12/01/2022

Le génie du Razès et les monstres du Bugarach, 6: les monstres de la planète Zitec, dans le système de Zatloc

0000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette singulière série, nous avons laissé notre ami Roger Maziès alors qu'il venait de voir, dans une vision livrée par une femme qui le regardait fixement, un monstre sortir d'une faille invisible du mont Bugarach, et s'élancer dans le ciel occitan avec une arme inquiétante.

Il regarda la femme étonné et, encore une fois, elle sourit, et voici! il fut rempli de nouvelles révélations: il avait pris la forme d'un héros des temps anciens, laissée en arrière quand il avait rejoint le peuple mystérieux des astres. Cette forme, véritable arme, les fées du Razès l'avaient pieusement conservée dans leur antre, entretenant ses dons de leurs charmes, et elles avaient attendu qu'un nouvel élu vînt, pour la lui offrir.

Car c'était une forme qui était comme un vêtement – mais que des feux célestes imprégnaient, et qui avait l'allure dans le même temps d'une véritable cotte de maille, pour celui qui en serait revêtu; et des dons étaient en elles, permettant d'étonnants pouvoirs. Elle avait par exemple des ailes, comme en sont ceux que l'on nomme les anges – mais noires, apparentées à celles du corbeau.

Cette forme datait en effet du temps où l'homme et le corbeau ne faisaient qu'un. Plus tard, un choix avait été donné, à cette espèce: soit elle quittait ses ailes, mais gardait son esprit libre, et s'envolait au bout de l'univers par la pensée; soit elle gardait ses ailes, et volait avec sa forme et même son corps mais demeurait dans la sphère terrestre, et 0000000000000.jpgperdait la liberté d'aller au-delà, même dans la pensée. Une partie d'entre eux choisit de perdre les ailes, et ainsi une famille d'hommes naquit; et une autre partie voulut garder ses ailes, et ainsi l'espèce du corbeau naquit. Cependant l'Homme-Corbeau conservait le souvenir du temps où les deux espèces ne faisaient qu'une, les ailes formelles, ou physiques, dédoublaient les ailes de l'âme, et étaient munies d'immenses pouvoirs. Quant à la raison pour laquelle ce choix fut un jour imposé, il n'est pas temps d'en dire davantage ici; mais il faut savoir que cette espèce avait commis une faute grâce à ses ailes, et que même si l'Homme-Corbeau avait refusé de la commettre et était resté fidèle aux dieux, il participait de ce péché légendaire par son appartenance à l'espèce. Et sa forme avait été conservée pour une raison et par une grâce très spéciales, afin que la justice continuât d'être rendue dans l'orbe du Razès, et que les mortels qui y sont venus ensuite pussent être guidés sur le chemin juste.

Or il faut savoir, de surcroît, que cette forme contenait en elle tous les souvenirs de tous ceux qui l'avaient portée auparavant, et qu'ils vinrent en foule à l'esprit de Roger Maziès, qui ainsi comprit tout. Se mirant dans l'air qui pour lui était devenu miroir, il saisit même que, sous cette forme, il avait conservé son ancien visage, ou que, pour mieux dire, sa forme en avait épousé les traits, malléable.

Et la fée silencieusement lui parla encore – car elle lui envoyait directement ses pensées, par le jeu de ses yeux, et sans faire aucun son de sa bouche. Il se vit alors sans costume – mais dans l'avenir, redevenu Roger Maziès, et assis sur une chaise roulante dans une obscure boutique pleine de livres de la rue Saint-Martin de Limoux, juste en face de l'église 0000000000000.jpgportant le même nom. Car c'était celui du protecteur de la cité, depuis que les Francs l'avaient porté au pinacle. Il se vit, et il comprit que cela serait son identité secrète – que les gens croiraient qu'il n'était jamais mort, avait seulement eu un grave accident qui l'avait cloué sur une chaise roulante, dont il ne pourrait effectivement sortir, à moins de revêtir cette forme que la fée lui présentait aussi comme un habit dont il pouvait se vêtir et se dévêtir, mais directement par la pensée aussi, agglutinant sur lui-même sa matière éthérique. Et dès lors, notamment la nuit, il aurait le pouvoir de se déplacer librement, et même de voler.

Il se tourna cependant vers la fée et, directement par la pensée, encore, car il en avait acquis d'emblée le pouvoir en le sachant et en sachant déjà s'en servir, qui était le monstre qu'il avait vu sortir du mont Bugarach par une faille soudain pratiquée dans la falaise, telle une porte inconnue dans la muraille grise! Et la fée leva la main, et il eut la vision d'une race étrange, venue en vaisseau spatial d'une lointaine planète, appelée Zitec, et située dans le système de Zatloc. Car ce vaisseau spatial se posa sur la terre, et des êtres en sortirent. Et d'abord ils lui apparurent comme lumineux, beaux, quoique munis de tentacules. Et il les vit se diriger vers le Bugarach, où ils bâtirent une ville splendide, depuis laquelle ils civilisèrent ensuite les hommes.

Mais parmi eux une progéniture bâtarde, marquée par des unions illicites avec des femmes mortelles, se dressa contre l'autorité séculaire de cette cité, et une guerre s'ensuivit. Et les bons gagnèrent, les êtres lumineux et originels, mais leur fatigue était immense, leur dégoût profond, et, égoïstement, ils décidèrent de partir, laissant derrière eux quelques ennemis qui avaient survécu, et qui, soignés et guéris de leurs blessures, s'emparèrent de l'ancienne cité, où bientôt ils se multiplièrent, se développèrent, crûrent. Et firent régner sur les hommes un régime de terreur et d'abomination.

Pensant que cela suffirait et se donnant ainsi bonne conscience, les êtres lumineux, quoique tentaculaires de Zitec avaient recouvert leur cité splendide d'une chape de roche, grâce aux pouvoirs qu'ils avaient sur les éléments, 00000000000000.jpgcherchant à la protéger de l'invasion des monstres; et ils avaient confiné ceux-ci dessous, afin qu'ils ne sortissent jamais.

Cependant, susurrant à quelques hommes insensés des mensonges éhontés, au sein notamment de leur sommeil, grâce à leurs arts occultes, ils leur inspirèrent le désir de les libérer en échange de quelques pouvoirs. Et peu à peu ils y parvinrent, y créant des failles par où les plus petits monstres purent passer – et ils étaient gros, déjà, au regard de la stature humaine. Ils étaient tels que de petits hommes noirs et obscurs, munis de tentacules et de dents volumineuses; et certains étaient gris et d'autres blancs verdâtres, selon leur nature, mais tous étaient hideux, car les noirs mêmes n'étaient pas de cette belle couleur répandue parmi les hommes d'Afrique, mais d'un noir charbonneux et sale, sans rapport avec cette peau noire d'hommes normaux. Car des taches bleues étaient en eux, ou brunes, et ils étaient difformes, ils n'étaient aucunement beau comme les hommes originaires d'Afrique, avec lesquels ils n'avaient d'ailleurs aucun rapport.

À présent ces monstres, l'Homme-Corbeau savait qu'il devait les combattre!

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

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