06/08/2020

L'Homme-Météore et les craintives pensées de l'Homme-Fétiche

0000000.jpgDans le dernier épisode de cette saga parisienne, nous avons laissé l'Homme-Fétiche alors qu'il racontait à son ami l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, comment il avait vu se transformer un modeste ouvrier en sorcier majestueux, qui avait des queues de serpent en guise de jambes. Il disait que son but était de tisser dans Paris un filet subtil, et voici! il continua en ces termes:

Tu te doutes qu'avec de telles dispositions il aurait fini par se heurter au pouvoir de Radsal-Tör, si je ne l'avais auparavant défait; puis songe à ce qui serait advenu, s'ils s'étaient alliés après s'être mesurés, et avoir constaté que l'un étant plus fort que l'autre, le mieux était de créer entre eux une hiérarchie efficace pour plus rapidement conquérir le monde. Il me fallait de toute façon intervenir. Car le péril était grand, que couraient Paris et la France si je m'interposais pas. D'ailleurs, je te l'ai dit, la lutte contre Tassinga la Couleuvre était nécessaire à ma propre vie, puisqu'il voulait y mettre fin.

Alors, le regardant droit dans les yeux j'ôtai ma cape cachant mon véritable costume, ce qui l'impressionna un instant; mais il affecta sans tarder d'en rire. Son dédain se peignit sur son visage, avant de créer une forme spectrale dans l'air. Je vis ce dédain s'élever, tenter de prendre corps, mais un rayon sorti de mon œil le brisa, et il tomba à terre, pénétrant dans le sol comme une fumée sans épaisseur. Le rire de Tassinga s'éteignit, et, quoiqu'il affectât encore de sourire, ses yeux lancèrent des flammes, et plus aucune joie ne put se lire sur son visage.

J'avais foi en ce costume qui était le mien. Il révèle qui je suis vraiment au monde. Mon corps de chair, somme toute, n'est qu'un leurre tissé par les anges pour que les autres hommes croient me voir, et me donnent, surtout, l'occasion de porter le costume qui me peint tel que je suis vraiment. Et je te regarde, Homme-Météore mon ami, et prends conscience que ton costume (ou ton armure, comme tu pourrais l'appeler) est dans le même cas, qu'il me dit qui tu es au-delà de l'illusion de ton enveloppe mortelle, tel que tu es dans le rêve que tu fais de toi-même, et qui est celui que tu seras un jour, dans la planète nouvelle que certains ont appelée la Jérusalem céleste. Écoute Marvel-Eternals-Explainiac-Featured-Image.jpgce mystère dont peut-être tu n'as jamais entendu parler: il est possible que l'être lumineux qui t'a donné ton costume ne soit que toi-même dans un lointain futur, et ayant remonté le temps pour te faire cette grâce – pour faire ce don à celui qu'il a été un jour. Mais revenons à ce que je disais, à mon propre costume divin.

Car arme de guerre il me servait aussi de haubert, me révélant à moi-même plus fort que je ne l'étais par les dons reçus à la naissance. Dur comme le diamant, il avait été tissé (comme je te l'ai dit tout à l'heure) sous la direction occulte de mon oncle et de ma mère. Et j'avais une foi illimitée en les fétiches qu'ils avaient opportunément placés dans ses plis, et en les reliques qu'ils avaient glissées dans les interstices de ses coutures. Grande était leur puissance, avérée par l'expérience des siècles.

Je ne pouvais m'empêcher, pourtant, effrayé malgré moi, de songer à ce qui se racontait de ce sorcier Tassinga. On chuchotait des pouvoirs terrifiants, et dont l'ampleur me restait inconnue. Je n'avais point ouï dire que mes fétiches et mes reliques en eussent autant, pussent jamais en avoir autant. D'où Tassinga avait-il pu les tirer? Je 0000000000.pngn'en avais aucune idée. C'était pour moi un mystère total, à un tel point que je me demandais si on n'exagérait pas, si on n'inventait pas. Mais je savais qu'il existait des seuils d'initiation que je n'avais point passés, et des pouvoirs qui ne m'avaient pas été donnés. Aussi j'étais plein d'appréhension, lorsque je songeais à Tassinga et à l'étendue de sa puissance, et je doutais sincèrement que je pusse sortir vivant de cette épreuve. Mais il fallait que je la passasse, et je ne pouvais faire, que je ne le fisse. J'étais déterminé à mourir, si tel était mon destin.

Mais quels sont ces pouvoirs fabuleux qu'au mieux on murmurait, pour ne pas s'attirer le mauvais sort en en parlant à voix haute? On racontait qu'il pouvait se trouver à plusieurs endroits à la fois, qu'à la même heure des personnes l'avaient vu en des lieux différents. Si c'était vrai, je ne connaissais pas le secret d'un tel art. Il se créait probablement des clones, des doubles, mais je ne savais comment il s'y prenait, par contre. On disait aussi qu'il allongeait ses membres à volonté, et que son bras pouvait serrer le cou d'un homme alors qu'il se trouvait à dix mètres. Certains affirmaient qu'en réalité son bras se détachait de son épaule, et agissait à distance, qu'il le dirigeait de loin, par les flux éthériques qui lient les différentes parties d'une forme. Mais de nouveau, c'était un art qui m'échappait. Ce que je saisissais mieux était la façon dont, commandant aux éléments, il se donnait une force incroyable, surhumaine, pareille à celle de dix hommes; car je maîtrisais moi-même cet art. Mais aussi bien que lui, j'en doutais, car je ne savais si ma force dépassait celle de six ou sept hommes. D'aucuns disaient que la sienne atteignait celle de vingt hommes, même. Cela me semblait faramineux. Je n'y croyais guère, mais je ne le craignais pas moins, pour ma survie.

Le plus terrible était qu'on le disait encore rempli de mille tours inconnus, qu'il dévoilait à chacune de ses actions marquantes, et qu'on ne lui avait jamais vus jusqu'alors. Il était plein de ressources insoupçonnées, imprévisible, et c'est cela qui le rendait particulièrement dangereux.

Enfin quelques-uns l'avaient vu flotter dans les airs, ses jambes se mouvant au-dessus du sol, comme s'il eût nagé dans l'air épais et vaporeux qui pèse à la surface de la Terre. On le prenait pour un dieu, mais n'ayant pas la bonté du dieu des chrétiens, qui n'agissait que selon son plus amer égoïsme. À cette idée je tremblais de peur, quand j'en entendais parler. Et cela accroissait encore la puissance à mes yeux de Tassinga la Couleuvre, et je me sentais tout petit et voué à l'échec, face à lui, hélas! Et je l'ai payé très cher.

Mais il est temps, chers lecteurs dignes, de laisser là cet épisode pour renvoyer au prochain, quant au début du combat entre les deux surhommes d'Aubervilliers d'origine camerounaise.

 

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