10/06/2021

L'Elfe jaune et les Quatre Malfaisants

00000000000.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé l'Elfe jaune, premier disciple de Captain Savoy, alors qu'il parcourait un souterrain plein de dangers à la recherche d'un être hideux qu'il avait blessé, et ne pouvait laisser libre, et qu'il venait de se trouver nez à nez avec un nouveau monstre. 

Il tenait à la fois de la machine, de l'araignée, de la plante, de la roche vivante et de l'arbre parlant – car, en sifflant (lui aussi), il s'écria, de sa voix métallique et dure: Meurs, mortel immonde, et péris sous mes dents, déchiré et lacéré, mis en pièces.

Et voici! de ce qui lui tenait lieu de tête s'élança une mâchoire effilée, et des dents se déployèrent, comme attachées par une chaîne, et l'Elfe jaune eut à peine le temps de se dématérialiser, dans un nuage d'or. Les dents se refermèrent, étonnées, sur le vide, en un claquement sinistre. 

Le monstre tourna la tête, se demandant où était l'Elfe jaune, devinant qu'il n'était pas loin – soit qu'il sût que son pouvoir de se dématérialiser ne marchait que sur de courtes distances, soit qu'il le sentît, perçût mystérieusement les mouvements de son corps derrière le voile de la matière; car celui-ci en tremblait, se distendait sous le poids de l'Elfe, et si l'œil ordinaire n'eût jamais su en distinguer les effets, ou en saisir bien sûr les causes, à certains êtres doués de seconde vue cela apparaissait plus clairement, et tel pouvait être ce monstre innommable, qu'il vécût sur les deux plans.

Toutefois, il ne sut pas le trouver tout de suite, signe que ses sens étaient troublés, et ne pouvaient déceler avec exactitude la forme dématérialisée de l'Elfe.

Car quand, dans un nuage d'or traversé de rayons vermeils, celui-ci reprit corps juste au-dessus de lui, il ne le vit point, et l'Elfe put sans obstacles asséner, sur son visage métallique et spectral à la fois, un monumental coup de pied, qui manqua de 00000000.jpgdisloquer sa mâchoire et de l'arracher brutalement du reste du corps.

Mais Dieu sait de quelle matière cette créature – garde du corps secret, en vérité, d'Arcolod le Noir – était faite. 

Se remettant aussitôt elle lança un bras se terminant par un tentacule vers l'Elfe jaune qui en fut saisi à la jambe – et serra aussitôt, faisant jaillir le sang et s'attaquant à l'os, pour le briser. L'Elfe jaune ne cria point, malgré la douleur, mais fit partir un feu flamboyant de ses yeux, qui heurta violemment le monstre – qui en fut repoussé dans l'obscurité, où il disparut, après avoir lâché prise.

L'Elfe jaune jura, et mit sa main à sa jambe blessée. Il la retira pleine de son propre sang: le costume, protection faite de mailles fines, avait cédé instantanément, sous la puissante pression du monstre.

Soudain, une éblouissante lumière surgit, là où avaient régné auparavant les ténèbres: toute la salle où s'était réfugié le monstre s'illumina, comme dans un éclair bleu pâle durant longtemps, d'une manière étonnante.

Ce n'était pas que ce fût une forte lumière, en soi; mais, après de longs moments d'obscurité, elle aveuglait les yeux de l'Elfe jaune aux pupilles grandes ouvertes.

Il mit la main devant les yeux, et se réfugia derrière la paroi, reculant, afin de se donner le temps de s'y habituer. Ce qu'il fit rapidement. Prudemment, une seconde fois il dépassa la paroi de pierre, et put contempler la salle, et ce qu'il vit l'étonna – et le remplit d'horreur, même.

Car, devant lui, se tenait le monstre, fouettant l'air de sa longue queue. Et, allongé sur un dais, auquel on accédait par quelques marches, Arcolod le Noir le regardait, les yeux fous, attendant le moment où il le verrait anéanti. Auprès de lui, sur une coupe argentée, une gemme bleue diffusait la lumière qui venait d'apparaître. Mais surtout, une femme se tenait, debout, à ses côtés – au regard cruel, aux longs membres bleutés, décharnés, et aux yeux plus noirs que la nuit. Ses cheveux également noirs 0000000.jpgondoyaient comme des serpents, et entre ses dents serrées elle faisait entendre un son hideux, sifflement minéral impossible à décrire. 

L'Elfe jaune sentit se dresser ses cheveux sur sa tête, bien qu'il ne sût pourquoi: cette femme lui inspirait une sourde terreur, et il y avait plus en elle que ne rencontraient les yeux. Une sorte d'écharpe de feu entourait sa tête en tournant lentement sur elle-même – et une magie diabolique se dégageait de l'ensemble de sa personne, qui fit craindre à l'Elfe jaune les pires choses, pour lui. Le monstre, d'ailleurs, ne semblait pas hors de combat, et il ne voyait pas comment, à lui seul, il pourrait vaincre ces trois ennemis.

Il hésitait, attendant de voir quels mouvements il ferait, ou s'il devait rebrousser chemin. Il regarda brièvement en arrière, comme attiré par un bruit, mêlé du reste de quelque odeur qui grandissait depuis l'arrière – ou subissait-il simplement l'attrait de la fuite? 

Or, une forme croissait effectivement derrière lui, rampant le long des parois en frissonnant, et l'Elfe jaune reconnut, après avoir jeté un second coup d'œil, l'esprit visqueux qu'il pensait, qu'il espérait avoir laissé derrière lui, j'ai nommé Salïnqïn le Maudit.

L'Elfe se comprit pris au piège. Il était dans un étau dont il ne voyait aucunement comment sortir. 

Mais il décida d'agir vite, comptant profiter d'un effet de surprise. 

Il se dématérialisa, et réapparut (toujours dans son nuage d'or traversé de vermeil) juste derrière Arcolod, afin de le saisir dans ses bras et de l'emporter dans un autre flux dématérialisé: il espérait que son entraînement lui permettrait de faire subir cette opération aussi à l'ennemi, et qu'il se débarrasserait ainsi des importuns qui prétendaient, apparemment, protéger ce malfaiteur insigne.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, en attendant le prochain, qui révélera si le plan de l'Elfe jaune marcha, lorsqu'il l'exécuta.

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