29/11/2018

L'Elfe jaune et Momülc contre les gardiens de Boëge

melkor.jpgDans le dernier épisode de cette geste insigne, nous avons laissé nos deux héros, l'Elfe jaune et Momülc le Preux, aux portes de Boëge, la noble cité dans laquelle ils pensaient se cacher - et que gouvernait, avec ses terribles fils, le hideux homme-sanglier qui jadis déjà avait terrorisé la forêt des Voirons et ses environs.

S'il le pouvait, l'Elfe jaune libérerait Boëge en abattant ce monstre, mais il doutait qu'il le pût, car il était désormais plus puissant qu'il ne l'avait jamais été. Il était de son devoir d'essayer, et son cœur se brisait, quand il songeait aux jeunes filles asservies à cet être abject, et aux pères et aux maris qui craignaient chaque jour pour leur vie, s'ils osaient se rebeller contre ses exigences, et devaient, quoi qu'il en soit, travailler dans d'obscures mines de la montagne pour payer d'offrandes précieuses le nouveau prince de Boëge. Eussent-ils la hardiesse de refuser, qu'ils se verraient aussitôt (comme déjà cela était advenu) jeté aux bêtes que ce monstre gardait avec soi, créatures mutantes et hybrides que nul pinceau ne saurait peindre - aux formes aussi irrégulières qu'effroyables, aussi immondes qu'indicibles! Régulièrement, Borolg les nourrissait de ceux qu'il disait faibles et inutiles à la Communauté libre de la Vallée verte, ainsi qu'il l'appelait, et ces bêtes, douées d'un certain degré de conscience, se réjouissaient diaboliquement, festoyant dans le sang de ces malheureux en s'y roulant, en s'y vautrant.

Par la terreur Borolg régnait, voulant qu'on le pense un être à la puissance illimitée, l'envoyé des dieux dont le premier héraut, 26805173_378425989284464_8806306983786289850_n.jpgprétendait-il, était Malitroc, fils de la grande Pieuvre! Auteur d'un véritable culte, il était un sorcier craint même de ses rivaux, et, en secret, s'efforçait de miner l'autorité des préfets de son maître, afin de rester le seul seigneur de son domaine, et l'étendre au loin. Malitroc le savait, mais la concurrence entre ses alliés ne le gênait pas, car il disposait de la puissance suffisante, le cas échéant, pour les mettre tous au pas. Au contraire, elle le servait, mettant le pays dans un chaos dont il se nourrissait. La peur, parmi les hommes, en augmentait chaque jour, et elle alimentait son âme noire.

Quant à ses hommes, Borolg les dirigeait d'une main de fer, et même ses nombreux fils n'étaient, entre ses doigts, que des pantins - corps vides qu'habitait sa pensée seule.

En vérité, il les méprisait, parce qu'à demi humains, issus de femmes dont il avait fait ses esclaves, ils n'étaient pas, à ses yeux, dignes de lui; et il étouffait en son cœur les ondes de sentiment paternel qu'il y sentait poindre.

Il avait d'autres fils, cachés, qu'il avait eus d'une femme de son peuple, et il les aimait davantage. Enfermés jadis par Dorlad, il attendait l'heure de les libérer, et de les placer au-dessus de leurs frères, dans l'ordre de son armée. Alors, ils briseraient la montagne, qui aurait l'air de marcher, ou de s'écrouler, car ils étaient grands, et puissants, pareils aux Titans de jadis.

Cependant, il appréciait de voir son sang couler dans les veines de ses fils à demi humains, et il plaçait ceux-ci tout de même au-dessus des autres hommes. Il les jugeait seuls dignes d'exécuter proprement sa pensée, et il projetait celle-ci dans leurs membres, et ils la réalisaient aussitôt. Pareils à de vivantes machines, ils étaient d'une redoutable efficacité. Semblables aux treize doigts de Borolg, ils dépassaient en stature et en force n'importe quel mortel ordinaire, et l'Elfe jaune savait que les abattre ne serait pas une affaire mince.

En arrivant à la vue des murs, les deux héros se dissimulèrent dans les bois dont s'ornent les bords de la Menoge, puis observèrent longuement les allées et venues des sept fils de Borolg qui gardaient les remparts, ainsi que leurs serviteurs humains, au nombre d'une vingtaine - s'ils les voyaient tous, de là où ils étaient. mordor_00296282.jpgTantôt ils marchaient sur le mur, tantôt descendaient à son pied, discutant et scrutant les lieux autour d'eux. Un escalier, sans doute, permettait de monter et descendre, de l'autre côté, car souvent l'Elfe aperçut les mêmes fils tantôt en haut, sous le toit de la tourelle ou de droite, ou de gauche, tantôt en bas, sortant d'une étrange porte située au pied du mur, et qui s'ouvrait curieusement, en glissant parmi les pierres dans un mouvement lent et oblique. Une fumée en sortait, qui semblait munie d'ailes, et lorsque, prenant son envol, elle s'était dissipée, les hommes hideux, déformés par la magie noire, apparaissaient, comme précédés d'un signe de mort, et suivis d'une cape d'obscurité. Il semblait étrangement à l'Elfe jaune que quand la porte s'ouvrait, un monstre difforme élargissait sa gueule tordue, laissant paraître en un hideux sourire le fond de sa gorge putride, comme si le mur eût été bâti autour de son visage sans yeux. Mais au lieu de vomir des aliments sanglants, tels le cyclope combattu par Ulysse lorsque, dormant, il éructait, c'était des monstres à figure humaine qu'il faisait sortir de son ventre, quel que fût l'endroit utilisé par eux pour entrer dans ce corps sans forme, qui leur servait de passage. Celui-ci était-il nécessaire à leur vie, leur donnait-il la force de se mouvoir, l'Elfe jaune, encore moins Momülc, n'eussent pu le dire avec certitude; mais le premier, éclairé par l'enseignement occulte de Captain Savoy puis d'Amariel, le pressentait. Par quelle magie cela était-il resuperman_by_jim_lee_by_mayantimegod-d9bf1mv.pngndu possible, cela dépassait toutefois son entendement.

Or, une fois qu'ils eurent bien observé les allées et venues de ces gardes maudits, les deux alliés de Captain Savoy Momülc se regardèrent, et, de leurs yeux, se comprirent. L'Elfe jaune, alors, se dématérialisa, et voici! il réapparut au sommet du mur; d'un jet de feu de son œil droit, il abattit le fils de Borolg appelé Hortoc, le transperçant d'une flamme soudaine, qui avait l'allure d'une flèche. Puis il se dématérialisa encore, disparaissant dans la ville, où il reprit corps sans que nul ne sût dans quelle rue, ni en quelle maison.

Un cri de stupeur s'éleva des mortels qui avaient assisté à la scène, et les Voirons tremblèrent, car Borolg, qui y avait son antre, ressentit la honte de la perte de ce membre proche, et il secoua son corps, donnant autour de lui de puissants coups de queue, de telle sorte que la montagne parut un instant vaciller.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, racontant la prise par ruse de Boëge, ou du moins le franchissement, par nos deux héros, des remparts qui avaient paru si bien gardés, de cette ville bénie.

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