27/10/2020

Captain Savoy et la victoire de la Femme de Cristal

0000000.jpgDans le dernier épisode de cette fameuse saga, nous avons laissé la Femme de Cristal, sixième disciple de Captain Savoy, alors qu'elle subissait l'assaut de la garde rapprochée du seigneur de Chambéry Ortacul; elle venait de vaincre cinq guerriers, sur six, de cette troupe.

Mais pendant ce temps Astäln se mettait en garde, attendant que la Femme de Cristal perdît son souffle et se débarrassât de ses deux sbires qui le gênaient dans ses mouvements – et dont il n'avait pas douté qu'elle en viendrait à bout, maintenant qu'il voyait ce dont elle était capable.

Elle posa lassée un genou à terre, s'appuyant sur son épieu, et regardant Astäln par dessous, le guettant. Elle respirait bruyamment, et tâchait à reprendre son souffle. Tout autour les guerriers d'Ortacul qui n'étaient pas affairés à combattre Captain Savoy et les siens regardaient ce combat sans oser avancer, impressionnés par la puissance de cette femme que tout le monde avait cru faible.

De loin, cependant, Captain Savoy tout en combattant la regardait faire, et en tirait la satisfaction légitime du maître qui contemple ses disciples dans leurs succès. Il espérait qu'elle continuerait ainsi à faire merveille, quand de sa propre lance d'or il abattit trois guerriers d'un coup, en faisant tournoyer sa pointe effilée: deux têtes volèrent et un flanc fut tranché jusqu'au cœur, avant que le génie de la Savoie éternelle ne retire sa lance enfoncée, ne se retourne sur lui-même, et ne continuât à combattre les troupes d'Ortacul qui comme une marée noire s'avançaient vers lui par vagues, en tâchant de le submerger.

Mais qui submergea jamais Captain Savoy, depuis que le monde est monde? Cette marée avait beau s'élancer vers lui en grimpant toujours, les guerriers montant les uns sur les autres et les vivants piétinant les morts, il continuait de résister et de vaincre, indomptable, sûr de lui, dominateur et comme nul autre au monde aguerri au possible.

Soudain, Astäln s'avança, donnant un coup d'estoc finement préparé. De sa lance légère la Femme de Cristal l'écarta et, se levant brusquement, donna de son poing gauche un crochet fracassant à la mâchoire de son 0000000000000000000.jpgennemi, qui s'était rapproché dangereusement d'elle. Sous la pression de ce poing renforcé de mailles de givre, le heaume d'Astäln se brisa, et du sang jaillit de sa bouche de monstre, en même temps que de ses oreilles.

Mais cela ne suffit pas à l'abattre, ni même à le démoraliser: c'était un guerrier, il était habitué à souffrir. Il ne fit qu'incliner brièvement le chef, regardant son sang couler à terre.

En se relevant il donna à la Femme de Cristal un coup de son pommeau d'épée, et le heaume transparent de la belle aussi se brisa, et le coup l'atteignit à la joue, dont il jaillit aussi du sang.

Heureux d'avoir enfin pu atteindre cette guerrière aux traits magnifiques mais d'une rapidité inouïe, il la saisit de la main gauche au bras, et s'apprêta à lui donner un second cou de la garde de son épée, pensant la meurtrir suffisamment pour la faire plier, et la mettre à bas.

Mais il se passa alors quelque chose que nul n'aurait jamais pu prévoir. Le bras qu'il tenait se détacha de l'épaule de la femme, et elle recula, avant de lui lancer un coup de pied qui l'atteignit au visage et d'enfoncer une lame fine de sa main gauche dans son cœur perverti. Il mourut aussitôt.

Et elle se baissa, ramassa son bras, et en poussant un cri le rajusta à son épaule. Il y resta fixé, aussi curieux que cela paraisse, et se remit à bouger, comme s'il était parfaitement vivant, et n'avait jamais subi le sort fatal qu'on lui avait vu subir. Un éclair néanmoins avait été vu au moment de ce rajustement, qui peut expliquer bien des choses.

Mais comment peut-on comprendre ce qui s'est ainsi passé? Qui pourra l'expliquer? Son bras tombé avait-il été une illusion, tissée aux yeux du monstre pour le surprendre? Ou avait-elle acquis la faculté de détacher réellement 000000000000000.jpgses membres, au cours de son initiation auprès de Tsësingmel? Pouvait-elle par exemple les refroidir, les détacher, puis les recoller, en les réchauffant, à la vitesse de la foudre, faisant agir le chaud et le froid comme personne au monde ne l'avait jamais fait parmi les hommes? Ou bien croira-t-on que son corps n'était qu'une machine animée à distance dont les pièces pouvaient être détachées et rajustées à volonté comme celles d'une voiture, tant qu'elle n'est pas trop usée? Je ne sais.

Toujours est-il que la garde d'Ortacul ne put la vaincre ce jour-là, et que, si son corps n'était qu'une machine, il n'en était pas moins bien vivant, comme si la Femme de Cristal avait acquis, en maîtrisant l'art de la glace, le secret de la vie de la pierre, dont, vous le savez, on tire le métal des machines. De cette sorte, la Femme de Cristal était réellement d'une puissance incommensurable, et très supérieure à ce qu'avait pu croire Ortacul.

Car de tous les disciples de Captain Savoy, au nombre d'onze plus un, elle était la seule à avoir ce talent, de détacher à volonté ses membres, pour les remettre à volonté où ils avaient été détachés, et leur faire reprendre vie sans problème.

À vrai dire – le cri qu'elle avait poussé l'indiquait –, cette opération n'était pas sans douleur; mais c'était le sacrifice qu'elle devait à la guerre contre le mal, et à la victoire finale du bien!

Regardant la mêlée qui se pressait contre Captain Savoy, elle s'y jeta pour l'alléger, décimant les soldats noirs, créant une brèche dans leurs rangs serrés, creusant une voie dans leur talus d'êtres armés. Captain Savoy se réjouit, et combattit avec plus d'ardeur encore, ne sentant plus les blessures que d'aucuns étaient parvenus à lui faire en surprenant sa vigilance – lorsqu'ils étaient parvenus à le frapper par derrière et avaient profité de leur nombre, ou lui avaient jeté des traits à distance.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette furieuse bataille.

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