28/10/2018

Les disciples de Captain Savoy et les loups de Tracer

d57e097256167c552eb0852521a5aebe.jpgDans le dernier épisode de cette geste violente, nous avons laissé le Léopard des Neiges, Quatrième Disciple de Captain Savoy, alors qu'il affrontait les loups géants dits de Tracer, dans la cale aux couloirs étroits d'un navire volant de l'ennemi Malitroc!

Dans leurs yeux cruels une malignité incroyable se faisait voir, et le Léopard des Neiges distinguait, aux mouvements de leurs membres, qu'ils étaient doués d'intelligence. Et il entendit des mots, dans leurs hideux aboiements: ils se parlaient entre eux, s'insultaient, s'injuriaient, ne pouvant guère faire autre chose, animés qu'ils étaient par la haine et la rage, mais il s'agissait assurément de loups-hommes, et l'on disait que du sang humain coulait dans leurs veines. On ne savait pas, sans doute, de quel homme ou de quelle femme ils étaient nés, ni qui aurait pu, volontairement ou contraint, s'unir à des loups-démons; un mystère planait sur leur origine. Mais leur péril était clair, et le Léopard des Neiges n'avait pas le temps de réfléchir à la question: de sa queue il les frappait, de ses poings aussi, de ses pieds, et de son sabre il parait leurs coups de dents, qui, magiques, n'étaient pas entamées par le contact avec sa lame de feu, bien qu'il en jaillît des étincelles, et que les monstres en poussassent des cris.

Toutefois le disciple de Captain Savoy reculait, et il eût été en fâcheuse posture, puisque, derrière lui, accouraient aussi des nuées de gobelins bien armés, si, soudain, le Noton bleu, passant comme un trait de lumière, ne l'avait pas soulagé de ces ennemis de l'arrière, les décimant de son bâton magique. Il était revenu sur ses pas, et, ayant vu le trou dans la coque du navire volant, avait deviné que le Léopard des Neiges s'y trouvait. Comme il n'avait pas constaté que le vaisseau eût arrêté sa course, il en avait conclu que son condisciple n'en avait pas vaincu l'entier équipage, et que, malgré les tremblements et les bruits sourds qu'il entendait, le combat se poursuivait, peut-être dangereux pour le jeune héros.

Son arrivée ôta de celui-ci un poids dangereux, et il sentit qu'un feu nouveau animait ses membres, comme si un ange avait accompagné le Noton bleu, qui se fût placé en eux; et, usant d'une vitesse jamais encore vue sur Terre, il contourna le pourtant rapide premier loup qui l'attaquait, dont le nom était Portronoc, et enfonça, ice_mage_concept_by_jasontn-d94xzau.jpgsans que le monstre eût eu le temps de réagir, dans son flanc son glaive étincelant jusqu'à la garde. La créature hurla, et s'écroula, battant des pattes et brisant dans son dépit une paroi du navire. Puis, après un dernier spasme, il ne bougea plus.

Ses deux frères, stupéfaits (ils se croyaient jusque-là invincibles), mirent un moment à réagir. La colère n'en monta pas moins jusqu'à leur cœur, et, débarrassés du corps encombrant de leur frère, ils attaquèrent à deux, frontalement, le Léopard des Neiges, dont la taille, pourtant grande pour celle d'un homme normal, n'était pas comparable à celle de ces hommes-loups, de telle sorte qu'il se retrouva devant eux comme une feuille d'or sur une paroi d'onyx, un reflet de lune au fond d'un puits profond, une étoile entourée de nuées sombres. Car il brillait, si eux étaient obscurs!

En vérité, le combat fut si rapide que l'œil humain n'eût pu le suivre. Les crocs et la lame mauve flamboyaient dans la pénombre du bateau, pendant que le Noton bleu traversait les rangs des gnomes hideux comme s'il nageait dans le flot d'un torrent contraire, quoique sans s'arrêter, et en vainquant à chaque coup ses ennemis. Derrière lui un chemin jonché de cadavres tordus ruisselait de sang noir; devant, les hordes beuglantes de Nains infernaux continuaient à faire des vagues, comme montant les uns sur les autres pour mieux l'abattre. Mais dans ce flot il faisait des trouées, et il était tel, lui, qu'une flamme écartant les ténèbres, qui prétendaient l'empêcher de briller.

Soudain, un autre hurlement de loup se fit entendre: le Léopard des Neiges était parvenu à couper une patte au benjamin de la fratrie, qu'on nommait Balishac. Une gerbe de sang épais jaillit, et recouvrit l'armure dorée du Léopard. Curieusement, cela le protégea, car le troisième loup (qu'on nommait Itlacac) profita de l'instant de soulagement du disciple de Captain Savoy pour lui donner un coup de griffe qui eût été fatal, s'il n'avait pas glissé sur le sang gluant. Toutefois, les mailles scintillantes sautèrent, et une blessure apparut dans la poitrine et au flanc du Léopard, dont le sang coula.

Se mêlant au flot noir de l'ennemi, il scintilla comme un fil rouge, mais le Léopard des Neiges n'en fut pas chagriné. Profitant de la joie vaniteuse d'Itlacac à cette vue, il bondit, enroula sa queue autour de sa tête, le fenrir.jpgtira en arrière, rebondit contre la paroi d'acier qu'il avait atteinte, et, se jetant sur le cou du monstre, l'égorgea de son épée flamboyante. De nouveau un épais sang noir se répandit. Le loup-démon s'écroula.

Il ne restait que Balishac, qui avait perdu la patte avant gauche. Du sang gouttait du moignon, fumant et acide. Le monstre serra les dents, ses yeux devinrent de braise. Il s'élança vers l'Homme-Léopard, pensant le blesser de sa patte gauche, car elle avait de longues griffes acérées, pareilles à des lames de poignard. Mais la douleur le ralentissait. Le valeureux Disciple l'évita en se baissant, et, après s'être tapi, il bondit, mains en avant, vers la poitrine du loup. L'épée, cependant, glissa sur sa cuirasse, et il en fut quitte pour le saisir de ses bras, aux flancs, tâchant de l'étouffer.

Mais le monstre était trop fort, même avec une patte en moins. Il s'aplatit judicieusement au sol, pensant écraser le Léopard des Neiges, et il l'eût fait, si celui-ci, toujours vif et prompt, n'avait roulé sur le côté, et ne s'était placé sur le dos du loup. Il leva l'épée, qu'il tenait la lame tendue vers le bas, et l'abattit sur le flanc droit de la bête, qui en fut transpercée, et mourut sur le champ.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour laisser au suivant le soin de la suite de l'aventure de la Femme-Faucon, aux prises avec Oclitit le Démon.

20/10/2018

J. R. R. Tolkien et l'Irlande verte

37550575_10156263680457420_6283842951424507904_n.jpgAlors que j'étais en Irlande, regardant les coteaux couverts de tapis verts dans lesquels paissaient des moutons blancs, je me suis souvenu de J. R. R. Tolkien, commentant dans ses lettres l'idée de la bannière des Rohirrim, dans Le Seigneur des anneaux - de sinople au cheval d'argent, soit: un cheval blanc sur un fond vert. Tolkien disait que cela correspondait chez lui à un sentiment profond, quelque chose qui tenait du rêve, plongeant dans les réminiscences les plus diffuses. Or, rien ne ressemble davantage à cela que les visions qu'on peut avoir de l'Irlande, notamment dans le Connemara: tout est vert, immense et désert, les plaines entre les montagnes s'étendent à l'infini, et seuls des moutons parfaitement blancs constellent ce ciel d'émeraude cristallisé.

Et Tolkien allait généralement en vacances en Irlande, son pays préféré. Il en adorait les paysages - mais il est également possible qu'il en ait apprécié le catholicisme, aimant aller régulièrement à la messe, et que l'habit traditionnel de saint Patrice sur les images, vert et blanc, lui ait plu. L'occultisme dirait que l'astral est représenté dans son symbole par le cheval, l'éthérique par le fond vert, et qu'il s'agit d'une Saint_Patrick.jpgmanifestation forte du divin. Vénus est verte, dans l'hermétisme; et le blanc, c'est la pureté - la virginité lunaire, ou stellaire. C'est de cette façon que saint Patrice incarne le christianisme irlandais: il est l'étoile blanche éclose dans un ciel vert...

Le lien entre Tolkien et l'Irlande est méconnu, car il n'a pas dit beaucoup de bien des anciens Celtes, dont il voulait se démarquer, les trouvant trop étranges, trop confus - en particulier les anciens Irlandais: s'il a confessé s'être nourri de mythologie bretonne et avoir étudié le gallois, il a aussi dit n'être parvenu à aucun résultat en gaélique. Il n'a jamais fait non plus aucune allusion aux héros de l'Irlande ancienne.

Selon T. A. Shippey, il n'en était pas moins jaloux de sa mythologie, rêvant qu'une comparable existât pour l'Angleterre. Et je pense qu'il n'aimait pas beaucoup Yeats et ses amis, qu'il trouvait trop politisés et néopaïens. D'ailleurs ils étaient généralement protestants.

Le lien entre la résurrection celtique suscitée par ces poètes, chantres de l'ancienne Irlande, et la mythologie de Tolkien est quand même patent, et c'est justement parce que l'assimilation était possible qu'il s'inquiétait qu'on pût la faire. Il eut la même attitude vis à vis de Richard Wagner, exagérant ses défauts parce qu'il investissait de conceptions propres, modernes, la mythologie germanique. Le problème était sans doute plus idéologique que poétique. Il n'a confessé d'affection que pour Lord Dunsany: celui-ci créait des mythologies nouvelles, comme lui-même le faisait, et ne tentait pas outre mesure de réhabiliter le paganisme - le mêlant facilement de satire.

J'ai été choqué quand Peter Jackson, le réalisateur des films du Seigneur des anneaux, a choisi de tourner les scènes se passant dans les vertes plaines de Rohan en Islande - en une saison, de surcroît, où le vert y est invisible. C'était méconnaître fondamentalement le ressort poétique de l'œuvre de Tolkien - et le ramener à Rohan Banner.jpgde l'idéologie ou à du nationalisme, puisqu'il est vrai que Tolkien préférait la mythologie islandaise à l'irlandaise; oui, mais il n'est jamais allé en Islande, et tout chez lui n'est pas références abstraites: il était un poète, et s'appuyait d'abord sur sa propre expérience, notamment des paysages!

Il a même trahi sa pensée en estimant que le panthéon des Celtes, à l'origine, devait être le même que celui des Germains. Il fallait placer Gandalf en Irlande, car si Gandalf est un reflet positif et sanctifié, christianisé d'Odin, lorsqu'il chevauche avec son cheval blanc dans les plaines de Rohan, Tolkien l'imaginait certainement dans un paysage irlandais. Ce mage est l'éclair blanc et pur venu des dieux, et qui remet de la sainteté dans l'amour terrestre. Il est un avatar de saint Patrice, lui aussi surgi d'au-delà de la mer – quoique ce soit de l'est, non de l'ouest. Chez Tolkien, les idées se mêlaient, car, catholique, il aimait en même temps le paganisme germanique et les pays anciennement celtiques, et il pensait, au fond, que, à maints égards, la sagesse antique des pays du nord préparait le terrain au vrai christianisme. Si l'on se souvient que pour les Celtes convertis, l'articulation entre le paganisme et le christianisme était plus fluide qu'on ne pense; que les fées elles-mêmes avaient désapprouvé les druides au profit de saint Patrice en Irlande; que Merlin était réputé fils d'un elfe et en même temps voué au Christ par le Gallois Geoffroy de Monmouth, on saisit ce que Tolkien doit aux Celtes médiévaux: car ses elfes sont aussi voués au Christ, on ne peut le contester. C'est d'opposer le paganisme et le christianisme, qui lui semblait aberrant.

Mais comme le disait Lord Dunsany, la terre irlandaise est physiquement si grandiose, qu'on ne peut pas ne pas imaginer des elfes, des mages, des dieux, en son sein! Et quand on songe à saint Patrice allumant des feux sur Tara, on peut le concevoir ressuscitant les dieux dans leur ancienne pureté. C'est lui qui désormais incarnait le sacré vivant.

Je ne sais pas si le catholicisme irlandais moderne, si méprisé par Yeats, est encore tel. Il est probable que sa grandeur soit à son tour amoindrie, et que Yeats l'ait saisi: il a sa légitimité. En Irlande, on voit souvent, dans les montagnes, des ensembles de statues blanches, inspirées par la Renaissance italienne, représentant des descentes de croix. J'ai été surpris qu'on ne trouve guère ces jolis oratoires contenant des statuettes féeriques de Marie - si fréquents en Savoie.

Le blanc sur le vert n'en est pas moins persistant! Et saint Patrice continue de déverser sa grâce: il brandit toujours son trèfle d'émeraude, symbole de la Trinité, et met toujours en fuite le serpent, symbole des passions mauvaises. Dans les églises, le roi à la lyre, avatar local de David, symbole du roi païen qui chante le Christ avant son arrivée, est partout présent aussi. Quoi de plus tolkinien?

12/10/2018

Suite & fin de la bataille de l'Homme-Météore contre l'Homme-Glu

63935_1432204910412086_2957034575447765978_n.jpgDans le dernier épisode de cette terrible série, nous avons laissé l'Homme-Météore, gardien secret de Paris, alors qu'il venait de se libérer des liens blanchâtres dont l'avait enserré de ses mains étincelantes son ennemi l'Homme-Glu.

Ne perdant pas un instant, il attrapa le sceptre cosmique attaché à sa ceinture et en fit jaillir le foudre le plus puissant que Paris eût connu depuis le temps du Génie d'or, son précédent gardien. L'immeuble en trembla, et des morceaux de plafond tombèrent sur les deux guerriers; l'Homme-Glu, touché par le trait, fut projeté contre un des murs, lequel tomba sur lui. Un nuage de poussière le cacha à la vue de l'Homme-Météore, qui attendit.

De ce voile gris, il vit soudain surgir l'Homme-Glu, toujours énorme, et laissant tomber les gravats de ses épaules en s'avançant. Il n'avait toujours pas repris son sourire. Au lieu de cela, une cape noire, grande et large, semblait, on ne sait par quel miracle, s'être ajoutée à son dos, comme une grande aile de ténèbre repoussant toute clarté au loin, et lui donnant une nouvelle envergure. Il ne boitait qu'à peine, preuve qu'une force inconnue était venue irriguer ses membres, et qu'il était protégé par des êtres mystérieux - peut-être Radsal-Tör en personne!

Il était terrifiant. Mais l'Homme-Météore, face à cette mission qui s'avérait être plus dure de vingt fois que la précédente, se tint prêt, le bâton cosmique levé devant lui, comme en garde.

De nouveau, dans un geste dont l'obscurité semblait naître, l'Homme-Glu leva les mains et en fit jaillir un fil blanchâtre, qui, comme mû par une volonté propre, s'élança ainsi que quelque serpent vers l'Homme-Météore.

Celui-ci, malgré sa haute stature, faisait l'effet d'un nain, face à son ennemi géant. Cette fois, cependant, la magie de l'ange ne lui fit pas défaut: le sceptre céleste, avec un art incroyable, attira vers lui le fil blanc de l'Homme-Glu, et l'enroula autour de son fût, comme s'il avait capté son charme. Puis il se mit à vibrer, et une 89.jpgflamme dissolut ce câble, naissant comme un crépitement d'éclairs; elle ne laissa, des vers servant de cordes, que des morceaux qui se tordaient, et gémissaient, et grinçaient, et criaient, comme s'ils fussent parfaitement vivants. Or en était-il bien ainsi: le fil de l'Homme-Glu avait une âme, quoiqu'il le fît jaillir de ses mains gantées!

Furieux que son attaque eût été déjouée, ce monstre rugit et, tournant sur lui-même, envoya sa cape, elle aussi comme mue de son propre chef, vers l'Homme-Météore, tout ainsi qu'un flot d'ombre.

Elle avait, en vérité, le pouvoir d'étouffer et de réduire tous ceux qu'elle étreignait, de les anéantir - de les envoyer dans une mystérieuse Zone négative où l'on n'était plus rien. Elle créait pour ainsi dire un trou, débouchant sur le néant, et nul ne savait ce qui était dans ce trou, seule l'épouvante semblait y résider, y avoir un corps, y avoir une matière.

Or, l'Homme-Météore bondit en arrière, et seul son bras gauche fut saisi par le bout de la cape. Il y sentit aussitôt une terrible douleur, comme si un acide poison s'y trouvait, qui tâchait de dévorer son bras. Il leva son sceptre, qui en un clin d'œil s'étira et forma, à l'un de ses bords, une lame, et trancha la cape!

Un hurlement plus atroce encore que les précédents sortit de la bouche hideuse de l'Homme-Glu. Cette cape était-elle faite de sa chair? Ses nerfs s'y prolongeaient-ils? Sa vie propre s'en expliquait-elle? Elle se rétracta sans tarder, retombant sur les épaules du monstre.

Fou de rage, celui-ci se jeta sur l'Homme-Météore, afin de l'anéantir à mains nues. Il lui asséna un terrible coup de poing au menton, et Robert Tardivel crut que son casque allait se détacher de sa tête, tant il avait été violent; mais il n'en fut rien: il en fut seulement projeté à deux mètres en arrière. Il put rouler sur lui-même et, s'appuyant contre le mur, se relever à la vitesse de l'éclair. Mais déjà l'Homme-Glu était sur lui, et 486285-maggoesh2hwithcolossus9xs (2).jpgarmait un poing devant réitérer un coup, de biais et vers le haut. Or, l'Homme-Météore le para de son bras gauche, plus rapide qu'aucune chose au monde, et asséna, au visage noir du monstre, un crochet qui jeta un éclair (comme s'il était décuplé par on ne sait quelle force inconnue) à son tour.

L'Homme-Glu reçut violemment ce poing, et sa tête tourna, sa mâchoire manqua d'être déboîtée. Mais il était trop fort. Il donna à l'Homme-Météore un coup de front en avançant brusquement sa tête, et le nouveau gardien de Paris fut submergé par une noirceur venue d'en bas, et mit un genou à terre. L'Homme-Glu jeta son pied sur cette tête étourdie, et l'Homme-Météore fut projeté sur le sol en entier, à la merci de l'Ennemi.

Celui-ci poussa un cri de triomphe. Il sauta, à pieds joints, sur l'Homme-Météore, qui, cependant, eut la présence d'esprit de brandir son sceptre, qu'il tenait de la main gauche, et qui ainsi transperça hideusement le pied droit de la bête, le disloquant et le brisant. Un sang noir tomba sur l'Homme-Météore, et la puanteur de ce liquide visqueux l'eût fait s'évanouir, si le sang qui courait dans ses veines ne lui avait pas donné un feu nouveau, l'amenant à enchaîner les coups les uns après les autres, malgré sa fatigue et sa faiblesse. Il se mit instantanément debout et, profitant de son avantage, se jeta sur l'Homme-Glu, le bâton cosmique en avant, le transperçant au ventre. Puis, le faisant, de sa seule volonté, vibrer et flamboyer, il l'arracha, faisant tomber à terre un flot noirâtre, luisant aux clartés des réverbères qui, dans la rue, venaient de s'allumer.

L'Homme-Glu ne criait plus: le front baissé, mais toujours debout, il buvait, pour ainsi dire, sa douleur en silence, regardant à demi sa plaie, et y portant, lentement, une main lourde. Il s'affaissa sur les genoux, puis tumblr_inline_nl0dv9e8aw1t7hiz8.jpgsur le dos. Alors il se ratatina, et la chair humaine revint par l'arrière sur tout son corps monstrueux, qui, curieusement, reprit une taille normale, aussi bien que les traits de Damien Molter! À son flanc, sous sa main, une plaie saignait abondamment, et le bandit, le teint pâle et cireux, tenait les yeux fermés.

Il murmurait quelque chose. En tendant l'oreille, l'Homme-Météore put entendre le nom de Radsal-Tör, appelé, ou invoqué, à la façon d'un sauveur!

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, pour laisser au prochain le récit du sauvetage, par la main du grand sorcier de Paris, de l'Homme-Glu, son lieutenant fidèle.