09/07/2022

Le génie du Razès et les monstres du Bugarach, 12: le surgissement de l'Amazone céleste

000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette effroyable série, nous avons laissé l'Homme-Corbeau, gardien secret du Razès, alors qu'il était désormais complètement entouré d'ennemis, et que, à la suite des monstres tentaculaires de Zitec du système maudit de Zatloc, l'araignée géante des profondeurs s'apprêtait à le dévorer.

Emportée par son élan rageur, elle s'écarta légèrement et, tout en haut de la tour de cadavres que ses yeux et ses mains meurtriers avaient bâtie, il vit, par l'ouverture laissée, l'orbe de la Lune, blanc et pur, surgir d'un bord, avec une étoile non loin d'elle. Une voix parla à son cœur, sans qu'il comprît ce qu'elle disait; il sentit qu'y venait un souffle pur, au parfum ravissant et fleuri, et une clarté arrivant en bouffée. Il pria, spontanément et sans réfléchir: il prononça le nom d'Ithälun, princesse de la Lune, et de son époux Don Malodorn, que lui avait appris son double Ëtünod sans qu'il s'en aperçût. Mais il savait leur nom, il en était absolument sûr, et c'était même comme s'il les avait déjà rencontrés.

Or, voici! une rumeur se fit soudain entendre, dans la foule de ses ennemis, à l'arrière de leurs rangs. Un trouble avait surgi, parmi eux. Elle était agitée comme une houle, et une rumeurs s'en élevait, on y criait et on s'effrayait, et le désordre odieux se 0000000000000000.jpgrépandait chez ces êtres immondes. L'Homme-Corbeau profita de cet instant pour bondir par-dessus les parois de la tour qu'il avait faite, et se retrouver hors de ce siège qu'on lui faisait. Suspendu dans les airs, il vit alors une chose qui l'étonna plus qu'on ne saurait dire. Elle le marqua si profondément que le temps sembla s'arrêter, et qu'il eut tout le loisir de l'admirer.

Une grande boule enflammée, dans laquelle il distinguait la forme d'une femme armée, étincelante et belle, occupait l'espace situé entre le lac de Bugarach et lui-même; il en venait des rayons de plusieurs couleurs qui fondaient sur les ennemis comme autant de flèches, les repoussant de la force incroyable de leurs traits.

C'était l'Amazone céleste, qu'avait prévenue la bonne fée de l'Homme-Corbeau. Éveillée par elle, après qu'elle l'eut entendue lui parler dans son rêve, elle s'était élancée à toute vitesse de sa demeure pyrénéenne, accourant au secours de celui qui – elle ne le savait pas – deviendrait bientôt son plus intime ami.

L'Homme-Corbeau ne perdit toutefois point de temps à se laisser fasciner. Comme il voyait, étalés, dispersés, les pans de son costume désormais libérés des fils de l'araignée noire, il s'élança vers eux, plus vif que l'éclair, et les remit presque instantanément sur son corps – et aussitôt ses ailes se déployèrent. 

Les monstres voulurent l'empêcher de s'élancer dans les airs, mais il agit si rapidement et se défendit si bien, avec les éclairs rouges qui surgissaient de ses yeux que voilait du cristal, qu'ils en demeurèrent complètement incapables. 

Puis, armé de tous ses pouvoirs, et reprenant en main la lance fine que l'art des Nains avait glissée dans sa manche, il se fraya un chemin, mi-volant, mi-sautant, en direction de l'étrange guerrière d'argent accourue pour le secourir. Abattant ses ennemis sous 0000000000000000.jpglui, leur tranchant la tête ou les pieds de son aile acérée, ou les perçant aussi vigoureusement qu'adroitement de sa lance, il s'approchait effectivement d'elle, mais l'araignée géante soudain surgit à sa gauche, tentant de le prendre par le flanc – et de le dévorer, à la fin!

Il eût été surpris par cette attaque, si un foudre plus vigoureux que les autres n'eût surgi de la boule de lumière que constituait autour d'elle, dans la nuit, l'inconnue accourue à son aide, stoppant la bête immense au sein de sa course – et si cette femme même, bondissant et volant dans une nuée d'éclairs, ne s'était précipitée sur le monstre, pour le terrasser ou le tuer.

Un bref instant l'Homme-Corbeau admira la grâce de la guerrière étincelante, alors qu'elle allait dans les airs, marchant sur ses ondes, et que le temps à nouveau semblait s'être arrêté, puis, comme il perçut, grâce à un sixième sens qu'il avait récemment reçu, l'attaque d'un trident électrique juste derrière lui, il sauta de côté, évitant le coup meurtrier, et, se retournant, assénant à son adversaire un coup de pied qui lui brisa la mâchoire et le visage, tant il avait été puissant; le monstre aussitôt s'écroula, mort. Puis l'Homme-Corbeau s'éleva dans les airs et recouvrit la horde d'ennemis d'un tapis de rayons rouges qu'il fit sortir de ses yeux, blessant et tuant plusieurs d'entre eux à la fois.

Cependant, un trident s'élança dans les airs et le frappa au bas du dos. Et si son costume, véritable cotte de maille subtile, forgée aux forges lunaires des Nains de la Nymphe, empêcha bien les trois 000000000000000.jpgpointes d'entrer dans son corps, une commotion lui en vint, l'arme extraterrestre étant remplie d'une énergie fatidique – feu qui aurait, à coup sûr, terrassé trois éléphants! Il tomba brutalement à terre, et les guerriers ennemis se précipitèrent sur lui, pour le recouvrir de leurs corps et l'achever.

Mais, dans leur précipitation ils se gênèrent – et, de nouveau, l'Amazone céleste, laissant l'araignée qu'elle harcelait de ses coups aux pattes et au ventre (lesquels toutefois résistaient à la pointe de sa lance, plus durs que le métal le mieux fourbi), s'élança vers les assassins de Zitec pour les abattre en un seul élan – les renverser, du moins, car ses coups n'eurent pas le temps d'en tuer plus de cinq. Mais les autres à leur tour frappés de commotion tombèrent les uns sur les autres, ce qui donna à l'Homme-Corbeau, légèrement sonné, le temps de se relever et de se remettre en garde, afin de mieux continuer son travail de combattant, et mettre à bas effectivement de nouveaux ennemis, pendant que l'Amazone céleste, s'élançant sur les ondes de l'air – semblant marcher ou courir, ou glisser ou danser sur une route invisible située dans les vents –, retournait ainsi en volant, comme on pourrait dire, vers l'araignée géante – qui déjà, débarrassée de son adversaire acharné, se mouvait vers l'Homme-Corbeau afin de l'attraper et de le dévorer, puisque tel était son but – obsessionnel, obstiné, illimité!

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étonnante histoire.