26/06/2021

L'Homme-Météore et l'attaque de Kribi

0000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette monumentale série, nous avons laissé l'Homme-Météore alors qu'il venait d'arriver en vue de Kribi au Cameroun afin de délivrer le pays de la tyrannie du terrible dieu-crabe, Ormokong.

Un rivage sablonneux s'étendait le long de la mer écumante, parsemé de rochers jaunes. Pris entre une forêt d'un beau vert tendre et une eau infinie qui roulait ses vagues grises, il se montra aux deux amis de loin, tache dorée dans l'immense paysage. Ils y descendirent, y posant leurs pieds puissants, et faisant voler autour de leur corps des volutes de sable fin.

Là, l'Homme-Fétiche leva la main, puis pointa le doigt vers une plate-forme pétrolière qui élevait à l'horizon sa silhouette sombre, derrière l'air bleu de la mer. 

Ouvrant la bouche pour parler il eut tôt fait de révéler à l'Homme-Météore que l'armée d'Ormokong, l'Homme-Crabe, l'avait prise d'assaut deux semaines auparavant – et désormais l'occupait, maintenant les employés sous la menace des armes et la vue de plusieurs cadavres, emblèmes de leur mort possible. Ces défunts, jetant la terreur sur les rescapés, n'avaient point été 000000000000.jpgparticulièrement rebelles aux assaillants; plutôt choisis au hasard, ils avaient souvent été tués d'un seul coup, sans prévenir, afin que le règne de l'arbitraire fît perdre toute raison et tout sens des choses à ceux qui avaient survécu. Mais ceux qui avaient marqué de la rébellion avaient été tués d'une façon atroce; trois avaient été décapités, pour que la vue en soit plus frappante, et la terreur plus profonde, et un avait même été mutilé au préalable, dans une sorte de rituel horrible. 

Les bandits en avaient diffusé les images et, par ses capteurs spéciaux, l'Homme-Fétiche les avait perçues sur son ordinateur; car, dans sa base, il était muni d'une remarquable technologie, en ayant appris l'art à l'école d'ingénieur de Saint-Maur-des-Fossés. Des rapports circonstanciés avaient été échangés entre les services spéciaux du ministère camerounais des armées et le gouvernement, et l'Homme-Fétiche les ayant interceptés, il était au courant de ce qui se passait sur la plate-forme.

Sans doute, il n'était pas en droit de voler de tels secrets; mais il le faisait pour le bien du monde et du Cameroun son pays d'origine, qu'il aimait d'amour tendre, et il ne diffusait nulle part autour de lui ces connaissances rares. Il espérait qu'un jour le 000000000.jpggouvernement camerounais le reconnaîtrait comme auxiliaire indispensable, et lui vouerait toute sa confiance, mais il savait qu'il était encore peu connu de lui, et qu'il fallait déjà qu'il fît ses preuves, en réalisant notamment des exploits à son service. C'était le jour où cela pouvait advenir, en vérité, et il demandait à l'Homme-Météore de l'y aider, comme on l'a saisi.

Les pirates de la plate-forme, quoi qu'il en soit, recueillaient pour le compte de leur maître infâme le pétrole qui arrivait du Tchad par d'énormes tuyaux traversant la forêt tropicale et plongeant dans les eaux de la mer, et le confisquaient et le subtilisaient pour le vendre à prix préférentiel à des organisations douteuses, qui enfin le replaçaient dans le marché légal avec une marge confortable. Pratique ordinaire, qui n'a point besoin d'être détaillée, et qui s'est faite dans d'autres endroits.

Or, l'Homme-Fétiche expliqua à son ami l'Homme-Météore qu'il leur fallait commencer la libération de Kribi et de tout le Cameroun par la reprise, sur les pirates de l'Homme-Crabe Ormokong, de cette plate-forme, car elle était, en ce moment, une des principales rentrées d'argent de son organisation occulte, et un des principaux moyens, par conséquent, de recrutement dans son armée infâme. Il utilisait une partie de cet argent pour séduire le peuple par des subventions de toute sorte, promettant, comme à l'accoutumée, l'égalité et le rétablissement de la justice aux plus pauvres et aux plus brimés, l'accomplissement de la vengeance sur les oppresseurs et les riches arrogants. Et de plus en plus de gens étaient sensibles à ces idées, surtout lorsqu'ils s'accompagnaient de dons en argent – et de création d'hôpitaux, d'écoles, de titres honorifiques 00000000.jpgstipendiés et d'emplois faciles, consistant à surveiller ce que faisaient les autres sans rien faire soi-même, comme cela se fait couramment dans les pays corrompus. Ensuite ils le rapportaient aux officiers qui entouraient l'Homme-Crabe Ormokong, et en obtenaient des récompenses spéciales, immonde pratique.

De cette manière, le règne du sorcier maudit se répandait – et, par lui, celui des dieux noirs qui dorment au fond de la Terre, et en rêvant recrutent des adeptes, et constituent des sectes. Car l'un de ces êtres entretenait avec lui des relations toutes spéciales, grâce auxquelles il développait inlassablement ses pouvoirs; mais, en contrepartie, son âme était entre ses griffes lentes et lourdes, et il était intérieurement dévoré par ce fils de Mardon, géant du passé immémorial à la gueule de dragon.

De son cœur cet être se nourrissait, et voici! remuait dans son sommeil, tendant toujours plus au réveil. Et Ormokong croyait qu'il en viendrait une ère nouvelle, un paradis terrestre dont il serait le prince sensible, et tout-puissant. 

Il ne voyait pas qu'il en était écrasé, et vidé dans son âme, il se croyait plus fort grâce à cela, car sa conscience s'éteignait, en plongeant dans l'abîme pour y toucher cet allié.

Sur le rivage, cependant, l'Homme-Météore vit une procession se dérouler, venant du bourg aux deux avenues jaunes. Car Ormokong exigeait qu'on abandonnât le culte chrétien et qu'on retournât à l'ancienne religion des Esprits de la Mer, et qu'on leur sacrifiât des animaux, mais aussi des êtres humains. Or, c'était le jour où l'on devait leur sacrifier une jeune fille vierge en la noyant dans l'eau salée, et en la livrant aux créatures marines. 

Mais il est temps, chers amis lecteurs, de laisser là cet épisode, avant de revenir à cette histoire dans quelque temps, pour un nouvel épisode voyant les premiers combats au Cameroun de l'Homme-Météore, soutenu par son ami l'Homme-Fétiche.

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