28/06/2017

Littérature occitane

elbereth.jpgQuand j'étais à Montpellier (où j'ai vécu quatre ans, étudiant les lettres à l'Université Paul Valéry), l'occasion se présenta à moi de m'initier à la littérature occitane médiévale: Gérard Gouiran y donnait des cours.

J'ai sauté dessus, car je rêvais de mieux connaître la littérature médiévale en général. En effet, elle était réputée remplie de merveilleux, et je m'intéressais essentiellement à cet aspect de la littérature. J'étais à cet égard, comme à d'autres, guidé par J.R.R. Tolkien.

Mais je ne mesurais pas, alors, ce que celui-ci rejetait dans l'amour courtois, tel que la poésie en langue d'oc avait pu le développer avant de le transmettre à Dante – que, pour cette raison, Tolkien regardait avec défiance. Dans sa correspondance, ce profond catholique a explicitement rejeté le culte de la femme terrestre, le jugeant une déviance. Il n'admettait cette thématique que s'il s'agissait d'une femme cosmique, telle que l'Elbereth des Elfes, dans The Lord of the Rings: elle laisse tomber les étoiles de ses mains, et siège dans le ciel occidental. Reflet de cet être sublime, Galadriel est une haute entité, dans la terre du Milieu; immortelle et belle, elle a connu les Dieux. Mais elle ne se laisse pas adresser des poèmes d'amour charnel. Boromir, qui la désire et la craint, en est assez corrompu pour devenir la proie du Mal. C'est l'histoire des nobles qui se sont laissés enténébrer l'âme par leurs illusions du paradis terrestre à travers l'adoration des femmes incarnées - ou le ravalement des déesses à celles-ci. Ce n'est pas une forme de misogynie. Il faut l'entendre de la façon suivante: l'homme dans le corps physique de la femme ne cherche pas la femme vraie, mais son plaisir à lui. C'est simplement le refus du matérialisme et de l'égoïsme déguisé en adoration de l'autre.

De mon côté, donc, je lisais cette poésie occitane en tentant d'interpréter de façon mystique ses chants d'amour, en désincarnant leurs objets. D'ailleurs, quelques poèmes s'adressaient à la sainte Vierge, dans les mêmes termes que ceux qui s'adressaient aux dames des cours. Mais force était de constater que c'était une poésie essentiellement profane. Les odes aux saints et aux anges étaient en latin et, à ma connaissance, composées surtout par des gens du nord, français ou allemands. Elle pouvait du reste venir de femmes, comme Hildegarde de Bingen. La littérature occitane était peu mythologique.

Les récits en occitan, pas très nombreux, ne contiennent, eux-mêmes, pas beaucoup de merveilleux. La Chanson de la croisade albigeoise est une des chansons de geste qui en contiennent le moins. Flamenca, le grand roman médiéval occitan, n'en contient pas. La chanson de geste inspirée par le cycle français, dite Roland occitan, en contient un peu, mais repris simplement des chansons de geste du nord.

En revanche, cette littérature occitane avait un charme certain. La langue était raffinée et pure. Elle avait quelque chose d'arabe, d'andalou,fernand-anne-piestre-cormon-french-1845-e28093-1924-le-harem.jpg qui rappelait l'Alhambra de Grenade, la mosquée de Cordoue. On la disait d'origine arabe. Les palais des émirs, fermés au monde extérieur, créaient un paradis terrestre, où les houris n'étaient pas des fées de l'air, mais des femmes de chair. La tendance profonde de l'arabisme n'était pas de placer le paradis au ciel, et de vénérer les anges, comme le christianisme, mais de tenter de créer sur Terre le monde idéal. À cet égard, il était réellement l'héritier de l'antiquité grecque, comme on l'a dit. Il est normal, logique que les philosophes grecs aient d'abord été connus des Arabes.

Cet arabisme est au fond à distinguer du courant islamique proprement dit, qui émane de la Bible. Chacun le sait - d'ailleurs souvent pour préférer l'arabisme à l'Islam.

Mais comme l'Islam était proscrit dans l'Occitanie médiévale, il ne restait que cette tendance orientale, cette façon de créer une langue raffinée et pure - et des cours d'amour recréant le paradis terrestre. Pour le nord, avouons-le, c'était hérétique. Le nord pensait comme Tolkien! Tolkien partageait les vues de saint Thomas d'Aquin, ennemi du courant averroïste.

On racontait que l'Occitanie ancienne accueillait les Cathares et leurs légendes, et je m'attendais à distinguer des traditions mythologiques ou gnostiques, dans la poésie en langue d'oc. Mais le monde des esprits y est, en réalité, peu présent. J'ai lu un jour un récit dit de Barlaam et Josaphat, en fait l'adaptation chrétienne de la vie de Bouddha Sâkyamuni. On y trouve des démons tentateurs, sans doute, mais elle contient quand même moins de merveilleux que l'histoire canonique du Bouddha telle qu'on la trouve en Asie. On n'y trouve pas plus de merveilleux que dans les autres légendes de saints - adaptées ou non de traditions préchrétiennes.

Il y a somme toute plus de merveilleux chez Frédéric Mistral, lui aussi un catholique traditionaliste, que dans la poésie médiévale en langue d'oc. Comme si le monde raffiné peint par les poètes - avec ses femmes idéales, sa nature pure - absorbait déjà toutes les aspirations au monde des anges, et même des fées! Le mystère était seulement dans le désir, et ce qui y point.

La poésie française du vingtième siècle a beaucoup aimé cette tendance. On peut la sentir chez René Char, mais aussi chez Louis Aragon, dans son espèce d'épopée Le Fou d'Elsa, qui tente de créer une mythologie autour d'une femme terrestre. Toutefois son appartenance au surréalisme le fait parfois avoir des CX-EV-OTH19.gifimages cosmiques rappelant davantage André Breton, chez qui l'aspiration au mythe nouveau était patente. Je reparlerai, à l'occasion, de Louis Aragon.

J'aimais lire la poésie occitane, m'en gorger, et me promener ensuite dans la campagne montpelliéraine, cherchant comme Philippe Jaccottet à saisir l'âme des éléments, l'espèce d'éclat insaisissable qui luit entre les choses. Mais j'aspirais, tout de même, à ce que, dans cette lumière, apparaissent des fées, des dieux, des anges, des figures! Malgré mon mysticisme spontané, je conservais mon besoin de mythologie.

Il en est sorti mon premier recueil de vers, La Nef de la première étoile. J'y faisais, des femmes belles que je croisais, souvent étudiantes, des houris au sens propre, donnant aux esprits de l'air leur visage - persuadé, comme je le suis toujours, que le corps des femmes est ce qui reflète le mieux sur terre la grâce céleste!

À ce titre, je veux bien être un peu moins âpre que Tolkien. Mais cette beauté pure n'est que de passage, il faut l'avouer. Et - il faut l'avouer aussi - il est un don de la nature dont individuellement on ne se rend pas toujours digne. Le modèle immortel en est bien au-delà de la matière, et l'illusion d'un certain matérialisme mystique est bien à rejeter.

18/06/2017

Les révélations célestes de l'Elfe jaune

mil.pngDans le dernier épisode de cette mystérieuse série, nous avons laissé l'Elfe jaune, ami de Momulk, alors qu'il avait une suite d'étranges visions. La dernière avait été celle d'un immense tapis de pierres précieuses ayant remplacé le lac étendu jusque-là devant lui.

Une dame s'y tenait, debout, et sa robe aussi était couverte de pierreries. Sa beauté et sa majesté étaient sans limites. Elle avait néanmoins un regard sévère.

Elle leva le bras vers l'Elfe jaune, tandis qu'il gardait le sien tendu devant lui. Les deux mains parurent se rapprocher, et quand l'Elfe crut qu'elles allaient se toucher, un éclair surgit, un coup de tonnerre se fit entendre, une obscurité s'imposa, et l'instant d'après il se vit sur la berge, allongé; tout avait disparu. Le lac était revenu à sa place, et la cascade coulait toujours.

Lui-même tenait encore sa main levée. Les derniers rayons du soleil se jouaient entre ses doigts; car il se couchait. Les flots reflétaient aussi ces ultimes lueurs, se couvrant d'or.

L'Elfe regarda vers la fontaine, et son flot continu lui donna l'idée d'un don inépuisable, et le son de la cascade l'apaisa, comme s'il devait durer éternellement. Un écho mystérieux en naquit dans son âme, et il eut en lui l'image de mains qui dans l'eau créait les choses solides, les modelant en pénétrant le lac; il crut saisir un secret profond de la formation des choses.

Une volonté divine brilla à ses yeux dans la cascade: un perpétuel miracle se jouait en elle.

Et il sut, instantanément, qu'elle avait pour source un lac céleste, situé plus haut. Là, se souvenait-il soudainement, le palais de Dordïn, prince des dieux, se dressait sur une berge d'émeraude, et des vagues charriaient des étoiles jusqu'à ses murs blancs. Car le lac était comme une mer, mais son eau était pure et douce, elle ne contenait nul sel.

Néanmoins, une faille existait, en contrebas de la rive, par où le lac s'écoulait goutte à goutte. Et à la mémoire de l'Elfe jaune, revint la vision du trou creusé par un être god-of-war-ascension-artwork-4.jpgodieux, rejeté par les dieux et voulant se venger. Alar, le fils de Dordïn, l'avait chassé, et Vurnarïm son cousin avait pu le reboucher pour l'essentiel, mais il demeurait une fissure, dans la terre qui servait de lit au lac.

Dans l'obscurité de cette faille coulait goutte à goutte l'eau sacrée, et comme de tout mal il est un bien, elle semait sur son passage des étoiles, et la voie qu'elle suivait était pareille à du lait; ainsi l'avait-on appelée la Voie Lactée.

D'aucuns divins marins, avait su l'Elfe jaune, purent depuis remonter ce courant, regagnant le pays des dieux! On disait que le Génie d'or, notamment, l'avait empruntée plus d'une fois, ayant reçu l'autorisation de rentrer au pays divin, et de revenir aussi sur Terre. Dordïn même la lui avait fait donner, par l'intermédiaire d'Ithälun sa petite-nièce, princesse en la Lune d'argent.

Mais qui avait révélé ces choses à l'Elfe jaune? Était-ce Captain Savoy? Il n'en avait aucun souvenir. Cela lui avait-il été dit durant son initiation, et son séjour dans une grande lumière, dont il lui restait peu de traces en l'esprit? Il n'eût su le dire. Cependant ces choses lui revenaient, et il les savait. Le Génie d'or n'était pas toutefois un simple souvenir: il l'avait rencontré, en compagnie de Captain Savoy son maître, un jour qu'ils s'étaient rendus à Paris. Une amitié était née entre eux, mais ce n'était point à ce moment que Solcum le Docte avait révélé ses origines et ses prérogatives; à cet égard il était resté mystérieux, et Captain Savoy, qui semblait en savoir long, ne lui avait rien dit non plus, durant la visite même. D'ailleurs les deux êtres avaient échangé sans parler, ou en parlant peu: ils se regardaient, et se comprenaient, comme si leurs pensées étaient acheminées par leurs yeux. Sans doute était-ce le cas: Captain Savoy, il le savait, avait de tels pouvoirs. Souvent, il lui avait parlé à distance, ou, proche, sans ouvrir la bouche. Le Génie d'or devait le posséder aussi. Après s'être regardés ainsi, plusieurs fois les deux héros avaient souri, et le Génie d'or était resté pour l'Elfe jaune et les autres disciples présents durant cette visite, un être mystérieux, dont il était difficile de rien savoir. Peu leur avait été révélé par leur maître, le gardien de la Savoie secrète. Mais à présent, la vérité sur sire Solcum lui apparaissait clairement, quoiqu'il n'eût su dire comment. Les reflets de la cascade lui en avaient-ils dit l'essentiel? Il avait le sentiment que cette connaissance oubliée remontait à plus loin.

Il regarda l'eau coulant dans le pays d'Amariel, une fois encore. Son éclat fr.pinterest.com.jpgétait lustral. Elle était douce, légère, et son son était pur, musical et chantant, argentin. Il l'admira infiniment.

Il se demanda soudain où était Amariel, qui l'avait accompagné jusqu'à cette rive. Il la chercha des yeux; nulle part elle n'était visible. Il réfléchit: combien de temps était-il resté inconscient? s'était-il endormi? avait-il rêvé?

Un feuillage derrière lui bruissa. Il se retourna. Amariel apparaissait dans une ombre bleue, sous les arbres. Elle luisait, comme si un feu intérieur l'éclairait. L'Elfe sentit son désir s'enflammer, éclater son amour. Il la trouva plus belle que nulle chose au monde.

Il demeurait immobile, n'osant point bouger. Elle s'arrêta un instant, le fixant de son œil clair. Lisait-elle dans ses pensées? Disposait-elle du même pouvoir que Captain Savoy?

Ils se regardèrent, et l'Elfe jaune, devant l'ardeur scintillante du regard de l'immortelle, sentit son cœur défaillir. Il baissa les yeux, et ses genoux tremblèrent. Mais il se reprit, et releva les yeux. Elle le regardait toujours. Elle sourit, et lentement, comme si elle glissait sur l'herbe, s'approcha de lui.

Ô lecteur, sur ces mots il est temps de laisser là cet épisode, et d'attendre le suivant, dans lequel l'Elfe jaune osera demander à Amariel sa main.

10/06/2017

Charles Duits et la religiosité cosmique

fortuna-by-jean-francois-armand-felix-bernard.jpgJ'ai déjà plusieurs fois évoqué la noble et belle figure de Charles Duits, mais elle est inépuisable, et son livre posthume, La Seule Femme vraiment noire, recèle mille diamants qu'on ne peut cesser de contempler, d'admirer. Duits était par exemple de ceux qui ne croient pas du tout que l'homme puisse se passer de religiosité, qui pensent qu'elle est naturelle chez lui, même quand il la nie. Cela rappelle le grand Amiel qui disait que, pour l'être humain, la question n'est pas de savoir si on aura une religion ou pas, mais quelle religion on pratiquera; car, qu'on le veuille ou non, on en aura toujours une.

Et ainsi, Duits osait attribuer une religion aux athées, mais, mieux, il osait aussi la qualifier: car les théologiens catholiques font des arguties pour montrer que les athées parlent aussi de Dieu, mais c'est essentiellement de la rhétorique; Duits, lui, entrait au cœur du problème, lorsqu'il disait: De nos jours, on peut affirmer que les Occidentaux se divisent en trois catégories: ceux qui se disent athées et qui, en fait, adorent le Dieu sans Tête, la matière; les philosophes, qui adorent soit l'esprit, soit l'être, soit la conscience, soit la raison, soit l'histoire, le Dieu sans Sexe; et finalement les croyants au sens juif, catholique ou protestant du terme, qui adorent le Dieu sans Femme. (La Seule Femme vraiment noire, Bastia, Éoliennes, 2016, p. 87.)

C'est bien plus subtil que cela en a l'air. Il est évident que l'athéisme et le matérialisme nient avant tout que la force créatrice de l'univers soit ce que les anciens chrétiens appelaient une personne (c'est-à-dire un être pensant). Ils lui interdisent toute conscience, fût-elle cosmique, prétendant que cela ressortit à l'anthropomorphisme. La matière correspond somme toute aux membres extérieurs de la divinité, pour ainsi dire à ses ongles: ce qui est rejeté de son corps vivant. Nulle conscience en elle, sans doute même pas de vie, mais seulement un reliquat.

Quant au dieu sans sexe de la philosophie, il est plaisant, et par le dieu sans femme des religions bibliques, Duits entendait la tendance de celles-ci à rester dans l'intellect, à n'aimer que les logiques abstraites. Le féminin en effet tend aux figures telles que celle-ci - de la grande déesse qui inspire le poète: Isis, la Suprême Négresse, répond à mon appel, mais elle y répond par un geste qui me déconcerte. Elle lève les bras et, b63b247c035ba1e329a774cd3a17cb91.jpgsubitement, me révèle
qu'
elle a des Aisselles étoilées.
Que signifie cette révélation? Il va sans dire que je l'ignore. Une chose cependant est sûre: un événement vient de se produire.
(Ibid., p. 126.)

L'ignorance de l'inspiré vient du refus de ramener les visions à des concepts. On pourrait dire que c'est le désir sexuel qui suscite ce genre d'images, et qu'elles sont abusivement divinisées par une forme d'idolâtrie. Mais à cela, Duits répond aussi subtilement qu'il s'est précédemment exprimé. Car il affirme qu'en réalité le désir ressenti depuis le métabolisme est le reflet de l'amour cosmique sur celui-ci, et non sa source. Le retournement du raisonnement habituel ouvre un gouffre sous les pieds - où va être précipitée la psychanalyse fatalement: La lectrice me suit-elle? Sigmund Freud explique le Sublime par le Trivial: il croit que l'expérience religieuse est la conséquence du refoulement et que les "transports" sont des représentations lumineuses des impulsions ténébreuses que nie et repousse la conscience. Il ne met donc pas en question la définition du Trivial que lui lègue notre tradition.
La Suprême Négresse, en revanche, affirme que l'union sexuelle est la forme sous laquelle l'union spirituelle se manifeste dans l'existence,
ce qui signifie que
l'amour est l'essence du désir
et que nous l'ignorons parce que nous nous imaginons que la perpétuation de l'Espèce est la seule "justification" réelle de la sexualité […].
(Ibid., p. 142.)

Le matérialisme assimile l'amour à une loi de reproduction qui est un leurre. Le désir est ressenti indépendamment d'une intention, et il tend à faire de deux êtres une entité unique - ou à les faire se refléter dans cette entité unique, androgyne ou gynandre, figure du Christ dans l'humanité ordinaire et quotidienne.

Duits n'explique pas le rapport entre cette union et l'effet objectif - la production d'un nouvel être vivant. Il ne prétend pas pénétrer les secrets de la nature, et rejetait plutôt la science moderne. Mais il s'avoue certain que cela n'est pas l'intention de la nature obscure: il conteste donc le darwinisme.

Cela réhabilite l'amour - et le sexe, lié à l'expérience mystique.

Certes, il ne l'est pas forcément. Il peut aussi être mécanisé d'une façon blasphématoire. Duits s'en prend fréquemment à la pornographie, dont il dénonce l'essence masculine et la violation, en elle, du sacré féminin. Elle est le reflet du matérialisme dans la vie sexuelle. Mais il s'en prend aussi à la religion catholique et à son obsession de la production d'une lignée, la disant ressortir à la pensée mécaniste, dans laquelle la femme a5f880a624519db8af8648622d1bfae1.jpgn'est qu'un objet, un outil de l'action masculine. Elle est niée en elle-même et dans sa volupté, qui pourtant est le secret de l'union spirituelle. À ce titre, il s'accordait avec la pensée moderne anticatholique – et avec le psychédélisme penchant vers l'érotisme qui se développait durant les années 1970, date d'écriture de son traité.

Pourtant il se liait, sans le savoir, avec un jésuite célèbre, Pierre Teilhard de Chardin, qui disait que l'union du couple dans le Christ - avec le Christ au milieu des deux amants, ou figurant un troisième unissant les deux autres -, était la première étape de l'accomplissement mystique de l'être humain. Il fit, lui aussi, de la femme l'image du monde auquel devait s'unir l'homme, pour lequel il devait éprouver amour et désir - comme s'il se fût agi d'une personne. La femme était un monde, et le monde était une femme!

Il ne fut, certes, pas concret dans ses figures comme Charles Duits. Il tendait bien à l'abstraction toute masculine de la religion catholique. Mais il tendit au féminin, à l'art, jusque dans ses pensées abstraites. Depuis l'Église catholique, il est l'un de ceux qui ont le plus tâché de toucher au féminin - au sexuel, même, jusqu'au point où le permettait son ordre.