22/04/2022

L'Homme-Météore et l'attaque du requin ailé

00000000000.jpgDans le dernier épisode de cette singulière histoire, nous avons laissé l'Homme-Météore, notre héros, alors qu'il affrontait un étonnant requin ailé illusoire, sur une plage de Kribi au Cameroun.

Cependant, l'Homme-Fétiche, voyant que son ami ne l'écoutait plus, se tourna vers le sorcier qui tissait cette magie, et se précipita vers lui pour le mettre à bas. Mais alors, huit prêtres armés de lances traditionnelles, ou sagaies, entourèrent le puissant sorcier, afin de le protéger, s'apprêtant même à le défendre jusqu'à la mort. 

Sortant de sa sacoche une liane, l'Homme-Fétiche prononça un mot de conjuration, et cette liane, durcie, devint un bâton acéré et long à la ressemblance des leurs. Une pointe même brillait en son extrémité, menaçante et luisante.

Dès ce moment un combat d'escrime à la sagaie, mêlé de bonds, d'écarts soudains, de reculs et de virevoltes, s'engagea, dans lequel, à lui seul, aussi étonnant que cela paraisse, l'Homme-Fétiche tint tête aux huit prêtres maladroits. 

Car il allait dix fois plus vite qu'eux, il était dix fois plus fort! 

Et bientôt quatre d'entre eux s'écroulèrent, la lance brisée, le corps percé. Les six autres hésitèrent. Mais à un ordre rageur prononcé par leur chef, le sorcier maléfique qui continuait à mouvoir étrangement ses bras, ils s'élancèrent à nouveau vers l'Homme-Météore, s'efforçant de l'anéantir.

Celui-ci se défendit avec l'adresse qui constamment le caractérise – et cela ne l'empêcha pas de jeter un coup d'œil vers son ami l'Homme-Météore, aux prises avec le requin ailé, et cela ne laissa pas de l'inquiéter. Car ce monstre, sorti de la propre âme de l'Homme-Météore, affaiblie et peureuse, luttait sans sembler atteint par aucun des coups qu'il lui portait, évidemment, puisqu'il était sorti de lui-même. Il lui envoyait de furieux rayons d'or de ses mains, des rafales de feu étincelant, mais cela n'était de nul effet, le monstre continuait facebook_1644182469836_6896201109963323588.jpgd'avancer vers lui et de tâcher de l'atteindre de coups de dents. 

Or, à la fin il parvint à saisir de sa mâchoire une des jambes dorées et couvertes de fines mailles de l'Homme-Météore – et, tendant brusquement le cou par à-coups, il l'engloutissait peu à peu, enfouissant bientôt dans sa bouche les jambes de l'Homme-Météore et jusqu'à sa taille. 

Celui-ci, à vrai dire, ne ressentait aucune douleur directe – et il eût pu s'en étonner, si la terreur qui s'était emparée de lui ne lui avait pas donné l'impression qu'il ressentait une douleur énorme. Il regardait ses jambes, jetant de brefs coups d'œil, et, certes, ne voyait nul sang; ne constatait nulle atteinte, autant qu'elles lui apparaissaient hors de la bouche du requin. Mais il avait si peur qu'il imaginait broyées ces jambes à l'intérieur du gosier abominable, et le sang couler à flots vers son estomac. Et il songeait que, avalé tout entier, son armure, qui le protégeait encore, ne le protégerait plus, et qu'il serait tout entier réduit en bouillie dans le corps viril du monstre. L'Homme-Fétiche avait beau lui crier qu'il n'avait rien à craindre, qu'il ne s'agissait que d'un leurre, il ne l'entendait point, et voici! la peur le paralysait, le pétrifiait, s'emparait de lui et, étreignant son cœur, le mettait dans le plus grave péril. 

L'Homme-Fétiche se résolut à se débarrasser au plus vite de ses adversaires, afin de venir à l'aide de son ami et mettre un terme final à cette attaque qui effectivement le broyait, quoique d'une manière différente qu'il croyait. Car par ce moyen, le sorcier espérait le briser de l'intérieur, et rompre son cœur et ses veines, ses artères et lui couper le souffle, et le tuer aussi rapidement que si le monstre eût été réel – aussi rapidement et aussi efficacement, quoiqu'en usant de moyens 638642-action_comics_872__2009__super.jpgbien plus aisés, qui sont ceux de la suggestion et de l'envoûtement!

L'Homme-Fétiche redoubla donc d'ardeur, enfonçant sa lance dans les corps des prêtres ennemis, mais, dans sa précipitation, son ardeur à venir en aide à son ami, il manqua de prudence et, à un certain moment, l'un des prêtres le blessa au flanc. L'Homme-Fétiche rompit la lance après l'avoir attrapée, vif comme l'éclair, mais le sorcier n'en poussa pas moins un cri de joie. Il courut poser une main sur le front de l'Homme-Fétiche qui s'était brièvement arrêté, pour prendre la mesure de sa douleur et de sa blessure, ce qui eut pour effet de libérer quelque peu l'Homme-Météore de son emprise; il voulait, en effet, profiter de cette blessure pour abattre cet ennemi acharné, du même peuple que lui, et que, à ce titre, il haïssait tout particulièrement.

L'Homme-Fétiche, sentant un éclair lui traverser le crâne, s'affaissa sur un genou. Le sorcier plaqua plus fermement encore sa paume sur son front nu. La douleur devint immédiatement intense, et l'Homme-Fétiche ne vit plus qu'un feu énorme, qui l'éblouit et le stupéfia; on le vit ouvrir sa bouche tordue, et ses lèvres se crisper sur ses dents. Mais aucun son ne put en sortir; il était immobilisé complètement. L'un des porteurs de sagaie s'approcha pour la lui enfoncer dans le corps, mais le sorcier leva la main: il savourait ce moment, et, persuadé que l'Homme-Fétiche ne lui échapperait plus, il se ravissait à la torture infligée, songeant même à vider le fils béni du Cameroun de sa volonté propre, et d'en faire son esclave.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cet étonnant combat du Cameroun.

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