30/12/2020

Captain Savoy et le déshonneur de l'Amazone céleste

0000.jpgDans le dernier épisode de cette série incroyable, nous avons laissé Captain Savoy et ses troupes alors qu'ils semblaient avoir pris l'avantage sur le tyran de Chambéry, usurpateur de la Cité des Ducs.

Mais Ortacul, après un instant de sidération, décida de répliquer par un coup majeur, dont il pensait que Captain Savoy même serait durement affecté. Il fit venir ses quatre prisonniers, et cria une menace, aussitôt répercutée par un son de trompette qu'il avait chargé un de ses hommes de faire entendre. Et voici! il se dirigea vers l'Amazone céleste attachée les mains dans le dos, et lui arracha ses habits – détacha de son beau corps son armure et déchira la soie qui lui recouvrait le sein, le ventre, les hanches ou les cuisses. Devant tous elle fut nue, et il posa la main sur elle, et s'apprêta à l'humilier. De sa voix forte il demanda Captain Savoy de regarder ce qu'il faisait – car il entendait l'affaiblir par la douleur, et de son cœur meurtri se rendre maître.

Le Maître des Douze ne broncha pas, se contentant d'abattre son arme, comme à son ordinaire, sur ses ennemis – tâchant toutefois de progresser vers le dais où se tenaient Ortacul et ses prisonniers. Du coin de l'œil il voyait le monstre tenir devant lui l'Amazone céleste et s'efforcer de la pencher malgré sa résistance, et une pointe de colère entra dans son âme, lui qui toujours maîtrisait si bien ses sentiments – du moins le disait-on. Elle était vierge, il le savait, mais il se tenait prêt à tout. Il craignait seulement que ses autres disciples, notamment la Femme de Cristal – si proche de l'Amazone céleste, qu'elle avait failli la suivre dans son effort de reconquête de Chambéry –, il craignait seulement qu'une folle douleur ne sorte ses autres disciples de leurs gonds, et ne les fasse prendre au piège d'Ortacul le Maudit.

Le Léopard des Neiges, enchaîné tout près de l'Amazone céleste et de son tortionnaire, bondit, tendant son lien à l'extrême – à se rompre le cou, qu'il entourait. Mais il put dans son élan envoyer sa puissante queue vers Ortacul, qui en fut vigoureusement frappé, et tomba sur un genou. Aussitôt, humilié devant tous et honteux, il se releva, se dirigea vers son agresseur, et abattit sur son beau visage une pluie de coups de poing et de coups de pied, qui 0000.jpgle couvrirent de sang. Mais à aucun moment le Troisième Disciple ne fit entendre le moindre son plaintif!

Pendant ce temps, le Noton bleu, lui aussi enchaîné, ne restait point inactif. Malgré les coups qu'il en recevait des hommes d'Ortacul, il s'employait à vibrer dans ses liens – ce qui faisait trembler tout le dais, tant sa capacité à se mouvoir vite était grande.

Et voici! la chaîne qui tenait sa jambe droite se rompit, épuisée par la vibration incessante, et levant son pied il en asséna un coup au ventre d'Ortacul, déporté vers lui à la suite d'un crochet puissant donné au Léopard des Neiges. Le monstre, courbé sous le choc, jeta un regard injecté de sang vers cet ennemi.

Sur son ordre un soldat s'apprêtait à trancher la jambe coupable, quand il reçut en plein cœur la lance de Captain Savoy, jetée sur lui à distance; le coup fut si vigoureux que la pointe traversa son corps, tout en le poussant jusqu'au poteau où l'on avait rivé les chaînes des quatre disciples, et que, finalement, elle se planta dans son bois, clouant le malheureux de la façon la plus étrange.

Le voyant sans sa lance, les guerriers d'Ortacul se jetèrent sur Captain Savoy avec une ardeur renouvelée, mais le gardien sacré de l'éternelle Savoie se créa aussitôt, par la puissance de son anneau sublime, une nouvelle arme – plus tendre et souple que la précédente, moins solide et forte, mais qui ne lui permit pas moins de se défendre, et qu'il soutenait de rayons verts, jetés depuis sa bague divine. Il assénait, aussi, des coups virevoltants de ses pieds et de ses mains, adroit comme pas un ne l'est dans l'art du combat, et les voies les plus subtiles de la savate.

La Femme de Cristal, quoique sans heaume, prit sur elle de s'élancer vers Ortacul pour aider ses amis, en se créant un pont de glace qui passa par dessus les ennemis proches – et qui l'emmena, sans qu'elle eût à bouger, juste devant le dais du monstre. De ses mains gantées jaillissait la glace instantanément durcie, cristallisée à toute allure dans la direction qu'elle déterminait – et qui la tirait, elle-même, vers sa vengeance espérée.

Ortacul la vit venir, et comprit que pour le moment il n'aurait pas le temps de mettre ses méfaits en œuvre, et de continuer à torturer les prisonniers placés à sa vile merci. Il se tourna vers la Femme de Cristal – puisque, après 00000000.jpgl'avoir vue agir, il savait qu'il n'y aurait que peu d'espoir à mettre dans ses sbires, s'il s'agissait de se débarrasser d'elle, et de soutenir ses puissants assauts.

Il fit tourner sa main, et un disque de feu apparut, transparent au sein de l'air comme le cristal. Il tournait comme un soleil, et des rayons en partirent, flamboyants et purs. Ils atteignirent la Femme de Cristal au buste, et elle fut précipitée au bas de son propre pont, quoique son haubert n'eût point été rompu. Le choc terrible l'avait tout de même meurtrie, et lui avait coupé le souffle – car les pouvoirs d'Ortacul étaient grands, et il puisait leur source aux profondeurs de la Terre, dans l'abîme propre où se tenait Mardon, et auquel lui avait donné accès Malitroc en personne!

Péniblement elle se releva, mais Ortacul ne la laissa pas respirer. À nouveau il fit tourner son étrange disque flamboyant, et à nouveau des rayons en sortirent, traits de feu répétés. Elle esquiva le premier, mais le second l'atteignit à la hanche, et elle fit entendre un gémissement. Le troisième effleura son front, et du sang en jaillit. Quelques centimètres auraient suffi à lui transpercer la tête, et l'effarement et la peur se lurent sur le visage de Captain Savoy, qui dans ce péril voyait sa disciple.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à ce combat terrible.

 

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