28/02/2012

Le sublime amour de Captain Savoy

1h.jpgComme je l'ai dit la dernière fois, le roi des fées avait envoyé, à la demande d'un ange du Ciel, un messager dont la tâche était de nouer un lien entre les immortels de la Terre et l'héroïque Captain Savoy, afin que quand celui-ci aurait besoin de leur aide, il pût la leur demander à volonté, et en sachant que son appel jamais ne resterait vain. Je l'ai dit aussi: il lui envoya l'une de ses filles propres, nommée Adalïn, et voici! elle frappa à la porte de la demeure du héros - sa base secrète, la forteresse qu'il habitait sous le grand mont. Or, cette fée, elle était belle et gracieuse, et chacun de ses pas laissait sur le sol des étincelles de lumière! Princesse auguste parmi les Immortels, sa nature divine se décelait à l'éclat de ses yeux, aux astres qui semblaient luire dans ses cheveux, aux lignes de lumière que laissait dans l'air chacun de ses mouvements.

Elle n'avait rien dit, quand le héros avait ouvert la porte: elle lui avait juste souri; mais dans ses yeux, il avait entrevu des mondes, des terres fabuleuses, pleines de dieux, d'astres, de vaisseaux d'or traversant l'espace majestueusement, en laissant derrière eux des couleurs d'arc-en-ciel, traçant des routes! Et il lui sembla qu'une voix lui parlait depuis ces profondeurs insignes. Qu'un œil le regardait, même: qu'un œil grandiose se tenait au fond de l'œil de la demoiselle, qui n'était pas le sien! Un être terrifiant se tenait là dans une lumière, dans une clarté. Et il crut entendre un grondement, et il crut y distinguer des mots, mais il ne sut pas,tara blanche.jpgd'abord, s'il devait ou non se fier à ce qu'il lui semblait entendre. Il vit, cependant, au-dessus de la tête de la jeune fille, comme un panache de feu, silencieux et pur, briller au sein de l'air soudain noirci par cette présence étincelante. Et son cœur battit, et il fut saisi d'amour.

Il voulut, s'avançant, la saisir, lui prendre le bras, la main, le flanc, même, mais, au moment où il pensait qu'il allait la toucher, il s'étonna de voir qu'elle était plus loin de lui qu'il ne l'avait cru. Or, il tenta de répéter son geste, et à chaque fois, elle reculait sans qu'il la vît marcher, ô prodige qu'on ne saurait décrire avec trop de netteté sans en trahir la grandeur!

Alors, follement, dans son désir, et sa faiblesse d'homme mortel, ayant perdu la raison, qui pourtant était chez lui déjà merveilleuse, il s'élança, rageusement, et se mit à la poursuivre à toute allure.

Elle ne fit qu'en rire: elle s'échappait aisément de devant lui! Sa nature d'immortelle pouvant matcher sur l'eau, et glisser sur l'air, comment ne le lui aurait-elle pas permis?

Alors, Captain Savoy fut saisi d'un amer désespoir, et voici qu'il vit dans quel abîme il était tombé, quelle était la profondeur de sa folie! Il s'arrêta, baissa la tête, mit sa main sur son front, et tout devint noir autour de lui; il n'y avait plus, dans son âme, qu'une lueur étrange, qui semblait rire et se moquer de son indigne comportement. Du bruit lui parvint de la gauche: entre les feuilles d'un arbre, au sein de ce que dans les temps anciens on nommait une loge, une sorte de grotte taillée dans le feuillage d'arbres touffus, il vit un gnome qui avait l'air d'une grande force, et dont on eut peine à dire qu'il était petit: son corps brillait, un scintillement d'argent était sur ses membres épais. Et son visage grand_masque_chinois_ancien-5572009-1-xl.jpgse voyait et paraissait s'avancer à travers les feuilles - et venir tout près de Captain Savoy, afin de le narguer: car il arborait un sourire éclatant, et un œil flamboyant et plein de malice était posé sur le héros déchu! Celui-ci, dans un mouvement de révolte, crut devoir sortir son épée de son fourreau, mais au moment, où, lui faisant jeter un éclair dans la clarté du soleil, qui alors était sur son déclin, il s'apprêtait à en frapper le méchant gnome, celui-ci éclata de rire, et voici que l'épée lui sauta des mains! Elle tomba, inerte, à ses pieds, et le feu dont elle avait semblé s'allumer déjà s'était éteint: son acier avait paru d'argent, mais il était à présent gris et terne.

Le gnome, cependant, disparut. Il reflua dans les profondeurs des bois, se mêla à l'obscurité, et on ne le vit plus.

Alors, Captain Savoy se mit à genoux, saisi dans d'épaisses ténèbres, et il demeura immobile un long moment. Et puis, soudain, un rayon du soleil, alors qu'il était sur le point de se coucher, le frappa au front, et il lui sembla entendre un chuchotement lointain. Une lumière vint en lui, et il leva les bras, les mains, pour prier: il en appela aux dieux de l'univers. Il fut saisi dans une profonde pensée, qui semblait luire du feu du ciel même. Et sa bouche, lentement, s'ouvrit, et le nom de la belle vint à ses lèvres, et il l'appela! Adalïn, fit-il. Il ne savait, alors, ce que cela voulait dire. Il lui semblait que c'était un mot enfoui en lui: qu'il avait été prononcé par les anciens hommes, ceux qui étaient mêlés aux anges, et qui apprenaient de ceux-ci leur langue; car en cette langue des anges, ce mot signifiait: Espoir!

Et voici que la belle, s'entendant nommer, apparut instantanément devant lui, souriant et le regard doux. Lui n'en crut pas ses yeux; mais elle était là, de nouveau, à portée de main.

Et ce qu'il en advint sera dit une fois prochaine!

12/10/2011

Captain Savoy et les chevaliers-fées

peinture-de-singe-ramayana.jpgDans le dernier épisode du cycle consacré à Captain Savoy, nous avons laissé ce héros divin à un moment où, submergé par une marée noire d'ennemis atroces dédoublés d'un monstre tentaculaire venu des profondeurs du lac annécien, il avait appelé à l'aide, au moyen de son anneau enchanté (lequel renvoyait les sons de ses mots, dits avec ardeur, jusqu'au palais du roi des fées), les immortels hommes de la Terre - qui habitent, dit-on, dans la sphère du paradis terrestre, et furent proches des hommes mortels à l'origine, mais qui ne connurent pas, à leur exemple, la chute: impérissable est demeuré leur royaume! D'eux, les mortels firent fréquemment des dieux. Comme ils vivaient dans les éléments fins, on les nomma également démons. On les assimila - encore - à des singes enchantés: ce sont ceux du Râmâyana. Ils donnèrent naissance aux singes, mais dans leur sphère divine, ils sont comme des demi-dieux. (On a pu encore les appeler anges de la Terre, car ils avaient une haute origine, ayant été créés dans le Soleil par un dieu, mais ils n'en demeuraient pas moins dans la sphère terrestre. Une fois dans la sphère céleste, on les appelait parfois - notamment en Inde - Gandharva, et on leur faisait occuper la lumière et jouer de la startrek01.jpgmusique pour les hauts dieux du Ciel, les maîtres de la Destinée. Lorsqu'ils viennent sur Terre, on les nomme volontiers, de nos jours, Extraterrestres, et on les fait voyager dans des vaisseaux d'argent qui laissent derrière eux une clarté d'arc-en-ciel: c'est la science que dans Star Trek on attribue aux hommes de la planète Vulcain.)

En tout cas, Captain Savoy connaissait les derniers royaumes que ces êtres enchantés possédaient dans ce qu'on peut nommer l'orbe terrestre - et qu'ils avaient pu conserver à condition qu'ils aidassent les hommes à assumer leur rôle de princes de la Terre: car sinon, ils devaient partir et loger sur l'orbe de la Lune, ou être jetés dans les profondeurs de la Terre, au sein de l'abîme! Ils intervenaient donc en faveur de certains héros, quand le besoin s'en faisait sentir, notamment afin de combattre ceux qui, parmi eux - appartenant à leur lignée -, refusaient, précisément, de quitter la Terre, et cherchaient à continuer à y exercer une influence importante, en y tenant les hommes mortels dans l'asservissement, conscient ou non, en les manipulant: ils intervenaient directement sur leurs esprits, entraient dans leurs rêves, afin de les contrôler à leur guise, ainsi qu'ils l'eussent fait avec des robots: car leur but était de faire des hommes mortels de simples robots à leur service, les estimant indignes de se diriger eux-mêmes, et propres à ne faire que du mal autour d'eux, à n'user de leur liberté que de façon vicieuse, perverse. Ils s'efforçaient donc de la supprimer, et lançaient sur les cités libres des attaques obscures, comme celle dont Captain Savoy même était la proie: car ils étaient les pères des hordes noires, les conduisaient même parfois, et les monstres tentaculaires des profondeurs étaient nés d'eux aussi. Ils les avaient créés de leur propre sein. (Il faut dire que les plus grands parmi eux étaient regardés par eux comme des dieux, et qu'ils étaient d'une nature et d'une origine plus haute; j'en reparlerai un autre jour.) Il était donc logique, ainsi, que les êtres enchantés restés bons aidassent les hommes à combattre leurs frères devenus mauvais. Et de cette sorte s'étaient-ils fait connaître de Captain Savoy, afin qu'il pût les appeler en titania1.jpgcas de besoin, ayant reconnu en lui un Héros parmi les hommes. Le dieu qui les avait pris, eux-mêmes, sous sa garde le leur avait du reste désigné: il fallait qu'ils s'en fissent un ami. Le roi des hommes fées, comme on peut les appeler, avait établi le contact en lui envoyant sa propre fille, dont le héros était sans tarder tombé amoureux; et de ce qu'il en advint - et jusqu'à quel point et de quelle manière ce fut réciproque -, nous parlerons prochainement.

18/06/2011

Captain Savoy et les célestes providences

Sept sages.jpgJ'ai dit, lors du dernier épisode de cette série de Captain Savoy, que ce divin héros, les Sept Sages étaient sûrs, étaient certains qu'il interviendrait au moment opportun, au sein de l'Épreuve, si sa présence était espérée, si on l'en priait, si on frappait pour ainsi dire à la porte de la montagne qui lui servait de base secrète, de château d'intervention et d'action, de forteresse. Mais comment pouvaient-ils en être aussi sûrs, comment pouvaient-ils en être aussi certains?

Sachez qu'il en était ainsi parce que ces nobles Sept Experts avaient expérimenté ce prodige, déjà. Il faut savoir que je n'ai pas raconté toutes les aventures de Captain Savoy: nombre de ses interventions, semblables à celle que j'ai évoquée, ont eu lieu: il a combattu bien des monstres, bien des démons, bien des guerriers passés du côté du mal, bien des sorciers ayant puisé des forces proscrites dans les profondeurs du monde élémentaire - et les ayant, du reste, confiées à ces guerriers passés du côté du mal dont je parlais. Mais à quoi bon Achille.jpgtout rapporter? Constamment, Captain Savoy abattit ses ennemis, parfois avec difficulté, mais alors, il faisait appel aux forces célestes, et des anges venaient l'aider, soit - comme les dieux chez Homère - en dirigeant ses coups aux bons endroits, portant sa lance et les éclairs qui en jaillissaient au cœur d'ennemis protégés pourtant par des armures réputées impossibles à briser, mais qui avaient en réalité toujours un défaut caché; soit - comme Jupiter le fit, ou les anges de la Bible - en intervenant directement, et en foudroyant les monstres les plus effroyables, les plus puissants, les plus dotés de pouvoirs magiques tirés des profondeurs, lorsque de toutes ses forces Captain Savoy les en priait: on a vu alors des éclairs jaillir non plus de sa lance directement, mais être simplement repris par la pointe d'or de cette lance, sur laquelle ils ne faisaient que s'appuyer, sur laquelle ils se contentaient de rebondir, étant venus ultimement du Ciel - des astres où demeurent les anges, les Immortels divins. Une autre fois, des anges de la Terre, vêtus d'armures brillantes, ont accouru en masse à sa demande, quand les guerriers mauvais, sortis d'une des bouches de l'enfer - une faille dans une montagne voisine -, des démons revêtus de cottes de maille, de heaumes et de cuirasses, et munis d'épées, de lances, de haches, de masses d'armes, sont apparus à la façon d'une marée noire aux portes de la Cité, couvrant toute la plaine alentour de ténèbres, comme si le lac avait débordé et répandu ses boues des profondeurs, ses boues infectes, immondes, pleines de monstres impossibles à nommer, leur forme échappant à toute hydre-de-lerne.jpgconception ordinaire - étant semblables à d'énormes pieuvres aux tentacules sinistres, aux yeux cruels et démultipliés dans une chair molle, sombre, visqueuse. Et le fait est que de tels monstres avaient justement surgi, invoqués par les sorciers qui accompagnaient et même menaient l'armée des guerriers ténébreux, afin de les soutenir dans leur combat et d'envahir par eux la Terre entière. Et la marée constituée par les guerriers infernaux se mêlait à celle que soulevaient ces créatures atroces.

Alors, se sentant faible et submergé, isolé, et même désemparé, face à cette marée dédoublée de démons et de monstres, Captain Savoy avait appelé ses amis du royaume de Féerie, dont une porte existait en amont du lac, près des montages bleues qui se perdent dans les lointains et luisent au-delà du cristal de l'eau claire. Ce qu'il en advint, nous le dirons la fois prochaine, si nous le pouvons.