18/06/2011

Captain Savoy et les célestes providences

Sept sages.jpgJ'ai dit, lors du dernier épisode de cette série de Captain Savoy, que ce divin héros, les Sept Sages étaient sûrs, étaient certains qu'il interviendrait au moment opportun, au sein de l'Épreuve, si sa présence était espérée, si on l'en priait, si on frappait pour ainsi dire à la porte de la montagne qui lui servait de base secrète, de château d'intervention et d'action, de forteresse. Mais comment pouvaient-ils en être aussi sûrs, comment pouvaient-ils en être aussi certains?

Sachez qu'il en était ainsi parce que ces nobles Sept Experts avaient expérimenté ce prodige, déjà. Il faut savoir que je n'ai pas raconté toutes les aventures de Captain Savoy: nombre de ses interventions, semblables à celle que j'ai évoquée, ont eu lieu: il a combattu bien des monstres, bien des démons, bien des guerriers passés du côté du mal, bien des sorciers ayant puisé des forces proscrites dans les profondeurs du monde élémentaire - et les ayant, du reste, confiées à ces guerriers passés du côté du mal dont je parlais. Mais à quoi bon Achille.jpgtout rapporter? Constamment, Captain Savoy abattit ses ennemis, parfois avec difficulté, mais alors, il faisait appel aux forces célestes, et des anges venaient l'aider, soit - comme les dieux chez Homère - en dirigeant ses coups aux bons endroits, portant sa lance et les éclairs qui en jaillissaient au cœur d'ennemis protégés pourtant par des armures réputées impossibles à briser, mais qui avaient en réalité toujours un défaut caché; soit - comme Jupiter le fit, ou les anges de la Bible - en intervenant directement, et en foudroyant les monstres les plus effroyables, les plus puissants, les plus dotés de pouvoirs magiques tirés des profondeurs, lorsque de toutes ses forces Captain Savoy les en priait: on a vu alors des éclairs jaillir non plus de sa lance directement, mais être simplement repris par la pointe d'or de cette lance, sur laquelle ils ne faisaient que s'appuyer, sur laquelle ils se contentaient de rebondir, étant venus ultimement du Ciel - des astres où demeurent les anges, les Immortels divins. Une autre fois, des anges de la Terre, vêtus d'armures brillantes, ont accouru en masse à sa demande, quand les guerriers mauvais, sortis d'une des bouches de l'enfer - une faille dans une montagne voisine -, des démons revêtus de cottes de maille, de heaumes et de cuirasses, et munis d'épées, de lances, de haches, de masses d'armes, sont apparus à la façon d'une marée noire aux portes de la Cité, couvrant toute la plaine alentour de ténèbres, comme si le lac avait débordé et répandu ses boues des profondeurs, ses boues infectes, immondes, pleines de monstres impossibles à nommer, leur forme échappant à toute hydre-de-lerne.jpgconception ordinaire - étant semblables à d'énormes pieuvres aux tentacules sinistres, aux yeux cruels et démultipliés dans une chair molle, sombre, visqueuse. Et le fait est que de tels monstres avaient justement surgi, invoqués par les sorciers qui accompagnaient et même menaient l'armée des guerriers ténébreux, afin de les soutenir dans leur combat et d'envahir par eux la Terre entière. Et la marée constituée par les guerriers infernaux se mêlait à celle que soulevaient ces créatures atroces.

Alors, se sentant faible et submergé, isolé, et même désemparé, face à cette marée dédoublée de démons et de monstres, Captain Savoy avait appelé ses amis du royaume de Féerie, dont une porte existait en amont du lac, près des montages bleues qui se perdent dans les lointains et luisent au-delà du cristal de l'eau claire. Ce qu'il en advint, nous le dirons la fois prochaine, si nous le pouvons.

24/01/2011

Le message de Captain Savoy

espritsaint.jpgLe message qu'avait délivré Captain Savoy, sous les yeux stupéfaits des Sept Sages, ainsi qu'à leurs oreilles étonnées, était clair: l'aîné de chaque famille qu'abritait une maison désignée par la flamme à la forme d'oiseau dont nous avons parlé, qu'il s'agît d'une fille ou d'un garçon, devait devenir l'un des douze Chevaliers de la Confrérie sainte vouée à Captain Savoy! Chaque famille ainsi élue devait effectuer ce sacrifice à la justice des Dieux. La destinée de chaque aîné serait désormais liée à l'État, au Bien commun. Les Douze seraient véritablement oints.

Chacun d'eux, voué à ce service sacré, ne pouvait plus se marier, ni avoir une vie normale, devant placer son cœur dans le sein des Dieux qui avaient envoyé Captain Savoy sur Terre, et leur esprit devant n'être attentif qu'à leurs commandements, tel que ce même Captain Savoy pourrait les transmettre. Triste destin, d'un certain point de vue; mais saint, et qui faisait honneur aux personnes choisies.

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Or, il s'avéra que six garçons avaient été désignés par le Sort, et six filles: six guerriers, et six guerrières; et que ces douze héros, devenus fils de Captain Savoy par la grâce de la flamme sainte, étaient d'une moralité à toute épreuve, qu'ils avaient tous reçu la plus belle et la plus noble des éducations, issue des pensées les plus élevées et les plus pures, et que, depuis leur plus jeune âge, ils avaient été nourris de pieuses images évoquant glorieusement les Héros du temps jadis, et les Saints! Tous étaient prêts à se vouer au service d'autrui, à aimer les Dieux et leur prochain, à cultiver en eux le souvenir de leurs prédécesseurs sur les voies de la Justice, à vénérer les figures sacrées des temples, à scruter les astres pour en recevoir des messages divins au sein de leurs rêves, et tous aussi tendaient à mépriser l'amour charnel qui enchaîne la volonté à la Terre.

Gajendra Moksha.jpgVolontiers contemplaient-ils les cimes enneigées, ou leurs reflets dans le lac, afin d'y voir les vivantes images des cieux, et qui prenaient une forme humaine sous leurs yeux brillants: ces êtres qui se dessinaient dans l'air pur, on a pu les appeler anges de la Terre, Elfes, Gandharvas, et leurs cheveux étaient toujours pleins d'étoiles. Or, ils avaient une existence autonome; et il faut savoir que leurs courses avaient un sens profond, qu'il s'agissait de ne pas laisser échapper à l'entendement. Les cercles brillants que faisaient le soleil, la lune et les planètes au sein du firmament étaient leurs voies et leurs chemins; ils traçaient sur Terre les limites de leurs royaumes purs, où l'on vit sans jamais connaître la mort.

Or, il advint que même si les familles exprimèrent douloureusement leur peine, de voir partir leurs rejetons pour la noble cause qui les avait portés à entrer dans une confrérie autonome et ne dépendant plus que des signes célestes, elles n'en furent pas moins saisies de fierté: on s'en doute! Et ainsi fut officiellement constituée la Confrérie des Douze, comme désormais on la nomma.

Il n'en resta pas moins, pour les Sept Sages, à l'entraîner, et à l'initier aux connaissances dont les hommes pouvaient alors disposer, si possible sous les auspices et la surveillance de Captain Savoy, ainsi qu'à leur choisir un maître. Or, pour cela, il fallut passer la première épreuve, la plus grande: trouver le repaire de Captain Savoy et attendre ses indications, en surmontant les obstacles que lui ou la Providence choisirait de placer sur leur chemin. On était certain, de toute façon, que le héros au collier d'or et d'émeraude interviendrait au moment opportun; mais on savait aussi qu'il était vain de cm_2.jpgl'attendre, et que son action gracieuse ne pourrait venir que si les Douze cherchaient à entrer en relation intime avec lui, et à découvrir, par l'amour qu'ils lui vouaient, ses desseins secrets. En cela, ils ne suivaient pas une vaine et vicieuse curiosité, le désir de se rassurer sur leur propre avenir, mais à mieux entrer en symbiose avec leur maître occulte, dont ils savaient que viendraient, par cette symbiose même, d'utiles et nécessaires révélations, parce que le temps était venu de leur accorder cette grâce, et qu'il leur fallait savoir dans quelle direction nouvelle agir, puisque leur ordre était lui-même nouveau.

Mais c'était par amour pour la justice des dieux et leur envoyé, Captain Savoy même, qu'ils agissaient ainsi, et non par orgueil; du moins, s'ils agirent par orgueil, ce ne fut d'abord pas sensible. Ils avaient à l'esprit l'image claire et vive de la mission qui leur avait été confiée! Elle brillait devant leurs yeux comme une étoile.

17/11/2010

Le prodige de Captain Savoy

chateau-annecy.jpgAu moment où l'assemblée d'Experts - ou de Sages - constituée pour instituer une garde spéciale elle-même vouée à l'esprit de Captain Savoy était dans le plus fort de son doute, concernant les moyens, précisément, de cette institution, elle était dans la pièce du château d'Annecy où autrefois, déjà, s'était assemblé ce qu'on appelait le parlement de Genevois: c'était à l'époque où le comte de Genevois était un prince, également duc de Nemours, et le célèbre Antoine Favre y siégea, du temps du duc Henri Premier. Or, soudain, aux yeux de tous, le mur de la pièce, pourtant épais d'au moins un mètre, et élevé en blocs de pierre dure - ce mur devint étrangement transparent, comme s'il avait été changé en verre, ou même en cristal, car cette transparence s'accompagnait d'une lueur, comme s'il s'était agi, également, d'une nappe d'eau illuminée voire irisée par le soleil: l'effet sur l'âme en est extrêmement difficile à exprimer, au moyen de la langue des mortels; on me pardonnera les images multiples par lesquelles j'ai essayé d'y remédier.

Oiseau-de-feu4.jpgEt voici! une flamme qui semblait vivante, et avait la forme d'un oiseau, se montra dans les cieux, au-dessus de la cité. Bientôt, elle se posa, sous le regard ébloui des Sages, sur certaines maisons, y laissant des étincelles, ou de petites étoiles: car ces feux demeuraient immobiles, se contentant de scintiller à la place où les avait laissés la flamme-oiseau. Semblables par conséquent, au-dessus des toits, à ces escarboucles qui luisaient, dans les récits médiévaux, au sommet des temples, et qui contenaient le feu des Immortels, suspendus dans les airs, ces grains de lumière rappelèrent à plus d'un de ces Sages celui qu'on disait avoir brillé au sommet de la colonne dédiée à Jupiter, sur le mont Joux - nommé de nos jours Grand-Saint-Bernard, depuis que saint Bernard de Menthon y a installé un hospice pour les voyageurs. On disait que cette escarboucle était l'œil de Jupiter, et que des démons se nourrissaient de son feu. Mais aujourd'hui, ils paraissaient plutôt être les graines d'un ange, les graines qu'un ange avait semées pour les hommes!

vue-des-toits-de-la-vieille-ville-dannecy.jpgOr, la flamme, qui était vivante et ailée, en agit ainsi pour douze maisons, ce qui fut aussitôt le signe que la Confrérie des Chevaliers de la Garde devait, elle-même, être constituée de douze membres, dans l'esprit de tous les Sages.

Lorsque le douzième astre eut, de cette façon, été déposé en surplomb d'un toit, ces Experts crurent distinguer, dans le ciel, la propre main de Captain Savoy - laquelle ils reconnurent à son gant. Elle tenait la flamme, qui jaillissait de sa paume; et elle se referma dessus, en l'éteignant dans son poing. Et au moment précis où elle s'éteignit, les nobles sages qui siégeaient dans le vieux château virent comme le corps entier de Captain Savoy soudain luire dans des nuées, comme si un éclair l'avait révélé; il était débout sur sa planche tissée de rayons d'or.

Mais l'instant d'après, le mur de la pièce du château, qui avait comme ouvert son rideau de matière, redevint l'assemblage de pierres grises qu'on connaissait, et tout disparut. Les sept Sages eurent beau se précipiter dehors, Captain Savoy s'en était allé, et les étincelles qu'il avait placées au-dessus des toits des maisons s'étaient également estompées, à la façon d'un rêve: on eût pu croire qu'elles n'avaient jamais été.

Seulement, les nobles Experts avaient bien noté sur quelles maisons elles avaient été déposées, quels toits elles avaient rendus luisants, dans quels foyers elles avaient pénétré. Et, à ce moment, ils entendirent une voix; elle venait du fond de l'horizon, et elle résonnait sur les eaux du lac, à la façon d'un tonnerre sourd, et lointain. Or, elle disait: Lac-d-Annecy-3.jpgPrenez les premiers nés de chaque famille, garçon ou fille!

Cette parole fut entendue distinctement, par les Sages; mais quant au Peuple, il n'entendit alors qu'un roulement de tonnerre, ce qui en étonna fort plus d'un, car le ciel était assez limpide. Le sens de ce qui avait été dit ne parvint pas à l'entendement des gens ordinaires. Au sein du Peuple, seul un homme le saisit, mais il ne pourra en être question qu'ultérieurement. (Quant au prochain épisode, il sera consacré à la constitution officielle du groupe des Douze.)