08/12/2012

Captain Savoy et le roi des Elfes

d7b81920608248bab94a4d60583f6fd5-CCP_IMG_600x400.jpgDans le dernier épisode de cette série consacrée à Captain Savoy, nous nous en souvenons, nous avons laissé le héros alors qu’il arrivait devant le roi de la terre de Féerie, le père d’Adalïn, la princesse fée qui l’avait guidé en ces lieux pour une raison inconnue. Or, lorsque Captain Savoy fut devant le roi, et qu’il se fut agenouillé devant lui, baissant le front devant sa majesté, ne pouvant soutenir son regard de feu - son œil éclatant, semblant refléter la force, la gloire et la splendeur des dieux mêmes -, il l’entendit, d’une voix puissante, mais douce, lui ordonner de se relever. Il le fit, et osa regarder le noble prince en face: et son visage rayonnait de clarté, comme s’il fût un lumineux phare; mais de l’amour, de la compassion, de la bienveillance aussi s’en dégageaient, et des couleurs dans son œil se mouvaient qui en voilaient l’éclat, à la façon d’auvents soyeux. On eût dit que des paillettes s’y déplaçaient constamment, qui semblaient vivantes, comme si des anges les eussent maniées. Et une joie secrète paraissait y palpiter, y vibrer!
 
Or, en souriant légèrement, ce roi - qui, en vérité, se nommait Ordolün -, s’adressa à Captain Savoy, et oyez ceci, il lui dit: Ô mortel! Tu as l’air d’un noble guerrier. Ma fille t’a amené ici. Nous t’attendions. Car elle l’a fait à ma demande, sur mon initiative. Il est vrai que depuis longtemps elle t’épie et t’admire; elle aime assister à tes exploits, et pense, sans que je sache si elle a raison, que, quoique ton corps demeure celui d’un mortel, tu as les qualités d’un dieu.
 
Elle a participé, sache-le, au choix qui sera fait aujourd’hui. Mais elle n’est pas la seule: nous te savons béni et protégé des êtres célestes les plus élevés, lesquels t’envoient des anges, pour t’armer, dc293e53.jpgt’entraîner, te secourir! Nous le savons, parce un ange est venu nous le révéler de leur part, et nous demander de t’aider à combattre, à le faire directement, à nous mêler aux affaires de la Terre, afin de te seconder en toute occasion.
 
Car tu sais que les anges t’ont laissé seul, au combat, même s’ils t’ont toujours montré le chemin, même s’ils t’ont éclairé de l’intérieur: et devant toi alors un sentier de lumière s’est tracé, que tu as pu suivre! Mais pour nous autres, nous pouvons nous matérialiser sur Terre et affronter directement les monstres qui t’assaillent, s’ils sont trop nombreux, et si tu faiblis devant eux, si le sentier qui a été tracé devant toi ne suffit pas.

J’ai demandé à ma fille d’aller te chercher dans ta demeure afin de te le dire, et de donner ceci: regarde.
 
Et il lui tendit un objet étrange: il ressemblait à un petit sifflet d’argent; il étincelait, et les couleurs de l’arc-en-ciel semblaient se refléter sur lui; de fins diamants l’ornaient, semblables à des astres. Alors le roi Ordolün reprit: Ô permets-moi de t’appeler Lacner - car tel est ton vrai nom, au-delà du titre que tu t’es donné de Captain Savoy et du nom que tu reçus jadis de tes parents. Oui, Lacner est le nom que tu six06c6.jpgreçus des cieux, et il m’a été communiqué! Alors, en te nommant ainsi, je t’apprends en même temps ton véritable nom, par lequel ton âme peut être saisie: car il s’agit de ton nom éternel, celui qui te créa, et que prononça ton ange à l’orée des temps.
 
Et maintenant, Lacner, sens vibrer en toi les profondeurs du monde, lorsque je t’appelle de ce véritable nom qui est le tien. Mais prends aussi cet objet que je te tends. Sens comme il est léger, doux au toucher, lisse, fin.
 
Et Captain Savoy put le constater en effet.
 
Or sache, reprit le roi Ordolün, sache que si tu portes à la bouche cette sorte de sifflet et souffles dedans, oui, nous l’entendrons dans la salle du trône, dans cette salle même où tu te tiens en ce moment. Nous l’entendrons, et nous accourrons, car ce sera pour nous comme un appel! Ce sera Thor 151-10.jpgpour nous comme une prière à laquelle nous ne pourrons pas ne pas accéder. Et nous viendrons à ta rescousse, lorsque tu seras submergé par le nombre, et que dans ce nombre seront des monstres sortis des profondeurs, des démons de l’abîme, des habitants de l’Orcus!

Car tu ne devras pas te servir de ce sifflet pour de simples mortels qui par des moyens secrets seront parvenus à acquérir un pouvoir défiant le tien: même s’ils ont sous eux des démons qui leur donnent ce pouvoir, ce n’est pas contre les mortels que nous pourrons agir, car nous n’en avons pas reçu la permission. Nous avons été requis de t’aider contre les monstres sortis des profondeurs et les démons de l’abîme, les habitants de l’Orc, et seulement eux. Car ils sont de notre race, mais appartiennent à une branche déchue d’icelle, et notre devoir, notre tâche, notre fardeau est de les combattre: par notre incurie sont-ils passés du mauvais côté, sans doute; nous devons à présent nous sacrifier pour les repousser dans les ténèbres de l’abîme!
 
Or, le roi Ordolün dit encore quelques autres petites choses; mais la place pour aujourd’hui manque, et il faudra attendre un prochain épisode de cette série pour savoir quelles elles furent.

30/06/2012

Captain Savoy et les chevaliers d’argent

La_Belle_Dame_Sans_Merci_1865 arc.jpgDans le dernier épisode, on s'en souvient, Captain Savoy, proche du désespoir, avait supplié celle pour laquelle il avait eu un véritable coup de foudre, celle dont les yeux éclatants avaient jeté dans son cœur des éclairs d'une force incroyable, l'immortelle fille du roi des Elfes, comme disait Lord Dunsany, et au lieu de continuer à fuir devant ses mains tendues vers elle, le voyant agenouillé et prêt à mourir d'amour, elle s'était retournée et tenue devant lui.

Souriant et le regardant de son œil doux et semblant refléter des mondes d'une profondeur inouïe, semblant contenir des trônes d'or sur lesquels étaient assis des dieux, elle attendait, pareille à une statue d'émeraude. Alors, il lui parla, et voici, il lui demanda pourquoi elle avait fui. Elle répondit qu'il n'avait fait que la poursuivre, et qu'il ne l'avait pas priée, ne l'avait pas nommée pour qu'elle se dirige vers lui. Mais que maintenant elle était devant lui, et qu'il pouvait se relever, qu'elle ne fuirait plus. Et c'est ce qu'il fit. Elle ajouta alors qu'elle était venue de la part de son père, le roi des Chevaliers Immortels, et qu'elle était chargée de le conduire auprès de lui. - Où vit-il? demanda le digne héros. - Non loin d'ici, répliqua la belle princesse. Viens. Elle lui tendait la main, et il la prit, et elle était douce et légère; une fraîcheur parfumée lui monta au cœur, et il lui sembla qu'autour de lui les arbres fleurissaient, que le gazon verdoyait et se constellait de gemmes luisantes. Ils passèrent bientôt sous une arche de feuillage, et des fleurs éclatantes - qu'on eût pu prendre pour des lampions, tant elles brillaient - étaient tressées en guirlandes, créant des arcs-en-ciel. Il sembla d'ailleurs à Captain Savoy que leurs radieuses couleurs l'emplissaient et absorbaient sa vue, et qu'il marchait dans les teintes mêmes, devenues des voies au sein de l'éther. Autour de lui, pendant ce temps, se mouvaient des étoiles comme des flocons de neige. Il avançait parmi elles, et certaines prirent sous ses yeux l'allure d'êtres lumineux, qui le saluaient en souriant, semblables à des anges, et il en prit d'autres dans la main, et elles l'illuminèrent entièrement. Il ne voyait plus rien du monde qu'il avait connu, celui des simples mortels.

Bientôt, ils arrivèrent à un portail d'or; et devant, se tenant un guerrier fier, que Captain Savoy ne devait pas tarder à apprendre à connaître:Asgard Heimdall.jpgil tenait un cor d'argent dans la main gauche, une lance étincelante dans la main droite, et il portait une armure sertie de pierres précieuses qui jetaient cent feux autour d'elles. Or, ce gardien preux les vit, et demanda à la princesse Adalïn qui amenait-elle en ces lieux sacrés, dans le propre palais de son père! Elle le lui dit, et voici! il les laissa entrer. Devant eux, sans bruit, et sans qu'on vît personne tenir les battants, la porte s'ouvrit, comme si un, mot les eût mues, comme si elles avaient été douées de volonté propre. Alors, Captain Savoy vit la cité la plus incroyable qu'il fût donné de voir à un mortel.

De hauts bâtiments s'élevaient, qui étaient semblables à des pierres vivantes, qui paraissaient palpiter, respirer, et qui avaient quelque chose de diaphane, comme s'il s'agissait d'ambre. Les vitres des fenêtres étaient de pierres précieuses, et luisaient. Les pavés miroitaient comme s'ils avaient été d'argent.

Nos deux personnages augustes traversèrent la place centrale, et montèrent des marches de marbre teinté. Ils entrèrent dans la grande salle et Captain Savoy vit, au fond, au bout de deux rangées de guerriers en armures brillantes, le plus majestueux prince qu'on ait jamais pu voir. Il était sur un trône d'or, et le perron en haut duquel il se tenait était de rubis; un dais le surplombait, de velours pourpre, et des colonnes torsadées d'émeraude le tenaient, ceintes de lauriers d'or. Sous le dais, contre la pourpre du velours, avait été placé un assemblage de saphirs quadrillés de diamants, et on eût vraiment dit le ciel étoilé: les diamants en particulier semblaient avoir une lumière propre, mais il en était également ainsi des saphirs, dans une moindre mesure. Le front du roi en était illuminé. Une étrange clarté, d'ailleurs, semblait tomber du haut du palais, comme si elle était venue d'au-delà du toit: on ne distinguait pas sa source, et là elle brillait, le toit disparaissait. De chaque côté du roi et de son trône, se dressait une porte vermeille surmontée d'un ange semblant sculpté dans l'or mais dont les yeux brillaient comme s'ils eussent été vivants; le mystère de ces deux portes était profond: elles semblaient vibrer d'une présence inconnue, d'une force indicible. Là étaient les appartements privés du roi, où, Captain Savoy l'apprit plus tard, un autel particulier se trouvait, qui permettait à ce roi de se rendre au pays des dieux. Il y retrouvait la déesse qu'il avait épousée dans sa jeunesse, dont était née Adalïn, et qui n'avait pas voulu demeurer dans le pays des immortels de la Terre, de telle sorte qu'une fois l'éducation d'Adalïn achevée, elle était retournée parmi les siens. Mais il n'y avait pas eu de divorce: le roi et elle continuaient de se voir. Un jour, le roi la rejoindrait: ce serait quand sa mission auprès des siens et des mortels serait achevée. Mais au moment où Captain Savoy lui rendit visite pour la première fois, cette heure n'était pas encore venue.

Je dirai un autre jour la suite de cette incroyable histoire.

28/02/2012

Le sublime amour de Captain Savoy

1h.jpgComme je l'ai dit la dernière fois, le roi des fées avait envoyé, à la demande d'un ange du Ciel, un messager dont la tâche était de nouer un lien entre les immortels de la Terre et l'héroïque Captain Savoy, afin que quand celui-ci aurait besoin de leur aide, il pût la leur demander à volonté, et en sachant que son appel jamais ne resterait vain. Je l'ai dit aussi: il lui envoya l'une de ses filles propres, nommée Adalïn, et voici! elle frappa à la porte de la demeure du héros - sa base secrète, la forteresse qu'il habitait sous le grand mont. Or, cette fée, elle était belle et gracieuse, et chacun de ses pas laissait sur le sol des étincelles de lumière! Princesse auguste parmi les Immortels, sa nature divine se décelait à l'éclat de ses yeux, aux astres qui semblaient luire dans ses cheveux, aux lignes de lumière que laissait dans l'air chacun de ses mouvements.

Elle n'avait rien dit, quand le héros avait ouvert la porte: elle lui avait juste souri; mais dans ses yeux, il avait entrevu des mondes, des terres fabuleuses, pleines de dieux, d'astres, de vaisseaux d'or traversant l'espace majestueusement, en laissant derrière eux des couleurs d'arc-en-ciel, traçant des routes! Et il lui sembla qu'une voix lui parlait depuis ces profondeurs insignes. Qu'un œil le regardait, même: qu'un œil grandiose se tenait au fond de l'œil de la demoiselle, qui n'était pas le sien! Un être terrifiant se tenait là dans une lumière, dans une clarté. Et il crut entendre un grondement, et il crut y distinguer des mots, mais il ne sut pas,tara blanche.jpgd'abord, s'il devait ou non se fier à ce qu'il lui semblait entendre. Il vit, cependant, au-dessus de la tête de la jeune fille, comme un panache de feu, silencieux et pur, briller au sein de l'air soudain noirci par cette présence étincelante. Et son cœur battit, et il fut saisi d'amour.

Il voulut, s'avançant, la saisir, lui prendre le bras, la main, le flanc, même, mais, au moment où il pensait qu'il allait la toucher, il s'étonna de voir qu'elle était plus loin de lui qu'il ne l'avait cru. Or, il tenta de répéter son geste, et à chaque fois, elle reculait sans qu'il la vît marcher, ô prodige qu'on ne saurait décrire avec trop de netteté sans en trahir la grandeur!

Alors, follement, dans son désir, et sa faiblesse d'homme mortel, ayant perdu la raison, qui pourtant était chez lui déjà merveilleuse, il s'élança, rageusement, et se mit à la poursuivre à toute allure.

Elle ne fit qu'en rire: elle s'échappait aisément de devant lui! Sa nature d'immortelle pouvant matcher sur l'eau, et glisser sur l'air, comment ne le lui aurait-elle pas permis?

Alors, Captain Savoy fut saisi d'un amer désespoir, et voici qu'il vit dans quel abîme il était tombé, quelle était la profondeur de sa folie! Il s'arrêta, baissa la tête, mit sa main sur son front, et tout devint noir autour de lui; il n'y avait plus, dans son âme, qu'une lueur étrange, qui semblait rire et se moquer de son indigne comportement. Du bruit lui parvint de la gauche: entre les feuilles d'un arbre, au sein de ce que dans les temps anciens on nommait une loge, une sorte de grotte taillée dans le feuillage d'arbres touffus, il vit un gnome qui avait l'air d'une grande force, et dont on eut peine à dire qu'il était petit: son corps brillait, un scintillement d'argent était sur ses membres épais. Et son visage grand_masque_chinois_ancien-5572009-1-xl.jpgse voyait et paraissait s'avancer à travers les feuilles - et venir tout près de Captain Savoy, afin de le narguer: car il arborait un sourire éclatant, et un œil flamboyant et plein de malice était posé sur le héros déchu! Celui-ci, dans un mouvement de révolte, crut devoir sortir son épée de son fourreau, mais au moment, où, lui faisant jeter un éclair dans la clarté du soleil, qui alors était sur son déclin, il s'apprêtait à en frapper le méchant gnome, celui-ci éclata de rire, et voici que l'épée lui sauta des mains! Elle tomba, inerte, à ses pieds, et le feu dont elle avait semblé s'allumer déjà s'était éteint: son acier avait paru d'argent, mais il était à présent gris et terne.

Le gnome, cependant, disparut. Il reflua dans les profondeurs des bois, se mêla à l'obscurité, et on ne le vit plus.

Alors, Captain Savoy se mit à genoux, saisi dans d'épaisses ténèbres, et il demeura immobile un long moment. Et puis, soudain, un rayon du soleil, alors qu'il était sur le point de se coucher, le frappa au front, et il lui sembla entendre un chuchotement lointain. Une lumière vint en lui, et il leva les bras, les mains, pour prier: il en appela aux dieux de l'univers. Il fut saisi dans une profonde pensée, qui semblait luire du feu du ciel même. Et sa bouche, lentement, s'ouvrit, et le nom de la belle vint à ses lèvres, et il l'appela! Adalïn, fit-il. Il ne savait, alors, ce que cela voulait dire. Il lui semblait que c'était un mot enfoui en lui: qu'il avait été prononcé par les anciens hommes, ceux qui étaient mêlés aux anges, et qui apprenaient de ceux-ci leur langue; car en cette langue des anges, ce mot signifiait: Espoir!

Et voici que la belle, s'entendant nommer, apparut instantanément devant lui, souriant et le regard doux. Lui n'en crut pas ses yeux; mais elle était là, de nouveau, à portée de main.

Et ce qu'il en advint sera dit une fois prochaine!