14/08/2015

Captain Savoy secouru par l'Homme-Cygne

frieza_by_abelvera-d7yqae1.jpgDans le dernier épisode de cette somptueuse série, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il venait de secourir ses disciples en butte à la foule ensorcelée et au Fils de la Pieuvre, ignoble monstre qui les terrifiait; et il avait ordonné aux quatre jeunes héros d'affronter les Annéciens, pendant que lui s'occuperait de l'infecte créature.

Les jeunes disciples avaient beau lutter, les repousser, les mettre à terre, les pensées du monstre continuant de se déverser sur la ville les Annéciens en masse arrivaient d'en bas, comme une énorme marée, voyant en Captain Savoy et en ses nobles élèves désormais des ennemis jurés - et dans le Fils de la Pieuvre un nouveau roi juste et bon; certains le disaient revenu des temps les plus purs, de l'antiquité la plus haute, et le roi légitime et immortel de la Savoie tout entière.

Les quatre jeunes héros fatiguaient de plus en plus, l'angoisse les étreignait, et Captain Savoy ne pouvait venir les aider, car il était affairé à tourner autour du monstre pour l'assaillir sans recevoir ses coups. Il allait plus vite que ne l'eût fait un faucon, et lui infligeait des coups à pulvériser une montagne, qui pourtant ne lui faisaient pas plus mal que s'ils fussent venus d'un enfant. Il espéra quelques instants qu'enfin viendrait l'Homme-Cygne, mais il cessa de l'espérer dès qu'il eut constaté que ses mouvements devenaient plus lents à chaque seconde, et qu'il était menacé toujours plus vivement par les gestes également rapides et puissants de l'infatigable créature, qui s'efforçait de l'attraper et de le frapper.

Et déjà il se voyait saisi et, cette fois, anéanti, quand soudain, dans le ciel, il vit son ami de Genève, et une joie entra dans son cœur; mais cela l'arrêta un bref moment, et le monstre put le frapper au dos. Néanmoins, il l'avait senti venir, et il accompagna le coup en sautant vers l'avant, et ainsi n'eut-il que peu de mal.

Dans la foulée s'élançant dans les airs, il accourut auprès de l'Homme-Cygne et lui dit que pour l'heure il fallait battre en retraite; et que pendant que lui empêcherait le monstre de faire du mal à ses disciples, s'il le pouvait, le héros de Genève, s'il le voulait bien, les aiderait à se dégager de la nuée 11329811_10203969717339833_4478868355525461059_n.jpgd'Annéciens fanatisés et envoûtés par ce Fils de la Pieuvre, dont les pouvoirs hypnotiques étaient à peine croyables. Et puis, dès qu'il les verrait un peu plus loin de la mêlée, tous les six courraient vers le bastion secret où les six disciples encore trop jeunes pour combattre se trouvaient avec leur précepteur et gardien, et que tous, eux douze, gagneraient sa base occulte sous le Roc de Chère, afin de reprendre du souffle et élaborer une stratégie.

L'Homme-Cygne acquiesça, comprenant aussitôt la situation, et ainsi en fut-il fait: Captain Savoy jeta un éclair depuis la pointe de sa lance sur les yeux du monstre, qui en fut aveuglé, et le fit suivre d'un flux de lumière solidifiée qui, sortant de son anneau, prit la forme d'un javelot d'émeraude et s'enfonça dans son épaule. Le Fils de la Pieuvre, surpris, s'arrêta un instant: pour la première fois il connaissait la douleur.

Pendant ce temps, de ses puissantes ailes, l'Homme-Cygne créa un souffle qui éloigna brièvement les quatre jeunes disciples de la foule enfiévrée, en paralysant celle-ci; puis donnant un coup de son aile droite, il en fit jaillir un éclair qui aveugla les Annéciens. Il se présenta alors aux disciples, et, sans dire un mot, en saisit deux des trois qui ne pouvaient point voler, pendant que Captain Savoy saisissait l'Amazone Céleste; quant à la Femme-Faucon, quoique moins rapidement que l'Homme-Cygne, un blue_jaye_1_by_walterreynolds.jpghéros accompli, elle s'élança à son tour dans les airs, s'efforçant de suivre cet être auquel elle avait reconnu immédiatement une familiarité avec elle, mais qui, plus mûr, était plus majestueux.

Et ainsi tous les six s'en furent-ils vers la Tour Perrière, où étaient reclus les six disciples restants: la Houri alpine, le Noton bleu, l'Esprit des glaces – appelée aussi la Femme de Cristal -, le Démon vermeil, le Maitre au Crucifix et la Fée de feu - appelée aussi la Femme-Comète. Car tels devaient être les surnoms de ces trois hommes et de ces trois femmes, qui alors n'étaient que des enfants. Et par eux les éléments devaient être commandés, et les règnes, et l'ensemble de la nature et de ce qu'ont bâti les hommes. Mais on s'en doute, d'occultes puissances noires y mirent continuellement obstacle.

Pénétrant brusquement dans l'enceinte sacrée où s'étaient réfugiés ces héros à venir, Captain Savoy cria à l'adresse de leurs trois précepteurs - et en particulier du chef d'entre eux, le sage Marc Tholoquier - qu'il fallait fuir, et lui apporter les six disciples, afin qu'il les emmenât dans sa base et les mît à l'abri. Aussitôt les trois hommes s'empressèrent, et l'horreur les envahit, lorsqu'ils vivent la foule enfiévrée se diriger vers eux, et le monstre, derrière, écumant de rage, l'épaule baignée d'un sang noir qui fumait, et dégageant une odeur infecte. Ils se crurent perdus, mais Captain Savoy leur dit: Quant à vous, ô amis, vous fuirez par le passage secret, dont vous condamnerez l'entrée après vous. Ne craignez point trop pour votre vie, car c'est à nous - aux êtres surhumains - qu'en veulent ces fous; mais cachez-vous, car lorsque 09dbd543f0478647e27210b4d204dead.jpgnous leur aurons échappé, leur vengeance se tournera vers ceux qui nous auront aidés. Dispersez-vous dans les montagnes, faites-vous recueillir par les paysans qui me seront restés fidèles – si nombreux seront-ils! -, et attendez que je vienne vous chercher. Il nous faudra vivre quelque temps dans l'oscurité, l'errance, car Annecy pour nous est perdue, et son château!

Et ayant dit ces mots, il créa, de son anneau, un mur vert à demi transparent qui se dressa entre eux quinze et la foule ensorcelée: le Fils de la Pieuvre ne mettrait pas trop de temps à abattre cette barrière, mais ce serait suffisant pour donner celui de créer un pont d'émeraude et d'y emmener les disciples jusqu'à la forteresse du Roc de Chère.

Et ainsi en fut-il fait. Tous y coururent, sauf l'Homme-Cygne et la Femme-Faucon, qui avaient le pouvoir de voler. Car pour la Femme-Comète, le Démon vermeil et le Noton bleu, ils ne l'avaient point encore reçu, et le Maître au Crucifix, de son côté, n'avait point encore appris à se mêler au vent, à devenir brume: tout au plus parvenait-il à devenir transparent et à peine visible, en ce temps-là.

Mais voici qu'il faudra attendre une prochaine fois pour savoir ce qui se passa ensuite, car cet épisode commence à être un peu long. Nous verrons alors comment fut assiégée la base de Captain Savoy, et comment tous vaillamment y résistèrent.

(Note: la seconde image ici présente est de l'excellent Régis Dabol.)

18/05/2015

Captain Savoy: au secours des Disciples

tonique_du_roi_singe_gw2.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il venait d'appeler à son aide son ami l'Homme-Cygne, et quatre de ses disciples alors qu'ils faisaient face à un terrible ennemi – l'atroce Fils de la Pieuvre, soutenu par l'essentiel du peuple annécien laissé par lui en vie en échange de leur servitude!

Déjà les trois disciples mêlés à l'âme d'une bête avaient pris l'apparence surhumaine, semi-divine, qu'un profond mystère leur avait permis d'acquérir - et l'Amazone céleste s'était couverte de son armure enchantée, où fidèlement se reflétaient les étoiles. Il serait trop long de décrire aujourd'hui l'apparence de ces héros; disons seulement que les bêtes auxquelles étaient mêlés les premiers étaient en réalité les anges des espèces auxquelles elles appartenaient, et qu'ils leur donnaient l'air de puissants chevaliers. Ils avaient sur eux des traits de ces bêtes, mais ils gardaient leur aspect d'êtres humains. Le Léopard des Neiges avait un costume tacheté, blanc et or, et tenait dans la main un sabre étincelant. Le Nouvel Hanuman avait un masque rouge et jaune, et à ces deux couleurs son costume ajoutait le vert et le brun; derrière lui une queue puissamment animée claquait dans l'air comme un fouet, et dans sa main était un javelot fin. La Femme-Faucon tenait sur le bras gauche un faucon éblouissant, semblant fait de 2d3e02498a5fac3d655a6e312939d887.jpgfeu et d'or, et dans sa main droite une lance; son habit avait plusieurs nuances de bleu, mêlées à du blanc. Quant à l'Amazone céleste, vêtue d'une armure dorée ornée de pierreries, ses mains rayonnaient; des flèches de clarté semblaient reposer dans sa paume: elle n'avait pas d'autre arme.

Dans leur incertitude (car ils craignaient de blesser de simples mortels), ces quatre jeunes héros étaient sur le point d'être abattus, ou gravement blessés. Si leur armure-costume pouvait, jusqu'à un certain point, les protéger des balles, elles ne pourraient, sans doute, résister aux griffes du monstre, dont bondissaient des éclairs. Ses dents pareillement étaient propres à les percer, et elles étincelaient, comme si un feu les habitait. On ne connaissait pas toute l'étendue de ses pouvoirs: qui sait si de ses yeux rouges, il ne pouvait pas aussi lancer du feu? Ou bien de la sorte de pierre jaune qu'il portait au front, incrustée dans sa chair? Et de ses cornes, encore, ne pouvait-il jaillir d'autres foudres? En tout cas il était assez puissant pour tuer tous les quatre héros, disciples de Captain Savoy.

Mais celui-ci fit alors son apparition, depuis les hauteurs: à toute allure, il glissait sur son ordinaire pont d'émeraude, création de son anneau enchanté.

Il pénétra la foule des hommes, et les repoussa d'un seul coup tournoyant de sa lance luisante, faisant un vide autour de lui: il en surgissait des rais de lumière qui éblouissaient, frappaient, envoyaient au loin - car ils étaient solides, semblables à du feu. Et si jamais quelques-uns restaient debout, il les heurtait de ses épaules, et aussitôt ils en étaient mis à terre, si grande était sa puissance.

La foule donc, frappée de terreur, s'écarta de devant lui, et voici que les hommes étaient tels que des épis, qu'abattait une bourrasque. De sa forte voix il prononça, tout en procédant à sa course, ces mots: Que faites-vous, enfants? Ô vous serez massacrés, si vous restez ainsi cois. Repoussez de vos pouvoirs ce qui reste de ces hommes, pendant que je tente de m'occuper du monstre affreux. Et, parvenu au bout de son élan, il assena au Fils de la Grande Pieuvre un coup, de sa lance, qui eût pu transpercer janemba_by_abelsart-d7ab31e.jpgune montagne; mais il le doubla d'un jet de feu sorti de la gemme bleue qu'il portait au front, et d'un autre rai de lumière solidifiée, jailli de l'émeraude qu'il portait au doigt; car il avait, soudain, laissé son pont de cristal vert, et bondi sur la créature abjecte.

Le monstre, se voyant frappé de trois manières différentes, fut surpris; il chancela. Reculant de deux pas, il sentit comme une nuée noire emplir son âme. Il ne s'attendait point à une telle puissance, chez Captain Savoy!

Les quatre disciples, faisant disparaître dans leur costume leurs armes mortelles, s'élancèrent, pendant ce temps, vers les Annéciens, qui, un instant effarés, revenaient à la charge: car le monstre les avait si profondément ensorcelés, qu'ils ne voyaient en Captain Savoy et en ses disciples que des démons immondes, et, en le Fils de la Grande Pieuvre, leur sauveur. Ils étaient de vrais fanatiques. Les héros leur donnèrent des coups légers, qui pouvaient leur faire perdre conscience, mais non tuer; ils le firent avec leurs poings, leurs pieds - et celui qu'on appelle le Nouvel Hanuman usa aussi de sa queue, qui, malgré sa finesse, pouvait lui servir de massue.

Ils étaient si forts et vigoureux qu'ils repoussaient et mettaient à terre des dizaines d'hommes. Et quand la queue de l'homme-singe balayait l'air autour de lui, plus un homme ne restait debout: tous étaient étendus, couchés, envoyés plus loin.

Les mortels tentaient de leur tirer dessus, au pistolet, au fusil, ou de leur donner des coups de couteau, de hache, de sabre, mais tantôt ils les évitaient, les balles mêmes n'étant pas pour eux assez rapides, url.jpg74.jpgtantôt leur costume ou armure amortissait le choc, étant brodé magiquement par les Fées, ou forgé magiquement par les Nains: un sort était sur eux, qui les rendait invincibles.

Il en était notamment ainsi pour l'Amazone céleste, car le Léopard des Neiges et le Nouvel Hanuman mêlaient au tissu leurs pièces d'armure. Quant à la Femme-Faucon, elle bénéficiait d'une protection spéciale: l'oiseau qu'elle soutenait sur son bras avait créé autour d'elle une bulle d'énergie teintée de rouge qui empêchait les balles de la toucher, les traits de la blesser - les coups de l'atteindre. De son côté, elle pouvait traverser sans difficulté ce champ de force, et frapper les Annéciens de ses pieds et de ses mains - ou bien, reprenant sa courte lance, qu'elle avait glissée dans son baudrier, elle assaillait ses ennemis de sa poignée, ou de la hampe, sans enfoncer dans aucun corps la pointe. Et au plus fort de l'action, son oiseau-fétiche lâchait son bras, mais restait près d'elle, suspendu au-dessus de sa tête, et elle pouvait user aussi de sa main gauche. Cependant l'oiseau n'attaquait pas, car de ses yeux, au moindre commandement de sa maîtresse, il pouvait envoyer des rayons rouges, des jets de lumière concentrée, mais elle ne lui en donnait pas l'ordre, car elle craignait que les Annéciens en fussent meurtris d'une façon trop profonde. Les ailes ouvertes, telle une flamme, il restait donc dans l'air, et de lui partait la bulle d'énergie vermeille qui protégeait la jeune disciple.

Néanmoins, cet épisode commence à être long, et la suite du combat ne pourra être donnée qu'une fois prochaine. L'Homme-Cygne fera alors son apparition. Lui qui était si ardemment attendu!

16/03/2015

Les origines de Captain Savoy, V (Interlude)

10983339_752349058194443_6285560341858105930_n.jpgDans le dernier épisode de cette mini-série consacrée aux origines de Captain Savoy, nous avons laissé le héros alors que, par l'action d'une mystérieuse colonne de feu, il avait acquis un costume-armure flamboyant et un corps nouveau, plus fort, plus lumineux, plus beau. Mais les observations qu'on peut faire à ce sujet ne sont pas terminées.

Je veux ajouter que ce corps rendu parfait, qu'avait Captain Savoy - outre qu’il n’avait évidemment plus les marques de brûlure de Jacques Miolaz, et ne rappelait qu'imparfaitement ses traits -, arborait autour de la tête des cheveux si fins et si purs, si légers, si évanescents, qu’ils semblaient être de la lumière à peine solidifiée; des étoiles semblaient même prises à leurs filets. Et le tout formait comme une couronne royale. Habituellement, néanmoins, il portait un masque-heaume qui lui recouvrait toute la tête, de telle sorte que cette chevelure n’était guère visible. Une autre couronne avait du reste été matérialisée par-dessus ce masque-heaume; elle avait une gemme brillante, au-devant, sur le front du héros.

Dans les seuls moments où il se mêlait aux hommes sous son ancienne identité s’étonnait-on de sa beauté, non seulement retrouvée, mais décuplée: comme on le reconnaissait à peine, on se disait qu’il avait dû avoir recours à la chirurgie esthétique. Certains se demandèrent même s’il ne s’agissait pas d’un autre homme, qui avait usurpé son identité, mais sa manière de parler, de se mouvoir, était bien la même, et quelque chose dans son regard surtout n'avait point changé: car si ses yeux étaient plus brillants, plus vifs, ils portaient toujours le poids de son douloureux passé.

On ne s’étonnera donc point qu’il ait pu plaire à Adalïn l’Immortelle - étant devenu lui-même pareil aux Immortels, dans son corps de cristal doré. Et on ne sera pas surpris que son corps nouveau ait pu il_570xN.358666059.jpgoublier le contact de sa femme mortelle, car c’était comme s’il avait connu une nouvelle naissance.

Au demeurant les sages disent qu’Adalïn avait un rapport avec son ancienne épouse, qu’elle gardait en quelque sorte son esprit avec elle, et que c’est à cause de cela aussi qu’elle était tombée amoureuse de lui si profondément - et qu'il avait pu lui rendre son amour. Mais c’est là un mystère qu’il n’est point temps de percer.

Et en tout cas c’est ainsi que ma vision s’acheva – celle qui avait commencé lorsque j'avais aperçu Captain Savoy et la troupe de ses amis, chevaliers de la Lune, glissant sur la mer de nuages, ainsi que cela a été dit au début de cet exposé sur les origines mystérieuses du héros!

Je voudrais néanmoins compléter cette évocation pour expliquer quelque chose de plus mystérieux encore, au sujet de Jacques Miolaz; car les causes profondes de sa métamorphose n'ont semblé qu'à demi révélées à quelques-uns. Et peut-être les saisira-t-on mieux quand je dirai que, dans sa vie précédente, il avait été un roi khmer - régnant à Angkor. À ce titre, il avait été initié, et chaque nuit, au sommet d'une pyramide, au sein d'une tour d'or, il s'unissait à une fée de la Lune qui était la fille d'un Roi-Serpent - ou Nâga -, maître véritable de la terre des Khmers, et elle complétait ainsi son initiation, l'ouvrant aux divins xe26.jpgmystères, lui donnant la faculté de régner sagement. Puis, après cette union avec la fée de la Lune - qui en réalité était déjà Adalïn -, il descendait de sa tour d'or, et il s'unissait à l'une de ses femmes mortelles: car il en avait beaucoup.

Or, peu à peu, il se laissa ensorceler par les joies de la chair, préférant ses femmes profanes à son épouse sacrée, et la volupté s'emparait de son âme, et l'enseignement de la fille des Nâgas se perdit en lui, obscurci par les vapeurs de la luxure, et un esprit mauvais demeura dans son âme, qui demeura jusque dans son incarnation suivante. Or Jacques Miolaz ne sut pas lui résister. Pourtant, en lui, au plus profond de son cœur, il avait conservé le souvenir de l'initiation subie durant sa vie antérieure, alors qu'il était jeune et plein de feu, de piété, de foi. Il faut dire que quelque chose déjà l'avait purifié et conservé un tant soit peu à l'abri du mauvais esprit: c'est que le roi khmer qu'il avait été fut assassiné dans des conditions douloureuses, un de ses neveux profitant de son impopularité, laquelle avait grandi à mesure qu'il devenait clair qu'il était envahi par l'esprit de la volupté, et s'occupait davantage d'enlever les jolies filles de la cité que de gouverner son peuple avec sagesse. Ce neveu avait feint de le servir, jusqu'au moment où, le trahissant, il lui enfonça un poignard dans la gorge.

Au seuil de la mort, le roi en fut marri, et désespéra de la nature humaine. Mais à cause de la souffrance qu'il avait subie, il lui fut pardonné certaines choses, et les esprits qui l'avaient initié restèrent avec lui. C'est ainsi que dans sa vie ultérieure il put devenir Captain Savoy, recevoir la visite d'un ange, et qu'il lui fut donné la puissance magique des anciens comtes de Savoie - en vérité proche de celle des vieux rois khmers.

Il bénéficia notamment de la protection de l'esprit que parmi les hommes on connaît sous le nom de saint Maurice, et qui fut le patron de la Savoie - mais aussi des guerriers. Mais la raison ne peut être dite pour le moment: il suffit que cela soit su. Et de savoir, aussi, que ce saint Maurice vivait dans les cieux, qu'il était un être de haut rang - de celui des archanges; qu'en tout cas il avait acquis le droit de vivre parmi ceux-ci.

C'est ainsi que s'achèvent - provisoirement, du moins - ces considérations sur les origines de Captain Savoy.