26/05/2019

Captain Savoy et la chute d'Oclitit

26229866_375621902898206_1732963070118659014_n.jpgDans le dernier épisode de cette stupéfiante série, nous avons vu comment l'Amazone céleste, partie au-delà de l'atmosphère terrestre pour chercher des ressources, en est revenue l'épée remplie d'un éclat nouveau, et anéantissant d'un coup des motocyclistes volants et démoniaques réputés jusque-là invincibles au service de Malitroc.

Ils tentèrent, bien, aussi, de sortir leurs cimeterres luisants, constellés de foudres fins, pour résister à son assaut, mais ils ne furent pas de taille et, en quelques instants seulement, l'Amazone céleste put les abattre tous. Elle accourut, alors, vers la Terre, descendant les airs à la vitesse d'un météore, et s'élança vers la vitre bombée et énorme du vaisseau ennemi, à travers laquelle elle voyait le combat de la Femme-Faucon et de son ennemi géant se poursuivre. Or, le second était sur le point d'achever la première. Car elle était à terre, et il levait son arme pour la tuer, lentement mais sûrement, la voyant trop épuisée pour résister encore, et persuadé que plus personne ne viendrait désormais à son aide – ainsi, d'ailleurs, qu'il le lui précisa à voix haute. Courageuse, la Femme-Faucon ne disait rien, se contentant de regarder son assassin, qui la surplombait. Et voici, une fois sa hache repoussée aussi loin en arrière qu'il le pouvait, le monstre prit son élan, et commença à l'abattre vers la quatrième disciple de Captain Savoy, pensant d'un coup la couper en deux.

Mais il n'atteignit jamais sa cible.

Un rayon de feu traversa la vitre bombée, la faisant voler en éclat, et, touchant la hache alors qu'elle descendait vers la Femme-Faucon – qui croyait venue sa dernière heure –, elle la fit sauter des mains de l'ennemi, et tournoyer vers le pont inférieur, auquel menait une ouverture ronde, large et bordée d'échelles métalliques.

Que...? fit alors l'effroyable Oclitit, ne sachant à qui attribuer un tel tir. Et il se retourna, et eut le temps de voir l'Amazone céleste, étincelante dans son armure trempée aux flots du ciel, passer à travers le verre brisé en 26730608_378426542617742_5494937905030967925_n.jpgmettant le bras devant le visage, et se jeter sur lui en dévoilant ses yeux étincelants – et alors que sa chevelure blonde, virevoltant comme des flammes, semblait animée d'une volonté propre. Et ses dents serrées jetaient apparemment de la lumière, et Oclitit n'avait jamais rien vu de pareil – tant de beauté et de grandeur, de puissance et de grâce mêlées!

Mais il avait, lui-même, été éduqué pour le combat seul. L'émerveillement le touchait peu. Et il ne fut pas long à ramasser son grand bouclier de bronze, et à tirer son sabre clair de son fourreau, pour répondre à l'attaque de l'Amazone. Et celle-ci abattit son épée, mais Oclitit brandit son bouclier, renforcé par l'art de Malitroc son maître, et grâce à lui il eut la vie sauve, car si l'épée de l'Amazone le brisa au bord supérieur, sa dureté fut suffisante pour détourner son coup, et ne faire qu'effleurer le heaume du monstre. Il rebondit dessus sans dommage, ne jetant qu'une brève étincelle, et Oclitit put froncer les sourcils, et préparer à son tour un coup majeur.

De toute sa force il lança son épée vers l'Amazone encore suspendue dans les airs (volant maintenant faiblement vers lui); elle se baissa et plaça sa propre épée au-dessus d'elle pour se protéger, mais la force d'Oclitit était telle qu'elle fut abattue sur le sol, quoique son épée ne se brisât pas. Et Oclitit plaça le pied sur elle, et l'immobilisa, car il pesait une tonne, et l'Amazone eut l'impression qu'une montagne avait posé un pied sur son ventre. Elle poussa un cri, étonnée de la puissance de son adversaire. Et celui-ci s'apprêta de nouveau à abattre une ennemie, même s'il sentait que son haubert aurait plus de résistance que celui de la Femme-Faucon. Mais, dans sa rage il avait justement oublié la Quatrième Disciple, qui, relevée de sa défaite, s'élança de toute la force de ses ailes vers Oclitit, le frappant dans le dos, et le faisant trébucher. Dès lors, l'Amazone céleste put facilement penser à lever la pointe de son épée et – horrible chose à dire – le monstre énorme s'embrocha sur elle, et la lame c0af7a22600e9a481101d13d7930057c.jpgressortit dans son dos formidable. Il poussa un juron, du sang sortit de sa bouche, et ses yeux devinrent fixes. Il était mort.

L'Amazone le laissa tomber, le retourna, et arracha son épée de son corps en poussant un cri de victoire. Une gerbe de sang jaillit de la blessure, et Oclitit eut un dernier soubresaut, simple réflexe. La Femme-Faucon ne dit rien, surprise de la joie qu'elle lisait sur le visage de son amie, car elle n'aurait pas cru qu'elle pût éprouver de la joie à donner la mort, même à un monstre horrible, si rigoureux avait été l'enseignement des maîtres choisis par Captain Savoy durant leurs années d'apprentissage, et si fréquente avait été l'interdiction de donner la mort si ce n'est dans les cas extrêmes et de légitime défense, sans jamais pouvoir en éprouver un plaisir permis. Mais les yeux de l'Amazone étaient à demi hors de leurs orbites, et la colère crispait ses traits, les rendant effrayants. Elle était comme possédée par le mal.

Aussi bien, la Femme-Faucon admit que sans cette rage, communiquée à l'épée ou par elle, l'Amazone n'aurait peut-être jamais pu venir à bout d'Oclitit, trop fort pour aucun mortel, et son épée traverser à la fois son corps et son armure. Mais elle ne put s'empêcher de frissonner, comme si la colère de cette amie augurait de funestes avenirs.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain, pour décrire l'assaut de Chambéry et la terrible défaite de l'Amazone céleste.