06/07/2017

L'Homme-Météore et l'ombre de Fantômas

11f0173376491d09149580d845d1caa0.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable geste, nous avons laissé Robert Tardivel, alias l'Homme-Météore, alors qu'il avait des visions successives, et que la véritable nature du règne de Radsal-Tör se révélait à ses yeux. Son œil mystique, après avoir exploré un temple du futur dédié au sorcier et à ses maîtres secrets, perça le dallage et vit ce qui se tramait sous les sacrifices humains accomplis dans le temple.

Là, un théâtre d'ombres se jouait. Du sang était versé dans des coupes, et ces coupes étaient liées à des hommes qui avaient l'allure de machines, qui étaient ce qu'on nomme des robots - ou des cyborgs, il n'aurait su dire: il pouvait seulement remarquer qu'il s'agissait des mêmes êtres qui avaient combattu les guerriers de la Lune en obéissant au doigt et à l'œil aux mages protégés derrière leur vitre cristalline.

Des serviteurs à l'allure de gnomes disposaient leurs membres, les liaient à des tubes et à des câbles, et les mêlaient de pièces de métal. Des éclairs les traversaient, lorsqu'ils actionnaient des manettes ou appuyaient sur des boutons lumineux. Le contenu des coupes, relié à leur système veineux, était périodiquement versé dans leur corps. Les gnomes s'affairaient, et Robert ne distinguait pas leur visage. Ils étaient revêtus d'une sorte de bure brune, et leurs yeux seuls étaient visibles sous leur capuchon, car ils étaient rougeoyants, semblables à des lampes. Leurs mains, sortant de leurs manches, étaient longues, noires et décharnées.

Quelle engeance était-ce là, Robert n'eût le dire. Il fallait que ce fût un mystérieux croisement entre des hommes et des singes, un rabaissement de la nature humaine sous prétexte d'élever celle de chimpanzés. Des mécanismes étaient insérés dans leur corps aussi, sinon gt.jpgcomment expliquer, non seulement leurs yeux, mais aussi que leurs mains fussent traversées de fils de cuivre sur lesquels des étincelles régulièrement couraient? Ainsi étaient-ils à même d'œuvrer sur les cyborgs en servant de transmetteurs d'électricité. Ils étaient l'ouvrage d'un sorcier horrible, assurément, le fruit d'union sacrilèges et d'opérations blasphématoires!

Robert sentit de nouveau son estomac se retourner. Mais l'instant d'après, son regard plongea plus avant encore sous terre. Cette fois son œil mystique se trouvait dans une grande caverne. Il y vit, contre la paroi occidentale, enchaîné, un être immense et hideux. Quoique ses liens fussent très serrés, il tentait de se libérer, et agitait ses chaînes, parvenant à y créer du mou. Sa bouche ouverte, aux dents pointues et aux lèvres pendantes, poussait un perpétuel cri silencieux. Une écume noire en coulait, et en touchant le sol, elle fumait. Or, dans la vapeur, comme sortant de cette bave sombre, Robert vit surgir des êtres noirs, semblables à des ombres soudain épaissies, et ayant l'allure générale d'hommes. D'abord accroupies, elles se levaient, et même s'élevaient dans les airs, tournant et déployant des sortes d'ailes, semblables à celles des chauves-souris sans être exactement cela. De la fumée s'en échappait à chaque battement, et une odeur infecte s'en dégageait. Robert crut qu'il assistait à la naissance des démons.

Ces êtres continuaient à monter, et, à travers des fissures pratiquées dans le plafond, ils se répandaient dans la pièce supérieure, ou, par des tubes implantés dans le corps des cyborgs déjà décrits, ils pénétraient leur corps et lui donnaient force et vigueur. Et la lueur affreuse de leurs yeux de braise se plaçait ensuite dans les hommes-machines allongés et attendant le réveil et la vie des gnomes aux capuchons bruns. Telle était la machinerie immonde de Radsal-Tör!

Mais qui était l'être enchaîné dans la grande caverne? En regardant mieux, Robert vit que celle-ci était le reste ruiné d'une énorme salle princière, et que des statues gisaient brisées, représentant de drôles de créatures. Des cadavres de géants aux traits hideux étaient également présents. L'être enchaîné était-il leur prince vaincu?

Il approcha son œil d'éther de ce malheureux. Il tâcha de scruter son regard. Il avait les paupières baissées, comme s'il sommeillait. Sous ses paupières, 2cefcbd95a5fdf97331432303a47bc32 (3).jpgun filet de lumière rouge perçait. Il sembla à Robert que la même lueur brillait dans les yeux des cyborgs qu'il avait vu éveillés.

Il contempla cette lumière étrange, semblant vivre d'une volonté étonnante. Il s'efforça de croiser le regard du monstre, en allant sous son visage, qui était grand, et avait à lui seul la taille d'un homme. Des rayons s'échappant de dessous les voiles de peau le touchèrent, et, à ses yeux, des formes se déployèrent, et des sons étouffés vinrent à ses oreilles, comme s'il s'agissait de souvenirs enfouis.

Devant lui, dans cet éclat, un tourbillon de feu apparut. Des étoiles y tombaient, et s'éteignaient en jetant un dernier éclair, à la façon d'étincelles tombant dans une rivière. Il crut y voir le Soleil et la Lune y tomber aussi, mais cela alla vite, et il n'en fut pas sûr.

Au centre de ce tourbillon était un point noir dont s'échappaient des bouffées de haine.

Derrière Robert, cependant, une lumière vint, qui effaça quelque peu la noirceur de ce point central, et il entendit une voix curieuse dire: Voici, voici Mardon!

Robert ne savait ce que cela signifiait.

Son œil intérieur revint vers la pièce aux cyborgs, puis dans le temple au-dessus. Et Radsal-Tör était toujours là, assis sur un trône, présidant aux cérémonies abjectes, à la façon d'un grand prêtre. Et de nouveau Robert entendit la voix auparavant entendue; elle disait: Reconnais, reconnais Fantômas!

À ce moment, Robert vit une ombre ressemblant beaucoup à l'être enchaîné. Elle montait de l'obscurité située sous un rideau à demi baissé, derrière Radsal-Tör. Et venant de la droite de celui-ci, elle se mêla à lui et entra dans son corps, pénétrant par le giron. La puissance de Radsal-Tör en devint phénoménale, et son habit en prit un éclat nouveau, tout comme son œil, à son tour semblable par sa lumière à celui que Robert avait vu sous la paupière de Mardon. Et il lui parut que, dessous, celui-ci souriait, mais d'un sourire affreux, et que plus d'écume noire descendait encore de ses dents cariées, et qu'à ses pieds les ombres démoniaques se multipliaient. Mais ce ne fut qu'une vision brève.

Mais il est temps, ô lecteurs dignes, de laisser là cet épisode. La prochaine fois, nous verrons comment Robert Tardivel eut la vision distincte du Génie d'or, Solcum le Docte!

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