11/10/2013

Captain Savoy sous l’œil d’Éros

526520_370267626435410_1396200301_n.jpgLors du dernier épisode de cette mythologique série, nous avons laissé Captain Savoy au moment où, dans la chambre d’Adalïn, il venait d’avoir eu la vision du dieu de l’amour sur le lit de la belle - puis, ayant relevé la tête, celle de la belle, qui le regardait en souriant.
 
Ses yeux brillaient, comme si elle n’ignorait rien de ce qu’il pensait, de ce qui l’intriguait, de ce qui lui inspirait du désir tout en le laissant dans l’incompréhension. Le héros demeura immobile, ne sachant que faire, et la princesse lui tourna le dos et fit mine de s’affairer à des objets qui se trouvaient sur une commode; apparemment, elle ne se souciait plus de lui.
 
Alors s’approcha-t-il, et mit une main sur son épaule et l’autre sur son flanc - et, comme on entendait toujours, au dehors, à travers la fenêtre ouverte, la mélodie des Gandharvas, qui semblait amener avec elle une sorte de clarté, il lui demanda si elle accepterait de danser avec lui.
 
Elle se retourna, souriant avec douceur, et leurs mains se joignirent. Leurs pas épousèrent le rythme de la musique; leurs corps tracèrent des figures.
 
Il l'embrassa: leurs lèvres s’unirent; leur baiser dura. Il lui caressait les cheveux; il lui sembla qu'ils s'allumaient d'une clarté étrange, qui fit autour du front de la belle comme une auréole. Il la regarda, et ses yeux étaient plus brillants que jamais. Il apposa un baiser sur chacun d'eux, comme pour en saisir la lumière. Il poursuivit son cheminement de baisers sur son visage et dans son cou. Des étincelles couraient sur sa peau, et il croyait pouvoir les capter. Une douceur ineffable s'y trouvait. De douces odeurs s'en exhalaient, pareilles à celles des fleurs, ou à celles des astres, s'ils en avaient eu une. Bientôt, en souriant, elle l'entraîna vers le lit, et ils s’y étendirent.
 
Et l'étonnement de Captain Savoy continua, mais cela renforça en lui le désir, si cela était encore possible, plus que cela ne l'amena à s'interroger. Car il crut voir, sur le sein dénudé d'Idalïn, surgir une flamme, mais qui Movie-Excalibur+(key+art+3).jpgne le brûla pas : c'était, à nouveau, comme de la lumière. Et il s'efforça de la saisir de la main et de la bouche, couvrant de baisers ce corps magnifique et luisant. Et le plus merveilleux apparut alors : des épaules de la belle, il pensa voir deux ailes se déployer, tout enflammées!
 
Entre ses bras, elle était telle qu'une braise, rayonnant de l'intérieur; mais sa peau restait douce et fraîche, molle et parfumée, et il se sentit face à une déesse, ce qu'elle était.
 
Soudain, en une brève vision, Captain Savoy aperçut, au-dessus de lui et à sa droite, l’être scintillant qu’il avait déjà entrevu; il portait, à la main, un arc doré: des flèches, lentes et silencieuses, en partaient - et dès qu'elles touchaient la chair d’Adalïn, celle-ci s'éclairait!
 
Enfin, le héros plongea son visage dans la chevelure étincelante de la fée, et il se trouva comme pris dans une bourrasque de lumière, traversée d'étincelles de différentes couleurs, à la façon de blés d'or battus par le vent en plein soleil. Il lui sembla être parmi les astres, et qu'ils tournaient autour de lui, qu'ils dansaient, et chantaient.  Et il se vit avec Adalïn, et son visage lui réapparut, plus beau que rien en ce monde, les yeux se confondant avec des étoiles particulièrement brillantes, et il l'aima à la folie.
 
Puis, la vision disparut. Après une explosion rougeoyante, une obscurité profonde s'était répandue. Il ne distinguait plus rien. Il ressentit une peur; éprouva une sorte de vertige.
 
Alors toutefois se manifesta encore une lumière, qui d'abord ne fut qu'un point; et, voici! elle grandit jusqu’à englober les deux amants. Et au sein de cette clarté Captain Savoy vit une forme se tracer, comme si se matérialisait de l’or vaporisé. Il ressemblait à un enfant, et là où se trouvait son cœur du feu brillait. Les yeux de l’être le scrutèrent, et il lui parut qu'il le connaissait; mais il se rappelait pas l’avoir jamais vu. Ce fut pour lui une énigme.
 
Cette seconde vision s’en fut. La chambre redevint ce qu'elle lui avait paru au moment où il y était entré, avec des lampes toutefois moins claires, moins lumineuses: elles ne brillaient plus que faiblement dans la pénombre. Il s’endormit, avec à ses côtés la divine princesse…
 
Et lorsqu’il s’éveilla, déjà l’aube s’était levée: la clarté du jour remplissait la fenêtre et faisait entrer dans la chambre sa lumière d’or. Adalïn, penchée sur lui, le regardait en souriant. Or il entendit, venant du dehors, des chants d’oiseaux, qui bientôt furent mêlés de chants d’hommes.
 
De la musique aussi s’éleva: des flûtes, des hautbois, des luths résonnaient, et des rires se faisaient ouïr. Ce n’était plus la musique des anges, des Gandharvas célestes, mais celle du peuple d’Adalïn, des chevaliers et dames du château d’Ordolün.
 
Bientôt les deux amants sortirent, et une pluie de fleurs, versée par des fées qui se trouvaient au-dessus de la porte, suspendues au mur, assises sur une corniche, leur tomba dessus. Les rires des autres n’en furent que plus abondants. Captain Savoy en fut confondu, et rougit; mais Adalïn souriait, comme si elle avait su qu’il en serait ainsi.
 
Un homme alors s’avança, et les déclara mariés pour l’éternité sous l’œil des anges, et par la volonté
Music Making Angels Peter Paul Rubens.jpgdivine!
 
Une fête s’ensuivit, qui dura trois jours. Aux festins s’enchaînaient les festins, et l’on chanta, dansa, l’on raconta mille histoires joyeuses. De hauts faits furent rapportés, qui éclairèrent beaucoup Captain Savoy sur la destinée du monde, et les êtres qu’il avait vus dans la chambre d’Adalïn; en particulier, on s’attarda sur les amours célèbres. Des principes cachés s’en exhalaient, qui devaient instruire les jeunes mariés, et surtout Captain Savoy, qui ne les connaissait pas. Il lui sembla, après cela, qu’une voix parlait dans son cœur, et lui inspirait une sagesse nouvelle: bien des choses devinrent transparentes, pour lui, qui jusque-là lui avaient paru opaques!
 
Néanmoins, la suite de cette fabuleuse aventure ne pourra être évoquée qu’une fois prochaine. 

16/08/2013

Captain Savoy et la chambre d’amour

kremilin.jpgDans le dernier épisode de cette emblématique série, nous avons laissé Captain Savoy au moment où, ayant suivi la fille du roi des Elfes dans son appartement, il fut émerveillé par ce qu’il vit. Car de l’autre côté de la porte d’émeraude, était la chambre d’Adalïn la princesse, qui était la plus belle femme qu’on pût jamais voir.
 
D’abord il admira les murs lambrissés d’or, et parsemé de lampes qui semblaient être autant de grosses pierres précieuses rayonnantes, palpitantes, luisantes. Le plafond était en caissons, et contenait dans chaque enfoncement une autre gemme qui brillait. Or, elles s’allumaient à la voix d’Adalïn, car elles étaient douées de vie propre: des esprits étaient dans ces cristaux, mis au service de la belle, et créaient à volonté de la lumière. Il semblait que la clarté même des astres fût en eux, comme si des mages l’avaient captée; ce qui était bien le cas: car pour les êtres de la Lune, les rayons des étoiles étaient comme est l’eau pour les mortels; ils pouvaient les saisir et les placer dans des boules de cristal, pour s’en servir comme de lampes. Ils le faisaient constamment, ainsi que Captain Savoy l’apprendrait bientôt; et lorsqu’une de kand.jpgces merveilleuses lanternes ou était abandonnée par négligence sur la Terre, qu’elle y tombait, ou même était volée par l’un d’entre eux, les hommes se déchiraient pour la posséder, si grande était sa puissance! Cela arrivait.
 
Ces joyaux qui jetaient de la lumière étaient de différentes couleurs, et la pièce se trouvait comme remplie d’un arc-en-ciel. À Captain Savoy, il semblait qu’autour de lui était une peinture vivante, traversé d’étoiles pareilles à des flocons de neige. Or, si les couleurs se mêlaient, elles ne le faisaient pas au hasard; des formes s’y traçaient - représentant des choses, des êtres.
 
À cette époque, le héros n’était encore qu’au premier stade de son initiation; il ne reconnaissait, dans ces lignes, presque rien, ni personne. Il ne lisait pas dans les rayons des étoiles, comme plus tard il apprendrait à le faire. Un jour, il découvrirait que ces figures étaient celles de héros du temps jadis, et qu’elles retraçaient leurs exploits. Il s’agissait d’anciens hommes-fées qui avaient eu le droit de gagner des cieux plus élevés en se sacrifiant pour les autres, en particulier les mortels, conformément aux directives des dieux. Leurs combats se distinguaient, ces formes étant animées, et les couleurs chatoyaient et changeaient, comme pour signifier leurs gestes.
 
En vérité, l’esprit éclairé pouvait y lire leurs heures de gloire, ainsi que leurs heures de peine, à l’époque où ils demeuraient sur la Terre, et luttaient contre les démons de l’Abîme! 
 
On voyait là le fier Dal, abattu par le fils de l’Orc alors qu’il cherchait l’étoile tombée du Ciel pour sa jarylo.jpgDame, qui l’en avait requis; et d’en haut paraissaient des rayons, jaillissant du noble Dordïn, pour l’arracher à sa geôle ténébreuse. On distinguait également les héros de la grande cité - Sündamar, et Diênïn, qui combattait un dragon. Alar brandissait sa grande épée de fer météorique, et Vurnarïm forgeait ses foudres au fond de l’espace et par-delà le seuil du temps. 
 
Plus petits, moins visibles, Vidovède le Nain accomplissait son terrible destin à la recherche des fruits de l’arbre des anges, Samawald montait un phénix d’or pour entrer dans le monde de la Reine des Montagnes, et le prince Orlade galopait sur son cheval blanc comme neige, et à la crinière d’or, au sein de la bataille de la fin des temps.
 
Tous passaient ainsi que des songes, mais sous une forme d’éther que Captain Savoy apprendrait plus tard à différencier de façon plus parfaite, reconnaissant ce qui s’y mouvait, au lieu de n’y distinguer qu’une puissance unique déployée en un arc-en-ciel, comme alors il le faisait. Les êtres qui constituaient cet ensemble étaient pour lui surtout comme des étincelles au sein de cet arc. Or, il n’apprendrait son langage de couleurs qu’après de longs séjours auprès d’Adalïn. Nous en reparlerons une autre fois, si nous le pouvons!
 
Pour l’heure, revenons à ce qu’il vit ensuite: le lit était contre le mur de l’ouest - et son baldaquin était de soie pourpre. Les montants étaient en bois de cèdre, ou paraissaient l’être: l’essence en avait le même aspect. Il était nimbé d’une clarté étrange.
 
Soudain, sur la couche de soie bleue, Captain Savoy aperçut, assis, un être étonnant. Il en sursauta: il avait pensé qu’ils étaient seuls dans la pièce. Or, il s’agissait du dieu de l’amour; il souriait, et ses yeux luisaient; ils étaient pareils à des étoiles.  Il cligna des yeux: la vision disparut. Elle semblait n’avoir été là que comme un rêve!
 
Puis, relevant la tête, il s’aperçut qu’Adalïn le regardait en souriant.
 
Cependant, cet épisode commence à être long: il nous faut reporter la suite à une autre fois.

15/05/2013

Le mariage de Captain Savoy

1.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé Captain Savoy en compagnie d’Adalïn, la fille du roi des demi-dieux - comme on peut, certes, appeler ceux qui vivent sur l’orbe de la Lune. Or, lorsque saint Avit de Vienne, dans son Histoire spirituelle, dit que le paradis d’Adam et Ève était bien plus grand que la Terre actuelle, et que ses habitants touchaient aux astres, pour eux tout près, il faut certainement le rapprocher de ce royaume d’Ordolün père d’Adalïn. Il faut d’ailleurs signaler que, selon saint Avit, dans ce jardin miraculeux, les fleurs et les fruits croissaient chaque mois, sur les arbres. Les saisons ne duraient qu’une semaine: pas davantage. Or, il en était également ainsi dans les jardins du roi-fée!

Et ce sont justement eux qu’Adalïn commença à montrer à Lacner (véritable nom de Captain Savoy). Là étaient les plus merveilleuses fleurs du monde, et les fruits ressemblaient à des lampes. Au-dessus de lui, notre héros s’étonnait de voir les étoiles comme si elles étaient toutes proches: il tendait la main, et leur lumière s’y plaçait. Elles étaient juste au-dessus des arbres - circulaient entre les branches, comme si elles fussent leurs fleurs et leurs fruits! Elles laissaient derrière elles, en passant dans les feuillages, des morceaux qui devenaient réellement des fleurs puis des fruits! Ainsi se sacrifiaient-elles pour semer la vie sur l’Orbe de la Lune; et quand ces fruits qu’elles formaient tombaient, leur jus descendait sur la Terre et y engendrait des copies d’eux-mêmes.

Plus étonnant encore, le ciel paraissait être un plafond de cristal: il tournait, comme s’il eût été un dôme.

Alors Captain Savoy s’enquit: Est-ce là une machine? Qui la fait tourner? Et Adalïn, en souriant, répondit: Ô Lacner! Il s’agit du même ciel que tu vois depuis la Terre, mais ici, il apparaît tel qu’il est vraiment. Les étoiles sont des points d’or qui sont posés par les anges dans une onde qui coule et font THOR-concept-art-Asgard-2.jpgavancer la voûte céleste. Cette onde est mue à son tour par d’autres anges, placés au-delà. Ce que l’on croit voir n’est bien souvent qu’un leurre. Ce que tu nommes ciel n’est qu’un charme tissé par les dieux...

Captain Savoy en fut surpris, et ne fut pas sûr de tout comprendre; mais il n’en demanda pas davantage.

Ensuite, elle le fit pénétrer de nouveau dans le palais, et le lui fit visiter. Ils virent mille merveilles, sur lesquelles le héros posa mille questions ; et, toujours gracieuse et l'œil lumineux, en souriant doucement, parfois en riant de son étonnement et de ses réactions, qui montraient qu'il saisissait souvent mal ce qu'il voyait, mais qui montraient aussi qu'il en savait déjà long sur les mystères célestes, la belle fée lui répondait; et ainsi connut-il mieux le monde des immortels d'en haut.

Un jour peut-être il sera loisible à l'auteur de cette histoire de décrire en détail ce qu'il vit alors et apprit. Mais, outre que cela ferait dévier le conte loin de son objet principal, cela serait l'occasion d'explications longues et difficiles, ce monde étant différent en essence de celui où vivent les hommes, même s'il n'est pas dénué de formes sensibles. Car il est celui dont les choses matérielles sont venues, ou une partie de celui-ci, celui où les formes s'établissent sans se revêtir de matière: là les archétypes ne sont en rien des idées contenues dans la tête des hommes, mais des êtres vivants, se mouvant dans leur élément propre, qui est le père de tous les éléments, celui dont les autres émanent. Mais cela sera dit plus clairement une autre fois. Il suffit lors de faire savoir que Captain Savoy s'initia alors aux mystères de ce pays de fables, qu'il apprit à le connaître, et que la belle Adalïn fut son guide, sur le chemin de cette connaissance, qu'elle lui enseigna ce qu'il devait savoir, qu'elle lui apprit ce qui le warlock-adam.jpgrendrait dans sa conscience l'égal des immortels, qu'elle forma son esprit après que d'autres êtres fabuleux et mystérieux eurent formé son corps: car on sait qu'il en acquit un nouveau, après la destruction de celui qu'il avait eu sur Terre en tant qu'homme, et que c'est ce qui lui donna ses merveilleux pouvoirs. Ou si on ne le sait pas, c'est encore quelque chose qui devra être dit, et révélé au monde: Captain Savoy est issu d'une résurrection. Des esprits d'une grande puissance l'ont renvoyé sur Terre muni d'un corps nouveau, pour accomplir les grands desseins de la destinée. Il restait à lui créer une conscience nouvelle, les formateurs de sa chair immortelle n'y ayant placé qu'un germe; et les dieux en vérité en avaient chargé Ordolün et sa fille Adalïn, et c'est ainsi que celle-ci, ayant appris qui il était, avait été, et devait être, sentit dans son cœur un commencement d'amour, avant même que le héros ne la connût.

Toujours est-il que la visite se poursuivit et que, bientôt, ils furent de retour dans le jardin, où ils comptaient se reposer un peu. Ils s'assirent sous une tonnelle étincelante, parsemée de pierreries qui jetaient une clarté douce et belle, et parlèrent quelque temps, avant que la conversation ne commençât à se languir. Au loin, on vit, sous une galerie, passer une troupe de femmes et d'hommes joyeuse, qui chantaient et riaient, et tenaient des instruments dans les mains, et ne semblèrent pas les voir. Puis, ils s'en furent et le silence revint. De la cime de quelques arbres vinrent alors quelques chants d'oiseaux, et il parut à Captain Savoy qu'ils lui disaient quelque chose; mais il ne savait ce que c'était. Finalement, Adalïn lui demanda s'il voulait marcher un peu; et le héros acquiesça.

Alors qu’ils s'avançaient sur des perles servant de gravier, que les baignait la clarté des étoiles et des lampes, Captain Savoy, sentit son cœur s’emplir de la présence d'Adalïn. Il ne voyait plus qu’elle, et il lui semblait qu'une lumière émanait de sa personne. Sa douce voix, qu'elle faisait entendre par de 2.jpgbrefs murmures, puisqu'ils n'avaient plus de sujet de conversation, et que le héros était déjà fatigué, dans son esprit, par les mille merveilles qu'il avait découvertes - sa douce voix le troublait et l'emportait sur des chemins inconnus, mêlés de rêves et de sensations. Il oublia bientôt tout le reste.

Soudain, il se tourna vers elle, la fit s’arrêter en lui prenant le bras, puis il plaça sa main dans la sienne, et elle resserra ses doigts. Elle rougit, néanmoins, et parut émue, lorsqu'elle le regardait. Son œil s'humidifia, et même une larme s'y forma, brillante comme le cristal; Captain Savoy vit s'y refléter les feux du sublime jardin. Il fut bouleversé, car il percevait que la femme qui avait hanté ses rêves l’aimait véritablement.

Il s'approcha, et posa ses lèvres sur les siennes.

Alors, au-dessus d’eux, ils entendirent une musique étrange; elle venait du ciel. Lacner chercha d'où elle pouvait provenir. Or, des êtres lumineux, comme suspendus parmi les étoiles, placés sur des sortes de brumes dorées, jouaient cette musique, maniant des instruments bizarrement colorés.

Captain Savoy se demanda ce que cela signifiait. Adalïn sourit, et chuchota: Ne dis rien, ô Lacner, et laisse-les jouer.

Plus tard, il apprendrait qu'il s'agissait en réalité de ceux qu'en Inde on appelle les Gândharvas, et qui j3.jpgouent de la musique dès qu'un amour profond et sincère unit deux êtres. Sur Terre on l'entend dans son cœur, si on est attentif; mais dans l'orbe lunaire, ils apparaissent: ils ne restent pas invisibles comme au pays des mortels.

Captain Savoy ne chercha néanmoins pas à en savoir davantage, pour ce soir. Plein de joie douce et d'émotion contenue, il embrassa de nouveau Adalïn, cherchant même à la faire asseoir sur le gazon; mais elle refusa. Le repoussant légèrement, elle lui jeta un regard malicieux, et se retourna, comme pour le fuir. Sans tarder il la suivit, et ils passèrent, ainsi, tous deux sous une arche ornée, au pied d'un mur; puis ils montèrent quelques marches, et parvinrent au seuil d’une porte d’émeraude, qu’Adalïn ouvrit d’un geste: le battant se déroba comme s'il avait perçu l’ordre qu'on lui adressait. Ils entrèrent, et Lacner fut émerveillé par ce qu’il vit.

De cela, cependant, nous parlerons une autre fois.