17/10/2015

Captain Savoy et le refuge dans la base secrète

P1010840.jpgDans le dernier épisode de cette effarante série, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'en compagnie de l'Homme-Cygne et des onze disciples, il venait d'échapper aux attaques du Fils de la Pieuvre, empruntant un pont d'émeraude créé par son anneau enchanté, et dressant une barrière, de la même façon, devant l'Ennemi. Ils s'en allaient vers la base secrète située sous le Roc de Chère, celle-là même où jadis le héros avait été révélé - où Jacques Miolaz avait connu sa métamorphose.

Une fois parvenus à la porte secrète, ils entendirent le mur dressé par Captain Savoy se briser: cela fit un fracas énorme. En son cœur, le héros sentit que cette barrière cédait: car mystérieusement, ses œuvres restaient liées à son âme, puisque c'est depuis cette âme qu'il commandait aux êtres élémentaires de les forger; en particulier s'adressait-il aux sylphes, dont il était le maître: esprits secrets de l'air. Lorsqu'une de ses créations était rompue sans qu'il l'eût voulu, la souffrance éprouvée par ces êtres se répercutait jusqu'à lui; il entendait, pour ainsi dire, les échos de leurs cris, ressentaient les vagues de leurs peines.

Mais le mur avait tenu assez longtemps; car les treize purent pénétrer dans la base secrète et refermer la porte derrière eux, de sorte que, du dehors, rien d'autre n'apparaissait qu'un rocher uni.

Un puissant charme détournait de cette porte quiconque n'était point autorisé à entrer; et en aucun cas le Fils de la Pieuvre n'avait les moyens de le rompre. Il eut beau se précipiter à la suite de Captain Savoy en plongeant dans le lac et en nageant (ce qu'il fit à une allure phénoménale) puis en jaillissant sea_monster_sketch_by_greghatesdeviantart-d5nvf5c.jpgde l'eau et en se jetant sur le roc, il ne put trouver la porte ni entamer la pierre – il ne put entrer dans la base. Il frappait à coups redoublés, et la montagne en tremblait, et le palais qui était dessous et servait de base au héros en vibrait - mais sans en être abîmé. La construction en était d'un art trop consommé pour lui: n'était-elle pas due à des êtres célestes, à des hommes des étoiles immortels et grandioses - à des anges?

Néanmoins - Captain Savoy le savait -, il s'emploierait désormais à en faire le siège; car il ne pouvait laisser derrière lui un tel danger. Il n'avait, à la vérité, plus de troupes, parmi les hordes noires qui avaient jailli des fissures de la montagne, car elles avaient été anéanties et mises en fuite par les chevaliers de la Lune, qui à leur tour, une fois leur mission achevée, étaient partis, retournés dans leur royaume propre. Ils ne pouvaient, on s'en souvient, intervenir dans les affaires des hommes, et le Fils de la Pieuvre était né partiellement d'horribles péchés qu'ils avaient commis.

Mais le monstre pouvait transformer, jusqu'à un certain point, les simples mortels qui s'étaient mis à son service et qu'il avait ensorcelés; grâce à son art, il pouvait en faire des armes incroyables, les doter d'une puissance inconnue. Et dès lors, il s'employa à imiter Captain Savoy - en le parodiant: il nomma douze disciples privilégiés, six hommes et six femmes, et livra à des disciples le secret d'en faire des demi-dieux, des surhommes - des demi-démons pour ainsi dire. Il mêla leur sang à celui des Ogres, des fils de l'Orc, qu'il recueillit en plongeant dans l'abîme, où se terraient les survivants de la bataille contre les chevaliers de la Lune. Il effectua des opérations maléfiques, qui firent de ses douze prétendus élèves des esclaves complets, mais aussi des héros, capables de rivaliser avec Captain chasm_by_korbox.jpgSavoy et ses disciples et de faire le siège de sa base, et de renverser même peut-être ses défenses, au bout du compte.

Plusieurs hommes effectuèrent sous sa direction les opérations nécessaires à l'apparition de ces hybrides - et ils devinrent ses sorciers privés, ses magiciens de prédilection. Ses faux élèves, pareils à des machines, tiraient leur force des profondeurs de la Terre, de l'Abîme, et jetaient des éclairs de leurs doigts, du feu de leur bouche, et avaient encore d'autres facultés; mais il n'est pas temps de les détailler, ni de les nommer, eux.

Car que fit Captain Savoy pendant ces métamorphoses, et cette préparation?

En vérité, il ne pouvait sortir de sa base, car le monstre la guettait, et il le savait. Longtemps lui et ses amis y furent enfermés, comme assiégés, et bloqués par le terrible regard de l'Ennemi. Les troupes d'Annéciens ordinaires de surcroît veillaient autour de cette forteresse, et les douze n'eussent pu sortir sans les blesser. La seule voie de sortie était celle qui ouvrait sur les étoiles, et qui avait été installée depuis que Captain Savoy avait pris femme parmi les filles d'Ordolün. Mais si des êtres pouvaient en venir et aider Captain Savoy, il leur était interdit, par Ordolün lui-même, d'autoriser les Hommes à l'emprunter dans l'autre sens, et un gardien y veillait. Ils devaient trouver le moyen de vaincre seuls le Fils de la Pieuvre, ses troupes, et ses guerriers chéris.

Des êtres de la Lune, et d'Adalïn, épouse de Captain Savoy, ils reçurent des moyens de subsistance, des aliments enchantés leur permettant de vivre sans manger beaucoup; d'ailleurs, rendus semi-divins BURNE-Jones_Edward_Days_of_Creation_First_1870-1876-e1435301845241.jpgou, pour les plus jeunes, sur la voie de le devenir, ils n'avaient que peu besoin de nourriture solide; il leur fallait surtout ce qui émanait des hauteurs, et les chevaliers de la Lune leur apportaient une sorte de neige, de blocs de brume qui leur était comme du pain, ou des boulettes de riz. Ce sont les choses qui poussaient dans les champs d'Ordolün. Quant à l'eau, elle ruisselait de la montagne, et une source existait, à l'intérieur, pure et brillante.

Mais ils s'impatientaient, et les plus jeunes s'inquiétaient. Ils ne voyaient pas de moyen de vaincre le Fils de la Pieuvre et ils savaient que la porte de leur fort ne tiendrait pas indéfiniment. Un jour, le monstre, ou l'un de ses disciples sorciers, trouverait une faille, et ses guerriers chéris y pénétreraient, envahissant la base. À cette volonté sortie des profondeurs, quel obstacle pouvait être durablement opposé?

L'Homme-Cygne n'entrevoyait pas de possibilité, pour lui, de rejoindre Genève, ou la demeure de sa mère, ni d'appeler à l'aide ses guerriers enchantés, les immortels de la Lune refusant même de transporter les messages: ils n'avaient que le droit de subvenir aux besoins immédiats des héros. Et encore était-ce une grâce spéciale concédée par Ordolün à Adalïn.

Mais cet épisode commence à être long; et ce sera une prochaine fois, qu'on saura quelle solution trouvera l'Homme-Cygne pour se faire secourir par sa mère et ses chevaliers-fées.

14/08/2015

Captain Savoy secouru par l'Homme-Cygne

frieza_by_abelvera-d7yqae1.jpgDans le dernier épisode de cette somptueuse série, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il venait de secourir ses disciples en butte à la foule ensorcelée et au Fils de la Pieuvre, ignoble monstre qui les terrifiait; et il avait ordonné aux quatre jeunes héros d'affronter les Annéciens, pendant que lui s'occuperait de l'infecte créature.

Les jeunes disciples avaient beau lutter, les repousser, les mettre à terre, les pensées du monstre continuant de se déverser sur la ville les Annéciens en masse arrivaient d'en bas, comme une énorme marée, voyant en Captain Savoy et en ses nobles élèves désormais des ennemis jurés - et dans le Fils de la Pieuvre un nouveau roi juste et bon; certains le disaient revenu des temps les plus purs, de l'antiquité la plus haute, et le roi légitime et immortel de la Savoie tout entière.

Les quatre jeunes héros fatiguaient de plus en plus, l'angoisse les étreignait, et Captain Savoy ne pouvait venir les aider, car il était affairé à tourner autour du monstre pour l'assaillir sans recevoir ses coups. Il allait plus vite que ne l'eût fait un faucon, et lui infligeait des coups à pulvériser une montagne, qui pourtant ne lui faisaient pas plus mal que s'ils fussent venus d'un enfant. Il espéra quelques instants qu'enfin viendrait l'Homme-Cygne, mais il cessa de l'espérer dès qu'il eut constaté que ses mouvements devenaient plus lents à chaque seconde, et qu'il était menacé toujours plus vivement par les gestes également rapides et puissants de l'infatigable créature, qui s'efforçait de l'attraper et de le frapper.

Et déjà il se voyait saisi et, cette fois, anéanti, quand soudain, dans le ciel, il vit son ami de Genève, et une joie entra dans son cœur; mais cela l'arrêta un bref moment, et le monstre put le frapper au dos. Néanmoins, il l'avait senti venir, et il accompagna le coup en sautant vers l'avant, et ainsi n'eut-il que peu de mal.

Dans la foulée s'élançant dans les airs, il accourut auprès de l'Homme-Cygne et lui dit que pour l'heure il fallait battre en retraite; et que pendant que lui empêcherait le monstre de faire du mal à ses disciples, s'il le pouvait, le héros de Genève, s'il le voulait bien, les aiderait à se dégager de la nuée 11329811_10203969717339833_4478868355525461059_n.jpgd'Annéciens fanatisés et envoûtés par ce Fils de la Pieuvre, dont les pouvoirs hypnotiques étaient à peine croyables. Et puis, dès qu'il les verrait un peu plus loin de la mêlée, tous les six courraient vers le bastion secret où les six disciples encore trop jeunes pour combattre se trouvaient avec leur précepteur et gardien, et que tous, eux douze, gagneraient sa base occulte sous le Roc de Chère, afin de reprendre du souffle et élaborer une stratégie.

L'Homme-Cygne acquiesça, comprenant aussitôt la situation, et ainsi en fut-il fait: Captain Savoy jeta un éclair depuis la pointe de sa lance sur les yeux du monstre, qui en fut aveuglé, et le fit suivre d'un flux de lumière solidifiée qui, sortant de son anneau, prit la forme d'un javelot d'émeraude et s'enfonça dans son épaule. Le Fils de la Pieuvre, surpris, s'arrêta un instant: pour la première fois il connaissait la douleur.

Pendant ce temps, de ses puissantes ailes, l'Homme-Cygne créa un souffle qui éloigna brièvement les quatre jeunes disciples de la foule enfiévrée, en paralysant celle-ci; puis donnant un coup de son aile droite, il en fit jaillir un éclair qui aveugla les Annéciens. Il se présenta alors aux disciples, et, sans dire un mot, en saisit deux des trois qui ne pouvaient point voler, pendant que Captain Savoy saisissait l'Amazone Céleste; quant à la Femme-Faucon, quoique moins rapidement que l'Homme-Cygne, un blue_jaye_1_by_walterreynolds.jpghéros accompli, elle s'élança à son tour dans les airs, s'efforçant de suivre cet être auquel elle avait reconnu immédiatement une familiarité avec elle, mais qui, plus mûr, était plus majestueux.

Et ainsi tous les six s'en furent-ils vers la Tour Perrière, où étaient reclus les six disciples restants: la Houri alpine, le Noton bleu, l'Esprit des glaces – appelée aussi la Femme de Cristal -, le Démon vermeil, le Maitre au Crucifix et la Fée de feu - appelée aussi la Femme-Comète. Car tels devaient être les surnoms de ces trois hommes et de ces trois femmes, qui alors n'étaient que des enfants. Et par eux les éléments devaient être commandés, et les règnes, et l'ensemble de la nature et de ce qu'ont bâti les hommes. Mais on s'en doute, d'occultes puissances noires y mirent continuellement obstacle.

Pénétrant brusquement dans l'enceinte sacrée où s'étaient réfugiés ces héros à venir, Captain Savoy cria à l'adresse de leurs trois précepteurs - et en particulier du chef d'entre eux, le sage Marc Tholoquier - qu'il fallait fuir, et lui apporter les six disciples, afin qu'il les emmenât dans sa base et les mît à l'abri. Aussitôt les trois hommes s'empressèrent, et l'horreur les envahit, lorsqu'ils vivent la foule enfiévrée se diriger vers eux, et le monstre, derrière, écumant de rage, l'épaule baignée d'un sang noir qui fumait, et dégageant une odeur infecte. Ils se crurent perdus, mais Captain Savoy leur dit: Quant à vous, ô amis, vous fuirez par le passage secret, dont vous condamnerez l'entrée après vous. Ne craignez point trop pour votre vie, car c'est à nous - aux êtres surhumains - qu'en veulent ces fous; mais cachez-vous, car lorsque 09dbd543f0478647e27210b4d204dead.jpgnous leur aurons échappé, leur vengeance se tournera vers ceux qui nous auront aidés. Dispersez-vous dans les montagnes, faites-vous recueillir par les paysans qui me seront restés fidèles – si nombreux seront-ils! -, et attendez que je vienne vous chercher. Il nous faudra vivre quelque temps dans l'oscurité, l'errance, car Annecy pour nous est perdue, et son château!

Et ayant dit ces mots, il créa, de son anneau, un mur vert à demi transparent qui se dressa entre eux quinze et la foule ensorcelée: le Fils de la Pieuvre ne mettrait pas trop de temps à abattre cette barrière, mais ce serait suffisant pour donner celui de créer un pont d'émeraude et d'y emmener les disciples jusqu'à la forteresse du Roc de Chère.

Et ainsi en fut-il fait. Tous y coururent, sauf l'Homme-Cygne et la Femme-Faucon, qui avaient le pouvoir de voler. Car pour la Femme-Comète, le Démon vermeil et le Noton bleu, ils ne l'avaient point encore reçu, et le Maître au Crucifix, de son côté, n'avait point encore appris à se mêler au vent, à devenir brume: tout au plus parvenait-il à devenir transparent et à peine visible, en ce temps-là.

Mais voici qu'il faudra attendre une prochaine fois pour savoir ce qui se passa ensuite, car cet épisode commence à être un peu long. Nous verrons alors comment fut assiégée la base de Captain Savoy, et comment tous vaillamment y résistèrent.

(Note: la seconde image ici présente est de l'excellent Régis Dabol.)

18/05/2015

Captain Savoy: au secours des Disciples

tonique_du_roi_singe_gw2.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il venait d'appeler à son aide son ami l'Homme-Cygne, et quatre de ses disciples alors qu'ils faisaient face à un terrible ennemi – l'atroce Fils de la Pieuvre, soutenu par l'essentiel du peuple annécien laissé par lui en vie en échange de leur servitude!

Déjà les trois disciples mêlés à l'âme d'une bête avaient pris l'apparence surhumaine, semi-divine, qu'un profond mystère leur avait permis d'acquérir - et l'Amazone céleste s'était couverte de son armure enchantée, où fidèlement se reflétaient les étoiles. Il serait trop long de décrire aujourd'hui l'apparence de ces héros; disons seulement que les bêtes auxquelles étaient mêlés les premiers étaient en réalité les anges des espèces auxquelles elles appartenaient, et qu'ils leur donnaient l'air de puissants chevaliers. Ils avaient sur eux des traits de ces bêtes, mais ils gardaient leur aspect d'êtres humains. Le Léopard des Neiges avait un costume tacheté, blanc et or, et tenait dans la main un sabre étincelant. Le Nouvel Hanuman avait un masque rouge et jaune, et à ces deux couleurs son costume ajoutait le vert et le brun; derrière lui une queue puissamment animée claquait dans l'air comme un fouet, et dans sa main était un javelot fin. La Femme-Faucon tenait sur le bras gauche un faucon éblouissant, semblant fait de 2d3e02498a5fac3d655a6e312939d887.jpgfeu et d'or, et dans sa main droite une lance; son habit avait plusieurs nuances de bleu, mêlées à du blanc. Quant à l'Amazone céleste, vêtue d'une armure dorée ornée de pierreries, ses mains rayonnaient; des flèches de clarté semblaient reposer dans sa paume: elle n'avait pas d'autre arme.

Dans leur incertitude (car ils craignaient de blesser de simples mortels), ces quatre jeunes héros étaient sur le point d'être abattus, ou gravement blessés. Si leur armure-costume pouvait, jusqu'à un certain point, les protéger des balles, elles ne pourraient, sans doute, résister aux griffes du monstre, dont bondissaient des éclairs. Ses dents pareillement étaient propres à les percer, et elles étincelaient, comme si un feu les habitait. On ne connaissait pas toute l'étendue de ses pouvoirs: qui sait si de ses yeux rouges, il ne pouvait pas aussi lancer du feu? Ou bien de la sorte de pierre jaune qu'il portait au front, incrustée dans sa chair? Et de ses cornes, encore, ne pouvait-il jaillir d'autres foudres? En tout cas il était assez puissant pour tuer tous les quatre héros, disciples de Captain Savoy.

Mais celui-ci fit alors son apparition, depuis les hauteurs: à toute allure, il glissait sur son ordinaire pont d'émeraude, création de son anneau enchanté.

Il pénétra la foule des hommes, et les repoussa d'un seul coup tournoyant de sa lance luisante, faisant un vide autour de lui: il en surgissait des rais de lumière qui éblouissaient, frappaient, envoyaient au loin - car ils étaient solides, semblables à du feu. Et si jamais quelques-uns restaient debout, il les heurtait de ses épaules, et aussitôt ils en étaient mis à terre, si grande était sa puissance.

La foule donc, frappée de terreur, s'écarta de devant lui, et voici que les hommes étaient tels que des épis, qu'abattait une bourrasque. De sa forte voix il prononça, tout en procédant à sa course, ces mots: Que faites-vous, enfants? Ô vous serez massacrés, si vous restez ainsi cois. Repoussez de vos pouvoirs ce qui reste de ces hommes, pendant que je tente de m'occuper du monstre affreux. Et, parvenu au bout de son élan, il assena au Fils de la Grande Pieuvre un coup, de sa lance, qui eût pu transpercer janemba_by_abelsart-d7ab31e.jpgune montagne; mais il le doubla d'un jet de feu sorti de la gemme bleue qu'il portait au front, et d'un autre rai de lumière solidifiée, jailli de l'émeraude qu'il portait au doigt; car il avait, soudain, laissé son pont de cristal vert, et bondi sur la créature abjecte.

Le monstre, se voyant frappé de trois manières différentes, fut surpris; il chancela. Reculant de deux pas, il sentit comme une nuée noire emplir son âme. Il ne s'attendait point à une telle puissance, chez Captain Savoy!

Les quatre disciples, faisant disparaître dans leur costume leurs armes mortelles, s'élancèrent, pendant ce temps, vers les Annéciens, qui, un instant effarés, revenaient à la charge: car le monstre les avait si profondément ensorcelés, qu'ils ne voyaient en Captain Savoy et en ses disciples que des démons immondes, et, en le Fils de la Grande Pieuvre, leur sauveur. Ils étaient de vrais fanatiques. Les héros leur donnèrent des coups légers, qui pouvaient leur faire perdre conscience, mais non tuer; ils le firent avec leurs poings, leurs pieds - et celui qu'on appelle le Nouvel Hanuman usa aussi de sa queue, qui, malgré sa finesse, pouvait lui servir de massue.

Ils étaient si forts et vigoureux qu'ils repoussaient et mettaient à terre des dizaines d'hommes. Et quand la queue de l'homme-singe balayait l'air autour de lui, plus un homme ne restait debout: tous étaient étendus, couchés, envoyés plus loin.

Les mortels tentaient de leur tirer dessus, au pistolet, au fusil, ou de leur donner des coups de couteau, de hache, de sabre, mais tantôt ils les évitaient, les balles mêmes n'étant pas pour eux assez rapides, url.jpg74.jpgtantôt leur costume ou armure amortissait le choc, étant brodé magiquement par les Fées, ou forgé magiquement par les Nains: un sort était sur eux, qui les rendait invincibles.

Il en était notamment ainsi pour l'Amazone céleste, car le Léopard des Neiges et le Nouvel Hanuman mêlaient au tissu leurs pièces d'armure. Quant à la Femme-Faucon, elle bénéficiait d'une protection spéciale: l'oiseau qu'elle soutenait sur son bras avait créé autour d'elle une bulle d'énergie teintée de rouge qui empêchait les balles de la toucher, les traits de la blesser - les coups de l'atteindre. De son côté, elle pouvait traverser sans difficulté ce champ de force, et frapper les Annéciens de ses pieds et de ses mains - ou bien, reprenant sa courte lance, qu'elle avait glissée dans son baudrier, elle assaillait ses ennemis de sa poignée, ou de la hampe, sans enfoncer dans aucun corps la pointe. Et au plus fort de l'action, son oiseau-fétiche lâchait son bras, mais restait près d'elle, suspendu au-dessus de sa tête, et elle pouvait user aussi de sa main gauche. Cependant l'oiseau n'attaquait pas, car de ses yeux, au moindre commandement de sa maîtresse, il pouvait envoyer des rayons rouges, des jets de lumière concentrée, mais elle ne lui en donnait pas l'ordre, car elle craignait que les Annéciens en fussent meurtris d'une façon trop profonde. Les ailes ouvertes, telle une flamme, il restait donc dans l'air, et de lui partait la bulle d'énergie vermeille qui protégeait la jeune disciple.

Néanmoins, cet épisode commence à être long, et la suite du combat ne pourra être donnée qu'une fois prochaine. L'Homme-Cygne fera alors son apparition. Lui qui était si ardemment attendu!