15/09/2021

L'Homme-Météore face à la procession infâme

000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette série fascinante, nous avons laissé l'Homme-Météore alors que, posé après un long voyage dans les airs sur la plage de Kribi, au Cameroun, il venait d'apercevoir une procession étrange, menant devant elle une jeune fille vierge, destinée à être plongée dans l'eau de la mer et emportée par les créatures marines.

En vérité, elle n'était pas noyée, mais récupérée par l'Homme-Crabe, qui avait les moyens de nager sous la mer sans avoir besoin d'inhaler de l'air. À demi inconsciente il la saisissait, l'emmenait dans son palais, puis en faisait son épouse propitiatoire – et les adeptes, la voyant vivante à ses côtés, dans la salle du trône qu'il occupait, croyaient qu'il l'avait ressuscitée, qu'il en avait fait une reine divine, une immortelle. 

Car il avait déjà opéré de cette façon avec trois jeunes filles vierges, se créant un véritable harem! 

On dit qu'il y ajoutait des garçons, qui lui étaient aussi sacrifiés; mais ce ne sont pas des choses faciles à dire en public.

Il est en tout cas certain qu'il était abominablement pervers – et peut-être se nourrissait de sang humain, car beaucoup de ces garçons et de ces vierges apparemment sacrifiés dans l'eau de la mer, puis aperçus dans son palais, disparaissaient plus tard à jamais. Et il prétendait qu'ils avaient été agréés à la cour du dieu noir – le seul qui fût fiable et digne de vénération (celui qui justement avait une gueule de dragon, et dont j'ai parlé). Mais on n'y croyait pas toujours, et plusieurs affirmaient que l'Homme-Crabe les avait simplement dévorés.

En tout cas la procession s'avançait, et les prêtres portaient des masques horribles, démoniaques, hideux – représentant des animaux de la mer, et attirant dans leur âme leurs esprits sauvages. 

Le premier d'entre eux arborait un masque de crabe, se prenant pour Ormokong même, ou prétendant le représenter spécialement. Un autre derrière lui avait un masque de pieuvre, puis un autre un masque de requin, puis un autre un masque de 00000000.jpgméduse – et on disait que, la nuit, ces prêtres, véritables sorciers, pouvaient se changer en ces animaux de la mer, et rôder le long des rivages, et rencontrer en tout cas l'Homme-Crabe dans son palais auguste, sous la mer.

Or sur la plage sous les yeux de l'Homme-Météore et de l'Homme-Fétiche traînaient-ils des moutons destinés au sacrifice – ainsi qu'une ravissante jeune fille qui marchait comme en transe, ou bien ainsi qu'un somnambule: sans doute avait-elle été droguée. Elle se pensait habitée par un démon, en sa semi-conscience; et elle le prenait pour un dieu. Lles prêtres assurément s'étaient arrangés pour que cela fût effectivement le cas – car ils en avaient le pouvoir, enseigné par Ormokong, ils en possédaient en tout cas des rudiments.

L'Homme-Fétiche murmura, et apprit à l'Homme-Météore qu'avant de prendre d'assaut la plate-forme il fallait s'occuper de cette procession de malandrins, laquelle il ne s'était pas attendu à trouver, mais qu'il lui expliqua rapidement, en quelques mots; car il tenait de son oncle et de ses frères en initiation les tenants et les aboutissants de ce culte infâme et de ses rituels atroces, qui étaient resurgis d'un passé qu'on pensait révolu. 

L'Homme-Météore acquiesça, montrant qu'il avait parfaitement compris, et, calmement, les deux se dirigèrent vers la théorie des prêtres et des officiants, qui cependant venait vers eux. Puis ils l'attendirent et, quand elle fut à sa portée, les prêtres masqués tournèrent légèrement la tête dans leur direction, mais firent mine de ne les avoir point vus. L'instant d'après, néanmoins, comme l'Homme-Fétiche s'y attendait, des gardes armés se détachèrent de la procession, et, tenant fermement leurs mitraillettes, firent pas vers eux.

Le béret mauve dont chacun était coiffé arborait l'or d'un crabe aux yeux rouges. Ils étaient cinq, et un long poignard, dans une gaine richement décorée, pendait à leur ceinture, en plus d'un pistolet à la crosse dorée. Leurs fusils d'assaut étaient ornés du même crabe aux yeux rouges, et de curieuses inscriptions étaient sur leurs fûts, dans une langue inconnue – et un alphabet, si 00000000.pngc'en était un, qui ne l'était pas moins. Apparemment ces fusils avaient été bénis au cours d'un autre rituel propitiatoire: ceints d'une flamme étrange ils brillaient même en plein jour, et un éclat obscur était sur eux, démoniaque, inquiétant. Sur la crosse, des pierreries en forme d'étoiles jetaient des feux. 

On pouvait reconnaître en eux des gardes d'élite, adoubés de la puissance occulte de l'Homme-Crabe. (Elle leur avait été délivrée par ses disciples, secte infâme aux déviances épouvantables mais aux ressorts profonds, enracinée dans les traditions les plus obscures du pays, et de quelques autres où l'Homme-Crabe s'était initié à d'aucuns mystères qu'il vaut mieux ne pas répéter ici.)

L'Homme-Météore voyait sur ces armes une ombre molle et épaisse, marquant une présence qu'il n'identifiait pas, mais qui l'effrayait assurément. 

Toutefois la fabrication physique des fusils marquait une origine russe – et un achat sans doute illicite, au sein d'une contrebande incontrôlée. La puissance de feu en était objectivement grande, de toute façon.

Les cinq gardes s'approchèrent, et on ne pouvait guère les distinguer entre eux, car ils portaient des masques de protection, qui par leurs visières de plastique noir rappelaient la face d'un insecte géant. Leurs bouches étaient également masquées, par des micros amplifiant leurs voix. 

Celui qui était le plus en avant (car ils avançaient en quinconce) leur ordonna, d'une voix métallique et tonitruante, de s'écarter immédiatement, sous peine de fusillade sans sommation.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à l'affrontement prévisible entre les gardes de la Procession, et les deux protecteurs célestes nos amis.

Commentaires

apres dix années de bons et loyaux au services de la population annécienne en tant que directeur de MJC au marquisats,votre publication me permetrait de garder le contact avec votre belle region...

Écrit par : patour | 22/09/2021

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