12/04/2019

Le conte de fées chrétien selon François de Sales

angels.jpgDans un récent article, consacré à la fondation de l'association Noyau. Au cœur du conte, j'ai comparé le merveilleux de François de Sales à celui de Charles Perrault - je les ai assimilés, confondus. Or, en décembre dernier, j'ai soutenu une thèse de doctorat, près de Chambéry, dans laquelle j'établissais le même rapport entre les deux auteurs, et cela a fait débat, cela n'a pas été bien compris par le jury. Il ne concevait pas que je pusse mettre sur le même plan littérature religieuse et littérature laïque, que je pusse refuser de créer une distinction fondamentale.

Ce qui m'a en particulier frappé, c'est la naissance de la vierge Marie racontée par le pieux évêque de Genève: les ressemblances avec la naissance de la Belle au bois dormant dans les Contes de la Mère l'Oye étaient à mes yeux profondes et, pour le prouver, j'évoquerai les pages du saint savoyard où il affirme que le berceau de la sainte Vierge est environné des Anges, des Chérubins et des Séraphins, qui, tous émerveillés de sa grande beauté et de ses rares perfections, lui promettent la gloire – et qui tout surpris d'admiration racontent à l'envi ses louanges. L'époque était la même que celle de Perrault, le style, mêlant tournures classiques et merveilleux, proche, il était celui d'un baroque tempéré. En un sens, comme François de Sales réprouvait la philosophie antique – rejetait même les Stoïciens, si affectionnés des classiques –, il avait quelque chose des Modernes, de ceux qui s'appuient sur le merveilleux populaire, ou médiéval. Il recommandait la lecture pieuse et innocente, naïve, des légendes de saints – et en donnait parfois l'illustration, avec par exemple celle d'un homme pieux dont, après la mort, le cœur avait été constaté gravé de lettres saintes. Il aimait ces miracles que l'on Fairies_by_H.J._Ford-1.jpgracontait communément, et plaçait les anges dans la sphère terrestre.

J'ai donc dit, durant ma soutenance, que si on avait étudié de près les styles de François de Sales et de Charles Perrault, on aurait vu un lien clair. On n'a pu qu'acquiescer. Mais on restait étonné, choqué, parce que j'avais osé unir la mythologie populaire, d'origine païenne, au merveilleux chrétien. Le régime politique, en France, s'appuie en effet sur des oppositions entre l'inspiration populaire et l'inspiration aristocratique, et il apparaît comme nécessaire, aux républicains fidèles, de créer des distinctions radicales – qui relèvent plus de la métaphysique que de la stylistique, je pense.

Comment ne pas se souvenir que Charles de Gaulle unissait, dans son esprit, la madone des églises et la princesse des contes? C'était bien le même rapprochement, que j'établissais. Qu'il les assimilât toutes les deux à la France et moi pas spécialement n'y change rien. Pouvait-on pardonner, à présent, à De Gaulle d'avoir uni les deux grandes tendances philosophiques qui se sont développées en France? D'une certaine façon, comme lui-même le faisait, nier la lutte des classes? Ce n'est pas sûr. Beaucoup lui en ont voulu, ont prétendu que le rapprochement était artificiel et stratégique. De Gaulle était pourtant sincère.

Le plus singulier est que mon introduction à cet égard était explicite, car j'avais cité J. R. R. Tolkien, qui faisait de l'Évangile le modèle absolu de tous les contes de fées du monde, par le biais de l'Incarnation et de la Résurrection: le merveilleux y était parfait, affirmait-il. Car le Christ n'est pas seulement le prince des anges, mais aussi celui des elfes. Je l'ai dit clairement, m'opposant à cet égard à Chateaubriand qui prétendait que la Bible était dénuée de merveilleux. Était-il simplement interdit de s'opposer à Chateaubriand? Car là où le gallicanisme et le rationalisme se rejoignent, c'est bien dans le rejet du merveilleux.

C. S. Lewis aimait significativement François de Sales: il n'y avait pas, pour lui non plus, de solution de continuité entre le merveilleux chrétien et le merveilleux païen. Toute ma thèse reposait sur cette idée, que, pour les Savoyards, il en avait été généralement ainsi. Mais on ne voulait pas l'admettre, on voulait que le merveilleux chrétien fût artificiel et non populaire. Comment le croire, lorsqu'on lit, chez François de Sales, que les anges entouraient Marie à son berceau, comme, chez Perrault, les fées le faisaient pour sa princesse de conte? Ces fées étaient sept, comme les anges de l'Apocalypse, elles étaient de sept couleurs, comme les venus.jpganges des planètes. C'est bien la même chose. Dans l'ancienne mythologie arabe, les anges étaient des femmes célestes – des fées, des houris. La tradition biblique n'a fait qu'affiner les principes contenus dans le merveilleux – et sans doute, ce faisant, l'a asséché, minéralisé, le faisant tendre à l'allégorie, comme chez le poète Prudence, ou comme chez Dante. Mais la différence n'est pas si grande, et on sait très bien que la poésie médiévale a aussi tendu à faire de l'ancienne mythologie bretonne une allégorie. Cela se lit chez Spenser, ou son modèle Ariosto, chez Georges de Saluces – d'autres encore. Et la mythologie latine était dans le même cas, dans Le Roman de la Rose. Lewis le savait parfaitement.

François de Sales en était conscient aussi, et je ne crois en aucune manière qu'il rejetait en bloc la mythologie païenne. Il a admis la grandeur de Platon, et que des païens vertueux, sans le savoir, avaient plu à Dieu par leurs belles actions. Il était l'ami d'Honoré d'Urfé, qui chantait les anciens Gaulois comme ayant eu la prescience de la sainte Trinité avec leurs dieux propres (qu'il citait). D'Urfé établissait un lien clair entre la nymphe du Forez qui était celle de la Gaule tout entière, et les anges du Seigneur, le Christ. On retrouve De Gaulle – et Tolkien.

Commentaires

Tradition :

Saint-Denis (93) : la basilique des rois de France vandalisée (un Pakistanais arrivé il y a deux mois a été arrêté), il a été confondu grace à une comparaison ADN !

Écrit par : Corto | 14/04/2019

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