26/02/2015

Captain Savoy et ses disciples contre le Fils de la Pieuvre

88069.jpgDans le dernier épisode de la série sur Captain Savoy évoquant son combat contre la Grande Pieuvre et son fils hideux, nous l'avons laissé alors qu'il se souvenait de sa rencontre avec l'Homme-Cygne, le gardien occulte de la ville de Genève: ils venaient, après s'être battus, de se déclarer amis. L'Homme-Cygne en particulier en avait exprimé la nécessité.

- Eh bien, déclara Captain Savoy, sache que si, un jour, un ennemi puissant te cause du souci, que si tu ne parviens pas à le vaincre, tu pourras m’appeler à l’aide, et que j’accourrai! Et si je vois du mal advenir dans Genève et que je ne te vois pas réagir, supposant que tu es pris ailleurs ou empêché d’une autre manière, je suppléerai à ton absence. - Ah ! dit l’Homme-Cygne encore en riant; qu’il en soit ainsi! Et considère-moi de la même façon pour toi. En particulier, si le mal menace Annecy, la fille de Genève, tu peux m’appeler: je serai prêt à donner ma vie pour t’aider, pour te secourir, pour te seconder, pour combattre ce mal qui m’atteindra aussi au cœur. Mais tu peux faire de même pour Chambéry, Annemasse, et les autres cités de Savoie, en vérité. - Qu’il en soit ainsi! rit à son tour le héros au costume vermeil à la croix d’argent.

Par la suite ils passèrent du temps ensemble, échangeant sur de nombreux sujets, s'invitant l'un l'autre dans leurs citadelles, en présentant les merveilles et les secrets, et devenant de grands et bons amis.

Son souvenir avait rejailli, par conséquent, dans l’esprit de Captain Savoy: le moment l'exigeait. Il fit alors partir de la cime de son esprit, par le sommet de sa tête, une pensée flamboyante, qui, portée par des ailes de feu, se dirigea aussitôt vers Genève et le palais de l’Homme-Cygne, sous le lac Léman. Elle parvint sous la forme d’un messager de lumière au fils de l’Immortelle, et lui délivra le message de son auteur - en déployant dans l’air, devant ses yeux, l’image de ce qui se passait à Annecy! Et la voix de Captain Savoy résonnait, lui demandant de l'aide.

Or, pendant ce temps, le monstre né de la Grande Pieuvre poursuivait son œuvre d’abomination. Dès en effet qu’il avait eu asséné au héros son coup fameux, il s’était détourné, ne prenant pas même le temps de regarder où il tombait, ni s’il s’en relevait; il ne l'avait suivi que de sa forte pensée – laquelle avait pris la forme d'un spectre infâme qui l'avait fait couler au fond du lac: car il en était ainsi que tout ce que ce monstre concevait se cristallisait en fantôme horrible. Ainsi avait-il prolongé son bras par un esprit invisible! Et Captain Savoy s'en débarrassa d'un coup de sa lance mystique - qui pouvait aussi pourfendre les esprits. Et la suite s'est déroulée comme nous l'avons dit, car c'est à ce moment qu'il fut attrapé par une bête des profondeurs, puis délivré par la belle Adalïn.

Le monstre fils de la Pieuvre, donc, dévorait les habitants d'Annecy, détruisait les maisons, se déversait dans les rues comme un cyclone. Cependant il épargnait ceux qu'il voyait se prosterner devant lui, passait par-dessus eux sans les atteindre; mais s'ils relevaient la tête à son passage, il la coupait d'un coup de griffe, et engloutissait le corps dans son ventre immonde.

Bientôt il monta la rue qui allait au château, parvint devant celui-ci - et d'un coup de son épaule en abattit la porte. Derrière l'attendaient quatre disciples de Captain Savoy en âge de combattre, armés, 10983425_1555849628032517_5737267038190618269_n.jpgprêts à défendre la place au péril de leur vie: l'Amazone Céleste, le Léopard des Neiges, le Nouvel Hanuman, la Femme-Faucon. Or, durant sa montée, ceux qui s'étaient prosternés l'avaient suivi, formant une troupe; et les pensées du monstre entraient en eux comme un chuchotement, et ils devenaient ses esclaves, sa volonté devenait la leur. Voyant les disciple du héros, jeunes et inexpérimentés, il trouva bon de les faire chasser par le peuple annécien, qui avait tant compté sur eux: car quoique né de quelques heures à peine, il avait en lui toute la connaissance de son père, le géant déchu de l'abîme qu'avait vaincu Dal et dont des tentacules avaient essayé de saisir Captain Savoy - et rien ne lui était inconnu de ce qui s'était déroulé à Annecy durant les siècles antérieurs. Il avait son esprit en lui - et sa ruse, sa malignité, pénétraient son corps plein de vigueur, de brutalité.

Riant, il ordonna, en pensée, aux Annéciens d'attaquer les Disciples avec les armes qu'ils avaient prises pour arrêter son avancée et celle de sa mère - auparavant. Et c'est ainsi que, tout jeunes encore, les quatre qui, avec l'Elfe Jaune, avaient été initiés à l'art des armes, firent face à un peuple qu'ils étaient censés protéger.

Car il faut dire que les sept autres disciples n'étaient pas prêts; ils n'avaient pas encore reçu le droit de combattre. Il faut même révéler qu'un des sept avait fait défection, et n'avait point encore été remplacé: Captain Savoy n'avait rien dit à ce sujet, sinon que les disciples devaient être douze. Il s'agissait d'un mâle, et certains assuraient qu'il serait remplacé par un être exceptionnel, qui s'initierait tout seul aux mystères cosmiques; mais il n'est pas temps d'en parler. Il suffit de dire que pendant qu'à leur grand dam les six disciples trop jeunes de Captain Savoy étaient gardés par un des sages préposés à leur initiation qui les empêchait de sortir – car ils brûlaient de secourir leurs compatriotes, mais pour eux l'intervention signifiait la mort certaine -, les quatre que nous avons dits attendaient de pied ferme le monstre que n'avait pu encore battre Captain Savoy - et furent décontenancés quand il dédaigna de les affronter directement, leur envoyant des Annéciens ordinaires. Son mépris leur fit honte, et aussi, ils se demandaient comment affronter ces hommes qu'ils devaient protéger, comment les mettre hors de combat sans les blesser ou les tuer, alors qu'ils levaient déjà leurs fusils, leurs sabres, leurs couteaux, leurs haches vers eux.

Ce qui se déroule alors devra cependant être dit une autre fois, cet épisode étant à présent excessivement long.

10/02/2015

Les origines de Captain Savoy, IV (Interlude)

Spirit-Triumphant-1.jpgDans le dernier épisode de cet interlude retraçant l’origine de Captain Savoy, nous avons laissé le simple mortel Jacques Miolaz alors que, ayant pénétré une sorte de temple étrange, situé sous la montagne, il avait suivi son ange jusqu'à une colonne de feu dans laquelle, à son exemple, l'ayant vu projeté dans les hauteurs, il était entré.

Aussitôt, il sentit une douleur atroce: certes, il était soulevé, lui aussi, mais à peu de distance du sol: il restait suspendu entre le haut et le bas. Mais surtout, il était consumé dans sa chair jusque dans les profondeurs. Il hurla, et sa souffrance se doubla de l'amertume qu’il avait d’avoir été trompé. Car sa chair partait en lambeaux! Il la voyait disparaître.

Cependant, il eut la surprise de ne pas se sentir mourir: sa conscience demeurait complète. Il pouvait encore penser.

Puis, curieusement, il vit qu’une chair nouvelle naissait de son être! Plus claire, plus brillante, plus lisse, elle était presque transparente, pareille à du cristal doré. Dès lors il se sentit une force nouvelle; il perçut qu'il devenait tel qu'un dieu! Il exultait, et son regard soudain perça des voiles, et il vit des êtres glorieux se tenir dans les étoiles, ceux-là même qu'il avait vus sur l'écran, en entrant. La montagne se dissipa comme une fumée, et il aperçut au loin tous les hommes, et les cités célestes.

Il se voyait sans se regarder: devant lui se tenait l'image de lui-même – et il se percevait musclé, grand, blond, et une clarté émanait de lui, comme surgissant de sa peau. Celle-ci avait bien sûr perdu tumblr_n5q8y7juIX1rv0p43o1_500.jpgtoute trace de blessure, et ses yeux brillaient dans un visage refait; il était beau, tel qu'on peut rêver un homme beau.

Par dessus son épaisse poitrine, pareille à celle d'un héros, il vit soudain se tisser un costume qui était en même temps une armure, et qui avait les couleurs de la Savoie: une grande croix blanche se croisait sur sa poitrine et dans son dos, ainsi que sur son front, où bientôt vint se poser une couronne dorée, ornée d'une pierre rayonnante de teinte bleue. Ses yeux devinrent des braises éclatantes, et à son cou vint un collier d'or, soutenant l'emblème de l'Annonciade. Dans sa main se posa une lance luisante, et au doigt majeur de sa main droite fut mis un anneau orné d'une pierre verte.

Il se demanda comment ces choses arrivaient d'elles-mêmes sur son corps, et voici! lui apparurent des êtres élémentaires, sortes d'esprits petits qui lui tournaient autour et s'adonnaient à ces opérations: ils étaient ceux qui, par la volonté des anges, devaient le servir dans l'ordre terrestre! Parfois du reste ils devenaient grands, car ils changeaient de taille; dans leur monde, la notion d'espace occupé n'était pas la même que dans le nôtre.

Derrière eux tous, il revit l'ange qui l'avait mené en ces lieux et attiré vers la colonne flamboyante; cette fois son visage se dessina clairement à son regard. Il fut surpris de le trouver à la fois familier et étranger, comme s’il l’avait déjà souvent rencontré, mais sans se souvenir à quel endroit. Des images 105572-11508-firestorm.jpglui vinrent; elles semblaient suscitées par les yeux de l’ange, fixés sur lui. Et une connaissance lui vint aussi: il sut qu’il était un héros, un homme métamorphosé par la grâce divine, et qu’il devait employer ses pouvoirs au service du Bien. Une conscience cosmique était descendue en lui: un esprit nouveau, venu des hauteurs, qui vivait avec lui et l'avait transformé jusque dans l'ordre terrestre.

Tout cela lui apparut en un instant. L’ange disparut, mais il le retrouva tout près de lui, posant sa main sur son front: il ne l’avait pas vu changer de place; il l’avait fait instantanément.

Il l'entendit lui parler, quoiqu'il ne le vît pas remuer les lèvres: il était désormais, par son pouvoir et celui des dieux, un héros au vrai sens du terme, ce qu'on nomme à présent un super-héros – et le Gardien de la Savoie occulte, protecteur des Hommes, Justicier masqué - et en lui était l’âme du pays, son génie! Il se confondait désormais avec ce haut esprit!

Il apprit bientôt que l’écran qu'il avait vu en entrant lui servirait dorénavant - si l'on peut dire - de boule de cristal: il y verrait l’avenir, et pourrait intervenir avant que les choses ne fussent accomplies.

Et il essaya sans tarder ses pouvoirs: il lança un rayon de son anneau, un éclair de sa lance, fit tournoyer celle-ci entre ses doigts, jeta de la clarté depuis son collier! Il n’était plus, désormais, Jacques Miolaz - mais Captain Savoy, et il sut que son véritable nom, son nom secret, était Lacner. Mais il l’oublia, par la suite; Adalïn, son épouse aux cieux, dut ramener ce souvenir en lui, lorsqu’elle vint à lui.

Il est temps néanmoins de mettre fin à cet épisode; le prochain sera réservé à quelques réflexions sur la nature du héros et ce qu'il vécut sur terre après sa métamorphose.

09/01/2015

Les origines de Captain Savoy, III (Interlude)

peterdoigwhitecanoe.jpgDans le dernier épisode de ce mystérieux interlude d’une non moins mystérieuse série, nous avons laissé Jacques Miolaz, futur Captain Savoy, au moment où, placé sur un étrange esquif, doré et palpitant, il vit soudain se dresser devant lui une masse sombre, occultant les étoiles.
 
Jacques crut qu’il allait heurter la paroi rocheuse, mais, soudain, la base s’ouvrit devant lui: une grotte apparut, qu’il n’avait point vue. Il entra ainsi sous le roc de Chère, pénétrant le royaume des fées antiques: car maintes légendes couraient sur cet endroit.
 
Il suivit un chemin étrange, comme si le lac se déversait par là, comme si un courant l’emmenait; et son esquif doré jetait autour de lui des feux, se reflétant sur la roche.
 
Au détour d’un rocher, alors que le chemin tournait vers la droite, il vit une clarté plus grande luire sur la roche. Des couleurs s’y trouvaient: toutes celles de l’arc-en-ciel; le violet s’y mêlait au vermeil, le bleu au vert, le jaune à l’orangé. Or, lorsqu’il tourna lui-même à droite et put découvrir la source de cette lumière, il fut émerveillé.
 
Devant lui était un quai qui semblait être en marbre, et des escaliers menaient à ce qui ressemblait à l’intérieur d’un temple, mais qui aurait pu être aussi une salle de haute technologie: car il avait le sentiment que d’immenses machines éclatantes s’y tenaient, et en même temps elles paraissaient être de formidables sculptures, et des pierreries scintillantes les sertissaient qui rappelaient également des voyants lumineux, de telle sorte qu’il n’eût su dire de quoi il s’agissait véritablement. Il vit des statues qui avaient une vague forme humaine - et qui l’étonnèrent, car les yeux brillants semblaient l’en suivre, à mesure qu’il avançait. Il avait, de fait, quitté son bateau, et commencé à monter les marches.
 
Il aperçut au-dessus de lui un grand panneau, qui lui parut d’abord être un tableau majestueux, stars_argo.jpggrandiose: des figures célestes y étaient représentées, et des nefs stellaires, des vaisseaux cosmiques, et des routes au sein de la galaxie; le ciel qu’il connaissait pouvait encore s’y reconnaître, mais il était transformé, comme devenu peuplé, vivant, rempli d’êtres éblouissants!
 
Or, son cœur soudain s’arrêta: loin que ce fût un tableau mort, peint, il lui sembla que les figures bougeaient, qu’elles évoluaient, quoique lentement, majestueusement - et il sut dès lors qu’il se trouvait face à un écran dimensionnel, qu’il voyait en réalité les êtres célestes tels qu’ils étaient vraiment, que ce panneau était tel qu’une fenêtre - ouvrant sur un autre monde. Il eut peur; la majesté des êtres visibles l’effraya: il crut qu’il s’agissait de monstres. Les volutes de lumière qui les entouraient lui apparurent comme autant de tentacules entourant d’affreuses formes, leurs heaumes étranges lui parurent être des visages épouvantables, et il s’appuya sur une colonne, car il se sentit mal, comme manquant d’air: de la ténèbre vint dans son œil - et dans son âme.
 
Mais bientôt il rouvrit les yeux; il vit mieux ce qu’il en était, et les êtres qu’il voyait lui semblaient davantage semblables à de grands chevaliers, à des guerriers cosmiques - ou à des dieux; il se trouvait d’ailleurs des femmes, parmi eux, et leurs cheveux luisants emplissaient l’espace séparant les étoiles - ainsi que leurs voiles: elles étaient les mères de l’univers! Il vit que leurs mouvements n’avaient rien d’arbitraire, d’erratique, qu’ils semblaient doués de raison, et qu’ils étaient organisés entre eux, qu’ils avaient des rangs, une hiérarchie; mais il n’eût su dire lesquels.
 
Soudain, au coin de son œil, il crut voir, dans la salle même, une clarté, et il sentit qu’un regard pesait sur lui. Il tourna la tête, et vit l’ange qu’il avait déjà vu chez lui; dans la lumière chatoyante que les pierreries sur les statues, les images sur les panneaux diffusaient, son visage se distinguait mieux: il éblouissait moins. Il semblait l’attendre, le visage fermé. Jacques Miolaz se dirigea alors vers lui, mais il shrine_of_the_rising_phoenix_by_tituslunter-d5e36bd.jpglui tourna le dos, et commença à monter un escalier menant à une étrange plateforme. On ne voyait pas ses pieds: une robe lumineuse l’empêchait; il semblait glisser le long des marches, plus que les gravir une à une.
 
En haut, lorsqu’il l’eut suivi, Jacques put voir une colonne de feu, sortant d’un orifice obscur, et se dressant étincelante, traversée d’éclairs. L’ange le regarda, et se plaça dans cette colonne. Aussitôt, il disparut; Jacques crut l’avoir vu s’élancer dans les hauteurs, comme si elle avait le pouvoir de l’aspirer. Il se demanda: Si j’y entre, comme semble m’y enjoindre cet être, gagnerai-je moi aussi le Ciel? Serai-je à jamais libéré de mes maux?
 
Il hésita. Le feu semblait ardent, et propre à le consumer.
 
Et puis il se décida: il fit un pas en avant, pénétra la colonne.
 
La suite de ce mystérieux récit ne pourra néanmoins être donnée qu’une fois prochaine.