24/01/2017

Saint Louis fait prisonnier

284bdf15681d41c78bbf5e1927ec0635.jpgDans le dernier épisode de cette geste crépusculaire, nous avons laissé saint Louis et ses cinq compagnons alors qu'ils combattaient des chevaliers-fées au nombre de sept, et que l'issue de la bataille devenait très incertaine. Le roi de France venait juste de refuser de se rendre et d'être raccompagné aux portes de la Terre périssable, parce qu'il pensait que défendre le royaume de Lënipeln du Mal revenait à empêcher que le royaume de France fût balayé par les éléments hostiles (la terre des immortels ayant pour ainsi dire une puissance causale).

Il était prêt, certes, à mourir pour la cause juste qu'il servait, et au service d'Ëtön, par qui les éléments étaient en équilibre, les dieux lui ayant donné cette prérogative, ayant confié à son sceptre cette puissance.

Les dieux, ou les anges, par l'ordre de Jésus-Christ, ainsi que Solcum le disait: car lui aussi croyait au Christ ressuscité, et qu'il était Dieu, lui avait-il assuré, même si les mots qu'utilisaient les clercs pour en parler lui semblaient étranges, et s'il n'aurait pas utilisé les mêmes. Mais il n'était en lui, ni en Ëtön, nulle hérésie, contrairement à ce qu'il en était d'ailleurs pour Ornicalc, qui haïssait le Christ et ne croyait pas qu'il fût celui qu'on disait. Les dieux justes, avait dit Solcum encore, étaient les anges du Seigneur, comme les appelaient les hommes de France, et ils avaient confié son sceptre à Ëtön avant de reconnaître qu'ils avaient le Christ pour chef, mais, bien qu'ils ne l'eussent point reconnu auparavant, déjà ils lui obéissaient, aussi étrange que cela paraisse. À cet égard, Louis ne devait avoir nulle inquiétude!

Le roi de France se souvenait de ces paroles qu'en privé Solcum lui avait dites, et il n'entendait pas se soumettre au Malin, qui, en ce monde, avait pris les traits d'Ornicalc et de ses sbires.

Saint Louis leva son épée, mais son ennemi, vif comme l'éclair, lui donna un coup de pied qui le surprit, et il tomba de cheval.

Il vit ses frères et ses compagnons jetés à bas du leur par les cinq autres chevaliers, et, même, Simon de Nesle transpercé, parce qu'il tâchait de se relever et d'appliquer un coup à celui qui l'avait mis à bas; l'autre fut plus rapide et Simon, malgré sa prière qu'on l'épargnât, fut frappé au cœur; la lame transperça le haubert en jetant des étincelles: elle avait des reflets jaunes étranges.

Puis le chevalier trancha la tête de Simon de Nesle, et Louis en ressentit plus de peine qu'on ne saurait dire.

Les autres chevaliers français furent chargés de liens, et on leur enleva leur heaume, pour les rendre plus vulnérables, et les mettre à merci de l'ennemi.

Louis à son tour fut ligoté. Le chevalier qui s'était adressé à lui dit: Maintenant, nous allons vous emmener auprès d'Ornicalc, qui décidera de votre sort. Tu aurais dû, Louis, accepter la reddition, car j'étais prêt à vous laisser vous en aller sans en référer à mon nouveau maître. À présent je choisis de vous mener à lui, puisque vous ne voulez pas vos soumettre.

Louis ne répondit rien. Il gardait la tête baissée. Il fut lié aux autres.

Les chevaliers mauvais créèrent avant de s'en aller un bûcher funéraire pour leur compagnon mort. Ils prononcèrent des paroles, afin de soutenir son âme et lui094626e0e530ca5d3ee52ea79971bc7e.jpg permettre de s'élancer vers l'ouest divin, vers le royaume des êtres célestes. Ils autorisèrent, à sa demande, Louis à donner à Simon de Nesle une sépulture chrétienne. Chargé de liens, les Français creusèrent une tombe, au moyen d'épées et de dagues, et ensevelirent leur compagnon. Ils lui adressèrent des prières et un adieu, et son épée fut plantée sur le tertre, à côté d'une croix que les chevaliers firent de deux branches qu'ils trouvèrent dans un bois qui se dressait auprès. Les six chevaliers-fées les regardèrent, attendirent, puis les emmenèrent.

Sur le chemin, Louis demanda au chevalier qui s'était le premier adressé à lui s'il croyait vraiment que son compagnon rejoindrait les êtres divins du ciel occidental, comme ils l'avaient chanté en leur langage, que Louis était parvenu à comprendre en partie. Ne craignait-il pas, au vu de ses péchés et de sa mécréance, qu'il allât plutôt en Enfer, dans le royaume de Satan?

Le chevalier mystérieux répondit qu'en aucun cas celui qu'il appelait Satan, et qu'eux appelaient Mardon, n'était leur ami, et qu'ils n'avaient fait qu'agir pour le bien du royaume de Lënipeln. Que fous étaient les mortels qui avaient suivi dans sa folie le sénile Ëtön.

Mais Ornicalc ne sert-il pas Satan en secret? demanda Louis.

- Ne parle point, pauvre Louis, de choses qui te dépassent, répondit le chevalier. Que sais-tu des mystères du monde caché? Le lien qu'Ornicalc et Mardon entretiennent est au-delà de ton entendement. Ne mêle pas tes paroles à ces secrets, si tu ne veux pas être l'homme le plus ridicule de toute la Terre.

Le cortège poursuivit son chemin. Devant étaient les Français, à pied, derrière les chevaux, et Solcum, toujours sur le sien, inconscient, était aussi emmené auprès d'Ornicalc par un des chevaliers.

Louis demanda s'ils ne pourraient, lui et les siens, récupérer leurs chevaux, et cheminer liés sur leur dos, pour leur épargner les grandes fatigues de la marche à pied. Alors le chevalier qui était le chef, et qui déclara se nommer Etacalün, rétorqua des mots profondément insultants, affirmant que les mortels ne méritaient pas de monter des chevaux, et surtout pas ceux que leur avait prêté Ëtön, qui étaient fils du vent. Qu'on ne pensât pas à renouveler cette demande, si on ne voulait pas être foulé aux pieds et battu!

Saint Louis demanda à Etacalün s'il avait un lien avec Ëtön et, s'il en avait, lesquel, et l'homme aux yeux de gemme, dont l'éclat vert et froid le précédait dans l'air, dit:10990020_1550832898534190_6403727288428129400_n.jpg Je suis des grands de Lënipeln et comme Solcum, neveu d'Ëtön, quoique je sois le fils de sa sœur, tandis que Solcum est celui de son frère. Ainsi sommes-nous cousins germains. Louis ne s'en étonna pas. Ils se ressemblaient. Mais les yeux d'Etacalün, s'ils étaient brillants, n'avaient pas la même chaleur, le même amour que ceux de Solcum: ils ressemblaient à des cristaux trouvés dans la terre, et même à de la glace. En les regardant, Louis frissonnait. Ils avaient la dureté des cœurs sans pitié, qui ne cherchaient, dans le monde, que leur propre profit.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et, pour la prochaine fois, de s'attendre à ce que saint Louis parvienne devant la terrible forteresse d'Ornicalc.

16/01/2017

Jean-Alfred Mogenet et les mystères de l'Afrique

 Je me suis souvent interrogé sur le lien profond et intime que Jean-Alfred Mogenet (1862-1939), mon arrière-grand-oncle, poète distingué en patois de Samoëns, 10340149_10152442591417420_7729825167950429902_n.jpgentretenait avec l'Afrique. Une chose en effet m'a frappé, ou plutôt deux, qui se croisaient. En premier lieu, si, dans son livre sur le Congo français (1898), il ne semblait pas avoir pour les mœurs locales une grande affection, les trouvant tristement prosaïques et dénonçant le tableau romantique qu'on en avait fait, il s'avouait néanmoins fasciné par les rites religieux animistes, les tambours, les flammes, les danses. En second lieu, dans sa poésie en patois, il est lui-même assez prosaïque, en un certain sens, car il n'a pour thèmes que des objets physiques.

On peut en effet traiter d'idées, comme cela se fait dans la poésie française, ou de mythes, comme cela s'est fait aussi. Or, typique de son temps porté au naturalisme, Jean-Alfred Mogenet ne prend ses sujets que dans le monde visible, dans les éléments statiques que les organes sensoriels confient à l'âme humaine: les vieux outils, les animaux, les objets religieux, les lieux spécifiques, humains ou naturels, symboliques ou liés au métier d'éleveur.

Ce triste matérialisme serait un obstacle à la poésie s'il ne s'efforçait pas de déceler l'âme de ces objets, leur personnalité - de leur en créer une, peut-être. Or, d'où vient-elle? De Dieu? Pas tellement. Le Gros Tilleul (l'arbre tutélaire du village) peut, certes, ressembler dans ses vers à un géant qui bénit, et en même temps être couvert de la gloire des saints. Mais il admet que, pour les vieux objets, ce sont les ancêtres qui leur ont donné leur âme: ils ont mis leur esprit dedans.

Immédiatement, j'ai repensé à ma visite du musée national du Cameroun, à Yaoundé, et à ma vision de ses fétiches-reliquaires, dont on connaît généralement l'existence: les statuettes contiennent les cendres des pères, et donc leur âme, et à ce titre guident les vivants, tels de bons anges. statue-africaine-statuette-africaine-eyema-byeri-fang-cameroun-gabon-guinee-equatoriale-1.jpgLeur image surgit dans l'âme des vivants et montre la voie à choisir, ou bien prévient des dangers.

Or, Jean-Alfred Mogenet parle bien de la vieille lampe à huile, éclairant les ancêtres, comme possédant le pouvoir de chasser les ombres intérieures et de guider sur le chemin du bien, qui mène à l'éternité.

Une fois seulement, il évoque l'esprit des pierres: les bergers l'entendaient, dit-il. L'élément terrestre a une âme aussi, qu'entendaient les anciens, qu'ils décelaient. Or, cela existe également en Afrique, puisque l'esprit des ancêtres y est lié à la Terre, y demeure volontiers - parmi les êtres élémentaires et l'esprit des animaux.

Jean-Alfred Mogenet va jusqu'à attribuer à ces derniers, en particulier les oiseaux, de nobles sentiments.

Avait-il été si marqué, à son insu, par son expérience africaine que l'esprit des objets et des pierres, après son séjour au Gabon, s'était révélé à lui, et qu'il avait pu en parler pour la Savoie même? Ce séjour a certainement été formateur, initiatique, quoi qu'il en ait pensé.

Il me souvient d'une pensée de Rudolf Steiner, affirmant que l'apparent hasard conduisait souvent aux endroits où, dans une précédente vie, on avait connu une initiation importante. Serait-il possible que mon ancêtre, dans une précédente vie, ait été lui-même gabonais? Qu'il se soit initié en Afrique aux mystères de l'esprit des ancêtres, et que cela se soit réveillé durant son séjour à Lastourville?

Cela expliquerait aussi son rejet des mœurs locales, puisque, pour cette vie, il a choisi de naître parmi des paysans certes liés à la terre et à ses êtres élémentaires, certes liés aux ancêtres et à leurs esprits, mais jardin-botanique-alpin.jpgdes paysans tout de même catholiques, et soumis aux règles du mariage monogame. Son évolution l'y avait conduit, peut-être.

Ainsi, dans une langue d'origine latine, le langage de Samoëns - mais une langue d'origine latine utilisée par les paysans et donc proche de la nature, pas rendue abstraite comme le français -, il a pu, éveillé à la vie des esprits élémentaires et ancestraux, composer une poésie animant de l'intérieur les objets apparemment les plus inertes et les plus dénués d'âme. Le patois a été le moyen, pour lui, de mêler son expérience africaine, récente ou issue d'une vie antérieure, ou les deux à la fois, à l'état d'esprit catholique de la montagne, puisque l'origine latine du savoyard renvoie bien à la religion chrétienne répandue depuis Rome.

Samoëns, à l'origine, est une colonie burgonde, de Germains convertis au catholicisme. On aurait tort de croire que seul le français est chrétien: les langues régionales le sont aussi. Elles le sont même parfois plus sincèrement, plus viscéralement, comme l'atteste l'œuvre de Frédéric Mistral.

Les poèmes en patois de Jam, comme il se surnommait, sont en tout cas disponibles dans une édition bilingue, avec une préface de ma modeste personne, aux éditions Le Tour, à un prix défiant toute concurrence, et je conseille à tout le monde de se les procurer!

08/01/2017

Captain Savoy et le refuge du Grand Bec

path_to_duat__osiris_funeral_by_wang2dog-d9iafd6.jpgDans le dernier épisode de cette geste magistrale, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il fuyait le Fils de la Grande Pieuvre vers le sud et l'est - tentant de rejoindre sa base du Grand Bec -, et l'Homme-Cygne alors qu'il venait de retourner dans le royaume des fées du Léman, où l'attendait sa mère, la reine.

Talanel et Olosmel étaient arrivés, eux aussi, et, avec les nymphes de Nalinë, et les sages dont les jours ne se comptaient plus, il s'occupa des blessés et entreprit de les soigner du mieux possible. Les morts, au nombre de cinq, furent pieusement placés dans des cercueils de cristal. Des chants furent prononcés, pour que leur âme s'en aille loin dans le ciel, et rejoigne le royaume du soleil. On les enjoignit, si elles pouvaient entendre, de suivre l'astre du jour dans sa course et rejoigne en même temps que lui le Séjour Divin.

Là, pensait-on, des fontaines d'eau pure leur rendraient la vie. Ils y seraient plongés, y seraient nettoyés de leurs péchés, et retrouveraient un corps, qui serait fait de diamants, et ajouterait à la beauté des astres. Semblables à des dieux, ils veilleraient désormais sur ceux qu'on appelle les vivants, mais qui vivent sur la Terre périssable. On leur rendrait hommage, on leur sacrifierait des chants, des pensées.

En vérité, n'avaient-ils pas été vaillants? N'avaient-ils pas péri au combat, offrant leur vie pour servir leur dame divine et aider les hommes mortels, pour secourir Captain Savoy et honorer l'amitié que lui vouait leur prince l'Homme-Cygne? Or, leurs noms étaient: Pelistë, Dolcan, Milder, Coranis, Dolcë.

Coranis était une guerrière pleine de courage, aux cheveux soyeux, aux yeux d'or. Les autres étaient des hommes braves, aux membres gracieux et à la volonté puissante, aux jambes agiles et aux bras habiles. Ils avaient porté glorieusement leurs armures, qui toujours étincelaient, même sous les nuées de l'orage, même à la clarté des étoiles.

Leurs mères et leurs pères les pleurèrent, et on fit partir leurs corps sur une rivière mystérieuse, qui, coulant du royaume de Nalinë, s'en allait vers des routes inconnues, et, pensait-on, rejoignait la lune, lorsqu'elle se levait. Et ces corps attendraient là leurs propriétaires, attendant d'être repris, pour que des actions pussent être accomplies non seulement dans le Ciel lointain, mais sur Terre.

Mais il s'agit d'énigmes profondes, et plus d'un philosophe pourrait se plaindre d'obscurités et de contradictions; aussi laisserons-nous là ce chapitre.

Nous dirons seulement ceci: Nalinë, la nuit suivante, eut une vision. Elle distingua, dans la lumière, les cinq héros, accueillis par Alar, et conduits par lui auprès de Dordïn son père, dont le règne, au sein du quatrième tumblr_nazplhYcCe1tkucflo3_500.pngciel, est sans âge. Les guerriers de sa cour, que les hommes nomment les anges, célébrèrent leur venue, et une consolation vint à leur cœur, d'avoir délaissé la Terre et la cour de Nalinë, leur cher royaume du Léman, leur claire cité genevoise!

Et, dans le Ciel, voici qu'ils virent leurs belles actions briller, et elles leur faisaient fête, à la façon de fées riantes, les enlaçant avec chaleur. Autour d'eux montèrent les larmes versées par leurs proches, lors de leurs obsèques, et elles étaient devenues des perles d'or, que leur offrirent les fées, et qui les rendirent plus glorieux encore. Sur eux elles furent des colliers, des bijoux.

Nalinë raconta encore que ces cinq eurent des places d'honneur dans le royaume de Dordïn, et que de puissants trônes leur furent donnés, et des palais splendides, et qu'ils accompagnèrent Alar dans ses chevauchées, qu'ils combattirent dans ses troupes les êtres rebelles qui tâchaient de s'emparer du Ciel, et qu'ils y firent merveille, comme ils avaient fait sur Terre!

L'on pleura, de nouveau, et on fut secrètement joyeux. Puis l'oubli vint, et les chevaliers de Nalinë vaquèrent à d'autres occupations.

Captain Savoy atteignit comme il le souhaitait sa base du Grand Bec, et s'y enferma. Là ne craignait-il nul assaut: les portes étaient trop épaisses, et trop bien gardées par les génies des montagnes. La fée du Grand Bec était son amie, commeGoat_by_Fel_X.jpg celle du mont-Blanc, et ses forces le protégeaient. Les monstres des plaines, les démons des vallées ne pouvaient point y monter.

Mais il ne pouvait pas davantage sortir de cette base qu'il ne l'avait pu de celle du Roc de Chère. Il y fut seulement plus en sûreté, et condamné à un ermitage durable. Il passerait l'essentiel de son temps à éduquer et à initier ses disciples non encore mûrs, et aussi à enseigner aux autres ce qui leur restait à apprendre. Ainsi la base du Grand Bec demeura-t-elle célèbre comme ayant été l'école initiatique de Captain Savoy.

Celui-ci se fit rapidement aider par l'Amazone céleste, qui parvint à maturité à une allure remarquable, qui l'étonna, et en même temps l'inquiéta. Car cela montrait beaucoup de feu, en elle, mais il menaçait de la consumer. Toutefois l'aimait-il, la chérissait-il d'une façon toute particulière, et enviait sa beauté et sa jeunesse, qui la faisaient pareille à une fée des sommets, n'ayant jamais laissé entrer en elle d'impureté.

Il attendait, aussi, l'Elfe jaune, son premier disciple, et comptait sur sa puissance, voire sur celle de Momölg, l'homme-bête qu'il avait éduqué et dont il avait ouvert le front - dont il avait rappelé à la surface l'humanité enfouie. Mais il le savait encore dans le royaume d'Amariel, et qu'il y subissait une initiation spécifique, dont il avait besoin: dont sa destinée lui offrait la nécessité.

Mais voici l'heure, ô lecteur, de laisser là ce chapitre, et de renvoyer au prochain, dans lequel on connaîtra l'adoubement de plusieurs disciples, qui reçurent le titre de héros, ou de chevaliers.