12/08/2019

Saint Louis et la croix enchantée

remi 01.jpgDans le dernier épisode de cette mystique série, nous avons laissé Louis de France, le roi saint, dans la mêlée d'Onicalc aux mille monstres, tandis que Solcum, son ami enchanté, se téléportait vers la porte du roi des génies, que protégeait sa garde personnelle.

Lorsqu'il se dématérialisa, Louis le vit devenir transparent, et disparaître dans une lumière bleue, puis réapparaître, toujours dans une lumière bleue, plus loin: il se tenait désormais à côté des gardes personnels d'Ëtön – mais dans le dos des monstres qui les attaquaient. Et, de son épée flamboyante, il leur asséna des coups retentissants, qui tranchèrent maintes têtes non seulement par le cou mais aussi par la cime, sa lame traversant le heaume réputé impossible à briser, et entrant dans le crâne dans un mouvement vertical ou oblique, séparant les deux côtés et les laissant retomber sur les épaules, ou faisant sauter le couvercle des cervelles, qui dès lors se répandaient: si vive était sa colère, si grande était sa force! f47df565f2c50da08d1dc232fb86cd8a.jpgMais Louis fut épouvanté, quand il vit, derrière Solcum – et non vus de lui –, trois monstres ailés surgir et bondir, et s'apprêter à le tuer. Alors, il ne sut ce qu'il fit, mais il toucha la croix gemmée qu'il avait au cou, et voici! pour la seconde fois un rayon en sortit, flamboyant et pur, qui dispersa les trois êtres maudits, et en tua un, et blessa les deux autres, qui hurlèrent en fuyant. Saint Louis fut bien effrayé, mais il sourit, aussi, il fut heureux. Et Solcum se retourna vers lui, regarda à terre l'ennemi abattu, et derrière lui les monstres qui rampaient sanglants ou se traînaient dans leur fuite, et sourit à son tour.

Louis de France fut alors pris de frénésie. Il mania son arme blanche avec plus de vigueur que jamais et, le voyant tel, ses compagnons l'imitèrent. Et, donnant des coups à droite et à gauche, il se fraya un chemin dans la mêlée des monstres, se dirigeant vers les gardes personnels d'Ëtön et son ami Solcum neveu du roi. Et ses compagnons le suivirent, défendant son dos et ses flancs, marchant dans la traînée sanglante qu'il laissait derrière lui. Car voici! une énergie rouge était sortie de sa croix, et s'était répandue, passant par son bras, dans son épée, et chaque coup qu'il donnait provoquait une mort dans les rangs ennemis. C'était une merveille, plus grande encore que celle du roi Arthur maniant Excalibur l'épée des anges, si une telle chose est possible.

Car on se souvient que ce roi de Bretagne tuait à chaque coup un ennemi de l'armée de l'empereur de Rome, quand il maniait HAWKMOON-print-light.jpgExcalibur; mais les ennemis qu'abattait Louis étaient plus prodigieux encore que les guerriers romains, plus forts, plus vaillants, plus étranges aussi, plus impossibles à battre apparemment.

Car la lignée des Octopul remontait à des temps immémoriaux, faits de ténèbres et de chaos; ils étaient fils d'un géant appelé Adalcum, qui les avait engendrés d'une nymphe de l'air, dont un nuage était la maison, belle et pure, fille de l'Aurore: il l'avait enlevée, et son nom pourvoyeur de larmes était Dolonar. Il avait délégué à son premier fils, Ortrocil, le règne qu'il tenait à l'est du domaine d'Ornicalc, et lui avait recommandé de s'allier à ce démon. Il avait, par la suite, engendré de nombreux fils et de nombreuses filles, constituant rapidement un peuple, édifiant sans tarder une puissante cité. Tous au pays des génies la craignaient, car ils étaient sans cœur et aimaient tuer pour le plaisir et se sentir forts, et le fondateur de la lignée les avait dotés de vertus profondes, qui les rendaient difficiles à vaincre et âpres au combat autant qu'on peut l'être. Mais sous l'épée pareille désormais à une flamme de cristal de saint Louis, aussi curieux que cela paraisse, nul ne résistait.

Bientôt le bon roi de France atteignit Solcum, qui éclata de rire, en le voyant. Il voyait que le destin prévu de son ami mortel s'accomplissait, et qu'il était en train de devenir le héros qu'il devait être, semblable aux génies armés – voire supérieur à eux, puisque par son être mortel passait le feu d'entités plus hautes, chose étonnante à dire, et qui en laissera perplexe plus d'un, nous en sommes persuadé.

Ils levèrent et abaissèrent le bras à de nombreuses reprises, ce jour-là; et le sang ruisselait le long des murs de la forteresse, car les assaillants, comme ensorcelés et aveugles – comme dénués de jugement –, avaient le courage de la folie et, malgré leurs pertes immenses, et incessantes, ils continuaient à attaquer, et à attaquer encore, ne saisissant pas, dans leur âme épaissie, la vanité de leurs efforts, et ne voyant pas que leur œuvre n'avançait en rien, mais que, peu à peu, leur troupe s'affaiblissait, et que leur ténèbre devenait moins lourde, et que l'éclat des étoiles, pour ainsi dire, se reflétait toujours mieux dans la fumée que leurs gorges exhalaient, lorsqu'ils respiraient: car il en était ainsi.

Les autres riaient, de les voir ainsi lacérés, déchirés, décimés, et une force nouvelle les emplissait à chaque moment, ils ne se lassaient jamais de les frapper, de les abattre, de les anéantir, mais en tiraient toujours plus de feu, de contentement, de satisfaction, et le sang noir avait beau jaillir des blessures des monstres ailés, ils n'en étaient point aveuglés, fatigués, empoisonnés, mais renforcés, encouragés, rendus plus mâles.

Ornicalc, de loin, regardait cela avec étonnement, il apercevait la nuée noire constituée par ses troupes, et elle refluait, alors qu'il envoyait toujours plus d'hommes à l'assaut de la forteresse d'Ëtön - elle reculait face à un rayonnement vermeil qui la dissipait, et qui grandissait, tel une lampe de rubis toujours plus éclatante, et chassant la nuit. Il ne comprenait pas d'où venait cette arme inconnue, comment Ëtön l'avait trouvée, et, soupçonnant que saint Louis, l'étrange mortel venu naguère dans son palais, en était la cause, il se demandait quelle grâce, quelle aide il avait reçues – et de quel dieu elles étaient descendues, de lui inconnu. Car il n'avait vu nul feu venir du ciel, surgir des étoiles, et il pensait que son regard était infaillible, que rien de ce que font les anges, lorsqu'ils agissent en direction de la Terre, ne pouvait lui échapper.

Mais il est temps, chers lecteurs, de renvoyer au prochain épisode, pour ce qui est de la suite de cette bataille d'Ëtön, et sa victorieuse résolution pour le camp juste.

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