscité, dans l'Évangile: c'est Lazare. Or, il se trouve que Rudolf Steiner affirmait que Lazare et Jean n'étaient en fait qu'une seule et même personne; Jean aussi avait ressuscité. Et l'on sait que, si la reconnaissance de Jésus-Christ après sa résurrection par Marie-Madeleine montre un lien tout particulier entre les deux, le récit évangélique dit de Jean qu'il était le disciple que Jésus aimait. Pour Steiner, Jésus avait deux disciples préférés, incarnant la dualité entre l'homme et la femme: Marie-Madeleine et Jean.

Lorsque, après sa résurrection, la première reconnaît Jésus-Christ à sa manière de parler et de se comporter (puisque, physiquement, il était devenu méconnaissable), n'est-il pas bouleversant, renversant, d'imaginer qu'elle le reconnaît comme l'ange Isis aurait pu reconnaître le dieu Yahvé? Comme 00000.jpgle père dont elle émane? Comme son roi ultime? Comme celui que les Égyptiens appelaient Râ – et avec lequel elle s'unit de tout cœur, quoique son pendant soit Jean, et que pour Jésus, elle ne caresse et n'essuie que ses pieds – comme la Lune essuie et caresse le Soleil, en prenant sa lumière et en n'étant que sous lui? N'est-il pas bouleversant, renversant d'imaginer qu'elle reconnaît son maître comme la Lune reconnaît le Soleil, quand sa face brille de joie en le voyant?

N'est-il pas, à l'inverse, un symptôme du refus de concevoir le divin et donc l'humain comme situé au-delà des sexes, en profondeur, que de considérer que le Christ serait le pendant masculin d'une femme? Que Dieu, pris absolument, au-delà des sexes, aurait besoin de la femme pour exister et, mieux encore, que la polarisation sexuelle serait ontologiquement liée à l'individu en tant qu'il se confond avec la divinité – avec le moi de l'univers, comme disait Victor Hugo? Que l'humanité ne pourrait, du coup, que se concevoir comme divisée, ou liée à ses organes physiques, même? Charles Duits reconnaissait qu'au-delà d'un certain seuil, la hiérarchie divine n'était plus sexuée; lui qui, pourtant, a fait de la femme la voie vers le divin. Elle est une voie, mais non une butée.

Il est curieux, pour en revenir à Jean, l'ami de Jésus, qu'il fut de son temps réputé immortel – quoiqu'il le niât. On pensait qu'il avait trouvé le secret de la chair incorruptible – parfaite, pure, idéale! Et il y a 00000000.jpgquelque chose de cela dans la force lunaire, réputée guérissante. C'est encore une marque de son lien avec Osiris.

Marie-Madeleine, de son côté, était réputée maîtriser les forces de renaissance que les anciens représentaient sous les traits du serpent – du serpent ondoyant, et aux anneaux se déroulant et s'enroulant alternativement. Les énergies animales qui vivent en l'être humain, elle les avait spiritualisées, ennoblies, et montrait la voie d'une parfaite union astrale avec le Seigneur, aussi substantielle que l'amour terrestre, voire davantage – mais sans souillure ni tache. Ce qui ne voulait pas dire qu'elle pensait que s'adonner aux plaisirs physiques était forcément sans tache. Cela voulait dire qu'on pouvait vivre aussi intensément l'amour astral que l'amour physique. Et en ce sens – qui est celui du Cantique des cantiques – elle était bien l'épouse du Christ.

De ce point de vue, son lien avec Marie mère de Jésus était profond. On l'a dit, et certains veulent qu'elles ne soient qu'une seule et même personne. Et comme Marie de Nazareth avait connu l'Assomption – s'était dissoute sur terre et était montée au ciel, selon la tradition catholique; comme elle était réputée morte à Éphèse, tout comme Marie-Madeleine, il était logique que les deux femmes apparaissent semblables aux bergers de Provence et d'Occitanie, lorsqu'en vision ils les voyaient glisser sur l'eau de la mer – là où l'action de la Lune est la plus manifeste à ce qu'on appelle la conscience de rêve, mais aussi à l'observateur des marées. Car, par le biais de l'union astrale, et à la manière de saint Jean, Marie-Madeleine donnait bien l'impression d'avoir, elle aussi, maîtrisé les forces secrètes de l'immortalité.

La difficulté est ici de concevoir l'union spirituelle de manière concrète: c'est ce à quoi nous invite Marie de Magdala. Or, pour la plupart des penseurs contemporains, cela relève de l'impossibilité. Le concret est pour beaucoup ramené forcément au matériel.

Si l'union érotique entre les esprits existe, ce n'est pas parce que le monde spirituel serait identique au monde physique. Ou que les deux mondes seraient un. Si on fait l'amour substantiellement dans l'esprit, cela reste en pensée. C'est parce qu'on a appris à vivre la pensée comme réalité.

Et c'est là que nous sauve, en France, Henry Corbin, lequel rappelait l'importance de ce monde imaginal aussi concret que le monde physique, mais de nature purement spirituelle: en quelque sorte, il est intermédiaire. Et il est la clef pour comprendre La Seule Femme vraiment noire de Charles Duits, qui fait état d'unions profondément érotiques avec des êtres spirituels, et les décrit comme s'il s'agissait d'unions physiques. Car Charles Duits était, à la fin de sa vie, le disciple de Corbin, bien plus que celui de Gurdjieff, comme il avait été, et c'est ainsi que ses visions ont pris un air à la fois plus concret et plus grandiose que dans ses œuvres antérieures.