10/04/2022

Le génie du Razès et les monstres du Bugarach, 9: le combat de l'Araignée

000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série inattendue, nous avons laissé notre héros – mélange d'homme et de corbeau qui garde les hommes du Razès des monstres cachés de la Terre et des traîtres divins du Ciel – alors qu'il venait de massacrer quelques céphalopodes extraterrestres qui s'étaient jetés à l'assaut du village de Bugarach, dans le département de l'Aude en Occitanie.

D'autres hordes de monstres néanmoins vinrent à la rescousse – et surtout, d'une faille élargie de la falaise du Pic sortit soudain une araignée géante, qui distilla de la terreur jusque dans les âmes des monstres ordinaires. Dès lors ils s'écartèrent, pour lui faire place et la laisser attaquer directement l'Homme-Corbeau. 

Or elle lança un fil acide, de couleur bleue, vers lui, et cette fois il en fut blessé – cette fois son aile, par laquelle il avait tâché de se protéger, en fut transpercée. À sa grande surprise, il en ressentit une douleur terrible, comme si elle fût désormais une partie de son corps, non un simple outil qu'on avait joint à son costume. Il vit du sang couler de cette aile, et ainsi sut que ce costume était vivant, que l'âme autant que la pensée d'Ëtünod vivait en lui – tirant aussi sa vie de lui, Roger Maziés, et que ce dédoublement intime n'avait rien d'artificiel ou de mécanique, mais était ontologique et intime. Réellement incarnait-il Ëtünod, lui prêtant une seconde vie. L'être ancien était en lui, abrité dans son corps d'homme terrestre, que de l'intérieur il avait transformé, et désormais les deux étaient mêlés, il_570xN.1514119822_g6l2.jpgdans leur chair et dans leur sang, dans leur âme et dans leur cœur, dans leur esprit, dans leur cerveau. Étrange alchimie, étrange magie insigne! Il pouvait entendre la voix chuchotante d'Ëtünod, et il savait qu'ils étaient parfaitement unis.

Il se précipita vers l'araignée, passa sous ses pattes en effilant ses ailes derrière lui et, du tranchant d'une lame soudain surgie dans sa main (car cachée dans sa manche elle avait obéi au vœu que spontanément il avait fait), il tenta de couper une des huit pattes du monstre. Mais il ne fit que l'entamer superficiellement, sans pouvoir réellement la couper.

Cependant l'araignée trembla un bref instant – boita. Et l'Homme-Corbeau, surpris par ce mouvement, toucha de son aile la patte suivante, parmi les quatre que la bête avait du côté gauche, et déséquilibré dans son vol il tourna sur lui-même, incapable de reprendre l'équilibre dont il aurait eu besoin pour suivre son même fil. Et finalement, attiré par son poids, touchant le sol de ses pieds mal assurés il tenta de rester debout – mais son élan l'emmenait hors de ses capacités, et il chuta. Il ne put que rouler sur lui-même pour atténuer le mal, et ne point être trop blessé.

Les monstres de Zitec ne purent refréner un cri de joie, et ils se précipitèrent vers lui, afin de l'achever!

Vite l'Homme-Corbeau se releva, se tenant prêt: il était trop tard pour s'élever et battre des ailes!

Une lame crépitante et étincelante surgit à chacune de ses mains, comme si elles venaient de s'y matérialiser, ou comme si elles étaient des griffes cachées sous ses membres. Les monstres ne s'arrêtèrent pas pour autant dans leur course. Mal leur en prit!

L'Homme-Corbeau en cueillit deux qui s'étaient avancés tout près, leur tranchant presque instantanément la tête de deux coups extrêmement rapides. Les autres cependant en acquirent la possibilité d'abattre leurs tridents sur lui, dans le bref instant de sa 0000000000000.jpgremise en garde 

Or l'Homme-Corbeau déploya ses ailes, et les coups furent reçus par elles, qui aisément les repoussèrent sans en recevoir aucun dommage: elles étaient encore plus dures, s'il est possible, que les pattes de l'araignée géante qu'il avait tenté d'entamer. 

Semblables au métal, elles brillaient, et des fils d'or les traversaient. 

Le gardien du Razès enfonça successivement la pointe de ses deux lames dans les ventres et les poitrines des deux monstres qui l'avaient en même temps attaqué.

Et le combat s'engagea ainsi, apparemment inégal, puisque l'Homme-Corbeau était seul; mais il était si vif, si puissant, si bien armé, si habile dans ses gestes, et ses ailes l'aidaient avec tant d'auguste vigueur qu'il n'était pas réellement défavorisé. D'ailleurs, il semblait devoir ne jamais s'arrêter, il paraissait véritablement infatigable!

On entendit un grand cri, strident et aigu, pareil à une scie électrique braillant son ardent désir de trancher le fer. Les monstres reculèrent. Et soudain, l'Homme-Corbeau, puisqu'il n'avait plus à combattre, sentit en lui la fatigue: il n'y avait plus dans ses membres las le feu du sang et de la vie de ceux qu'il abattait, mais seulement le vide de sa force épuisée. Or, l'araignée géante s'avançait vers lui, pour lui régler son compte – car il apparaissait clairement que les monstres ordinaires n'y suffisaient pas.

L'Homme-Corbeau la scruta sans rien dire, alors qu'elle marchait vers lui lentement, inexorablement, dégageant autour d'elle des ténèbres qui semblaient tout remplir. La peur des monstres était palpable, alors qu'elle fendait leurs rangs écartés, éloignés 000000000000.jpgpar sa puanteur insigne, et l'horreur qu'elle leur inspirait.

D'où l'avaient-ils sortie? Était-elle venue avec eux de la planète Zitec, dans le système obscur de Zatloc? Était-elle leur vivante déesse, et la vraie reine de leur peuple effroyable? Ou bien avaient-ils fait des recherches, une fois arrivés sur Terre, et l'avaient-ils trouvée dans les profondeurs de notre globe béni? 

L'Homme-Corbeau opta pour la seconde solution. Alors seulement avait-elle dû devenir leur reine, les soumettant après qu'ils avaient cru pouvoir se rendre maîtres de sa puissance, et par elle conquérir le monde! Finalement elle était devenue la maîtresse qu'ils voulaient être.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étonnante histoire, et au combat que l'Homme-Corbeau dut mener contre l'araignée géante des profondeurs de la Terre immense.

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