01/05/2017

L'Homme-Météore et le ballet cosmique

human-brain-embryo-and-individual-star-constellations.jpgDans le dernier épisode de cette série étrange, nous avons laissé Robert Tardivel, l'Homme-Météore, alors qu'il avait la vision d'une guerre cosmique entre des chevaliers de la Lune montés sur des oiseaux d'or et des guerriers de la Terre poussés par des feux qu'ils avaient sur leurs dos ou aux pieds, et que dirigeait l'ignoble Radsal-Tör. Il venait d'apercevoir le Génie d'or et Captain Savoy, parmi les combattants de la Lune.

Et Robert regarda encore, parmi les troupes lunaires, et il vit un autre guerrier qui attira son attention: il maniait un fusil étincelant lançant des jets de feu solidifié, et son corps était gainé d'un fin haubert noir, lisse et moiré, et ce qui ressemblait à un canon, mais ceint de rayons, et serti de fines pierres précieuses, se distinguait sur sa poitrine. Un autre guerrier, combattant non loin de lui, était jaune, et mince, et fin, et avait une cape vermeille, et Robert le voyait disparaître, puis réapparaître plus loin d'un coup, mystérieusement. Ce n'était point de l'invisibilité, car le déplacement était presque instantané. Curieusement, sa silhouette lui était familière. Aucun nom pourtant ne vint à sa conscience.

Un autre guerrier encore avait de grandes ailes blanches, et une armure argentée éclatante, et ses mains lançaient des rayons meurtriers, et un flamboyant saphir brillait à sa poitrine.

Une femme à l'armure dorée levait aussi son épée, et sa chevelure était de feu.

Les troupes de la Lune étaient moins nombreuses et moins lourdement armées. Parmi les ennemis au service de Radsal-Tör étaient des géants, et des hommes d'acier s'animant au moindre ordre que leur donnaient des mages, protégés derrière une vitre cristalline mais incassable, à l'intérieur d'un véhicule luisant. Ils leur parlaient à distance, et les hommes métalliques exécutaient ce qu'ils entendaient. Robert se demanda s'il s'agissait vraiment d'hommes, ou de machines qui en avaient l'apparence. S'il s'agissait d'hommes, le métal était imbriqué dans leurs membres. Des voyants lumineux, semblables à des joyaux, s'allumaient sur leur corps et dans leurs yeux, et jetaient des feux sur leurs ennemis.

Parfois des formes monstrueuses jaillissaient dans une gerbe de feu de leurs crânes luisants, comme s'ils fussent possédés par des démons, d'horribles spectres, ce dont Robert ne douta pas, car il avait, très vite, appris à se fier à ce genre de perceptions étranges. Ces hommes servaient d'hôtes à ces êtres, se dit-il. Mais l'instant d'après, il se demanda comment cela était possible, et si de tels êtres existaient vraiment, si versatile était-il.

Ces troupes de Radsal-Tör, extérieurement, paraissaient plus puissantes, plus rapides, plus fortes que les autres; mais, au combat,14355771_891254724352446_3425345596748330959_n.jpg leur vaillance était moindre. Les guerriers de la Lune étaient si gracieux, dans leurs mouvements, qu'ils paraissaient danser; et ils brillaient, étrangement, comme si des étoiles les habitaient, de sorte que leur danse semblait être le reflet de celui des astres, dans le ciel. Face à eux, pris en masse, leurs ennemis étaient pareils à une grande ombre qui se pressait autour de leur ballet, et que, quoiqu'elle fût énorme, ils parvenaient toujours à repousser, à traverser, à pénétrer de leurs pas. Les étoiles s'incarnaient en eux, et l'obscurité de la Terre était en les troupes de Radsal-Tör l'ignoble, c'est la pensée qu'eut Robert - et il avait raison, sans doute.

En lui il sentit monter une immense joie, et un élan lui donna le désir de combattre aux côtés de ces immortels étincelants, qui affrontaient des ténèbres plus vastes qu'eux, mais incapables de les dominer, tant leur courage était grand.

Or, son enthousiasme fut tel qu'il en fut comme ébloui, et qu'il cessa de rien voir.

Il demeura dans l'obscurité un certain temps. Puis, des lueurs vagues apparurent, et il distingua des formes. Cette fois, il avait, il en était certain, une vision de la Terre, mais dans ses parties cachées, sur lesquelles régnait Radsal-Tör. Cependant, il ne reconnaissait rien, et il eut le soupçon qu'il s'agissait de l'avenir, qu'il voyait, tel que du moins le rêvait l'affreux sorcier.

À ses yeux psychiques bientôt se dessinèrent d'énormes temples, au-devant desquels d'imposantes statues de Radsal-Tör avaient été érigées. Comme en transparence, l'intérieur des temples se dévoila, et Robert vit d'autres statues rutilantes du magicien et de ses lieutenants, plus fines mais plus belles, en matière plus précieuse qu'à l'extérieur. Sur les murs, des mosaïques en pierres brillantes représentaient des symboles, dont Robert ne reconnaissait pas le sens ni l'origine. gurr.jpgIl vit une cérémonie étrange.

Des hommes s'agenouillaient et se prosternaient devant des images de Radsal-Tör, colorées et transparentes, comme suspendues dans l'air à la manière de fantômes, et elles étaient animées et solennellement parlaient, lorsqu'elles en étaient priées, et qu'à leurs pieds on sacrifiait des êtres humains: car c'est ce que l'on faisait. Le sang coulait par des rigoles vers un trou, obscur et terrifiant, obscurci par une sorte de vapeur pourpre.

Robert ferma les yeux, épouvanté. Il en eut du moins le sentiment: car ce n'était point avec ses yeux de chair, qu'il voyait tout cela, mais il était comme dans un rêve. Il avait pour ainsi dire de seconds yeux, et pouvait décider à tout moment d'effacer cette vision, et de rouvrir ses yeux de chair, et de voir l'appartement de sa mère, où il se trouvait. Mais il décida de scruter encore le lieu maudit.

Il vit, par transparence, ce qui se passait dessous, ce qui s'étendait sous les dalles noires et lisses, brillantes et neuves vernies et douces, qui servaient de sol au temple.

Mais on ne saura que la prochaine fois, ô lecteur, quel théâtre d'ombres se jouait sous ce dallage. Une horreur nouvelle surgira.

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