18/11/2021

Le génie du Razès et les monstres du Bugarach, 4: la métamorphose inattendue du Limouxin

0000000000000000000.jpgIl y a deux billets, je parlais d'un Limouxin qui après avoir eu un terrible accident de voiture en se rendant chez sa bonne amie Jacqueline Tabiès à Chalabre, avait vu en vision une dame terrible.

La chevelure de la femme brilla tellement, à ses yeux, que le visage, à l'intérieur, disparut.

Il resta noir quelques instants, puis Roger Maziès y distingua une ombre grise, traversée bientôt de certains traits blancs qui paraissaient condenser une brume sous l'effet de quelque force inconnue; et voici, il reconnut, à ces traits ordonnés, le visage flottant de Jacqueline – dont les yeux mêmes s'allumèrent progressivement, face aux siens: dans l'orbite noir laissé vide par les traits blancs dessinant ce visage, il vit une lumière poindre, puis tracer des yeux! Et il se sentit regardé – scruté de fond en comble, et le rayon de ce regard lui fouillait le cœur et les entrailles, avait-il l'impression.

Il fut ébloui, car la clarté de ces yeux grandit, jusqu'à l'englober. Il se crut attaqué par des jets de feu, qui étaient dans cette lumière, et il abaissa ses paupières, de peur de devenir aveugle. Mais ce fut comme s'il n'avait rien fait: la même clarté, partant des mêmes yeux devenus immenses, était sillonnée des mêmes traits de feu qui l'attaquaient, et il se sentait brûler, consumer, et il voulait hurler, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Soudain la clarté se figea, il n'y eut plus en elle de mouvement, ni de traits de feu venant vers lui. Des formes se dessinèrent, en suivant un rythme plus lent. Une autre femme, encore, apparut. Et, sous ses pieds, un croissant de lune, et, à son sein, un soleil pur, et, à sa tête, la couronnant, douze étoiles. Il approcha le regard, et des étincelles 00000000000000000000000 (2).jpgintermittentes, silencieuses et fines, apparaissant sur la surface du croissant, attirèrent son attention. Il fixa les yeux sur cette lune, et, soudain, il ne sait comment, il se trouvait sur la surface d'une planète grise, constellée toutefois d'éclats brillants, et il sut qu'il était sur la Lune, et dans le ciel les étoiles brillaient singulièrement, comme si elles fussent toutes proches; et curieusement le ciel, il s'en aperçut, n'était pas noir, comme on prétendait que sur la Lune on le voyait ou le verrait, mais doré, bien que cela n'empêchât pas les étoiles d'être visibles.

Il s'approcha d'une colline brillante à son sommet, et eut la surprise de constater qu'il allait à toute allure, comme volant, quoique gardant sa station debout, comme glissant à toute allure sur les vents de la Lune. Sur cette colline il vit une cité, splendide et cristalline, aux hautes tours surmontées de diamants éclatants, et il en fut surpris, car il avait toujours entendu dire qu'il n'y avait personne sur la Lune, et que cela relevait en fait de l'évidence; or, s'il ne rêvait pas, il pouvait voir qu'il n'en était rien. Il y avait bien des gens sur la Lune, vivant dans des cités, ainsi que l'avaient dit moult poètes.

Et voici qu'entre les tours, gratte-ciel énormes faits de métal précieux et ornés de pierreries luisantes, il vit des hommes et des femmes voler, munis de costumes rutilants, soit propulsés par des feux rouges, soit portés par des ailes d'argent, et qu'il se demanda s'il n'était pas arrivé dans une véritable ville de super-héros – d'Éternels à la mode de Jack Kirby. Car sur le sol dallé il vit d'autres gens à costumes éclatants, qui scintillaient de forces fulgurantes et visibles à l'œil nu, d'éclairs apprivoisés et de bulles de clarté, de feux obéissants et de machines intégrées aux membres semblant animés d'eux-mêmes, ou de simples appareils, du moins, sertissant leurs costumes. Était-ce là le pays des Nouveaux Dieux?

Il se sentit saisi dans un tourbillon, et il revit la femme. Mais cette fois, ce fut le soleil qui l'attira, et l'emmena dans ses profondeurs splendides. Il se posa sur un sol. Autour de lui, d'immenses champs vides étiraient leurs couleurs dorées, remplies de blé et de vignes, de vergers et de lacs resplendissants, de troupeaux calmes et immortels, dans leur sérénité immobile. Il vit, au-dessus, sur des planchers de nuages bas, des êtres lumineux, étranges, plus difficiles à voir que les super-héros de la Lune, mais semblant plus nobles et doués de pouvoirs plus vastes, quoique également plus indistincts, plus indéfinissables. Leur lenteur et leur sévérité de regard l'impressionnèrent; il semblait qu'un seul de leurs mouvements de menton, qu'un seul hochement de leurs têtes pût faire trembler des mondes. Roger vit dans le 00000000000.jpgciel des comètes descendre lentement et, quand elles furent à la hauteur des êtres lumineux, il songea que cela devait être des vaisseaux spatiaux, car une porte s'ouvrit, en elles. Mais il craignit ce qui allait en sortir, et lorsqu'il vit un tentacule sombre s'en détacher, sortir de l'obscurité intérieure d'une des comètes posées (il y en avait trois), il sentit ses cheveux se dresser sur sa tête, et de nouveau son corps être emporté par un tourbillon.

Son âme fut tirée vers les étoiles de la couronne de la femme cosmique, et, là, il vit des êtres d'éclairs et de lumière, et ne put distinguer l'endroit où ils vivaient. Mais ce fut trop, pour lui, et l'épouvante l'étreignit. Des monstres passaient sous ses yeux, avec des étoiles sur le corps, et ils ressemblaient à des animaux, mais énormes et mêlés de diverses espèces, et certains avaient aussi des visages d'hommes, et il fut terrifié, et un tourbillon le remit devant la femme.

Après avoir respiré un bon coup, il la regarda de nouveau dans les yeux, qui étaient devenus doux et purs, pleins d'amour et de compassion. Il vit qu'elle ne le regardait pas lui, mais quelque chose se tenant derrière, et il se retourna. Un homme était sur une croix, les membres cloués devant les lueurs du crépuscule, au sommet d'une colline. Soudain, une plaie dans son flanc s'ouvrit, et une lumière éclatante en jaillit, qui bientôt grandit, et tout engloba. Elle se répandit dans tout l'horizon, noya la ligne qui sépare le ciel de la terre, et un visage apparut, en elle, qui lui apparut comme beau et serein, infini et noble. Et son œil s'ouvrit, et Roger Maziès se sentit de nouveau scruté, et il ferma les yeux, effrayé.

Or, lorsqu'il les rouvrit, il se vit, comme de juste, dans sa voiture renversée, les mains au volant; et au-dessus de lui un feu se déclara, et gagna ses membres à toute allure, et il se sentit brûler, cette fois réellement, pensait-il. Il n'eut pas même le temps de crier, tant l'explosion fut soudaine. Il se vit seulement brûler en un instant, noircir et réduire en un bloc de charbon. Il se sentit même dissoudre, éclater en morceaux. Il se sentit disperser, pulvériser en gouttes innombrables.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de notre minisérie consacrée à la naissance du gardien secret du Razès (en Occitanie).

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