24/08/2018

Captain Savoy et la bataille des bateaux volants

femme-fauc.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé les quatre disciples de Captain Savoy partis reconquérir Chambéry alors qu'ils combattaient l'armée insigne de Malitroc l'Usurpateur, et que la Femme-Faucon avait pénétré par ses propres forces dans un vaisseau ennemi qui fendait l'air, et avait commencé à attaquer l'équipage constitué de créatures mi-hommes, mi-gnomes.

La Femme-Faucon décimait ces êtres hybrides, qui n'avaient ni sa force ni sa grâce, et elle était pareille parmi eux à un ouragan, et des éclairs la traversaient. Et elle eut tôt fait de réduire cet équipage maléfique à quelques membres seulement, laissant derrière elle des corps détranchés par le fil de ses plumes acérées: car, quoiqu'elles fussent vivantes et que ses ailes fussent nées naturellement de son dos lors de son adoubement miraculeux, elles avaient la dureté du métal, et elles lui servaient d'armes. Leur éclat faisait de chaque plume un bijou, mais elle n'en avait cure, en tout cas à ce moment, car, toute à sa mission, elle ne s'employait qu'à anéantir l'ennemi, craignant un relâchement fatal, et une réplique rapide des gnomes.

Une fois, alors que, reprenant son souffle, elle avait ralenti son geste, une rafale d'énergie flamboyante avait été envoyée sur son aile droite; mais, n'y causant aucun dommage, elle avait rebondi sur les plumes luisantes, et le nain qui l'avait ainsi agressée avait été aussitôt détruit, tranché en deux par l'aile gauche l'assaillant de biais alors que la Femme-Faucon tournait sur elle-même - si grande était son agilité, si subtil son art du combat, si illimitée sa souplesse!

Elle atteignit le poste de commandement, orné de grandes vitres arrondies montrant le dehors, et de manettes constellées de lumières tremblantes. Or, l'y attendait un garde plus fort, plus grand, plus puissant que les autres, d'une taille même au-dessus de celle d'un homme: son épaisse armure brillait de joyaux robot (2).jpgétincelants, et il portait des armes lourdes. Il se nommait Oclitit, et était fils d'un noble homme de Chambéry qu'on avait enchaîné et uni à une ignoble créature de l'Abîme. Entraîné depuis son enfance, élevé et nourri de manière à devenir un guerrier, il était un âpre combattant, avait déjà tué des dizaines d'hommes - et il était le protégé de Malitroc l'Infâme, qui avait veillé personnellement à son sevrage, et l'aimait comme un fils. On murmure que sa mère n'était autre que la sœur du tyran, fille également de la Grande Pieuvre, et qu'ils étaient par conséquent de la même famille: Oclitit était son neveu. Mais nul n'a jamais vu le visage de cette goule, car aussitôt après l'avoir fécondée, le malheureux père du géant fut tué, dévoré par elle; au reste il ne sentit rien, car sa laideur épouvantable l'avait déjà rendu fou, sorti hors de lui-même. Mais ce ne sont là que des rumeurs: on ne sait pas ce qu'il en est exactement.

Pour la Femme-Faucon, le combat s'annonçait périlleux, mais il lui fallait en venir à bout. Voici! elle se mit en garde, déployant ses ailes et brandissant son sabre étincelant.

Le Léopard des Neiges, pendant ce temps, dégagé de la main soudain amollie de l'énorme singe frappé à mort, s'était élancé vers le vaisseau erratique qui oscillait de droite et de gauche dans les airs après avoir été endommagé par le gorille inepte, dans sa rage stupide. Le disciple de Captain Savoy savait que la stabilité serait bientôt retrouvée par l'équipage, et qu'il ne fallait point lui laisser le temps de souffler. Comme le navire rasait le sol, il pouvait bondir jusqu'à sa partie inférieure, et s'accrocher de ses griffes plus dures que l'acier à sa carène lisse. Ainsi fit-il. Ayant assuré sa prise sur la paroi de métal doré, il sortit son sabre de lumière durcie, et y créa un trou, où il s'engouffra, se hissant d'un seul coup.

Sur la passerelle du pont inférieur, où rapidement il parvint, l'attendaient des gnomes bien armés, car il avait été aperçu de l'extérieur, effectuant ses manœuvres. Le combat s'engagea, le Léopard des Neiges virevoltant, assénant son épée qui fulgurait, évitant les traits de ses adversaires à la vitesse de la pensée, tant il était supérieur dans ses membres à l'ennemi, et les parant aussi de sa lame enchantée, faite de rayons d'étoiles tissés ensemble jusqu'à devenir dure comme le diamant, flamboyante comme le soleil, et tranchante comme l'acier fin.

Bien que l'art en fût surtout pratiqué par le Nouvel Hanuman, son compagnon resté au Grand Bec, il mania sa queue comme un fouet de fer, assommant et tranchant les corps, les disloquant et les broyant. Ses ennemis ne faisaient pas le poids.

Le vaisseau dans lequel il était entré contenait néanmoins des fauves remarquablement apprivoisés, et transformés par la magie de Malitroc. Une conscience humaine leur avait été donnée, par l'intermédiaire de diables: des esprits de damnés les habitaient. Leur forme était celle de grands loups, et ils étaient au wolf1.jpgnombre de trois: l'opération qui présidait à leur création étant difficile, même pour Malitroc, ce nombre n'avait pas pu être dépassé. Ils n'en étaient pas moins la terreur de Chambéry et de toute la Savoie, et on disait que nul, pas même Captain Savoy, ne pouvait résister à leur assaut conjugué; on doutait que, secondé par ses douze disciples moins un, le gardien de la Savoie immortelle eût pu les vaincre! Que pouvait faire, dès lors, le Léopard des Neiges seul?

En vérité, il fit merveille. Dans les couloirs complexes de la cale du navire, les monstres l'attaquèrent, et voici! il rendit coup pour coup. La configuration des lieux le favorisait: ils ne pouvaient l'assaillir de front tous les trois, car les passages étaient étroits, et ils ne pouvaient avancer qu'un par un. Ils se montaient les uns sur les autres, pressés de déchirer les membres du Disciple, et se gênaient. Excédés, même, ils se donnèrent plusieurs fois des coups de dents. Le Léopard des Neiges en profitait pour fuir. Mais alors, ils s'élançaient à sa poursuite, et bientôt le rattrapaient.

Mais il est temps, ô dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain la suite de ce combat, et la victoire inattendue et miraculeuse, quoique douloureuse, du Léopard des Neiges sur les trois loups de Tracer.

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