12/03/2021

Microcosme et macrocosme: l'analogie ultime

00000.jpgOn croit que les éléments naturels sont dénués d'âme, de désirs, de sentiments, de pensées – mais Pierre Teilhard de Chardin a énoncé que même les atomes avaient une ébauche de psychisme. L'idée que l'attribution d'une âme à l'eau relève de l'anthropomorphisme méconnaît l'orgueil de l'être qui, d'une manière illogique et absurde, se croirait différent du reste de la Création.

L'Homme a de l'eau en lui, et même si Freud n'en savait rien, c'est surtout dans cette partie liquide que repose ce qu'on appelle l'inconscient.

À l'inverse, le monde extérieur contient au fond autant d'âme que les éléments dont est constitué le corps, parce que ce monde extérieur est fait des perceptions sensorielles que permet le corps. Si ces perceptions existent, c'est parce que le corps fait écho à ce qui est à l'extérieur. C'est parce que le corps a de l'eau en lui que l'on perçoit à l'extérieur l'eau qui coule. Il s'agit d'une résonance. Et nous ne saurions rien du monde si le corps ne se confondait pas avec lui, si des éléments n'unissaient pas le corps au monde extérieur – si le corps n'était pas la continuation, jusqu'au seuil de l'âme, du monde dans son ensemble.

L'âme perçoit le monde extérieur parce que le corps qui l'enchaîne est un écho du monde extérieur, donc le monde extérieur n'est fait de rien d'autre que de ce qui entre en résonance avec ce corps. Si la nature des étoiles ne se trouvait pas dans les 00000000000.jpgéléments physiques du corps, nous ne les percevrions pas.

Mais, à l'inverse, si nos éléments corporels sont doués de notre âme, il n'y a pas de raison de penser que les éléments correspondants dans le monde extérieur ne soient pas doués d'autres âmes: la correspondance s'étend forcément jusque-là. Nous ne percevons pas l'âme des choses, mais nous ne percevons pas non plus l'âme des corps humains qui se meuvent autour de nous: nous ne la percevons pas directement. Nous savons qu'elle est là, que chaque corps humain contient une personnalité, des sentiments, des pensées, des désirs – par pure analogie.

Et encore, certains en doutent – et c'est l'origine du racisme, du sectarisme, du nationalisme: ces péchés de l'esprit sont fondés sur le refus d'attribuer à certains corps humains des désirs, des sentiments, des pensées.

L'analogie généreuse fait au contraire partager l'humanité, et entrer en communion avec les autres, permettant de voir en eux un soi plein et entier, un soi divin – un Christ, comme le disait saint Paul –, ainsi que, spontanément, on le voit en soi.

Mais l'esprit avisé sait aussi que le monde est semblable – que les éléments visibles, pris dans leur totalité, cachent un Dieu, que l'humanité, prise dans sa totalité, est le corps sensible du Christ, et que, pris de façon plus éparse, les 000000000.jpgéléments sont toujours la partie visible de personnes – mais de personnes qui, dénuées de corps humain, n'en sont pas moins des substances individuelles pensantes, comme le disait Boèce: des anges.

J'ai été violemment attaqué, dans le cadre privé, parce que je disais tout cela, et je suppose que c'est le lot de ceux qui disent des choses que les autres ne veulent pas entendre, qui les empêchent de dormir et les font se retourner sur leur lit le soir ou la nuit. Ils voudraient qu'on ne puisse pas dire ces choses, sous prétexte qu'on ne peut pas en être sûr, en réalité parce qu'elles les troublent assez pour qu'ils en dorment mal.

Mais peut-on être sûr aussi que les autres êtres humains ne sont pas des automates nous donnant l'illusion, seulement, de la pensée, du sentiment, de la volonté? – Et c'est cette question qui justement tourmente les matérialistes quand on la leur met sous les yeux, et qui les amène à hurler qu'on veut les convertir, que c'est un scandale, et qui les rend eux-mêmes sectaires. Ils ont simplement peur du vrai et du vertige qu'il provoque – de ce que moralement il implique.

Le matérialisme mène spontanément à l'égoïsme, à l'idée qu'on est la seule âme digne d'honneur et d'attention, le seul esprit suffisamment doué d'intelligence pour reconnaître que le monde n'est que matière. Mais à cette âme intelligente, lucide, judicieuse, il n'est nul besoin d'ajouter des âmes dans les corps physiques 0000000000.jpgqui évoluent à l'extérieur. Le matérialisme tend à regarder les autres comme des machines, sans admettre que son jugement le laisse seul humain, dans sa pensée illusoire. C'est ce qui le lie manifestement à l'orgueil.

Naturellement, s'il a été bien éduqué, il a appris à respecter les autres, ou à feindre qu'il le fait, et à traiter autrui, extérieurement, de façon sainte et sacrée, à regarder chacun comme doué de libre arbitre, pour ainsi dire. Mais est-ce sincère? En toute logique il se contente d'être poli – et, le jour des élections, il n'en pense pas moins que les autres ont stupidement voté, comme l'auraient fait des robots.

Mais l'humanisme authentique renvoie bien à l'idée que chaque être humain contient en lui une étincelle divine, comme disaient les Romantiques, et l'amour de la Nature renvoie bien à l'idée qu'elle dissimule des personnes divines. Non, évidemment, qu'on doive vénérer un arbre ou un chien comme s'il s'agissait d'un ange ou d'un dieu; mais qu'il faut voir, dans les éléments de la Nature, des parties de corps d'entités invisibles – comme si une montagne, par exemple, était le pied, ou le doigt de pied d'un elfe, d'un ange, d'un dieu, la seule chose physique que son corps psychique ait concédée. Ou comme si toute l'espèce des chiens était les parties dispersées d'un autre ange, d'un autre rang. Comme si chacun n'était que les nombreux doigts, vivant par eux-mêmes en apparence, d'un grand être dont les éléments 000000000.jpgcorporels nous apparaissent comme dispersés parce que nous ne voyons pas ce qui les lie.

D'où l'identité parfaite au moins des espèces sauvages. Je veux dire, l'identité des exemplaires. Pour les chiens, sans doute, ils s'individualisent sous l'influence des êtres humains qui s'occupent d'eux, ils reçoivent leurs traits de caractère. Mais ils n'ont pas d'individualité venant du passé. Car les humains ont ce pouvoir de transformer des espèces, et les chiens par exemple les regardent comme des anges –  comme nous regardons les anges, ou les dieux. C'est méconnu, nié par les matérialistes. C'est pourtant vrai. Les chiens ne s'individualisent que parce que les hommes parviennent à entrer en concurrence avec l'esprit de leur espèce, à se montrer aussi forts que lui. Et comme cet esprit est de nature angélique, le chien regarde forcément l'être humain comme un ange. Qu'il se tienne debout lui semble d'emblée miraculeux. Et ça l'est, c'est en réalité extrêmement difficile, il faut être lié au ciel, pour y parvenir! Mais le matérialisme aura toujours la folie de ne pas l'admettre, sans doute.

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