04/09/2016

Captain Savoy et la fuite salutaire

paintings ocean monsters waves thor storm legend fantasy art boats artwork warriors sailing sea_wallpaperswa.com_18.jpgDans le dernier épisode de cette geste par fragments, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il venait d'impressionner le Fils ignoble de la Pieuvre parce qu'il avait surgi des ruines de Châteauneuf, à Duingt, dans une éclatante lumière, qui semblait lui venir du ciel. La créature était effrayée à l'idée que les dieux le secourussent directement et l'eussent pris sous leur protection.

Captain Savoy s'élança vers le monstre à la vitesse de l'éclair, et le frappa de sa lance en pleine poitrine. Un coup de tonnerre retentit. Une vague monta, engloutissant les deux combattants, et la montagne trembla: un morceau de la Dent de Lanfon tomba, et des rochers roulèrent, dévastant les forêts de hêtres, détruisant les maisons. Les disciples et l'Homme-Cygne, ainsi que les chevaliers de Nalinë et les monstres hybrides, ne virent plus, pendant un temps, ce qui se passait. Les flots bondissaient autour des deux êtres grandioses, et les cachaient à la vue.

Enhardis par l'attaque glorieuse de leur maître, les Disciples retournèrent à l'assaut, et l'Homme-Cygne parvint à abattre, de son aile coupante, un autre monstre hybride, après lui avoir tranché les jambes: il jeta un foudre blanc, de ses mains, sur son visage, et il en fut mort.

Mais quand enfin le calme revint, et que les flots s'aplanirent, ils virent que Captain Savoy était sous le Fils de la Pieuvre. Celui-ci l'enfonçait dans les flots, et le projetait au fond du lac, puis le maintenait au sol - qui n'était point, à cet endroit, trop loin de la surface, à peine à vingt mètres. Et l'on voyait le monstre bondir et maarvellous-journy--992x510.jpgnon seulement tenter de noyer, mais de briser les membres de Captain Savoy sur les pierres qui tapissaient à cet endroit le fond du lac. À vrai dire on ne les voyait pas, ces pierres: mais le Noton bleu savait ce qu'il en était, lui qui maîtrisait les eaux et connaissait le lac par cœur, en était comme le futur génie, et il l'annonça aux autres. On voyait le monstre soulever des gerbes d'écume en bondissant sur le héros, et en le meurtrissant. Sous l'armure de gueules à croix d'argent les pierres, le sol se brisaient et Captain Savoy s'y enfonçait, y devenait enchaîné, et la proie des gnomes qui commandent au monde minéral.

La consternation fut immense, parmi les Disciples, et ils eurent bientôt le dessous, face à l'ennemi: à nouveau ils reculèrent. L'Homme-Cygne décida de réagir. Il s'élança et frappa une fois encore le Fils de la Pieuvre de ses foudres blancs. Il l'attaqua ensuite de ses ailes, mettant toute son énergie à le frapper sans relâche, ne lui donnant pas le temps de répliquer, et espérant offrir un répit à Captain Savoy. Il virevoltait autour de son ennemi, et allait si vite qu'il ne formait plus, aux yeux des autres, qu'une ligne lumineuse, une comète f7eacc1069f051e73b8d741340f8a83e.jpgblanche piquant son ennemi de traits fulgurants, qui créaient sur sa peau cuirassée des gerbes d'étincelles, ou de la fumée, lorsqu'il parvenait à l'entamer. Et quelques gouttes de sang noir jaillirent, de coupures accomplies par ces ailes.

Les chevaliers de Nalinë sautèrent sur l'occasion. Faisant bondir leurs barques, ils se rendirent auprès de l'autre rive où se déroulait cette bataille, et, plongeant, ils arrachèrent Captain Savoy de dessous le pied du monstre, en piquant ensemble celui-ci de leurs épées: et ce fut dix coups qui furent donnés au même moment, et le pied allégea sa pression, et trois chevaliers-fées, génies armés du lac Léman, purent saisir et soustraire le héros à la force du Fils de la Pieuvre et à l'emprise des gnomes du sol lacustre.

Ils revinrent, et déposèrent Captain Savoy sur leur maître esquif, où se tenait le capitaine Olosmel, qui guidait les chevaliers de Nalinë dans leurs combats, et était d'une haute origine, et avait accompagné la Dame du Léman dans tous ses voyages et combats, et était comme son garde du corps. Il n'était pas né sur Terre, il faut le savoir; mais il y vivait, et assumait pleinement et vaillamment son rôle. Captain Savoy, qui avait sombré dans l'inconscience, bientôt revint à lui, et Olosmel lui annonça qu'il allait faire diversion, et couvrir sa fuite nécessaire, avec ses Disciples.

Cependant, les chevaliers couvraient de flèches le Fils de la Pieuvre, pour donner à l'Homme-Cygne le temps de s'enfuir et de reprendre son souffle. Il revint vers Olosmel, et ce que celui-ci avait décidé lui fut annoncé, et il en fut d'accord. Il était impossible de résister à l'assaut de ces monstres et surtout de leur chef, de leur prince et père, l'ignoble Fils de la Pieuvre. Les chevaliers de Nalinë devaient avant tout donner à Captain Savoy et à ses Disciples la possibilité de se sauver et de rejoindre indemnes leur base du Grand Bec, où ils pourraient se protéger et songer à une revanche. Dans l'immédiat, l'ennemi ne pouvait être vaincu.

Las et sombre, et la mort dans l'âme, Captain Savoy ne put pas rejeter cette offre, car il voyait bien que rien 29be1f3f705af9c21bc89ea8c9f8db8d.jpgd'autre pour le moment n'était possible.

Olosmel donna ses ordres, et l'Homme-Cygne vola auprès des disciples, pour qu'ils fussent prévenus. Il les aida à repousser les monstres qui les assaillaient, et les guerriers d'Olosmel se jetèrent sur eux tous d'un coup, feignant de jeter leurs dernières forces dans un ultime assaut.

Les guerriers qui par leurs traits maintenaient occupé le Fils de la Pieuvre furent appuyés par deux nouvelles barges de soixante hommes chacune, et Captain Savoy, voici! traça dans l'air un pont d'émeraude, et s'en fut, glissant dans le ciel sur ce fil de lumière durcie, accompagné de ses Disciples, même si ceux qui volaient ne faisaient qu'y poser le pied de temps en temps.

Mais cet épisode est suffisamment long pour aujourd’hui, ô mes lecteurs chéris! La prochaine fois nous verrons comment s'en sortirent les chevaliers de Nalinë, et ce que devinrent Captain Savoy et ses Disciples.

01/07/2016

La renaissance de Captain Savoy

53962-new2bgods2bposter2bdetail.jpgDans le dernier épisode de cette grandiose série, nous avons laissé Captain Savoy alors que, avec son ami l'Homme-Cygne, il s'était attaqué aux monstres qui l'assiégeaient en voyant arriver les chevaliers du lac Léman.

De leur côté, les disciples de Captain Savoy attaquèrent les monstres hybrides, nés de la sorcellerie du Fils de la Pieuvre. Ils firent du mieux qu'ils purent; des éclairs jaillirent de leurs armes, de leurs yeux, de leurs mains, et ils assenèrent des coups dignes de rester dans la légende; mais les monstres étaient plus forts. Les jeunes héros reculaient sous leurs coups et ne parvenaient pas à les abattre. Seule l'Amazone céleste parvint, en ripostant, à trancher la main de l'hybride cornu nommé Ëteurled et qui par son père était de la famille de Fomal, l'Homme-Taureau. Un sang noir jaillit à gros bouillons de la plaie. Mais l'Amazone céleste eût péri sous les coups du frère d'Ëteurled, Apörgog, qui avait des tentacules sous les bras, et qui s'apprêtait à les lancer sur la vierge étincelante et à l'empoisonner de leurs ignobles dards, mais Captain Savoy l'en empêcha en surgissant derrière lui et en perçant de part en part de sa lance l'effroyable créature: car il l'enfonça sous son omoplate gauche et atteignit le cœur. L'Amazone céleste, prise dans sa rage, lui trancha la tête avant qu'il ne s'écroulât et ne chût dans l'eau, la teignant de son sang impur. Cependant, telle était la vie de ce monstre qu'en tombant sa tête jurait encore – jusqu'à ce que l'eau la recouvrît et que de sanglantes bulles en jaillissent.

Le Nouvel Hanuman effectua aussi quelques exploits, dans la mesure de ses forces et de son expérience. Certes, il ne put tuer un seul hybride monstrueux; mais il assaillit avec vigueur les guerriers ordinaires que le 2014-02-15-Catherine-Zarcate1.jpgFils de la Pieuvre avait amenés sur des barges pour qu'ils assiégeassent la base de Captain Savoy, et de sa queue et de sa force, de son agilité et de son habileté, il put éviter les coups des mortels ordinaires et les abattre en les étourdissant et renverser une de leurs barges. Quand les autres disciples de Captain Savoy virent cela, et que cela mettait hors de combat, sans les tuer nécessairement - à moins qu'ils ne se noyassent - les pauvres Annéciens ensorcelés par le Fils de la Pieuvre et possédés par ses alliés démons, plusieurs eurent l'idée de l'imiter, et c'est ainsi que, se mettant à deux, le Léopard des neiges, bondissant d'une barge à l'autre, et le Noton bleu, marchant sur l'eau qu'il dirigeait déjà, même si ses pouvoirs n'étaient pas mûrs - c'est ainsi, dis-je, que ces deux héros en devenir renversèrent les barges, le premier en leur donnant de violents coups de pied quand il sautait sur elles, le second en les soulevant de la main et en s'appuyant sur l'onde qui le portait: et vous eussiez vu, alors, de grandes vagues se mêler à ses mains, et comme prendre leur place, car tel était son pouvoir!

Pendant ce temps, l'horrible Fils de la Pieuvre, libéré des chevaliers de Nalinë, assaillait Captain Savoy, qui fut pris par surprise après avoir tué le monstre Ëteurled; il lui donna un violent coup de queue, alors qu'il s'élevait et bondissait vers lui, masquant cet organe derrière son corps et le faisant jaillir brusquement tel un fouet. Captain Savoy fut envoyé à plusieurs centaines de mètres, et tomba sur le château de la presqu'île de Duingt. Le noble Châteauneuf, qui avait abrité tant de nobles seigneurs et de gentes dames, fut décapité de sa tour maîtresse - jadis bâtie, dit-on, par une fée. Captain Savoy la détruisit en tombant, et brisa le toit en le heurtant.

Les disciples en furent stupéfaits: ils en furent inquiets. Le Fils de la Pieuvre, prudemment, s'avança vers le château en glissant à la surface de l'eau, partageant ce pouvoir avec le Noton bleu. Mais lui ne marchait pas dessus: par dessous, ses pieds et sa queue le faisaient avancer, et il le faisait comme un navire que pousse son hélice dans l'onde. Les hybrides s'arrêtèrent de combattre pour assister à la suite de ce duel, car si Captain Savoy était abattu, ce serait une grande nouvelle, et une grande victoire, et les disciples et l'Homme-Cygne et les chevaliers du Léman fabuleux ne pourraient continuer à résister à leurs assauts.

Mais soudain, du château en ruines une grande lumière jaillit, qui était d'or mêlé de vert, et Captain 10500578_1275160115831575_6978772885037517615_n.jpgSavoy se montra, plus éclatant que jamais, faisant luire au loin sa livrée de gueules à croix d'argent après avoir fait voler autour de lui les débris que, dans sa rage, il laissait des bâtiments croulants qu'il avait violemment pénétrés, et avoir donné naissance à un nouveau pont d'émeraude de sa gemme étincelante, sur lequel à présent il gravissait l'éther.

Sa gloire était telle que le Fils de la Pieuvre, à son tour, s'arrêta. La puissance que dégageait ce héros l'impressionna. Il crut voir, descendant du ciel, un rayon splendide, qui l'entoura après avoir traversé les nuages: une nuée d'étoiles semblait s'y trouver. Se pouvait-il qu'il eût bénéficié d'une aide spéciale des dieux, que les anges lui eussent apporté un secours nouveau? se demandait le monstre, qui haïssait les êtres célestes parce qu'ils trahissaient, parce qu'ils trichaient, et parce que sa mère lui avait instillé cette haine - elle qui les avait reniés et s'était séparée d'eux parce qu'elle les trouvait infâmes avec elle et faibles avec les hommes, qu'elle méprisait.

Nous saurons ce qu'il advint alors dans un prochain épisode, néanmoins. La fuite antérieurement annoncée de Captain Savoy sera cette fois racontée.

28/04/2016

Captain Savoy et les monstres hybrides

127ee31ec6b87a4b442f13983fd089d6.jpgDans le dernier épisode de cette série mêlant super-héros et fantasy (et, même, science-fiction), nous avons laissé Captain Savoy, ses dix disciples et l'Homme-Cygne alors qu'ils venaient d'apercevoir les chevaliers-marins de la Dame du lac Léman, venus les secourir sur le lac d'Annecy. Les nefs qui les transportaient, semblables à des cygnes, émerveillèrent le génie de la Savoie, qui pourtant avait vu bien des choses interdites à l'œil mortel.

Captain Savoy se souvint du chant qu'il avait entendu, la première fois que des mortels avaient aperçu ces grands cygnes éclatants de blancheur, ces nefs pleines de majesté:

L’aube à présent sème aux vents ses cent roses:
Au fond du val tombant, elles se posent
Sur du cristal dont s’élève un brouillard;
Là le soleil redevient sur l’argent
Cet orbe d’or qu’un ange fut forgeant
Et dont les feux sont du monde le fard.

Sur le lac pur, sous des monts d’émeraude,
À l’heure où l’eau paraît être plus chaude,
Un cygne glisse et s’avance sans bruit;
Il vient des bords où l’on voit des roseaux,
Et son éclat, en nageant sur les eaux,
Rend pâle un jour soudain tel que la nuit.

Sous son plumage illuminant les airs,
Naissent des feux dorés sur les flots clairs:
Son corps y fait des sillons de lumière.
L’oiseau n’est pas de l’univers mortel:
Il a franchi le seuil d’un portail tel
Que sa clef seule a le prix de la Terre.

Un jeune poète l'avait composé, ébloui par cette vision. Et Captain Savoy l'avait entendu le dire, quand ses mots avaient résonné sur les flots.

Et il lui semblait encore en percevoir l'écho, et voici! il se surprit à le murmurer à son tour. Car même lui, qui avait parcouru les mondes, qui avait séjourné dans le Palais de la Lune, était émerveillé par cette beauté, cette splendeur des nefs pareilles à des cygnes et dont, d'emblée, la première fois qu'ils les avaient vues, les hommes avaient saisi qu'elles pouvaient emmener au delà des limites de la Terre et sur les routes du Ciel, Teleri_Ships_Drawn_by_Swans.jpgfaisant aborder aux divins rivages où vivent les êtres éternels. Ne venaient-elles pas, de fait, de la mer de la Lune, au bord de laquelle s'élève le palais d'Ordolün où Captain Savoy même s'était rendu, et marié?

Cependant l'Homme-Cygne, déjà reconnaissant les siens, s'était élancé, et, appuyant leur assaut, s'en était pris directement à un monstre hybride de grande taille, muni d'ailes de chauve-souris, et au visage noir et hideux, aux yeux de braise: il se nommait Orcatis et était fils d'une mortelle et d'un géant des profondeurs, et il avait été conçu dans les chambres du Fils de la Pieuvre, qui avait permis cette infâme union, et qu'il en sorte un rejeton, par sa magie. Il avait dans sa main un trident, et sur son corps un haubert rouge, avec des lames violettes; et du feu était sur son crâne aux oreilles pointues, formant une crête oscillante.

L'Homme-Cygne jeta sur lui une rafale de feu cosmique, par le pouvoir qu'avait donné à ses mains sa mère, et, comme il savait que cela ne suffirait point à le vaincre, que cela ne ferait que l'étourdir, s'élança dans la foulée pour lui asséner un coup énorme de son aile argentée. Des étincelles jaillirent, et le monstre poussa un cri, mais il ne fut pas tué; un sang noir jaillit de sa bouche, mais ses yeux s'allumèrent d'un feu féroce, et il leva son trident: un éclair jaillit, qui frappa l'Homme-Cygne sur la poitrine. À peine son haubert d'argent put-il protéger son corps; s'il n'avait pas, au dernier moment, fait tourner son buste, afin que l'éclair y rebondît sans le percer, il eût à coup sûr reçu une plaie mortelle.

Captain Savoy, voyant son ami s'élancer, fit de même. Bien lui en prit. Car il eût pu être accusé d'ingratitude et de déloyauté, s'il ne l'avait pas fait. L'Homme-Cygne, en effet, était assaili par deux autres hybrides pareils à des géants, et il ne fallut pas trop de la lance de Captain Savoy pour le dégager: il atteignit l'un de sa pointe, lui perçant l'épaule au moment où il se retournait vers lui pour se défendre, et l'autre d'un rayon sorti de son anneau, qui le blessa lourdement au visage, lui crevant l'œil qu'il avait entouré d'un heaume brillant, de couleur bleue.

Et pendant ce temps les chevaliers de Nalinë s'étaient tous élancés sur le Fils de la Pieuvre, l'avaient recouvert, comme des abeilles recouvrent l'homme qui s'enduit de miel à proximité de leur ruche. Ils l'abreuvaient de coups, mais qui ne l'entamaient pas vraiment, qui ne faisaient que l'exciter et le mettre en colère. Et il les balaya: il les repoussa les uns après les autres, tuant plusieurs d'entre eux de la hache qu'il avait saisie, un autre de ses longues griffes, pareilles à des dagues, un autre encore de sa queue, qui le transperça comme une lance, car elle était pointue au bout, et dure comme du fer.

Mais sur ces mots, ô lecteur, il faut laisser là cette bataille; ce sera une prochaine fois que nous verrons comment Captain Savoy put fuir sans pertes parmi ses disciples, l'ennemi demeurant trop puissant, et s'en aller vers son imprenable base du Grand Bec.