12/01/2019

Captain Savoy ou la compassion du télépathe

23621430_353211795139217_2648758616373776040_n.jpgDans le dernier épisode de cette geste fabuleuse, nous avons laissé le Léopard des Neiges, quatrième disciple de Captain Savoy, alors que, soutenu par son ami le Noton bleu, il venait de vaincre les trois hommes-loups de Malitroc.

Le Léopard des Neiges, épuisé, mit ses genoux à terre après avoir sauté de l'échine affaissée de Balishac, et s'appuya sur son épée, respirant ardemment, reprenant son souffle.

Il sentit une main sur son épaule: il leva la tête, inquiet; c'était le Noton bleu, qui souriait. Il avait mis tous ses ennemis en fuite. Le Léopard des Neiges sourit également, et se remit debout en riant.

Une belle bataille, mon ami! fit-il. - Oui, répondit le Noton bleu. Tu as fait merveille; je n'ai fait que te seconder. - Mais sans toi, repartit le Quatrième Disciple, je serais mort, à l'heure qu'il est, et détruit. - Est-ce possible? Qui peut te vaincre, Léopard? Tu es trop puissant. - Ah! tu dois plaisanter: aucun de nous n'a la force de ces loups-démons que Malitroc nous envoie, et je doute même que notre maître Captain Savoy eût pu les vaincre seul. La pure chance m'a permis d'en venir à bout, ainsi que la grâce divine. Dis-moi donc par quel miracle tu es arrivé à point nommé. - En vérité, obéit le Noton bleu, j'ai cru entendre un appel au secours, une voix de femme résonnant dans l'air, comme si on l'agressait, comme si on la violait. Je me suis dirigé vers le lieu dont semblait venir cette voix, et j'ai vu le trou dans la coque, et je t'ai retrouvé après avoir suivi la piste des corps sans vie laissés derrière toi par ton bras flamboyant. Comment l'expliques-tu? As-tu aussi entendu cette femme? - Non pas, répondit le Léopard des Neiges, et je crois là que c'est une ruse des anges pour t'attirer jusqu'à moi; car tu sais que jamais je n'aurais appelé au secours, encore moins avec la voix d'une femme! Et les deux éclatèrent de rire, étonnés de ce qui venait se produire, et émerveillés par les fils de la destinée qui se nouaient d'une manière inattendue, mais aussi charmés par la plaisanterie de notre homme-panthère.

Il est temps, cependant, de revenir au combat livré par la Femme-Faucon contre le monstre appelé Oclitit, le plus puissant héraut de Malitroc entre les murs de Chambéry. Il avait commencé sous des auspices incertains, et les deux combattants s'étaient échangé de rapides et vifs coups, parant, tournant, assénant, évitant, sans qu'on pût d'abord dire qui aurait le meilleur sur l'autre. Mais à l'œil aguerri, il devint bientôt clair que la Femme-Faucon avait le dessous, et que son ennemi était trop puissant pour elle. Elle s'épuisait, et sentait que la fin approchait, et que seul quelque prodige pourrait désormais la sauver de l'anéantissement.

Elle crut que ce prodige arrivait quand elle vit, par la grande fenêtre du poste de commandement, l'Amazone céleste volant vers le verre pour le briser. Mais quatre motocyclistes des airs, lançant vers elle des tirs de feu, l'empêchèrent de mener à bien ce projet, et la Femme-Faucon, tout en parant les coups de son adversaire, vit sa maîtresse, celle qu'elle regardait comme sa grande sœur en l'ordre spirituel de Captain Savoy (le successeur de l'Annonciade), répliquer à ses attaquants, qui tombaient, certes, sous ses coups, mais se multipliaient au fur et à mesure, comme si leur mort les dédoublait.

Durant de longues minutes, qui parurent interminables à la Femme-Faucon, qui la surveillait du coin de l'œil, l'Amazone céleste resta aux prises avec ces êtres étranges, qui inlassablement revenaient dédoublés de l'anéantissement provoqué par ses armes. Elle les avait tous mis à terre, mais ils s'étaient relevés, de e1d0edcf91d7460c51e7b14ff68a2ddb.jpgnouvelles motocyclettes volantes étaient nées comme de leurs corps au sein d'une brume, et ils s'étaient élancés vers elle pour l'empêcher de sauver la Femme-Faucon, et tâcher de la tuer. Quel sort, quelle magie leur permettait de se comporter ainsi, c'est ce que l'Amazone céleste ne savait pas; et elle en était fort marrie, et très inquiète, car, tôt ou tard, si ces êtres infatigables continuaient de revenir, elle perdrait ses forces et, submergée par le nombre et la lassitude, mourrait sous leurs coups - ou serait capturée, prise dans leurs filets, tout du moins. Dès lors la Femme-Faucon, sa sœur chérie en l'ordre spirituel de Captain Savoy, serait tuée par le monstre Oclitit. Elle sentit l'alarme monter en son cœur, et douta de la destinée. Toutefois, elle continua d'asséner des coups, qui détruisaient les motards volants, mais conservaient le même effet.

Il est des moments où, dans la vie d'un homme, ou d'une femme, tout paraît perdu. Alors, il ou elle regarde le ciel sans y voir de lueur, et baisse la tête, résigné, sans que la raison ait pu attester qu'effectivement, tout était fini pour lui ou elle, et qu'il ou elle n'avait qu'à se laisser mourir. Pour la Femme-Faucon et l'Amazone céleste, les deux sœurs spirituelles en l'ordre de Captain Savoy qui s'aimaient plus qu'on ne saurait dire, un tel moment était apparu comme un roc dans le cours de leur destinée, et elles ne savaient plus que faire, se croyant condamnées à jamais.

Elles avaient beau lutter, le mal n'était pas repoussé, mais les ceignait inéluctablement, les dominait à force de persévérance - et parce que, pareil à des machines, il ne semblait jamais se fatiguer, mais revenir inexorablement d'entre les ombres, mû par on ne sait quelle loi fatale qu'aucun sage n'a jamais su pleinement expliquer.

Le cœur de l'être humain, cependant, a des ressources insoupçonnables et, au moment où elle désespérait le plus, l'Amazone céleste crut entendre, en elle-même, la voix de Captain Savoy: il ne l'avait pas abandonnée, malgré sa désobéissance! Dans son infinie compassion, il continuait à la chérir - et à l'aider, à la green-lantern-new-guardian-18-mtv-geekcrop.jpgsecourir. Se pourrait-il que, dans sa sagesse insondable, il eût cherché, en vérité, à ce que l'Amazone céleste lui désobéît, et qu'il eût agi ainsi pour lui donner plus de force, plus d'allant, dans la mission que de toute façon il lui aurait donnée? Était possible une telle chose; mais non certaine. Une telle ruse pouvait être aussi venue des dieux, et Captain Savoy n'eût fait que la constater, dans sa force de prescience. Dès lors, il n'avait plus qu'à se soumettre à leur volonté et veiller, de loin, grâce à la puissance de ses pensées porteuses d'ailes, à ses disciples et à la réussite de leur mission. Ainsi s'adressait-il, depuis sa montagne, de loin, à l'Amazone céleste!

Mais il est temps, lecteur digne, de laisser là cet épisode étrange, pour renvoyer au prochain, en ce qui est relatif au secours apporté par Captain Savoy à sa fidèle disciple l'Amazone céleste.