16/03/2015

Les origines de Captain Savoy, V (Interlude)

10983339_752349058194443_6285560341858105930_n.jpgDans le dernier épisode de cette mini-série consacrée aux origines de Captain Savoy, nous avons laissé le héros alors que, par l'action d'une mystérieuse colonne de feu, il avait acquis un costume-armure flamboyant et un corps nouveau, plus fort, plus lumineux, plus beau. Mais les observations qu'on peut faire à ce sujet ne sont pas terminées.

Je veux ajouter que ce corps rendu parfait, qu'avait Captain Savoy - outre qu’il n’avait évidemment plus les marques de brûlure de Jacques Miolaz, et ne rappelait qu'imparfaitement ses traits -, arborait autour de la tête des cheveux si fins et si purs, si légers, si évanescents, qu’ils semblaient être de la lumière à peine solidifiée; des étoiles semblaient même prises à leurs filets. Et le tout formait comme une couronne royale. Habituellement, néanmoins, il portait un masque-heaume qui lui recouvrait toute la tête, de telle sorte que cette chevelure n’était guère visible. Une autre couronne avait du reste été matérialisée par-dessus ce masque-heaume; elle avait une gemme brillante, au-devant, sur le front du héros.

Dans les seuls moments où il se mêlait aux hommes sous son ancienne identité s’étonnait-on de sa beauté, non seulement retrouvée, mais décuplée: comme on le reconnaissait à peine, on se disait qu’il avait dû avoir recours à la chirurgie esthétique. Certains se demandèrent même s’il ne s’agissait pas d’un autre homme, qui avait usurpé son identité, mais sa manière de parler, de se mouvoir, était bien la même, et quelque chose dans son regard surtout n'avait point changé: car si ses yeux étaient plus brillants, plus vifs, ils portaient toujours le poids de son douloureux passé.

On ne s’étonnera donc point qu’il ait pu plaire à Adalïn l’Immortelle - étant devenu lui-même pareil aux Immortels, dans son corps de cristal doré. Et on ne sera pas surpris que son corps nouveau ait pu il_570xN.358666059.jpgoublier le contact de sa femme mortelle, car c’était comme s’il avait connu une nouvelle naissance.

Au demeurant les sages disent qu’Adalïn avait un rapport avec son ancienne épouse, qu’elle gardait en quelque sorte son esprit avec elle, et que c’est à cause de cela aussi qu’elle était tombée amoureuse de lui si profondément - et qu'il avait pu lui rendre son amour. Mais c’est là un mystère qu’il n’est point temps de percer.

Et en tout cas c’est ainsi que ma vision s’acheva – celle qui avait commencé lorsque j'avais aperçu Captain Savoy et la troupe de ses amis, chevaliers de la Lune, glissant sur la mer de nuages, ainsi que cela a été dit au début de cet exposé sur les origines mystérieuses du héros!

Je voudrais néanmoins compléter cette évocation pour expliquer quelque chose de plus mystérieux encore, au sujet de Jacques Miolaz; car les causes profondes de sa métamorphose n'ont semblé qu'à demi révélées à quelques-uns. Et peut-être les saisira-t-on mieux quand je dirai que, dans sa vie précédente, il avait été un roi khmer - régnant à Angkor. À ce titre, il avait été initié, et chaque nuit, au sommet d'une pyramide, au sein d'une tour d'or, il s'unissait à une fée de la Lune qui était la fille d'un Roi-Serpent - ou Nâga -, maître véritable de la terre des Khmers, et elle complétait ainsi son initiation, l'ouvrant aux divins xe26.jpgmystères, lui donnant la faculté de régner sagement. Puis, après cette union avec la fée de la Lune - qui en réalité était déjà Adalïn -, il descendait de sa tour d'or, et il s'unissait à l'une de ses femmes mortelles: car il en avait beaucoup.

Or, peu à peu, il se laissa ensorceler par les joies de la chair, préférant ses femmes profanes à son épouse sacrée, et la volupté s'emparait de son âme, et l'enseignement de la fille des Nâgas se perdit en lui, obscurci par les vapeurs de la luxure, et un esprit mauvais demeura dans son âme, qui demeura jusque dans son incarnation suivante. Or Jacques Miolaz ne sut pas lui résister. Pourtant, en lui, au plus profond de son cœur, il avait conservé le souvenir de l'initiation subie durant sa vie antérieure, alors qu'il était jeune et plein de feu, de piété, de foi. Il faut dire que quelque chose déjà l'avait purifié et conservé un tant soit peu à l'abri du mauvais esprit: c'est que le roi khmer qu'il avait été fut assassiné dans des conditions douloureuses, un de ses neveux profitant de son impopularité, laquelle avait grandi à mesure qu'il devenait clair qu'il était envahi par l'esprit de la volupté, et s'occupait davantage d'enlever les jolies filles de la cité que de gouverner son peuple avec sagesse. Ce neveu avait feint de le servir, jusqu'au moment où, le trahissant, il lui enfonça un poignard dans la gorge.

Au seuil de la mort, le roi en fut marri, et désespéra de la nature humaine. Mais à cause de la souffrance qu'il avait subie, il lui fut pardonné certaines choses, et les esprits qui l'avaient initié restèrent avec lui. C'est ainsi que dans sa vie ultérieure il put devenir Captain Savoy, recevoir la visite d'un ange, et qu'il lui fut donné la puissance magique des anciens comtes de Savoie - en vérité proche de celle des vieux rois khmers.

Il bénéficia notamment de la protection de l'esprit que parmi les hommes on connaît sous le nom de saint Maurice, et qui fut le patron de la Savoie - mais aussi des guerriers. Mais la raison ne peut être dite pour le moment: il suffit que cela soit su. Et de savoir, aussi, que ce saint Maurice vivait dans les cieux, qu'il était un être de haut rang - de celui des archanges; qu'en tout cas il avait acquis le droit de vivre parmi ceux-ci.

C'est ainsi que s'achèvent - provisoirement, du moins - ces considérations sur les origines de Captain Savoy.

26/02/2015

Captain Savoy et ses disciples contre le Fils de la Pieuvre

88069.jpgDans le dernier épisode de la série sur Captain Savoy évoquant son combat contre la Grande Pieuvre et son fils hideux, nous l'avons laissé alors qu'il se souvenait de sa rencontre avec l'Homme-Cygne, le gardien occulte de la ville de Genève: ils venaient, après s'être battus, de se déclarer amis. L'Homme-Cygne en particulier en avait exprimé la nécessité.

- Eh bien, déclara Captain Savoy, sache que si, un jour, un ennemi puissant te cause du souci, que si tu ne parviens pas à le vaincre, tu pourras m’appeler à l’aide, et que j’accourrai! Et si je vois du mal advenir dans Genève et que je ne te vois pas réagir, supposant que tu es pris ailleurs ou empêché d’une autre manière, je suppléerai à ton absence. - Ah ! dit l’Homme-Cygne encore en riant; qu’il en soit ainsi! Et considère-moi de la même façon pour toi. En particulier, si le mal menace Annecy, la fille de Genève, tu peux m’appeler: je serai prêt à donner ma vie pour t’aider, pour te secourir, pour te seconder, pour combattre ce mal qui m’atteindra aussi au cœur. Mais tu peux faire de même pour Chambéry, Annemasse, et les autres cités de Savoie, en vérité. - Qu’il en soit ainsi! rit à son tour le héros au costume vermeil à la croix d’argent.

Par la suite ils passèrent du temps ensemble, échangeant sur de nombreux sujets, s'invitant l'un l'autre dans leurs citadelles, en présentant les merveilles et les secrets, et devenant de grands et bons amis.

Son souvenir avait rejailli, par conséquent, dans l’esprit de Captain Savoy: le moment l'exigeait. Il fit alors partir de la cime de son esprit, par le sommet de sa tête, une pensée flamboyante, qui, portée par des ailes de feu, se dirigea aussitôt vers Genève et le palais de l’Homme-Cygne, sous le lac Léman. Elle parvint sous la forme d’un messager de lumière au fils de l’Immortelle, et lui délivra le message de son auteur - en déployant dans l’air, devant ses yeux, l’image de ce qui se passait à Annecy! Et la voix de Captain Savoy résonnait, lui demandant de l'aide.

Or, pendant ce temps, le monstre né de la Grande Pieuvre poursuivait son œuvre d’abomination. Dès en effet qu’il avait eu asséné au héros son coup fameux, il s’était détourné, ne prenant pas même le temps de regarder où il tombait, ni s’il s’en relevait; il ne l'avait suivi que de sa forte pensée – laquelle avait pris la forme d'un spectre infâme qui l'avait fait couler au fond du lac: car il en était ainsi que tout ce que ce monstre concevait se cristallisait en fantôme horrible. Ainsi avait-il prolongé son bras par un esprit invisible! Et Captain Savoy s'en débarrassa d'un coup de sa lance mystique - qui pouvait aussi pourfendre les esprits. Et la suite s'est déroulée comme nous l'avons dit, car c'est à ce moment qu'il fut attrapé par une bête des profondeurs, puis délivré par la belle Adalïn.

Le monstre fils de la Pieuvre, donc, dévorait les habitants d'Annecy, détruisait les maisons, se déversait dans les rues comme un cyclone. Cependant il épargnait ceux qu'il voyait se prosterner devant lui, passait par-dessus eux sans les atteindre; mais s'ils relevaient la tête à son passage, il la coupait d'un coup de griffe, et engloutissait le corps dans son ventre immonde.

Bientôt il monta la rue qui allait au château, parvint devant celui-ci - et d'un coup de son épaule en abattit la porte. Derrière l'attendaient quatre disciples de Captain Savoy en âge de combattre, armés, 10983425_1555849628032517_5737267038190618269_n.jpgprêts à défendre la place au péril de leur vie: l'Amazone Céleste, le Léopard des Neiges, le Nouvel Hanuman, la Femme-Faucon. Or, durant sa montée, ceux qui s'étaient prosternés l'avaient suivi, formant une troupe; et les pensées du monstre entraient en eux comme un chuchotement, et ils devenaient ses esclaves, sa volonté devenait la leur. Voyant les disciple du héros, jeunes et inexpérimentés, il trouva bon de les faire chasser par le peuple annécien, qui avait tant compté sur eux: car quoique né de quelques heures à peine, il avait en lui toute la connaissance de son père, le géant déchu de l'abîme qu'avait vaincu Dal et dont des tentacules avaient essayé de saisir Captain Savoy - et rien ne lui était inconnu de ce qui s'était déroulé à Annecy durant les siècles antérieurs. Il avait son esprit en lui - et sa ruse, sa malignité, pénétraient son corps plein de vigueur, de brutalité.

Riant, il ordonna, en pensée, aux Annéciens d'attaquer les Disciples avec les armes qu'ils avaient prises pour arrêter son avancée et celle de sa mère - auparavant. Et c'est ainsi que, tout jeunes encore, les quatre qui, avec l'Elfe Jaune, avaient été initiés à l'art des armes, firent face à un peuple qu'ils étaient censés protéger.

Car il faut dire que les sept autres disciples n'étaient pas prêts; ils n'avaient pas encore reçu le droit de combattre. Il faut même révéler qu'un des sept avait fait défection, et n'avait point encore été remplacé: Captain Savoy n'avait rien dit à ce sujet, sinon que les disciples devaient être douze. Il s'agissait d'un mâle, et certains assuraient qu'il serait remplacé par un être exceptionnel, qui s'initierait tout seul aux mystères cosmiques; mais il n'est pas temps d'en parler. Il suffit de dire que pendant qu'à leur grand dam les six disciples trop jeunes de Captain Savoy étaient gardés par un des sages préposés à leur initiation qui les empêchait de sortir – car ils brûlaient de secourir leurs compatriotes, mais pour eux l'intervention signifiait la mort certaine -, les quatre que nous avons dits attendaient de pied ferme le monstre que n'avait pu encore battre Captain Savoy - et furent décontenancés quand il dédaigna de les affronter directement, leur envoyant des Annéciens ordinaires. Son mépris leur fit honte, et aussi, ils se demandaient comment affronter ces hommes qu'ils devaient protéger, comment les mettre hors de combat sans les blesser ou les tuer, alors qu'ils levaient déjà leurs fusils, leurs sabres, leurs couteaux, leurs haches vers eux.

Ce qui se déroule alors devra cependant être dit une autre fois, cet épisode étant à présent excessivement long.

10/02/2015

Les origines de Captain Savoy, IV (Interlude)

Spirit-Triumphant-1.jpgDans le dernier épisode de cet interlude retraçant l’origine de Captain Savoy, nous avons laissé le simple mortel Jacques Miolaz alors que, ayant pénétré une sorte de temple étrange, situé sous la montagne, il avait suivi son ange jusqu'à une colonne de feu dans laquelle, à son exemple, l'ayant vu projeté dans les hauteurs, il était entré.

Aussitôt, il sentit une douleur atroce: certes, il était soulevé, lui aussi, mais à peu de distance du sol: il restait suspendu entre le haut et le bas. Mais surtout, il était consumé dans sa chair jusque dans les profondeurs. Il hurla, et sa souffrance se doubla de l'amertume qu’il avait d’avoir été trompé. Car sa chair partait en lambeaux! Il la voyait disparaître.

Cependant, il eut la surprise de ne pas se sentir mourir: sa conscience demeurait complète. Il pouvait encore penser.

Puis, curieusement, il vit qu’une chair nouvelle naissait de son être! Plus claire, plus brillante, plus lisse, elle était presque transparente, pareille à du cristal doré. Dès lors il se sentit une force nouvelle; il perçut qu'il devenait tel qu'un dieu! Il exultait, et son regard soudain perça des voiles, et il vit des êtres glorieux se tenir dans les étoiles, ceux-là même qu'il avait vus sur l'écran, en entrant. La montagne se dissipa comme une fumée, et il aperçut au loin tous les hommes, et les cités célestes.

Il se voyait sans se regarder: devant lui se tenait l'image de lui-même – et il se percevait musclé, grand, blond, et une clarté émanait de lui, comme surgissant de sa peau. Celle-ci avait bien sûr perdu tumblr_n5q8y7juIX1rv0p43o1_500.jpgtoute trace de blessure, et ses yeux brillaient dans un visage refait; il était beau, tel qu'on peut rêver un homme beau.

Par dessus son épaisse poitrine, pareille à celle d'un héros, il vit soudain se tisser un costume qui était en même temps une armure, et qui avait les couleurs de la Savoie: une grande croix blanche se croisait sur sa poitrine et dans son dos, ainsi que sur son front, où bientôt vint se poser une couronne dorée, ornée d'une pierre rayonnante de teinte bleue. Ses yeux devinrent des braises éclatantes, et à son cou vint un collier d'or, soutenant l'emblème de l'Annonciade. Dans sa main se posa une lance luisante, et au doigt majeur de sa main droite fut mis un anneau orné d'une pierre verte.

Il se demanda comment ces choses arrivaient d'elles-mêmes sur son corps, et voici! lui apparurent des êtres élémentaires, sortes d'esprits petits qui lui tournaient autour et s'adonnaient à ces opérations: ils étaient ceux qui, par la volonté des anges, devaient le servir dans l'ordre terrestre! Parfois du reste ils devenaient grands, car ils changeaient de taille; dans leur monde, la notion d'espace occupé n'était pas la même que dans le nôtre.

Derrière eux tous, il revit l'ange qui l'avait mené en ces lieux et attiré vers la colonne flamboyante; cette fois son visage se dessina clairement à son regard. Il fut surpris de le trouver à la fois familier et étranger, comme s’il l’avait déjà souvent rencontré, mais sans se souvenir à quel endroit. Des images 105572-11508-firestorm.jpglui vinrent; elles semblaient suscitées par les yeux de l’ange, fixés sur lui. Et une connaissance lui vint aussi: il sut qu’il était un héros, un homme métamorphosé par la grâce divine, et qu’il devait employer ses pouvoirs au service du Bien. Une conscience cosmique était descendue en lui: un esprit nouveau, venu des hauteurs, qui vivait avec lui et l'avait transformé jusque dans l'ordre terrestre.

Tout cela lui apparut en un instant. L’ange disparut, mais il le retrouva tout près de lui, posant sa main sur son front: il ne l’avait pas vu changer de place; il l’avait fait instantanément.

Il l'entendit lui parler, quoiqu'il ne le vît pas remuer les lèvres: il était désormais, par son pouvoir et celui des dieux, un héros au vrai sens du terme, ce qu'on nomme à présent un super-héros – et le Gardien de la Savoie occulte, protecteur des Hommes, Justicier masqué - et en lui était l’âme du pays, son génie! Il se confondait désormais avec ce haut esprit!

Il apprit bientôt que l’écran qu'il avait vu en entrant lui servirait dorénavant - si l'on peut dire - de boule de cristal: il y verrait l’avenir, et pourrait intervenir avant que les choses ne fussent accomplies.

Et il essaya sans tarder ses pouvoirs: il lança un rayon de son anneau, un éclair de sa lance, fit tournoyer celle-ci entre ses doigts, jeta de la clarté depuis son collier! Il n’était plus, désormais, Jacques Miolaz - mais Captain Savoy, et il sut que son véritable nom, son nom secret, était Lacner. Mais il l’oublia, par la suite; Adalïn, son épouse aux cieux, dut ramener ce souvenir en lui, lorsqu’elle vint à lui.

Il est temps néanmoins de mettre fin à cet épisode; le prochain sera réservé à quelques réflexions sur la nature du héros et ce qu'il vécut sur terre après sa métamorphose.