01/12/2021

Momülc et l'Elfe jaune et la capture réalisée d'Arcolod

00000000000.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable histoire, nous avons laissé nos deux héros, l'Elfe jaune et Momülc, alors qu'ils combattaient quatre monstres dans les souterrains d'un empire abject. Et Momülc venait d'être traîtreusement projeté à terre par un monstre fait d'une nappe vivante et douée d'âme – une sorte de champignon sensible, étrange et infâme.

Au reste Salïnqïn souffrit beaucoup de sa témérité: car la chute de Momülc fut si fracassante que son bras improvisé se déchira, et qu'un flot de sang noir s'en répandit sur le sol – fumant et acide, puant et âcre. Un cri sourd sortit de l'être immonde, répandant en lui une vibration qui faisait le bruit d'un tambour. L'Elfe jaune songea que la hardiesse de cette créature effrayante au nom si répugnant lui avait peut-être coûté la vie.

Mais il n'attendit pas d'en avoir le cœur net pour se relever, ayant eu le temps de reprendre son souffle pendant l'attaque de son ami Momülc. Il marcha avec assez de maintien vers la femme bleue, afin de la dompter; car il comprit qu'elle ne le laisserait pas emmener Arcolod sans réagir, et qu'il lui fallait en passer par là. Il se mit devant elle en garde, et la femme bleue posa les yeux sur lui. Et elle leva les mains, et une foudre en sortit, se précipitant vers le disciple de Captain Savoy. 

L'Elfe jaune se dématérialisa et passa derrière elle, lui glissant le bras sous l'épaule et plaçant la main sur son cou, en une clef d'acier. Elle poussa un cri, et tâcha de griffer et de meurtrir l'Elfe de ses mains et de ses pieds, mais il tenait bon, et il la fit plier, 7755738-clean.jpgmalgré que son corps fût pareil à un câble d'acier. Elle mit un genou à terre et, enragée, tâcha de mordre le bras de l'Elfe en tournant brusquement la tête. Mais de sa main gauche il la gifla violemment, et elle en fut brièvement sonnée, cessant de bouger et fermant les yeux. 

Arrêteras-tu? demanda l'Elfe jaune. Elle siffla, sans répondre, les yeux toujours fermés. Arrêteras-tu? répéta le premier disciple de Captain Savoy. Oui, murmura, vaincue ou rusée, la femme bleue. Il la maintint, toutefois, immobilisée dans sa clef, et la laissa se relever en la gardant sous contrôle.

Il entendit, derrière lui, le monstre amputé et blessé ramper: son souffle était lourd, et sa masse résonnait sur le sol de pierre, à la façon d'une machine éreintée. Il faisait même un cliquetis, ainsi qu'un robot désarticulé. 

Tout en maintenant le cou de la femme courbé dans sa poigne, L'Elfe se retourna et, d'un coup, jeta de ses yeux un rayon puissant, qui cueillit le monstre au moment où, de ses membres encore valides, il tentait un bond en sa direction. Le choc pour lui fut terrible, et il retomba bruyamment - ses derniers membres disloqués, projetés sur la paroi de droite, tout près de l'entrée de la grotte, par où l'Elfe jaune était passé. Elle remua un peu, et puis s'affaissa, morte. 

La femme bleue poussa un cri affreux, comme si elle avait perdu l'amour de sa vie, et un torrent de larmes ruissela sur ses joues. L'Elfe sentit qu'elle était désormais privée de force, brisée par le désespoir. Il la lâcha, et elle tomba sur les genoux, s'accroupissant, enfouissant son visage sur le sol, sous ses bras. Son corps de sanglots était secoué.

Pendant ce temps Momülc achevait de piétiner et de déchirer Salïnqïn, si téméraire d'avoir osé se saisir de lui. L'ami de l'Elfe jaune s'était en effet, malgré sa blessure, relevé sans trop de mal après sa chute fracassante, et s'était jeté sans autre sur l'être visqueux déjà amoindri. Il avait, ainsi, terminé son existence, avait mis fin à sa vie terrestre, en achevant de mettre en pièces son corps disgracié. 

Or, pour le monstre, ce fut une libération: il incarnait en effet un être elfique qui avait mal agi, et avait été enfermé dans ce corps immonde par les Immortels qui l'avaient puni; mais désormais sa malédiction avait pris fin, et il avait accompli l'œuvre à 00000000000.jpglaquelle on l'avait réservé. Il n'avait plus de dette. Son âme comme une lueur s'échappa de son corps infâme, et s'éleva dans les airs. 

Momülc curieux la regarda, et ses yeux et son visage reflétèrent son éclat. Il en fut bien étonné. Il tenta de saisir cette lueur suspendue dans l'air, mais elle passa à travers sa main – trop pure, pour elle. Elle s'échappa encore, esquivant son étreinte, et continua à monter dans l'air, approchant du plafond de la grotte.

L'Elfe jaune l'avait vue, et se demanda ce qu'elle ferait. Il la fixa des yeux, et elle s'arrêta. Un visage apparut dans son éclat, triste et pleurant, le scrutant brièvement; et puis il se tourna vers les hauteurs. Une main apparut, qui avait écarté le plafond sans un bruit, y créant une trappe. L'homme de la lueur tendit la main, et l'autre main la saisit. Il fut hissé et passa à travers la fissure. La lueur disparut dans le plafond, et la fissure se referma. L'Elfe jaune poussa un soupir.

Il se retourna vers le monstre que lui avait abattu. Une ombre noire, au contraire, se déversait sur le sol avec son sang. Et elle se mêla à l'obscurité du sol, semblant s'y enfoncer. Des lacets se mêlèrent à elle, et elle disparut bientôt complètement. Un gémissement lointain et étouffé se fit entendre. La femme bleue poussa un nouveau cri. 

L'Elfe jaune se retourna vers elle, et songea qu'il s'occuperait d'elle plus tard. Il se dirigea vers Arcolod qui, sur le socle surélevé, les attendait sans rien dire, accoudé, son flanc laissant couler son sang noir, et sa main libre maintenant la plaie fermée. Il avait repris forme humaine ordinaire. Le monstre qu'il avait été avait disparu. Mais il portait une sorte d'armure, et son visage était crispé par la douleur.

L'Elfe jaune s'approcha, monta sur le socle, et, le surplombant, lui dit: Arcolod! Tu blessas, de ton arme envenimée, mon ami Mömulc; tu es au service de Börolg, comme, je suppose, l'est cette femme bleue qui m'a attaqué pour te défendre. Quelles que soient les raisons pour lesquelles tu es entré au service de cet ennemi de la Savoie, de son génie mon maître et de l'entière humanité, sache que pour ce méfait tu dois être jugé. Je te confierai à la fée de Vouan – je veux dire à la reine de ses fées, la belle Amariel, qui est ma fiancée et celle que j'aime; et elle te gardera en prison en attendant ton procès, qui sera mené sous l'œil de Captain Savoy. Sache que tu n'auras droit à aucune commisération, mais que, en revanche, tu seras écouté, à ce moment-là. Pour le moment, je te demande de te taire.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

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