21/07/2022

L'Elfe jaune et Momülc et le retour chez Amariel

0000000000000000 (3).jpgDans le dernier épisode de cette série impressionnante, nous avons laissé l'Elfe jaune (premier disciple de Captain Savoy) et son ami Momülc alors qu'ils venaient d'arriver à Boëge, en Faucigny, et étaient arrêtés par une ligne de soldats surarmés par la technologie véritablement extraterrestre du démon Börolg et de son maître Malitroc.

Lorsqu'ils les virent, ils épaulèrent leurs fusils mitrailleurs, et leur ordonnèrent de lever leurs mains, de se retourner, et de laisser partir les victimes qu'ils avaient enlevées, s'ils ne voulaient pas être immédiatement arraisonnés d'une rafale meurtrière. Curieusement, ils ne furent aucunement surpris par leur étrange apparence, ni par la monstruosité bien visible d'Arcolod. Ils avaient dû être prévenus, ou étaient aveuglés et leur esprit rendu obscur par la soumission à Börolg.

L'Elfe jaune et Momülc se regardèrent, et se comprirent. Momülc prit dans ses deux mains les tuniques des deux prisonniers, et bondit comme on n'aurait jamais cru qu'un homme pût bondir. 

Et de fait Momülc était plus qu'un homme: il avait en lui des démons de l'atome, saisis à Meyrin dans un flux vert qui avait irrigué son sang et imprégné tout son corps. Il apprenait à les maîtriser, car ils étaient sauvages et méchants, et y parvenait grâce à l'onction de l'Elfe jaune, confiée à lui par Captain Savoy son seigneur et maître. 

Il bondit, et atteignit des hauteurs si grandes que les soldats ne pensèrent pas même à tirer, tant ils furent stupéfaits. Pendant ce temps l'Elfe jaune se dématérialisa devant eux – et réapparut un peu plus loin, courant déjà sur la route de Saint-André. Lorsque 0000000000000.jpgderrière eux les soldats le virent, de l'autre côté de la rivière (ils s'étaient tenus en effet sur le pont, pour les empêcher de passer), ils voulurent tirer, mais l'Elfe jaune, déjà hors de portée, rappelait que, mis à part le Noton bleu, nul au monde ne courait plus vite que lui. À ses oreilles des balles sifflèrent, mais elles le manquèrent toutes. 

Se reprenant, deux soldats essayèrent de toucher Momülc, mais la seule balle qui l'atteignit rebondit sur son cuir vert, sans lui faire aucun mal. Le géant d'émeraude atterrit dans la forêt de Vouan, entre les arbres, invisible aux soldats, qui néanmoins montèrent dans leur voiture blindée et, après avoir démarré, s'élancèrent à la poursuite de l'Elfe jaune. Mais celui-ci se dématérialisa à nouveau, et resta complètement introuvable, aussi bien que Momülc. Ils eurent beau les chercher, et mener mille battues, ils ne les retrouvèrent jamais, et les traces mêmes de l'atterrissage de Momülc les aidèrent peu: s'ils purent bien reconnaître où il s'était posé, s'ils purent même suivre son avancée à travers les fourrés que son passage avait brisés, ou le long d'empreintes laissées dans la boue par ses gros pieds, ils en furent pour leurs frais quand, soudain, arrivés au bord d'un petit lac, d'un petit étang, même, boueux et plein de vase, au fond d'un trou, ils virent ces traces disparaître dans l'eau vaseuse, et ne pas reparaître de l'autre côté, ni s'en retourner dans l'autre sens. Ils purent distinguer quelques légères traces de l'Elfe jaune, car il était si léger qu'on disait qu'il pouvait marcher sur la fraîche neige sans s'y enfoncer, voire sur l'eau; mais finalement il avait bien laissé quelques traces dans la boue près de la mare, accompagnant son ami Momülc, quoique jusque-là on n'eût pu rien apercevoir de lui, du chemin qu'il avait parcouru ou des fourrés qu'il avait écartés pour parvenir à cet endroit. Et ces empreintes étaient singulières: un éclat scintillant, à peine visible, était en elles, comme si l'Elfe jaune avait eu des pieds de feu, lui permettant même de parcourir les ondes de l'air, s'il le voulait, et s'il en faisait l'effort: car il pouvait se dématérialiser complètement, ou en partie, si grand était son art. Et on l'avait vu, plusieurs fois, courir au-dessus de la terre, laissant derrière lui des gerbes d'étincelles comme s'il soulevait une poussière sur son passage – laissée là par la lumière, dans l'atmosphère: c'était si singulier.

Or, le lecteur aura compris ce qu'était cette mare où les traces de nos deux héros avaient disparu: il s'agissait de la porte illusoire menant au royaume d'Amariel – ou plutôt au conduit souterrain débouchant sur ce royaume, et permettant d'y accéder. Ils s'y étaient glissés, prononçant les mots qu'il faut pour faire apparaître cette porte, et l'ouvrir; et de l'autre côté la nymphe armée qui tient la garde, logeant dans une cabane entrelacée de fleurs et de feuilles, à la fourche d'un hêtre, les avait salués, après avoir 0000000000000000000000000000000.jpgjeté une flèche qui s'était plantée juste devant leurs pieds, leur signifiant de s'arrêter et de se présenter: car elle voulait marquer son autorité, pour mieux garder le royaume de sa dame chérie. Ils s'étaient effectivement arrêtés, entendant le message, et avaient attendu qu'elle apparaisse; et elle l'avait fait, surgissant d'entre les feuilles, montrant l'éclat de son armure argentée et dorée, telle une lampe qu'on allume dans la pénombre. Et ils s'étaient regardés, et elle avait montré un air sévère; et l'Elfe jaune et Momülc avaient simplement attendu, confiants. Et soudain elle avait souri et levé le bras, et dit: Soyez les bienvenus, amis. Et leur avait montré la direction du palais d'Amariel.

Ils s'y dirigèrent, et l'Elfe jaune eut la joie de revoir celle qu'il aimait en secret; et elle fit mine de ne rien paraître de sa joie propre, feignit même de le reconnaître à peine – mais dès qu'ils furent seuls se jeta passionnément dans ses bras. Car elle invoqua un prétexte, lui demandant de venir dans ses appartements, afin de lui expliquer en privé ce qui était advenu avec le monstre qu'il amenait vaincu, Arcolod le Maudit, et lui interdisant fallacieusement d'en parler en public parce que le mystère en était trop grand pour les Nymphes. Mais quand, une fois seuls, l'Elfe jaune tenta d'expliquer en effet la chose, elle se jeta sur lui et, l'embrassant, l'empêcha de parler: ses baisers le mirent au silence, et la soirée se passa différemment qu'il l'avait cru, quand il l'avait vue si froide. Il en fut heureux, car il l'aimait de toute son âme.

Mais il est temps, augustes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

09/07/2022

Le génie du Razès et les monstres du Bugarach, 12: le surgissement de l'Amazone céleste

000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette effroyable série, nous avons laissé l'Homme-Corbeau, gardien secret du Razès, alors qu'il était désormais complètement entouré d'ennemis, et que, à la suite des monstres tentaculaires de Zitec du système maudit de Zatloc, l'araignée géante des profondeurs s'apprêtait à le dévorer.

Emportée par son élan rageur, elle s'écarta légèrement et, tout en haut de la tour de cadavres que ses yeux et ses mains meurtriers avaient bâtie, il vit, par l'ouverture laissée, l'orbe de la Lune, blanc et pur, surgir d'un bord, avec une étoile non loin d'elle. Une voix parla à son cœur, sans qu'il comprît ce qu'elle disait; il sentit qu'y venait un souffle pur, au parfum ravissant et fleuri, et une clarté arrivant en bouffée. Il pria, spontanément et sans réfléchir: il prononça le nom d'Ithälun, princesse de la Lune, et de son époux Don Malodorn, que lui avait appris son double Ëtünod sans qu'il s'en aperçût. Mais il savait leur nom, il en était absolument sûr, et c'était même comme s'il les avait déjà rencontrés.

Or, voici! une rumeur se fit soudain entendre, dans la foule de ses ennemis, à l'arrière de leurs rangs. Un trouble avait surgi, parmi eux. Elle était agitée comme une houle, et une rumeurs s'en élevait, on y criait et on s'effrayait, et le désordre odieux se 0000000000000000.jpgrépandait chez ces êtres immondes. L'Homme-Corbeau profita de cet instant pour bondir par-dessus les parois de la tour qu'il avait faite, et se retrouver hors de ce siège qu'on lui faisait. Suspendu dans les airs, il vit alors une chose qui l'étonna plus qu'on ne saurait dire. Elle le marqua si profondément que le temps sembla s'arrêter, et qu'il eut tout le loisir de l'admirer.

Une grande boule enflammée, dans laquelle il distinguait la forme d'une femme armée, étincelante et belle, occupait l'espace situé entre le lac de Bugarach et lui-même; il en venait des rayons de plusieurs couleurs qui fondaient sur les ennemis comme autant de flèches, les repoussant de la force incroyable de leurs traits.

C'était l'Amazone céleste, qu'avait prévenue la bonne fée de l'Homme-Corbeau. Éveillée par elle, après qu'elle l'eut entendue lui parler dans son rêve, elle s'était élancée à toute vitesse de sa demeure pyrénéenne, accourant au secours de celui qui – elle ne le savait pas – deviendrait bientôt son plus intime ami.

L'Homme-Corbeau ne perdit toutefois point de temps à se laisser fasciner. Comme il voyait, étalés, dispersés, les pans de son costume désormais libérés des fils de l'araignée noire, il s'élança vers eux, plus vif que l'éclair, et les remit presque instantanément sur son corps – et aussitôt ses ailes se déployèrent. 

Les monstres voulurent l'empêcher de s'élancer dans les airs, mais il agit si rapidement et se défendit si bien, avec les éclairs rouges qui surgissaient de ses yeux que voilait du cristal, qu'ils en demeurèrent complètement incapables. 

Puis, armé de tous ses pouvoirs, et reprenant en main la lance fine que l'art des Nains avait glissée dans sa manche, il se fraya un chemin, mi-volant, mi-sautant, en direction de l'étrange guerrière d'argent accourue pour le secourir. Abattant ses ennemis sous 0000000000000000.jpglui, leur tranchant la tête ou les pieds de son aile acérée, ou les perçant aussi vigoureusement qu'adroitement de sa lance, il s'approchait effectivement d'elle, mais l'araignée géante soudain surgit à sa gauche, tentant de le prendre par le flanc – et de le dévorer, à la fin!

Il eût été surpris par cette attaque, si un foudre plus vigoureux que les autres n'eût surgi de la boule de lumière que constituait autour d'elle, dans la nuit, l'inconnue accourue à son aide, stoppant la bête immense au sein de sa course – et si cette femme même, bondissant et volant dans une nuée d'éclairs, ne s'était précipitée sur le monstre, pour le terrasser ou le tuer.

Un bref instant l'Homme-Corbeau admira la grâce de la guerrière étincelante, alors qu'elle allait dans les airs, marchant sur ses ondes, et que le temps à nouveau semblait s'être arrêté, puis, comme il perçut, grâce à un sixième sens qu'il avait récemment reçu, l'attaque d'un trident électrique juste derrière lui, il sauta de côté, évitant le coup meurtrier, et, se retournant, assénant à son adversaire un coup de pied qui lui brisa la mâchoire et le visage, tant il avait été puissant; le monstre aussitôt s'écroula, mort. Puis l'Homme-Corbeau s'éleva dans les airs et recouvrit la horde d'ennemis d'un tapis de rayons rouges qu'il fit sortir de ses yeux, blessant et tuant plusieurs d'entre eux à la fois.

Cependant, un trident s'élança dans les airs et le frappa au bas du dos. Et si son costume, véritable cotte de maille subtile, forgée aux forges lunaires des Nains de la Nymphe, empêcha bien les trois 000000000000000.jpgpointes d'entrer dans son corps, une commotion lui en vint, l'arme extraterrestre étant remplie d'une énergie fatidique – feu qui aurait, à coup sûr, terrassé trois éléphants! Il tomba brutalement à terre, et les guerriers ennemis se précipitèrent sur lui, pour le recouvrir de leurs corps et l'achever.

Mais, dans leur précipitation ils se gênèrent – et, de nouveau, l'Amazone céleste, laissant l'araignée qu'elle harcelait de ses coups aux pattes et au ventre (lesquels toutefois résistaient à la pointe de sa lance, plus durs que le métal le mieux fourbi), s'élança vers les assassins de Zitec pour les abattre en un seul élan – les renverser, du moins, car ses coups n'eurent pas le temps d'en tuer plus de cinq. Mais les autres à leur tour frappés de commotion tombèrent les uns sur les autres, ce qui donna à l'Homme-Corbeau, légèrement sonné, le temps de se relever et de se remettre en garde, afin de mieux continuer son travail de combattant, et mettre à bas effectivement de nouveaux ennemis, pendant que l'Amazone céleste, s'élançant sur les ondes de l'air – semblant marcher ou courir, ou glisser ou danser sur une route invisible située dans les vents –, retournait ainsi en volant, comme on pourrait dire, vers l'araignée géante – qui déjà, débarrassée de son adversaire acharné, se mouvait vers l'Homme-Corbeau afin de l'attraper et de le dévorer, puisque tel était son but – obsessionnel, obstiné, illimité!

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étonnante histoire.