16/03/2022

Le génie du Razès et les monstres du Bugarach, 8: les curieuses révélations du passé

0000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette nouvelle, mais minisérie, nous avons laissé l'Homme-Corbeau, gardien secret du Razès et du Quercorb entier, alors qu'il survolait, menaçant, les monstres de Zitec répandus dans le village de Bugarach et massacrant ses habitants.

Soudain, l'un d'eux dans son horrible langage s'écria: C'est une ruse, ce n'est pas l'Homme-Corbeau que nous avons connu, le guerrier qui avait nom Ëtünod, et qui était né sur l'orbe de la Lune; ce n'est pas un être de la race des Génies, mais un simple mortel qui a revêtu son costume par je ne sais quelle ruse. Nous pouvons le voir, nous pouvons nous en apercevoir à son vol, qui est lourd et montre le poids d'un homme de chair et de sang, d'os et de nerfs, et non le corps léger d'un génie, propre à marcher sur la neige sans s'enfoncer, voire à glisser sur l'eau s'il le désire. Regardez mieux, et vous verrez comme moi ce qu'il en est!

Et tous approuvèrent, et dirent qu'ils voyaient ce que l'autre avait vu; car il était plein d'autorité parmi eux, était un des capitaines de leur armée. Il se nommait Taraskilt, et ses bras étaient000000000.png singulièrement épais. Et ils levèrent leurs tridents dont les pointes jetaient des gerbes d'étincelles, et d'elles unies par un feu en cercle surgit un faisceau de feux concentrés qui s'élancèrent vers les hauteurs où planait majestueux l'Homme-Corbeau; ils étaient vert foncé et une mauvaise odeur les accompagnait. Or l'Homme-Corbeau de son ouïe fine aux vertus multipliées les avait entendus, et il apprit ainsi pour qui, originellement, avait été créé son costume, et de qui il prenait mystérieusement la forme, dans sa mission cosmique contre ces monstres de Zitec du système de Zatloc. Il brûlait d'en savoir davantage sur cet Ëtünod né sur la Lune, mais le moment n'était point venu, il devait éviter et esquiver les traits lancés sur lui, et répondre.

Il agita ses ailes autour de lui, afin de dévier les feux jetés, mettant en travers de lui la partie la plus dure, quasi métallique de ces ailes – et de fait ils rebondirent sur elles, de sorte qu'il en fut protégé, et qu'il n'eut point besoin de chercher à les éviter.

Mais fallait-il tenter le diable? Il se blottit dans ses ailes faisant coque autour de lui, allongea cette coque vers l'avant 0000000000.jpgen une forme ovoïde, et se précipita vers le sol afin de cueillir la vie de ces monstres, la leur ôter!

Certains en rirent, mais d'autres en tremblèrent et de rire se forcèrent. Car ils conservaient le souvenir multimillénaire de la bataille de Sidorlaz, en laquelle Ëtünod avait contre eux accompli tant de merveilles, et parmi eux tant de ravages, avant de s'écrouler mort, touché par un trait inattendu et traîtreux.

Car il était puissant, et en avait tué plus de trois cents, avant de se laisser submerger et tuer, parce que l'on menaçait sous ses yeux la vie de la belle Ithälun, princesse de la Lune et épouse du Génie d'or – et sa propre sœur, en vérité, sa sœur à lui, Ëtünod! On l'avait capturée, et on avait mis un couteau sur sa gorge, et son sein apparaissait dénudé et déjà perlant de gouttes de sang, et la douleur avait paralysé Ëtünod, et voici! il s'était laissé tuer pour sauver Ithälun.

Mais l'instant d'après, dès qu'on l'eut percé de vingt traits, le Génie d'or arriva avec une troupe d'elfes armés, et ils dégagèrent Ithälün – qui se précipita en criant vers son frère, Ëtünod. Et on vit en elle la plus grande douleur qui fût jamais vue. Et il respirait encore, et sourit, en la regardant, et il leva le doigt vers le Génie d'or, qui s'était aussi approché. Et voici, il mourut. 00000000000 (2).jpgEt un torrent de larmes jaillit des yeux d'Ithälün la Belle, que l'on crut longtemps ne jamais devoir guérir de sa douleur, tant elle avait aimé ce frère délicat, depuis sa naissance à l'aube des temps, alors qu'à peine la Lune s'était détachée de la Terre et qu'un premier croissant s'était montré dans le ciel terrestre, argent pur dans l'azur serein. Et la vengeance des elfes fut terrible, avec à leur tête le vaillant Malodorn, don Solcum le Génie d'or, gardien secret de Paris, et c'est alors que les monstres de Zitec fuirent, du moins ceux qui avaient survécu.

Et ils s'en souvenaient, et ils étaient bien effrayés, malgré leurs rires affochés. Car la forme réapparue de l'Homme-Corbeau Ëtünod, les jetait dans les affres de ce souvenir, et ils regardaient si, par hasard, le Génie d'or ne se trouvait pas avec lui, l'Homme-Corbeau, le suivant éventuellement de près, avec son épée flamboyante qui prenant volontiers la forme d'un sceptre d'or le portait dans les airs parce qu'il était rempli de feu cosmique.

Mais ils se rassurèrent naïvement en clamant haut et fort que ce vieux costume était habité par quelque fol usurpateur, un simple mortel qui avait dû le trouver dans une grotte, près du tombeau légendaire du héros de jadis. Ils ne se rendaient pas compte, les fous, que le véritable Homme-Corbeau, Ëtünod, guidait en secret – continuant d'habiter son costume – le jeune Roger Maziès, qu'il lui parlait – et lui montrait comment utiliser cette armure et ses formidables ressources, jusqu'à lui montrer, par d'étranges murmures que Roger seul entendait, comment se battre et voler. De telle sorte que c'était lui, aussi, qui affrontait les monstres de Zitec, à travers le corps du mortel qu'il avait choisi en accord avec les fées de Chalabre, et qu'ils eussent dû réellement avoir peur! Et de fait, les premiers coups de l'Homme-Corbeau furent fracassants, contre eux, car il évita tous leurs traits, moins ceux qui rebondirent sur son costume pareil à une cotte de mailles serrées et fines, et arrivé près d'eux, tendit ses mains et en fit partir des rayons rouges, qui dévastèrent leurs rangs et en tuèrent plus d'un.

Mais il est temps, chers lecteurs, de renvoyer au prochain épisode, pour la suite de cette histoire violente et brutale.

Les commentaires sont fermés.