15/06/2022

Le génie du Razès et les monstres du Bugarach, 11: la nudité de l'Homme-Corbeau

000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette fabuleuse série, nous avons laissé l'Homme-Corbeau, gardien secret du Razès, alors qu'il avait été frappé par le bec d'une araignée géante qui avait bondi vers lui et avait failli l'avaler.

Il en fut sonné, étourdi, et l'araignée lui cracha, depuis sa bouche obscure, un jet de salive qui se changea en fil solide – dès qu'elle l'eut touché, atteint à la poitrine. Et il en fut lié à sa mâchoire sans rémission possible, tant ce fil collait à son costume.

Son vol en fut déséquilibré, et il eut beau jeter mille traits fins de ses yeux – mille rayons de lumière condensée –, aucun rayon ne parvint à trancher ce fil immonde – soit que, trop agité par son déséquilibre, il ne pût viser correctement, soit que ce câble ne pût être aucunement entamé, attaqué par quelque force que ce fût, tant l'araignée lui avait donné de puissance intime!

Or, on ne sait par quel rouage, l'araignée enroulait autour de sa mandibule inférieure le fil fatal, le raccourcissant et rapprochant inexorablement sa proie vers elle, et lui donnant à voir les profondeurs vibrantes de son gosier noir.

Comme il se débattait, gênant l'avancée inexorable vers ce puits organique, l'araignée fit surgir un nouveau fil qui, tel un fouet, s'enroula autour de la taille de l'Homme-Corbeau, prenant même une aile dans son lien, et le ligotant pour mieux le dominer. L'Homme-Corbeau semblait cette fois bien perdu, et il se demanda si sa carrière de justicier devait s'arrêter si vite, après avoir à peine commencé!

Il s'efforça, toutefois, de se glisser hors de son costume. Il en ouvrit et détacha les agrafes, et, assez rapidement, assez agilement, se laissa tomber au sol en laissant le seul costume à l'araignée.

De fait, le second fil n'avait entouré que sa taille, lui laissant libres les bras, et les agrafes attachaient divers pans subtilement, de sorte qu'en les arrachant l'Homme-Corbeau avait pu détendre ce lien, et s'en libérer.

À présent, sur le sol, il était nu. Il s'y était reçu souplement, en pliant les genoux. Mais il put voir qu'il n'avait pas le corps qu'il avait eu en tant que simple mortel. Il était bien plus musclé, sculptural, et une puissance crépitante et 0000000000000.jpgscintillante courait tout le long de ses membres. Il gardait aussi ses gants, remplis de ruses techniques – bien au-delà de ce que les hommes mortels ont jamais pu faire, puisqu'ils avaient été tissés et forgés par les fées, ou plus exactement par les nains qui travaillent à leur service. L'Homme-Corbeau eut même la révélation que ces fées et ces nains n'avaient pas été sur la Terre, lorsqu'ils avaient mis au point ce costume pour le compte de son prédécesseur céleste Ëtünod, mais sur la Lune, où alors ils vivaient: c'est plus tard qu'ils suivirent Ëtünod, et d'autres guerriers des étoiles, sur la Terre, pour y rétablir la justice – quoique ce fût, en vérité, sans l'aval des anges du Soleil. Mais c'est là une autre histoire, que nous raconterons un autre jour.

Au-delà même de ses gants et de ses muscles, Roger Maziès pouvait constater que s'il avait bien, en revanche, perdu ses ailes en même temps que sa seconde peau que constituait son costume, il portait toujours son heaume surmonté d'un panache noir, et dont les yeux de cristal étaient rouges et flamboyants. Aussi put-il lancer de nouveaux rayons autour de lui, quand ses ennemis approchèrent pour s'emparer de sa personne, espérant que cela serait désormais plus facile, puisque leur bourreau était fixé au sol, dans l'impossibilité de voler.

Ils en furent tués ou blessés en nombre, mais leur masse sombre grandissait autour de Roger Maziès, et ils revenaient inlassablement vers lui, non effrayés – aucunement – par la multiplication de leurs morts, mais se servant des cadavres méprisés de leurs propres congénères pour monter au-dessus de l'Homme-Corbeau, et l'attaquer de leurs fourches 000000000000000.jpgélectriques de ce remblai organique. Cependant sous leur poids les corps défunts ou gémissants glissaient, mous et gluants du sang qui les recouvrait, et l'Homme-Corbeau put aussi se hisser; de ses gants il frappait, inlassablement frappait, lui aussi, mais la sueur ruisselait sur ses bras et sa poitrine, et son souffle devenait rauque, on le voyait fatiguer.

Cela donnait d'autant plus de courage à ses ennemis, qui l'imaginaient déjà mis en pièces sous leurs fourches, et se gorgeant de son sang, mêlé à l'énergie lunaire dont ils raffolaient: elle avait un éclat subtil, une scintillance blanche qui les faisait fuir, qui les blessait, quand elle donnait à plein sur eux, quand elle était nue et pure, mais dont ils se repaissaient goulûment, quand elle était mêlée à une chair qui pût ombrer son pouvoir, et leur permettre de le digérer, et de s'en gorger à leur tour, pour accroître le leur.

Et l'Homme-Corbeau savait qu'ils étaient pris de rage et de folie, à l'idée de le dévorer, et qu'il ne pouvait attendre d'eux aucune pitié, aucune compassion, aucun répit. Et derrière les formes noires de ces ennemis s'amoncelant autour et au-dessus de lui il vit celle de l'araignée, énorme, remplir l'espace demeurant à sa vue, prête à le dévorer plus vite encore que les monstres de Zitec. Cependant ils étaient si pleins de rage et de désir, à l'égard de sa chair et de son sang, qu'ils ne pensaient plus à s'écarter, et qu'elle était obligée de les écraser et de les frapper violemment pour se faire un chemin et prendre leur place.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette effroyable bataille.

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