04/03/2021

Captain Savoy et la mort d'Ortacul

000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette série monumentale, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il venait de voir blessée à la tête sa chère disciple la Femme de Cristal!

Cependant le Noton bleu, quoiqu'il eût les mains attachées, était libre (ainsi que nous l'avons dit), et il se jeta, la tête en avant, sur le monstre Ortacul – et comme sa rapidité était grande, il fit basculer en avant son adversaire, qui jura. Le disque de feu sauta de ses mains et tomba à terre, hors de sa portée immédiate. 

Il se releva en donnant un coup de poing magistral au Noton bleu, dont la mâchoire fut brisée, le malheureux. Il était hors de combat, et il ne faudrait pas de trop de la science des fées de Tsëringmel pour le guérir. Elles le pouvaient; encore fallait-il emporter cette journée, et venir à bout d'Ortacul et de ses sbires.

Captain Savoy porta le coup de grâce. Bondissant presque aussi vite que le Noton bleu, dans son corps plus massif, plus musculeux, plus grand, il attrapa sa lance, l'arracha du poteau et du corps du soldat qui avait essayé de couper la jambe de son disciple, et, sautant en l'air, abattit brutalement son arme sur le dos courbé d'Ortacul. 

La pointe traversa son corps épais et renforcé par une cuirasse qui ne l'était pas moins, et ressortit de l'autre côté, faisant jaillir une grosse goutte de sang à sa poitrine. Ortacul cria. 

Mais il n'était pas mort. Il bougeait encore, avec la lance en travers du corps. Il se retourna, lentement, vers Captain Savoy à présent debout près de lui, et aussi grand que lui, quoique moins large d'épaules et de hanche. 

Plissant les yeux vers son vainqueur, il fit retentir sa voix rauque: Vous, vous! dit-il. Vous périrez, je vous maudis, et on me 0000.jpgvengera, sachez-le! Oui, on me vengera!

Captain Savoy le scrutait sans rien dire, immobile; et, dans la place de la ville, tous les soldats et les combattants s'étaient arrêtés, attendant de voir ce qui allait advenir.

L'instant d'après, le regard d'Ortacul se voila, et sa bouche se tordit. Une détresse immense parut sur son visage. Et il se tourna vers les profondeurs de la terre et murmura: Mardon, Mardon... Il invoquait, il suppliait. Il disait: Pourquoi? Tu avais promis. Et il pleura.

Captain Savoy s'avança d'un pas, et tendit la main, pour le soutenir. Mais avec ce qui lui restait de force, Ortacul sauta en arrière, hors de sa portée. Non, non..., fit-il dans un souffle. Non!

Et, soudain, il se jeta sur Captain Savoy, comme s'il pouvait encore le tuer, par surprise. Le défenseur de la Savoie libre souleva son pied et en frappa son menton puissant. Ortacul s'écroula. Son regard était grand ouvert, tourné vers le ciel. Et une frayeur s'y peignit. Se mua en terreur. 

Non, non! dit-il encore. Non, non, je n'ai pas trahi, non!

Il advint alors quelque chose d'épouvantable. Des mains surgirent du sol, puissantes, blanches et viriles. Il y en avait six. On ne voyait pas les épaules, encore moins les corps auxquelles elles étaient attachées – ni non plus, bien sûr, les visages de leurs possesseurs. Instantanément, la terre pourtant dure s'était soulevée, des pavés s'étaient écartés, et les mains saisissaient le corps d'Ortacul, qui se mit à hurler.

Captain Savoy bondit, et tenta de desserrer l'étreinte d'une de ces mains. D'abord incrédule et stupéfaite, la Femme de Cristal 0000.pngsans tarder l'imita, malgré sa blessure à la hanche qui l'affaiblissait: elle se jeta sur une autre main, et tenta aussi de desserrer l'étau de son étreinte. 

Mais ces mains étaient grosses, fortes, elles appartenaient sans doute à des Géants. Étaient-ils vivants? Probablement pas. Car elles étaient blanches et froides comme celles des cadavres, et leur étreinte en était rendue d'autant plus forte, plus noueuse, pareille à l'acier ou à la pierre, que nulle mollesse n'habitait.

Inexorablement, les mains attiraient Ortacul vers un abîme invisible, s'étendant sous le sol. La force pourtant prodigieuse de Captain Savoy ne l'empêchait pas. Elle ne suffisait pas. À peine freinait-elle le mouvement fatal. D'autres vinrent s'accrocher aux doigts, aux paumes de ces mains grosses. En vain. Le sort d'Ortacul était, semble-t-il, scellé.

Lui criait, gémissait, exprimait sa terreur. Mais Captain Savoy songea qu'il n'était point assez puissant pour le secourir, et il attrapa sa lance, et tira, pour la récupérer. Ortacul cria plus fort encore, et du sang bouillonna de son corps, se répandant jusque sur les mains blanches. Elles en tressaillirent, comme si elles l'aspiraient par d'inconnus pores, et soudain le corps d'Ortacul fut tiré complètement sous le sol, et disparut. Son cri résonna, puis s'éteignit quand la terre se referma, s'effondrant sur elle-même et bouchant le trou qui s'était fait. Seuls l'affaissement du terrain, et les pavés dispersés témoignaient encore de l'horrible événement qui s'était déroulé sous les yeux de tous.

Les cœurs frémirent. Et les hommes d'Ortacul commencèrent à jeter leurs armes et à s'enfuir. Les Elfes les poursuivirent et s'employèrent à les tuer, ou à les capturer. Ils en tuèrent beaucoup, malgré la demande de Captain Savoy de les prendre tous vivants. Et finalement, Captain Savoy et les siens restèrent seuls sur la place, de nouveau maîtres de Chambéry.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode furieux, et de reporter au prochain la suite de cette incroyable histoire.