08/02/2022

Captain Savoy et la fête impromptue des dix Disciples bénis

00000000000.jpgDans le dernier épisode de cette série étonnante, nous avons laissé, dignes lecteurs, Captain Savoy et ses dix disciples survivants alors que les trois qui n'avaient pas été encore adoubés venaient de l'être, et que même le Maître au Crucifix (lui d'habitude si austère et sombre) en avait marqué de la satisfaction.

Quant à la Houri alpine, elle était joyeuse et gaie, et ne cachait nullement son bonheur d'être enfin adoubée; plaisamment elle railla même Captain Savoy, d'avoir attendu si longtemps pour le faire, comme s'il ne l'avait point prise assez au sérieux. Captain Savoy, craignant qu'elle ne plaisantât pas, et que cette plainte ne fût un écho des reproches de l'Amazone céleste (dont la perte lui causait encore une vive douleur), fronça un sourcil. Ce que voyant (son masque collant à sa tête, comme s'il eût été une seconde peau), la Houri alpine partit d'un rire frais, cristallin et léger, affirmant qu'elle plaisantait, et acceptait en réalité d'être la dernière adoubée – puisque ainsi en avait décidé le sort. D'abord, parce qu'il fallait bien qu'il y eût un dernier, ou une dernière à cela; ensuite, parce qu'elle avait effectivement préféré rester joyeuse, légère et gaie, au cours de son initiation, et que cela ne lui allait pas forcément, de s'appesantir de lourdes pensées, et qu'elle aimait mieux rester le facétieux lutin de la troupe – que d'en devenir la sévère institutrice, la censeuse acariâtre, une vieille fille renfrognée!

Et Captain Savoy sourit, et lui dit qu'elle serait le meilleur des compagnons, et qu'il avait peut-être, au fond, gardé la meilleure pour la fin! Et elle rougit, et rit encore, mais plus doucement, et gênée. Pour tromper son pâle embarras, elle détacha de sa 272336983_4322867507813351_2111309538794090663_n.jpgceinture son fouet enchanté, reçu à peine quelques minutes auparavant, et en fit des figures qui se dessinèrent dans l'air en lignes de lumière – auxquelles s'ajoutèrent, bien vite, des étincelles de toutes les couleurs, car elle avait cet étrange pouvoir. Et il se produisit alors quelque chose d'étrange. Car de la bouche de feu du Démon vermeil vinrent des boules flamboyantes, et elles s'avancèrent, suspendues dans l'air, mues par leur propre volonté, entre ces lignes de lumière tracées par le fouet de la Houri alpine; elles tournèrent entre les traits ainsi créés, rencontrant et croisant les étincelles de couleur, et opérant avec elles un ballet merveilleux, dont tout le monde rit et se réjouit. Des applaudissements fusèrent, et la Femme de Cristal entonna un chant, de sa voix fabuleuse, et l'on s'étonna, car son rythme et ses mélodies semblèrent épouser exactement les mouvements des étincelles et des boules, comme si elle les commandait à distance, quoiqu'elles obéissent à la Houri alpine et au Démon vermeil; si profonde était l'unité de ces âmes, en cet instant!

Et le Noton bleu sortit de sous sa cape une lyre que personne n'avait jamais vue, et il accompagna de notes délicates le chant de la Femme de Cristal, et il parut à toutes les personnes présentes que des cordes pincées naissaient des flux de lumière, colorés différemment selon les cordes, et qu'ils s'enroulaient dans la pièce en créant de mouvants arcs-en-ciel, chose extraordinaire à redire. On allait de merveille en merveille. Une fête véritablement grandiose se préparait, voire s'accomplissait.

D'un pas délicat et souple le Léopard des Neiges avança un pied, se mêlant aux boules, étincelles et bandes de couleurs lumineuses; et, jouant avec elles à la vitesse de l'éclair, il se mit à danser, effectuant des mouvements impossibles à redire, mais tous communiquant la grâce la plus insigne, à tel point qu'il semblait dominer la pesanteur et les éléments, en être le complet maître. Le Nouvel Hanuman, aidé 000000000000.jpgde son bâton, le rejoignit, et, en gestes moins souples mais plus vifs encore, l'accompagna. Et la Femme-Faucon, sentant son cœur s'alléger, lui qui était encore rempli des ombres laissées par la départ de l'Amazone céleste, la Femme-Faucon s'élança et, sans perdre son apparence humaine, mais en s'aidant d'ailes soudain poussées à ses épaules, bleues et légères, aussi dansa en allant du Léopard des Neiges au Nouvel Hanuman, marchant véritablement sur l'air, quoique ce fût aussi bien de ses mains que de ses pieds, car, tournant sur elle-même, elle était horizontale essentiellement, au cours de ses mouvements. Et Captain Savoy sentit aussi son cœur s'alléger, et ses yeux diffusèrent une lumière qui se mêla à tout le reste, aux clartés et lueurs, aux gestes et mouvements qui se déroulaient devant lui, alors qu'il restait debout à l'extérieur du cercle, admirant l'art insigne de ses merveilleux disciples.

Le Maître au Crucifix, doucement d'abord, plus fermement ensuite, ponctua le chant de la Femme de Cristal, la lyre du Noton bleu, les mouvements des boules et des étincelles de la Houri alpine et du Démon vermeil, les gestes du Léopard des Neiges et du Nouvel Hanuman de ses mains claquées ensemble, de ses paumes se rencontrant. Et la Femme-Comète s'embrasa doucement, sans faire un bruit, et passa elle aussi entre les disciples, s'ajoutant à la fête. Il n'y eut pas un disciple qui, d'une façon ou d'une autre, ne participât à cette magnifique fête, en même temps une cérémonie. Car elle unit les cœurs sous la lumière de Captain Savoy, qui venait de plus loin que lui. De ses yeux rayonnait un éclat qui émanait du ciel, qui lui venait des astres, et des êtres sublimes qui y demeurent, et protègent l'humanité et ses parties depuis les hauteurs du monde. On le savait, et la grâce se répandait ainsi sur les disciples, et dans toute la pièce. Et les invités, fils de Tsëringmel et elfes de sa suite noble, admiraient ce spectacle créé par de simples mortels, surpris parce qu'ils pensaient, naïvement, que seuls des immortels comme eux étaient capables d'en créer de pareils. Mais ce n'était pas le cas.

Il est temps, néanmoins, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

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