12/10/2011

Captain Savoy et les chevaliers-fées

peinture-de-singe-ramayana.jpgDans le dernier épisode du cycle consacré à Captain Savoy, nous avons laissé ce héros divin à un moment où, submergé par une marée noire d'ennemis atroces dédoublés d'un monstre tentaculaire venu des profondeurs du lac annécien, il avait appelé à l'aide, au moyen de son anneau enchanté (lequel renvoyait les sons de ses mots, dits avec ardeur, jusqu'au palais du roi des fées), les immortels hommes de la Terre - qui habitent, dit-on, dans la sphère du paradis terrestre, et furent proches des hommes mortels à l'origine, mais qui ne connurent pas, à leur exemple, la chute: impérissable est demeuré leur royaume! D'eux, les mortels firent fréquemment des dieux. Comme ils vivaient dans les éléments fins, on les nomma également démons. On les assimila - encore - à des singes enchantés: ce sont ceux du Râmâyana. Ils donnèrent naissance aux singes, mais dans leur sphère divine, ils sont comme des demi-dieux. (On a pu encore les appeler anges de la Terre, car ils avaient une haute origine, ayant été créés dans le Soleil par un dieu, mais ils n'en demeuraient pas moins dans la sphère terrestre. Une fois dans la sphère céleste, on les appelait parfois - notamment en Inde - Gandharva, et on leur faisait occuper la lumière et jouer de la startrek01.jpgmusique pour les hauts dieux du Ciel, les maîtres de la Destinée. Lorsqu'ils viennent sur Terre, on les nomme volontiers, de nos jours, Extraterrestres, et on les fait voyager dans des vaisseaux d'argent qui laissent derrière eux une clarté d'arc-en-ciel: c'est la science que dans Star Trek on attribue aux hommes de la planète Vulcain.)

En tout cas, Captain Savoy connaissait les derniers royaumes que ces êtres enchantés possédaient dans ce qu'on peut nommer l'orbe terrestre - et qu'ils avaient pu conserver à condition qu'ils aidassent les hommes à assumer leur rôle de princes de la Terre: car sinon, ils devaient partir et loger sur l'orbe de la Lune, ou être jetés dans les profondeurs de la Terre, au sein de l'abîme! Ils intervenaient donc en faveur de certains héros, quand le besoin s'en faisait sentir, notamment afin de combattre ceux qui, parmi eux - appartenant à leur lignée -, refusaient, précisément, de quitter la Terre, et cherchaient à continuer à y exercer une influence importante, en y tenant les hommes mortels dans l'asservissement, conscient ou non, en les manipulant: ils intervenaient directement sur leurs esprits, entraient dans leurs rêves, afin de les contrôler à leur guise, ainsi qu'ils l'eussent fait avec des robots: car leur but était de faire des hommes mortels de simples robots à leur service, les estimant indignes de se diriger eux-mêmes, et propres à ne faire que du mal autour d'eux, à n'user de leur liberté que de façon vicieuse, perverse. Ils s'efforçaient donc de la supprimer, et lançaient sur les cités libres des attaques obscures, comme celle dont Captain Savoy même était la proie: car ils étaient les pères des hordes noires, les conduisaient même parfois, et les monstres tentaculaires des profondeurs étaient nés d'eux aussi. Ils les avaient créés de leur propre sein. (Il faut dire que les plus grands parmi eux étaient regardés par eux comme des dieux, et qu'ils étaient d'une nature et d'une origine plus haute; j'en reparlerai un autre jour.) Il était donc logique, ainsi, que les êtres enchantés restés bons aidassent les hommes à combattre leurs frères devenus mauvais. Et de cette sorte s'étaient-ils fait connaître de Captain Savoy, afin qu'il pût les appeler en titania1.jpgcas de besoin, ayant reconnu en lui un Héros parmi les hommes. Le dieu qui les avait pris, eux-mêmes, sous sa garde le leur avait du reste désigné: il fallait qu'ils s'en fissent un ami. Le roi des hommes fées, comme on peut les appeler, avait établi le contact en lui envoyant sa propre fille, dont le héros était sans tarder tombé amoureux; et de ce qu'il en advint - et jusqu'à quel point et de quelle manière ce fut réciproque -, nous parlerons prochainement.

18/06/2011

Captain Savoy et les célestes providences

Sept sages.jpgJ'ai dit, lors du dernier épisode de cette série de Captain Savoy, que ce divin héros, les Sept Sages étaient sûrs, étaient certains qu'il interviendrait au moment opportun, au sein de l'Épreuve, si sa présence était espérée, si on l'en priait, si on frappait pour ainsi dire à la porte de la montagne qui lui servait de base secrète, de château d'intervention et d'action, de forteresse. Mais comment pouvaient-ils en être aussi sûrs, comment pouvaient-ils en être aussi certains?

Sachez qu'il en était ainsi parce que ces nobles Sept Experts avaient expérimenté ce prodige, déjà. Il faut savoir que je n'ai pas raconté toutes les aventures de Captain Savoy: nombre de ses interventions, semblables à celle que j'ai évoquée, ont eu lieu: il a combattu bien des monstres, bien des démons, bien des guerriers passés du côté du mal, bien des sorciers ayant puisé des forces proscrites dans les profondeurs du monde élémentaire - et les ayant, du reste, confiées à ces guerriers passés du côté du mal dont je parlais. Mais à quoi bon Achille.jpgtout rapporter? Constamment, Captain Savoy abattit ses ennemis, parfois avec difficulté, mais alors, il faisait appel aux forces célestes, et des anges venaient l'aider, soit - comme les dieux chez Homère - en dirigeant ses coups aux bons endroits, portant sa lance et les éclairs qui en jaillissaient au cœur d'ennemis protégés pourtant par des armures réputées impossibles à briser, mais qui avaient en réalité toujours un défaut caché; soit - comme Jupiter le fit, ou les anges de la Bible - en intervenant directement, et en foudroyant les monstres les plus effroyables, les plus puissants, les plus dotés de pouvoirs magiques tirés des profondeurs, lorsque de toutes ses forces Captain Savoy les en priait: on a vu alors des éclairs jaillir non plus de sa lance directement, mais être simplement repris par la pointe d'or de cette lance, sur laquelle ils ne faisaient que s'appuyer, sur laquelle ils se contentaient de rebondir, étant venus ultimement du Ciel - des astres où demeurent les anges, les Immortels divins. Une autre fois, des anges de la Terre, vêtus d'armures brillantes, ont accouru en masse à sa demande, quand les guerriers mauvais, sortis d'une des bouches de l'enfer - une faille dans une montagne voisine -, des démons revêtus de cottes de maille, de heaumes et de cuirasses, et munis d'épées, de lances, de haches, de masses d'armes, sont apparus à la façon d'une marée noire aux portes de la Cité, couvrant toute la plaine alentour de ténèbres, comme si le lac avait débordé et répandu ses boues des profondeurs, ses boues infectes, immondes, pleines de monstres impossibles à nommer, leur forme échappant à toute hydre-de-lerne.jpgconception ordinaire - étant semblables à d'énormes pieuvres aux tentacules sinistres, aux yeux cruels et démultipliés dans une chair molle, sombre, visqueuse. Et le fait est que de tels monstres avaient justement surgi, invoqués par les sorciers qui accompagnaient et même menaient l'armée des guerriers ténébreux, afin de les soutenir dans leur combat et d'envahir par eux la Terre entière. Et la marée constituée par les guerriers infernaux se mêlait à celle que soulevaient ces créatures atroces.

Alors, se sentant faible et submergé, isolé, et même désemparé, face à cette marée dédoublée de démons et de monstres, Captain Savoy avait appelé ses amis du royaume de Féerie, dont une porte existait en amont du lac, près des montages bleues qui se perdent dans les lointains et luisent au-delà du cristal de l'eau claire. Ce qu'il en advint, nous le dirons la fois prochaine, si nous le pouvons.

24/01/2011

Le message de Captain Savoy

espritsaint.jpgLe message qu'avait délivré Captain Savoy, sous les yeux stupéfaits des Sept Sages, ainsi qu'à leurs oreilles étonnées, était clair: l'aîné de chaque famille qu'abritait une maison désignée par la flamme à la forme d'oiseau dont nous avons parlé, qu'il s'agît d'une fille ou d'un garçon, devait devenir l'un des douze Chevaliers de la Confrérie sainte vouée à Captain Savoy! Chaque famille ainsi élue devait effectuer ce sacrifice à la justice des Dieux. La destinée de chaque aîné serait désormais liée à l'État, au Bien commun. Les Douze seraient véritablement oints.

Chacun d'eux, voué à ce service sacré, ne pouvait plus se marier, ni avoir une vie normale, devant placer son cœur dans le sein des Dieux qui avaient envoyé Captain Savoy sur Terre, et leur esprit devant n'être attentif qu'à leurs commandements, tel que ce même Captain Savoy pourrait les transmettre. Triste destin, d'un certain point de vue; mais saint, et qui faisait honneur aux personnes choisies.

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Or, il s'avéra que six garçons avaient été désignés par le Sort, et six filles: six guerriers, et six guerrières; et que ces douze héros, devenus fils de Captain Savoy par la grâce de la flamme sainte, étaient d'une moralité à toute épreuve, qu'ils avaient tous reçu la plus belle et la plus noble des éducations, issue des pensées les plus élevées et les plus pures, et que, depuis leur plus jeune âge, ils avaient été nourris de pieuses images évoquant glorieusement les Héros du temps jadis, et les Saints! Tous étaient prêts à se vouer au service d'autrui, à aimer les Dieux et leur prochain, à cultiver en eux le souvenir de leurs prédécesseurs sur les voies de la Justice, à vénérer les figures sacrées des temples, à scruter les astres pour en recevoir des messages divins au sein de leurs rêves, et tous aussi tendaient à mépriser l'amour charnel qui enchaîne la volonté à la Terre.

Gajendra Moksha.jpgVolontiers contemplaient-ils les cimes enneigées, ou leurs reflets dans le lac, afin d'y voir les vivantes images des cieux, et qui prenaient une forme humaine sous leurs yeux brillants: ces êtres qui se dessinaient dans l'air pur, on a pu les appeler anges de la Terre, Elfes, Gandharvas, et leurs cheveux étaient toujours pleins d'étoiles. Or, ils avaient une existence autonome; et il faut savoir que leurs courses avaient un sens profond, qu'il s'agissait de ne pas laisser échapper à l'entendement. Les cercles brillants que faisaient le soleil, la lune et les planètes au sein du firmament étaient leurs voies et leurs chemins; ils traçaient sur Terre les limites de leurs royaumes purs, où l'on vit sans jamais connaître la mort.

Or, il advint que même si les familles exprimèrent douloureusement leur peine, de voir partir leurs rejetons pour la noble cause qui les avait portés à entrer dans une confrérie autonome et ne dépendant plus que des signes célestes, elles n'en furent pas moins saisies de fierté: on s'en doute! Et ainsi fut officiellement constituée la Confrérie des Douze, comme désormais on la nomma.

Il n'en resta pas moins, pour les Sept Sages, à l'entraîner, et à l'initier aux connaissances dont les hommes pouvaient alors disposer, si possible sous les auspices et la surveillance de Captain Savoy, ainsi qu'à leur choisir un maître. Or, pour cela, il fallut passer la première épreuve, la plus grande: trouver le repaire de Captain Savoy et attendre ses indications, en surmontant les obstacles que lui ou la Providence choisirait de placer sur leur chemin. On était certain, de toute façon, que le héros au collier d'or et d'émeraude interviendrait au moment opportun; mais on savait aussi qu'il était vain de cm_2.jpgl'attendre, et que son action gracieuse ne pourrait venir que si les Douze cherchaient à entrer en relation intime avec lui, et à découvrir, par l'amour qu'ils lui vouaient, ses desseins secrets. En cela, ils ne suivaient pas une vaine et vicieuse curiosité, le désir de se rassurer sur leur propre avenir, mais à mieux entrer en symbiose avec leur maître occulte, dont ils savaient que viendraient, par cette symbiose même, d'utiles et nécessaires révélations, parce que le temps était venu de leur accorder cette grâce, et qu'il leur fallait savoir dans quelle direction nouvelle agir, puisque leur ordre était lui-même nouveau.

Mais c'était par amour pour la justice des dieux et leur envoyé, Captain Savoy même, qu'ils agissaient ainsi, et non par orgueil; du moins, s'ils agirent par orgueil, ce ne fut d'abord pas sensible. Ils avaient à l'esprit l'image claire et vive de la mission qui leur avait été confiée! Elle brillait devant leurs yeux comme une étoile.