22/08/2020

Captain Savoy et les pouvoirs de la Femme de Cristal

000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette singulière série, nous avons laissé la Femme de Cristal, disciple puissante de Captain Savoy, alors qu'elle venait d'arrêter l'attaque foudroyante (au sens propre) de six éléments de la garde rapprochée du méchant Ortacul, gouverneur de Chambéry, en tissant autour d'elle une chatoyante boule de givre.

Astäln fut surpris par la solidité de ce bouclier glacé. Il arrêta un instant les flux d'éclairs qui sortaient de ses mains de métal (il était en effet ce qu'on nomme un cyborg) – puis, dès qu'elles eurent repris leur souffle, il reprit cet assaut en y mettant tout son cœur et tout son vouloir, et en commandant aux autres de faire de même.

Sur son siège, de loin, Ortacul se dressa à demi, se demandant pourquoi on ne venait pas plus vite à bout de cette frêle femme stupide – qui avait dû, songeait-il, recevoir sa pâle science des elfes du Grand Bec; et il murmura Maudits soient-ils! entre ses dents, et son regard s'enflamma. Il jura en lui-même de se venger de ces elfes, de les déloger de leur montagne et de les bannir ou de les tuer, s'ils ne se soumettaient pas à lui. Il rêva d'en faire un carnage, en cette heure sombre.

Mais le bouclier de glace finit par se craqueler, par se fissurer. Il ne tiendrait plus longtemps, face à l'effort conjugué des Six de la Garde, qu'on appelait les Iniëriths. La volonté de la Femme de Cristal et son art supérieur ne suffiraient pas, contre leur feu.

Cependant elle se tenait prête et, au moment où le bouclier se brisa, elle bondit dans les airs, portée par un vent de givre, et les éclairs sortant des mains des six guerriers surpris se rencontrèrent, se croisèrent et se heurtèrent, provoquant un jet de flamme et un souffle qui firent se coucher cinq des six et reculer leur chef Astäln, plus grand qu'eux tous, avec la main devant les yeux. Deux roulèrent mortellement blessés, et Astäln put voir que l'un d'eux avait même eu la tête arrachée du corps sous l'effet de l'explosion. L'autre avait perdu une jambe, et la mort ne tarderait pas à fondre sur lui. Il jura.

D'autres soldats d'Ortacul de rang moindre furent aussi tués à cette occasion, s'étant approchés dans l'espoir d'attraper la Femme de Cristal vaincue. Ils avaient eu, dans leur cœur, des désirs infâmes, et riaient de plaisir en songeant à leur cruauté; voici maintenant qu'ils étaient morts, fous qu'ils étaient, ou blessés en mille endroits! À coup sûr ils auraient mieux fait de rester prudents et humbles, ces malandrins sans foi ni morale. 000000000000000.jpgMais comment demander à des sbires d'Ortacul de telles vertus, lui qui ne les a pas le moins du monde? On ne peut être surpris qu'ils aient cru que les vertus à louer fussent la sauvagerie et la cruauté, la dureté et le goût du sang, puisque leur maître prétendait régner sur la Savoie, et peut-être sur le monde, par de telles qualités immondes. Ce jour-là ces brutaux reçurent une leçon, dont les Anges peut-être tiendront compte, lorsqu'ils les passeront en Jugement.

Mais la Femme de Cristal ne se laissa pas apitoyer – ne devint pas la victime de la fausse bonté des faibles. Tout en se maintenant dans les airs, elle envoya une pluie de traits gelés sur Astäln et les trois guerriers de son attaque qui avaient survécu, ou pouvaient encore combattre, et déjà se relevaient. L'un d'entre eux, affaibli par l'explosion qui avait eu lieu, n'eut pas le temps de s'abriter ou de lever son bouclier, et s'abattit, criblé de flèches de glace. La dernière qu'il sentit lui traversa le front, et ressortit de l'autre côté de la tête. Elle lui fut fatale plus que les autres. De ses plaies un sang mêlé d'huile se répandit à terre, puis prit feu au contact d'un éclair sorti des mains d'Astäln, rendu erratique et incertain par l'intensité du combat. Le corps étendu prit feu à son tour, et une épaisse fumée noire s'en exhala. Un visage brièvement y paru, grimaçant et tordu par la peur. L'instant d'après, il fut dissipé dans la spirale qui s'élançait vers le ciel.

Astäln en fut encore plus en colère, comme on peut le comprendre. Il se précipita vers la Femme de Cristal qui, enfin privée de son vent de givre, redescendait lentement vers la terre, s'apprêtant à combattre ses ennemis à mains nues. Mais ils n'étaient plus que trois, et elle était plus rapide qu'on ne saurait dire.

Astäln leva son épée sortie du fourreau, et qui crépitait d'énergie flamboyante. Il tenta d'en donner un coup violent à la Femme de Cristal, mais celle-ci arrêta la lame de son bras, autour duquel elle avait tissé, de son art habituel, un bouclier de glace: à l'extérieur du poignet un disque cristallin la protégeait – et lui permit, vive comme elle était, de détourner le coup d'Astäln. De sa main gauche elle abattit aussitôt son épieu de glace sur l'épaule d'Astäln, tâchant d'atteindre la poitrine mais n'y parvenant pas, tant les mouvements des deux étaient vifs. La pointe s'enfonça dans la chair, malgré le haubert qui la protégeait, et Astäln poussa un cri.

La Femme de Cristal aurait voulu réitérer ce coup et enfoncer son épieu dans les reins du Maufaé, ou lui transpercer le cœur; mais, du coin de l'œil, elle vit courir à elle un des deux survivants des hommes de la Garde, levant lui aussi une épée flamboyante et électrique. Il tâcha de porter un coup de taille. Mais si vive était son ennemie qu'elle ploya presque au ras du sol, dans sa souplesse infinie, et détourna de nouveau de 00000000000000000.jpgson bras renforcé de gel la lame, qui cependant fit un éclair en touchant la glace, et l'entama, laissant le bras nu sous les mailles d'un haubert fin, semblable à l'argent. Or, voyant qu'elle était proche du sol, le troisième membre de l'ordre secret des Iniëriths voulut lui trancher le cou, mais sous le corps de la belle disciple du bon génie de la Savoie, une plaque de glace s'était créée, et un souffle l'aspira vers le bas brusquement, qui fit rater le coup et planter l'épée dans le sol. Le cristal blanc qui revêtait la rue à cet endroit vola en éclats, mais la lame se brisa sur le pavé solide dont Chambéry s'honorait. Toutefois des cheveux de la Femme de Cristal, restés en arrière de sa tête aspirée, furent tranchés et arrachés, à cette occasion, tant le coup était passé ras.

Se remettant debout en s'aidant de sa lance, la Femme de Cristal enfonça celle-ci dans le flanc du guerrier qui venait de l'assaillir, et il en mourut sans tarder. Elle leva le pied derrière elle, à sa gauche, pour frapper au visage le second guerrier qui, interloqué de la voir si vive, avançait maladroitement vers elle dans l'espoir de l'atteindre. Le devant de son heaume en fut brisé, le nez même en fut enfoncé, et du sang jaillit de sa bouche et de ses oreilles, tant avait été violent ce coup singulier.

Mais il est temps, chers lecteurs augustes, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à ce qui concerne le combat incertain de la Femme de Cristal contre l'ennemi infâme, à la solde d'Ortacul le Démon.

Les commentaires sont fermés.