25/11/2017

Captain Savoy et l'impatience de l'Amazone céleste

3ebb161b7ef210f2a2f64de36b933b9c.jpgDans le dernier épisode de cette série cosmique sur blog, nous avons laissé Captain Savoy et ses disciples alors que trois d'entre eux venaient d'être adoubés et faits chevaliers, au cours d'une fête d'autant plus grande que deux avaient noué des liens d'amitié avec les Elfes et les Nains de la montagne.

Cependant, dès que le Noton bleu fut adoubé, il exprima le désir de reprendre Chambéry, dont il devait garder l'âme, à Malitroc. Car pendant sa métamorphose, il avait entendu une voix, et elle lui avait appris que telle était sa mission, qu'il devait protéger la Cité des Ducs, comme on l'appelait. Et, voici! le désir lui en était aussitôt venu.

Captain Savoy refusait toujours de mener la moindre entreprise de reconquête, mais l'Amazone céleste, pressée d'en venir à un combat décisif, sauta sur l'occasion pour presser l'Aîné des Douze à intervenir plus nettement, et à descendre dans la vallée. Les autres Disciples brûlaient de le faire aussi, sauf le Nouvel Hanuman, toujours proche de Captain Savoy et lui vouant une confiance absolue, ainsi que le Démon des glaces, qui demeurait en retrait par tempérament.

Captain Savoy savait que, dans la vallée, il ne bénéficierait plus de l'aide et de la protection de Tëringmel, ni de celle de Nalinë et de son fils l'Homme-Cygne, qui non seulement étaient épuisés de leur précédente bataille, mais étaient de toute façon trop loin de la Tarentaise, devant passer, pour la rejoindre, par Annecy toujours tenue par Malitroc. Il continuait d'attendre et, apparemment, d'espérer la venue de l'Elfe jaune, ou simplement qu'un effet de surprise fût possible; or, peu de temps avait passé, depuis la fuite vers le Grand Bec.

Il ne répondit donc pas aux prières des Disciples et du Noton bleu, ni aux regards insistants de l'Amazone céleste, et, plus souvent que précédemment, il s'enferma dans sa loge privée. Là, dit-on, il contemplait les étoiles, plus claires en ces hauteurs, et cherchait à communiquer avec son épouse, la princesse de la Lune Adalïn.

Le temps passait, les escarmouches avec les hommes de Malitroc se raréfiaient, et les Disciples s'impatientaient, en particulier l'Amazone céleste. Ils discutaient entre eux et, certes, n'étaient pas d'accord, 46aa6736ebd8b8d3877db460b4554105.jpgmais la plus virulente était toujours cette noble guerrière. Un jour, n'y tenant plus, elle demanda à Captain Savoy, devenu invisible depuis plusieurs jours, une audience particulière, et il la lui accorda.

Elle le trouva assis sur son fauteuil de velours, armé et noblement vêtu. Elle fut impressionnée par l'éclat qu'il avait, et qui semblait avoir renouvelé sa puissance; mais, se souvenant de la raison pour laquelle elle était venue, elle se plaignit de l'attente insupportable qu'elle et les autres subissaient, et se déclara plus que jamais prête à entrer en matière avec Malitroc, à lui déclarer une guerre ouverte et sans limites, et à descendre sur Chambéry, dont le Noton bleu brûlait de prendre la garde secrète, qui lui avait été vouée. N'était-ce pas légitime, qu'il agît sans tarder pour sauver l'ancienne capitale de ses tyrans? N'était-ce pas louable, qu'il en eût le désir?

Certes, elle savait que lui, Captain Savoy, avait une haute sagesse, et qu'il attendait l'Elfe jaune et les forces qu'il amènerait avec lui, quelles qu'elles fussent; mais viendraient-elles jamais? Devaient-ils attendre de vieillir et de mourir, avant de tenter leur chance au combat ouvert? Maintenant que sept d'entre eux étaient adoubés, si on ne comptait pas l'Elfe jaune indisponible, n'était-il pas temps de passer à l'action? Leur puissance s'était décuplée, et les immortels de la montagne avaient même fait des dons précieux à deux d'entre eux: bien que trois disciples restassent à consacrer, pourraient-ils jamais être plus prêts? L'attente n'étiolerait-elle pas au contraire leurs forces? Cet attermoiement n'était-il pas une erreur? Voire une grave faute?

Certes, elle ne parlait pas au nom de tous les Disciples, certains demeurant réservés; mais de la majorité d'entre eux, de cela pouvait-il être sûr!

Pourquoi donc ne pas agir? Malitroc et les Savoisiens restés fidèles ne penseraient-ils pas qu'ils avaient peur, bien que cette pensée, elle le concédait, fût dénuée de fondement? D'ailleurs, même s'ils venaient, l'Elfe jaune et ses nouveaux amis ne feraient pas forcément la différence, face à leurs ennemis. S'ils devaient vaincre, deux de plus ou de moins n'y changeraient rien. D'ailleurs l'Elfe jaune pouvait revenir seul, et dès lors, malgré toute sa vaillance, pouvait-il faire basculer la bataille dans un sens ou dans l'autre?

Elle, l'Amazone céleste, ne le croyait pas. N'était-elle pas devenue l'une des plus vaillantes des Disciples, ne l'avait-elle pas montrée, au cours des combats? Peut-être même était-elle la plus vaillante de toutes, peut-être même dépassait-elle en vaillance le noble Elfe jaune, premier des Disciples! Captain Savoy pouvait compter sur elle: GalleryComics_1920x1080_20161109_Space-Ghost_580a673b313c58.37704790.jpgjamais on n'avait vu de guerrière si puissante, depuis la disparition de Dal et son départ vers l'astre d'argent! Du moins elle le pensait, l'espérait, et comptait bien le prouver par son courage, sa persévérance, son ardeur dans la bataille.

Captain Savoy l'écouta attentivement, et lorsqu'elle mentionna sa propre vaillance, ses yeux se plissèrent, et lancèrent un éclair. Il ne répondit pas, cependant. L'Amazone céleste, attendant qu'il parlât, lui demanda pourquoi il n'en faisait rien, et s'il l'avait entendue; car elle avait l'impression de s'adresser à une statue. Son âme était-elle présente, ou n'y avait-il plus que son corps, son esprit étant parti parmi les guerriers divins de la Lune, rejoindre sa belle? Était-il attristé, plein de chagrin d'avoir perdu Annecy et sa base du Roc de Chère? Était-il découragé? Elle ne pouvait le croire. Il fallait se secouer, se lever, et prendre la tête de l'armée de libération!

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser cet épisode, pour attendre la suite jusqu'au prochain.

17/11/2017

Le Seigneur des anneaux et la seconde guerre punique: Tite-Live et J.R.R. Tolkien

lord.jpgJ'ai lu le livre XXI de l'histoire romaine de Tite-Live, qui raconte le début de la seconde guerre punique, et les liens avec Le Seigneur des anneaux de Tolkien m'ont frappé.

On parle sans cesse des sources germaniques et celtiques de cet auteur, mais on méconnaît son fond classique. Certes, il disait se réclamer des anciens Germains par défiance pour le classicisme, parce qu'il l'ennuyait; mais il assurait aimer aussi le latin, et disait que l'action de son livre se situait en réalité dans le Saint-Empire romain: Minas Tirith était italienne.

On a pu relier la Guerre de l'Anneau à la bataille des Champs catalauniques, opposant les Romains et les Germains d'un côté à Attila de l'autre. C'était piquant: l'époque ténébreuse de la chute de Rome fascine. De surcroît, lui-même renvoyait à la Rome chrétienne. La dimension cosmique de la guerre contre Sauron, un esprit céleste dévoyé, rappelait ce que l'historien des Goths, Jordanès, affirmait d'Attila - qu'un démon l'accompagnait, dont on avait eu la vision.

Mais Jordanès est relativement abstrait, si, chrétien, il mêle effectivement Dieu à son récit. Le Seigneur des anneaux a bien plus de vie. Et chez qui en trouve-t-on une qui soit comparable - proche de ses personnages, attentive à toutes les actions, à tous les détails? Chez Tite-Live.

Le récit livien est un passage obligé de tous les latinistes - dont Tolkien, étudiant, a été. Il est abondant, comme le sien, et comme ne l'est pas celui de Jordanès. Il est plein d'une intensité dramatique fascinante.

Certes, Tite-Live, pas plus que les historiens romains en général, ne fait dans le merveilleux: il ne nomme aucun être infernal habitant Hannibal.

Ce n'est pas que les Romains ne le fissent jamais: les Furies pouvaient bien animer certains personnages, dans leurs textes. Mais c'était dans les poèmes, imités des Grecs et inspirés de leur mythologie. Lorsqu'ils voulaient créer une histoire sérieuse, ils s'en tenaient aux faits extérieurs, ne faisant que qualifier moralement les hommes, sans y impliquer les divinités. À la vérité, c'est l'origine du récit naturaliste.

Même quand Lucain compose une épopée sur des Romains qui s'affrontent (dans son impressionnante Guerre civile), il hésite à les dire mus par des esprits: Jules César défie le génie de Rome, dont il a la vision sur le Rubicon, mais Lucain fait venir son orgueil de lui seul. Lorsqu'il fait habiter un homme par un dieu, il ne nomme pas celui-ci: il entend par le mot une divinité globale et vague, à la mode stoïcienne. Le rationalisme chrétien, ou ce qu'on nomme tel, a bien pour source la littérature romaine.

Cependant, pas plus que ne l'est Lucain, Tite-Live n'est dénué de vues morales. Pour lui aussi, la vertu est divine. Et c'est là que nous retrouvons Tolkien - sans le merveilleux. Car Hannibal est peint d'une façon hannibal.jpgextraordinaire: il a des capacités athlétiques incroyables, et une force intérieure démesurée, tenant du prodige. Mais, face à cela, il y a sa moralité, qui est mauvaise, car il est faux, fourbe, hypocrite, menteur, cruel. Ce n'est pas un peureux, un lâche, comme on croit souvent que sont les méchants: il est réellement surhumain. Mais cela ne le rend aucunement plus vertueux.

Les Romains, ou du moins Tite-Live, faisaient parfaitement la différence entre la force brutale et la vertu morale. L'historien va donc s'employer à montrer que ses vices vont finir par le faire battre, alors qu'il était en soi, et au départ, plus puissant, appartenant à une lignée plus haute, à un peuple plus noble. Les Romains ne vainquent pas leurs ennemis par la noblesse de leur origine, mais par la rigueur de leurs vertus.

On trouve bien la même chose chez Tolkien, et Sauron est lui aussi d'une puissance incroyable, et d'une haute origine; mais face à lui, l'humilité et la bonté des hobbits sont comme un diamant qu'on ne peut pas entamer, et qui finit par faire s'écrouler des montagnes. Le sens profond de l'histoire de Tite-Live est restitué. Même, manifesté par le merveilleux, il l'est directement - Sauron étant une divinité déchue, et les hobbits des demi-hommes.

Les détails des deux récits montrent encore leurs similitudes - notamment les éléphants, que Tolkien fait énormes, semblables à des mammouths. Les ennemis humains de Minas Tirith sont assez clairement des Carthaginois: non mauvais en eux-mêmes, dit Tolkien, mais trompés par Sauron. Leur lien avec Attila peut être établi, voire celui avec les Orientaux combattus par les Francs des chansons de geste; mais de celles-ci, Tolkien n'était pas un grand lecteur. Il avait, en revanche, bien lu Tite-Live - avait certainement passé du temps à le traduire.

Le passage des Alpes, comme une réminiscence obscure, inconsciente, est présent dans les deux récits également: la Communauté de l'Anneau passe par l'horrible Moria, occupée par les Orcs. Or, Tite-Live, lorsqu'il hanni.jpgnarre le passage des Alpes par Hannibal, met moins en avant sa cruauté que la barbarie des peuples qui l'attaquent en Maurienne. Comme le récit est réaliste et qu'Hannibal reste le champion d'un peuple civilisé, Tite-Live n'absolutise pas ses vices: il peut affronter pire que lui, et les Romains n'avaient pas de sympathie pour nos montagnards sauvages. Tolkien n'était pas tel; du reste, il ne s'agit pas d'une transposition mécanique, mais de souvenirs enfouis, resurgissant dans l'élan de l'écriture. Néanmoins, le lien peut être établi. Il faut seulement remarquer avec quel génie Tolkien a créé des figures mythologiques pour clarifier le sens moral de son récit, et lui donner une unité.

On peut également remarquer, cependant, de quelle manière il n'a pas repris les traits les plus horribles du récit de Tite-Live, tels que l'anéantissement complet de Sagonte, prise par Hannibal au début de la guerre: ville espagnole alliée de Rome, mais que le général carthaginois rase, après avoir tué tous les mâles adultes, et réduit en esclavage les autres - pratiquant une forme de génocide (chaque cité dans l'antiquité étant quasiment regardée comme un peuple à part). Tolkien ne va jamais aussi loin dans l'horreur, ce qu'E.R. Eddison lui reprocha. De fait, la poésie mythologique antique était souvent horrible, elle-même. Le roman courtois, au Moyen Âge, l'était moins, et Tolkien était tributaire, quoiqu'il s'en défendît, du concept classique de bienséance. Mais son lien avec Tite-Live me paraît certain.

09/11/2017

Les perspectives de l'Homme-Météore

pieuvre.jpgDans le dernier épisode de cette geste étonnante, nous avons laissé l'Homme-Météore alias Robert Tardivel alors que, sous sa forme humaine ordinaire, il venait de distinguer la figure globale du mal, dans Paris et toute l'Île de France, grâce à une seconde vue offerte par l'ange qui l'avait métamorphosé en surhomme. Et il avait remarqué que les foyers de ce mal étaient dispersés, et sans rapport clair entre eux.

Bien souvent, tout en bas de l'échelle des êtres, les membres de cet organisme obscur ne savaient pas qu'ils l'étaient: agissant tels des automates, ils laissaient leurs actions se faire seules, ce qui revient à dire qu'elles étaient dirigées à distance par Radsal-Tör, ou l'un de ses disciples en magie noire. Instruits par Radsal-Tör, les initiés de sa secte avaient la remarquable faculté de gouverner les cœurs des hommes faibles. Attisant les désirs, accroissant les peurs, ils manipulaient les âmes avec une dextérité remarquable. Ils pouvaient, en modulant le timbre de leur voix, mouvoir le corps psychique des hommes impressionnables, manquant de personnalité et de volonté. En touchant ici ou là certains d'entre eux, ils avaient la faculté de s'en rendre maîtres, en faire de véritables automates - tout en leur laissant l'illusion qu'ils se conduisaient par eux-mêmes. Mais leurs pensées étaient stériles, pendant que, au-dessous de leur sphère, leurs membres obéissaient aux ordres des sorciers - de telle sorte qu'ils se voyaient à peine agir, et étaient tout surpris de découvrir, rétrospectivement, ce qu'ils avaient fait, si parfois des souvenirs leur en revenaient. Et, se demandant d'où ils venaient, voici qu'ils les attribuaient à d'autres, ou, fous qu'ils étaient! les affirmaient visions prémonitoires.

Et s'il advenait qu'ils avaient mal agi et qu'on le leur reprochait, ils niaient, et le faisaient sincèrement. Ils n'avaient point été attentifs à eux-mêmes, et leur corps avait été la proie de forces inférieures, avec lesquelles les sorciers pactisaient.

Ainsi étendaient-ils leur empire, parlant subtilement aux uns et aux autres, exploitant leurs préjugés, alimentant leurs obsessions, et le faisant sans scrupules, sans avoir de philosophie préférée a priori, sinon celle de leur suprématie: car leur but était d'envahir la Terre et de l'arracher aux puissances du Bien. À Paris une sourde terreur se répandait, sous l'assaut secret de ces mages, et tout le monde craignait tout le robots-futuristic-aliens.jpgmonde, plus personne ne faisait confiance à personne, même les paroles étaient regardées comme vaines et comme faites pour dissimuler le réel, plutôt que le révéler, hélas!

Robert se demanda si la situation n'était pas désespérée et si lui-même n'était pas le jouet d'illusions grossières, s'il valait encore la peine d'agir, si de toute façon l'homme n'était pas toujours un robot dirigé de l'extérieur par des volontés inconnues. Mais une lumière vint en lui, et une paix. Sans qu'il sût d'où lui venait une telle sagesse, il comprit soudain que ces êtres maléfiques ne contrôlaient pas tout, loin de là, et que nombre d'actions même de gens simples et frustes n'étaient pas le fait de ces méchants, mais émanaient de tout autre chose, d'encore plus mystérieux, et qui échappait au mal. Et il s'interrogea pour savoir jusqu'à quel point ceux qui contrôlaient les hommes pour leurs desseins malfaisants n'étaient pas eux-mêmes le jouet de puissances à eux inconnues, qui les suscitaient pour des desseins obscurs, mais en dernière instance bénéfique à l'humanité et au monde. Il ne fut pas sûr de pouvoir répondre; mais la perspective en était de nouveau vertigineuse. Et le monde semblait un gouffre s'enfonçant vers l'infini, et les apparences n'être que brève fumée!

Toutefois le rôle de l'Homme-Météore n'était pas de débrouiller l'écheveau de ces énigmes cosmiques. Il lui fallait s'attaquer au mal de Radsal-Tör et de ses sbires, puisqu'il l'avait perçu, et agir conformément à la volonté des êtres célestes qui avaient suscité le nouveau gardien de Paris à travers lui, Robert Tardivel. D'autres arracheraient à l'infini le fin mot du mystère; lui se contenterait de soumettre ses membres, dans leurs mouvements, à la force magique du Bien, telle qu'elle descendait, pensait-il, du ciel, telle qu'elle émanait des horizons étincelants! Là s'était cristallisé son masque, là s'était forgée son armure, là avait-il reçu ses pouvoirs! Et il devait les utiliser pour faire triompher le Bien, et abattre le Mal.

Mais par où commencer? Robert ne savait rien de l'endroit ténébreux où trônait Radsal-Tör. Il ne connaissait pas le lieu où vibrait le cerveau du monstre à mille bras qui tourmentait Paris depuis l'Orc infâme. Même sa seconde vue, acquise sous l'influence de l'ange rencontré dans les catacombes, ne pouvait lui révéler ce secret: une brume opaque entourait le centre de la Bête, qui demeurait insensible, comme si Radsal-Tör avait eu assez de puissance pour tisser un sortilège autour de lui, qui lui fît échapper au regard non pas seulement des hommes, mais des anges mêmes. 1280_astral_castle_abstract_wallpaper.jpgC'était bien le cas, pressentait Robert: déjà sa science de sorcier avait atteint ce degré!

Il songea néanmoins que d'autres bases de cet organisme maléfique étaient sans doute moins protégées, et plus visibles à son regard prophétique; qu'il pouvait commencer par attaquer ces officines secondaires, qui faisaient déjà beaucoup de mal, et qu'en bousculant ainsi Radsal-Tör à distance, en s'attaquant aux doigts de la bête dont il était la tête, il finirait par le déloger de sa grotte, l'arracher à sa cachette, le contraindre à en sortir et l'affronter directement, sans passer par ses zélés esclaves, pour enfin le vaincre, et mettre un terme à sa menace grandissante!

Il regarda autour de lui, vers l'ouest surtout, et à travers les murs, les maisons, les immeubles de Vincennes, mais aussi, au-dessus, les vapeurs, les vents, les masses d'air, les brumes, des choses lui apparurent, les unes après les autres, à toute allure, à gauche, à droite, dans de hautes tours, dans de basses caves, dans des ruelles écartées, dans des arrière-boutiques, dans les ailes négligées de bâtiments d'État, dans les cryptes de temples et d'églises, et voici! il vit, il vit ce qu'il voulait voir.

Brillants d'un feu sombre à son œil ailé - volant seul, loin de son crâne, à travers Paris -, des foyers liés à la tête de Radsal-Tör comme par des fils apparaissaient, dévoilant les lieux dont il devait s'occuper, qu'il devait destiner à ses attaques

L'action pouvait commencer.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et, mettant fin aux justifications des actions à venir, de montrer comment l'Homme-Météore s'efforça de chasser de Paris les foyers du mal.