20/08/2021

L'Elfe jaune et le retour de Momülc

00000 (4).jpgDans le dernier épisode de cette série insigne, nous avons laissé l'Elfe jaune, premier disciple de Captain Savoy, alors qu'il projetait d'emmener Arcolod le Noir en se dématérialisant, puis en se rematérialisant juste derrière lui.

Il le fit, le saisit, s'apprêta à se dématérialiser à nouveau, malgré la fatigue que cela occasionnait en lui et qu'il sentait désormais peser fortement sur lui – mais il reçut un coup de queue brutal du monstre arachnéen, et fut projeté sur la paroi du nord de la grotte. Et il en aurait été durablement meurtri s'il ne s'était point rétabli dans son équilibre et n'eût, délibérément, souplement et adroitement, placé durant son vol ses pieds vers la paroi, pour s'y ramasser et accroupir en maintenant, étonnamment, une station horizontale. 

Et il advint alors quelque chose d'extraordinaire, à quoi ne s'attendait aucun des monstres réunis dans cette salle obscure: l'Elfe jaune se redressa, et il continuait à tenir les deux pieds sur la paroi verticale, comme si elle fût pour lui un sol, et que la caverne eût basculé sur elle-même, sans qu'on s'en fût aperçu.

Il n'en était rien: cette faculté faisait partie des prérogatives de l'Elfe jaune, des grâces qui lui avaient été faites lors de sa seconde naissance – et on dit que les elfes en général la possèdent, et qu'on en a vu plus d'un monter ou descendre des falaises 00000000000.pngabsolument verticales en se tenant debout contre la paroi de pierre, voire monter ou descendre des murs de la même manière, lorsque par exemple ils cherchaient à entrer ou à sortir d'un château par le haut. 

Les quatre monstres poussèrent un cri d'admiration, et l'Elfe jaune en profita pour jeter, de ses yeux étincelants, de nouveaux rayons sur ses ennemis, et notamment le monstre qui venait de lui donner un coup de queue, à la figure d'araignée humaine.

Comme la fureur de l'Elfe était grande, le coup fut fracassant, mû par son énergie intérieure et la flamme de son cœur, et le monstre en fut mortellement blessé, perdant un bras et une jambe sous le choc!

Alors la femme à la peau bleue leva les mains, leur fit faire un étrange cercle dans l'air, et voici! il en jaillit une flamme bleue au jet concentré, qui frappa instantanément l'Elfe jaune à l'épaule droite, le faisant virevolter et perdre pied, puis le projetant au sol 000000000.jpg– où cependant son habileté et son agilité le firent rouler, afin qu'il ne se fît point mal. Mais Salïnqïn se précipita alors sur lui, pensant profiter de sa situation délicate, et de sa nappe vivante le recouvrir et le dévorer d'un seul coup décisif. Et on le vit se lever et monter comme une grande cape noire, s'apprêtant à saisir l'Elfe jaune et à l'engloutir dans ses plis dévorants.

Mais l'Elfe lui jeta aussi une salve de ses yeux de feu, même s'il n'avait plus guère d'énergie en lui pour ce faire – et la force en fut suffisante pour faire rouler sur lui-même ce manteau vivant, et le plaquer dans le coin de la grotte, à la droite de l'Elfe.

Celui-ci cependant n'en pouvait mais. Il ne bougeait qu'avec peine, et la femme bleue vint vers lui, lentement mais inexorablement, ayant certainement le pouvoir de lui donner le coup de grâce. Elle leva la main droite, et une sorte de lance de feu, ou d'épée à deux pointes, apparut, crépitante et scintillante au bout de son bras tendu. À coup sûr l'Elfe jaune ne pourrait résister à un coup d'estoc de cette arme inconnue, ni son haubert en détourner la frappe meurtrière: elle jetait des étincelles et vibrait de force. Son bourdonnement était puissant, et l'Elfe savait, quand il se trouvait devant une manifestation de force magique importante, de feu terrestre majeur.

Il s'apprêtait donc à mourir, refusant évidemment d'implorer la femme inconnue, quand soudain un grondement se fit entendre, suivi d'un coup sourd, au fond de la grotte; et l'instant d'après une faille se créa violemment dans la paroi, et des pierres tombèrent – créant une pluie, une grêle de gravats. Et voici! Momülc se tenait dans l'ouverture, s'étant fait un chemin pour le rejoindre en usant de sa propre force incommensurable. Brisant, détruisant, enfonçant la roche et les murs, il avait franchi les obstacles, et se tenait là, prêt à l'aider! 

La femme bleue se tourna vers lui, et tâcha de lui jeter ce javelot de feu qu'elle tenait en la main, mais il fut plus rapide, et, bondissant par-dessus, l'évita et le laissa se perdre dans le creux de la paroi qu'il venait de faire, avant de se poser juste devant 00000000.jpgla femme, et de la mettre à terre d'un revers de main rapide.

Momülc! Momülc! s'écria l'Elfe jaune, joyeux et soulagé; Dieu soit loué! Te voilà. Mais comment?...

Et Mömulc, l'entendant, sourit.

Mais la femme bleue avait elle aussi roulé comme un serpent, et s'était remise instantanément debout. Toujours silencieuse, comme elle avait été dès le départ, elle leva encore ses mains, et entre les deux, dans l'air, apparut une boule bleue crépitante, gonflée d'énergie, traversée d'éclairs, et voici! d'un mouvement elle le lança sur Momülc – qui, fier et mâle, comme d'habitude ne voulut point chercher à l'éviter, et la reçut en plein buste. Elle s'y embrasa, crépita de plus belle, fit des éclairs, de la fumée, et Momülc parut comme englouti dans son feu, mais l'instant d'après il réapparut – bondissant du brasier, et se précipitant vers la femme bleue.

Il advint alors quelque chose d'inattendu. Salïnqïn, qui avait paru sonné et étourdi, inerte sur le sol, s'élança plus vite que l'éclair et, d'une sorte de bande vivante et molle s'étirant en tentacule, attrapa le pied gauche de Momülc resté en arrière, et le fit s'abattre bruyamment sur le sol, provoquant un tremblement lourd qui fit vibrer toute la grotte, et en tomber à nouveau quelques pierres larges. Car sa puissance était grande, et son corps, solide comme le granit!

Or, divins lecteurs, nous devons laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette furieuse bataille.