23/02/2014

Captain Savoy contre la grande Pieuvre

1969255_10152355195265934_653981078_n.jpgDans le dernier épisode de cette épique série, nous avons laissé Captain Savoy, l’ange de gueules à croix d’argent, au moment où, combattant la pieuvre énorme, l’entité-pieuvre du lac d’Annecy, il se vit bientôt entouré de hordes de démons nés des failles sombres de la montagne. Il ne voyait plus d’autre recours que d’appeler à l’aide ses nouveaux amis: les chevaliers argentés de la Lune.
 
Usant du moyen que lui avait enseigné le roi des elfes dont il était désormais le gendre, il le fit; mais il ne se produisit d’abord rien. 
 
Les Orcs se rapprochèrent, et la Pieuvre, remise des assauts de son ennemi, déployait ses tentacules autour de lui. Serrant les dents, le héros leva sa lance et se jeta dans la masse sombre du mal; quiconque l’eût vu à cet instant eût été stupéfait de le voir disparaître dans cette épaisse obscurité, ne laissant derrière lui qu’un faible éclat, comme celui d’une étoile au sein d’une nuit de ténèbres, quand les nuages soudain laissent paraître un astre lointain - avant de la recouvrir comme des rideaux. Tel, Captain Savoy, jadis un astre vivant, une étoile se déplaçant sur la terre, à présent semblait englouti, mort à jamais!
 
Mais l’on vit alors, venant du Ciel, un rayon d’or, qui entra dans cette masse qui tourbillonnait, qui s’agitait, et la pointe de la lance de Captain Savoy étincela, repoussant, éloignant les ennemis qui s’entassaient autour de lui. Car sa lance virevolta, et le dégagea.
 
Ce n’était pourtant là qu’un répit; d’ailleurs, pendant ce temps, ricanante, effroyable, cruelle, implacable, la pieuvre géante avait délaissé le combat, méprisant trop les démons ordinaires pour joindre ses forces aux leurs, et pensant qu’ils étaient assez nombreux pour occuper voire vaincre le héros, et elle s’était approchée des remparts de la ville, afin de les renverser, et s’y répandre, dévorer ses habitants - et faire des survivants ses esclaves, leur ordonner de sacrifier leurs vierges, ou leurs enfants, à sa faim que rien ne pouvait en vérité assouvir. Tel était son projet!
 
Or, au-delà de ses ennemis qui avaient reculé, Captain Savoy la vit, durant un bref instant, s’approcher d’Annecy - et une douleur lui vint au cœur. Même s’il parvenait à résister aux démons de la montagne, il ne pourrait empêcher ce monstre de s’emparer de la ville.
 
Déjà avait-il ouvert une brèche de ses puissants tentacules, balayant les habitants qui avaient essayé de résister, et commençant à les dévorer, à les engloutir dans sa gueule pareille à un abîme. Il se dirigeait à présent vers le château, dernier bastion de la liberté; là, les jeunes disciples de Captain Savoy, encore peu aguerris, mais déjà vaillants, prêts à sa dévouer, à mourir s’il le fallait, voulurent lideva.jpgvrer bataille. Et l’âme du héros fut saisie d’une angoisse encore plus atroce que précédemment, car il les aimait d’un amour tendre et profond, et il savait qu’ils ne pourraient pas rivaliser avec le monstre, qu’ils seraient dévorés eux aussi. Il versa des larmes de dépit, de colère, de douleur, et redoubla d’efforts pour se dégager de la nuée de ses ennemis infâmes, qui le surplombaient, et se pressaient autour de lui - sans pouvoir toutefois le vaincre, car il était trop fort, trop rapide, et sa lance jetait des éclairs, dont ils périssaient abondamment! Comme un feu était autour de lui, qui empêchait les démons de s’approcher, et qui les foudroyait dès qu’ils se plaçaient à sa portée. Mais cela ne suffisait pas: il n’avançait pas d’un pied, les Orcs étant innombrables et se renouvelant sans cesse, ne connaissant pas la peur, et étant animés par la rage.
 
Soudain, un coup de tonnerre retentit, et des éclairs jaillirent; les démons tombèrent par dizaines. Derrière eux, enfin, Captain Savoy aperçut un détachement de chevaliers argentés, dont l’éclat indiquait clairement qu’ils arrivaient de l’orbe lunaire, qu’ils avaient passé le seuil de clarté, et qu’ils étaient à présent sur Terre, pour la première fois depuis bien des siècles! Car pour notre héros avaient-ils renoncé à leur vœu de ne plus jamais y revenir.
 
Ils étaient moins nombreux que Captain Savoy ne l’eût pensé; peut-être y avait-il eu un débat entre eux pour savoir qui s’y rendrait, beaucoup trouvant qu’il leur avait trop tôt demandé de l’aide, que c’était un mauvais signe. Au final, seuls neuf combattaient; et Lacner reconnut parmi eux, arborant un cercle doré sur le front, le propre frère d’Adalïn, qu’il avait connu dans le royaume enchanté, le vigoureux Estalpil - seigneur des terres orientales. Il était plus jeune qu’Adalïn, et il s’était pris d’amitié pour son nouveau frère, quoiqu’il fût né parmi les mortels: il trouvait que sa vaillance valait la leur, et qu’il avait bien mérité de recevoir la nature et les pouvoirs d’un demi-dieu, comme eux étaient. Les huit qui l’accompagnaient étaient ses fidèles amis. À eux tous, au combat, toujours ils faisaient merveille!
 
Ce qu’il en advint alors sera cependant dit une autre fois.

14/12/2013

Le retour sur Terre de Captain Savoy

Dans le dernier épisode de cette mystérieuse série, nous avons laissé Captain Savoy au sein de la fête qui avait été donnée le lendemain du mariage selon l’ordre des Gandharvas - c’est-à-dire, inspiré d’abord par l’amour -, qui l’avait vu s’unir à la princesse Adalïn, fille du roi Ordolün.
 
Or, le soir du troisième jour, les invités se retirèrent, et les jardins se vidèrent, tout comme le palais royal, chacun rentrant dans sa demeure propre. Seul Ordolün, curieusement, resta. Captain Savoy en fut surpris. Il s’en ouvrit à Adalïn, qui lui révéla que son père avait quelque chose de très important à lui dire.
 
Il vint à lui, et se déclara prêt à l’écouter.
 
Et le roi lui apprit qu’il lui fallait, à présent, laisser son épouse seule, et repartir sur la Terre, où l’attendaient des tâches majeures! Il ne pourrait revenir que lorsqu’il aurait accompli tous les travaux dont1150663_539977912739701_398684733_o.jpg les dieux l’avaient chargé. Alors seulement les deux époux pourraient vivre durablement leur amour - et connaître le repos, le bonheur. Il n’était pas temps, encore, pour lui, de vivre parmi les fées; il lui fallait souffrir, combattre, éprouver les peines, accomplir son devoir! Il devait vivre parmi les hommes en butte aux menées du mal, et les secourir dans leurs malheurs. Tel était son destin!
 
Il n’avait été ressorti du monde des ombres, arraché aux ténèbres, rendu à la vie, que pour cette raison; il lui fallait l’assumer. L’heure des récompenses n’était pas encore venue, et l’amour d’Adalïn n’y changeait rien.
 
Pendant ce discours, Captain Savoy tenait la tête baissée; il savait, en vérité, qu’il en était bien ainsi, mais la douleur, le chagrin, entrait profondément dans son âme. Il versa une larme, songeant à la princesse merveilleuse qu’il devrait laisser derrière lui. Il demanda à Ordolün si elle était au courant; Bien sûr, répondit-il, elle l’a toujours su!
 
Lacner en fut ému jusqu’au fond de son cœur.
 
Et voici! les deux époux se dirent adieu, et échangèrent des mots que nous ne saurions répéter, tant leur secret fut grand, et demeura bien gardé: les dieux eux-mêmes n’osèrent pas le chuchoter.
 
Le lendemain, Captain Savoy se vêtit de son armure flamboyante, qui est son costume enchanté, reprit sa lance, et il fut accompagné aux portes du royaume d’Ordolün par tous ses vaillants chevaliers. Et ils asgard-thor294.jpgpleuraient, et lui promettaient qu’ils se reverraient bientôt. Et quand le héros s’en fut, Adalïn à son tour versa des larmes.
 
Mais bientôt tout ce monde fabuleux disparut dans le flot de couleurs claires que Captain Savoy pénétrait dans sa marche virile pour retourner sur la Terre périssable, et son cœur se serra; il se demanda s’il ne pourrait jamais revoir aucun de ces êtres fées, et en doutait: il avait comme un mauvais pressentiment, une ombre était en lui.
 
Bientôt fut-il à la porte de sa base, au sein de la montagne mystérieuse dont le nom sera donné en temps voulu. Il y entra, et soupira. Puis il alluma son écran psychique, qui lui montrait les monstres qui se répandaient à travers la Terre pour y semer le mal, avant même que les effets de leur action ignoble fussent perçus des simples mortels: il avait par lui cette prescience!
 
Il eut la vision de la pieuvre géante qui attaquait la cité d’Annecy depuis les sombres profondeurs de son lac - et qui, au-delà de sa forme ténébreuse, avait le visage d’une femme atroce, méchante. Et c'est liste_Pouvoirs-psychiques-et-mutations_7983.jpegainsi qu’il s’arma, et accourut pour l’affronter. Il se plaça devant elle, et lui ordonna de s’arrêter dans son avancée fatale; mais elle ne fit qu’en rire, et le combat s’engagea, ainsi que cela a été dit déjà.
 
Captain Savoy bondissait de tentacule en tentacule, et leur assénait de terribles coups de sa lance d’or; il faisait aussi jaillir de celle-ci des rafales d’énergie pure, qui atteignaient le monstre au corps, dans son centre. Et certes, il en était blessé, et meurtri, et sa rage s’en augmentait; et Captain Savoy eût pu finir par l’achever, car si sa force était moindre, il était cent fois plus rapide, et l’était au point de laisser derrière lui des traînées d’étincelles quand il se déplaçait d’un tentacule à l’autre ou d’un point à l’autre de l’espace, de telle sorte que le monstre en était aveuglé, étourdi; mais c’est alors que son cri rageur fit sortir des failles de la montagne des nuées de hordes noires, de guerriers démoniaques armés jusqu’aux dents - et ils étaient ceux que d’aucuns ont nommé les Orcs, les Immortels de l’Abîme. Captain Savoy se vit alors perdu, car il était entouré de toutes parts.
 
Il n’avait pas encore élevé ses disciples à la dignité de héros, quoiqu’ils eussent été choisis, ainsi que cela a été raconté déjà; ils n’étaient encore que des élèves, trop jeunes pour affronter ces suppôts de l’enfer. Sans doute l’Elfe Jaune avait acquis une force suffisante; mais, de l’autre côté de la montagne, il combattait Momulk, un homme-monstre, un homme qu’avaient pénétré, défiguré et métamorphosé d’infernales créatures vertes: grande déjà était sa tâche! Et quant à l’Amazone Céleste - elle aussi prête, elle aussi mûre pour le combat -, elle avait voulu faire son chemin seule. Ainsi, Captain Savoy se retrouvait sans aide possible, si  ce n’est celle des chevaliers-fées de la Lune!
 
Ce qui s’ensuivit ne sera néanmoins dit qu’une fois prochaine.

11/10/2013

Captain Savoy sous l’œil d’Éros

526520_370267626435410_1396200301_n.jpgLors du dernier épisode de cette mythologique série, nous avons laissé Captain Savoy au moment où, dans la chambre d’Adalïn, il venait d’avoir eu la vision du dieu de l’amour sur le lit de la belle - puis, ayant relevé la tête, celle de la belle, qui le regardait en souriant.
 
Ses yeux brillaient, comme si elle n’ignorait rien de ce qu’il pensait, de ce qui l’intriguait, de ce qui lui inspirait du désir tout en le laissant dans l’incompréhension. Le héros demeura immobile, ne sachant que faire, et la princesse lui tourna le dos et fit mine de s’affairer à des objets qui se trouvaient sur une commode; apparemment, elle ne se souciait plus de lui.
 
Alors s’approcha-t-il, et mit une main sur son épaule et l’autre sur son flanc - et, comme on entendait toujours, au dehors, à travers la fenêtre ouverte, la mélodie des Gandharvas, qui semblait amener avec elle une sorte de clarté, il lui demanda si elle accepterait de danser avec lui.
 
Elle se retourna, souriant avec douceur, et leurs mains se joignirent. Leurs pas épousèrent le rythme de la musique; leurs corps tracèrent des figures.
 
Il l'embrassa: leurs lèvres s’unirent; leur baiser dura. Il lui caressait les cheveux; il lui sembla qu'ils s'allumaient d'une clarté étrange, qui fit autour du front de la belle comme une auréole. Il la regarda, et ses yeux étaient plus brillants que jamais. Il apposa un baiser sur chacun d'eux, comme pour en saisir la lumière. Il poursuivit son cheminement de baisers sur son visage et dans son cou. Des étincelles couraient sur sa peau, et il croyait pouvoir les capter. Une douceur ineffable s'y trouvait. De douces odeurs s'en exhalaient, pareilles à celles des fleurs, ou à celles des astres, s'ils en avaient eu une. Bientôt, en souriant, elle l'entraîna vers le lit, et ils s’y étendirent.
 
Et l'étonnement de Captain Savoy continua, mais cela renforça en lui le désir, si cela était encore possible, plus que cela ne l'amena à s'interroger. Car il crut voir, sur le sein dénudé d'Idalïn, surgir une flamme, mais qui Movie-Excalibur+(key+art+3).jpgne le brûla pas : c'était, à nouveau, comme de la lumière. Et il s'efforça de la saisir de la main et de la bouche, couvrant de baisers ce corps magnifique et luisant. Et le plus merveilleux apparut alors : des épaules de la belle, il pensa voir deux ailes se déployer, tout enflammées!
 
Entre ses bras, elle était telle qu'une braise, rayonnant de l'intérieur; mais sa peau restait douce et fraîche, molle et parfumée, et il se sentit face à une déesse, ce qu'elle était.
 
Soudain, en une brève vision, Captain Savoy aperçut, au-dessus de lui et à sa droite, l’être scintillant qu’il avait déjà entrevu; il portait, à la main, un arc doré: des flèches, lentes et silencieuses, en partaient - et dès qu'elles touchaient la chair d’Adalïn, celle-ci s'éclairait!
 
Enfin, le héros plongea son visage dans la chevelure étincelante de la fée, et il se trouva comme pris dans une bourrasque de lumière, traversée d'étincelles de différentes couleurs, à la façon de blés d'or battus par le vent en plein soleil. Il lui sembla être parmi les astres, et qu'ils tournaient autour de lui, qu'ils dansaient, et chantaient.  Et il se vit avec Adalïn, et son visage lui réapparut, plus beau que rien en ce monde, les yeux se confondant avec des étoiles particulièrement brillantes, et il l'aima à la folie.
 
Puis, la vision disparut. Après une explosion rougeoyante, une obscurité profonde s'était répandue. Il ne distinguait plus rien. Il ressentit une peur; éprouva une sorte de vertige.
 
Alors toutefois se manifesta encore une lumière, qui d'abord ne fut qu'un point; et, voici! elle grandit jusqu’à englober les deux amants. Et au sein de cette clarté Captain Savoy vit une forme se tracer, comme si se matérialisait de l’or vaporisé. Il ressemblait à un enfant, et là où se trouvait son cœur du feu brillait. Les yeux de l’être le scrutèrent, et il lui parut qu'il le connaissait; mais il se rappelait pas l’avoir jamais vu. Ce fut pour lui une énigme.
 
Cette seconde vision s’en fut. La chambre redevint ce qu'elle lui avait paru au moment où il y était entré, avec des lampes toutefois moins claires, moins lumineuses: elles ne brillaient plus que faiblement dans la pénombre. Il s’endormit, avec à ses côtés la divine princesse…
 
Et lorsqu’il s’éveilla, déjà l’aube s’était levée: la clarté du jour remplissait la fenêtre et faisait entrer dans la chambre sa lumière d’or. Adalïn, penchée sur lui, le regardait en souriant. Or il entendit, venant du dehors, des chants d’oiseaux, qui bientôt furent mêlés de chants d’hommes.
 
De la musique aussi s’éleva: des flûtes, des hautbois, des luths résonnaient, et des rires se faisaient ouïr. Ce n’était plus la musique des anges, des Gandharvas célestes, mais celle du peuple d’Adalïn, des chevaliers et dames du château d’Ordolün.
 
Bientôt les deux amants sortirent, et une pluie de fleurs, versée par des fées qui se trouvaient au-dessus de la porte, suspendues au mur, assises sur une corniche, leur tomba dessus. Les rires des autres n’en furent que plus abondants. Captain Savoy en fut confondu, et rougit; mais Adalïn souriait, comme si elle avait su qu’il en serait ainsi.
 
Un homme alors s’avança, et les déclara mariés pour l’éternité sous l’œil des anges, et par la volonté
Music Making Angels Peter Paul Rubens.jpgdivine!
 
Une fête s’ensuivit, qui dura trois jours. Aux festins s’enchaînaient les festins, et l’on chanta, dansa, l’on raconta mille histoires joyeuses. De hauts faits furent rapportés, qui éclairèrent beaucoup Captain Savoy sur la destinée du monde, et les êtres qu’il avait vus dans la chambre d’Adalïn; en particulier, on s’attarda sur les amours célèbres. Des principes cachés s’en exhalaient, qui devaient instruire les jeunes mariés, et surtout Captain Savoy, qui ne les connaissait pas. Il lui sembla, après cela, qu’une voix parlait dans son cœur, et lui inspirait une sagesse nouvelle: bien des choses devinrent transparentes, pour lui, qui jusque-là lui avaient paru opaques!
 
Néanmoins, la suite de cette fabuleuse aventure ne pourra être évoquée qu’une fois prochaine.