23/12/2016

Les doutes de l'Homme-Météore

12963798_10206267501422749_6149065492417300875_n.jpgDans le dernier épisode de cette geste terrible, nous avons assisté à un étonnant mystère: Radsal-Tör a parlé à Robert Tardivel depuis le fond d'une vision qu'il avait. Or, il le menaçait. Mais il changea bientôt de ton, rusé comme il était. Il poursuivit son discours:

Mais je vais te laisser une chance. Je veux te donner un choix, et une voie, pour t'en sortir. Tu peux encore revenir sur toi-même, et prendre conscience que tu as suivi des fous et des menteurs, que tu as choisi le mauvais camp! Tu peux en changer, et intégrer mes troupes.

Avec ton courage et ta force, tu feras un vaillant capitaine. Je te donnerai des gens, et tu pourras bâtir avec moi un empire, dans lequel les hommes réellement seront libres! Tu deviendras l'un de mes principaux compagnons, et en mon nom tu dirigeras Paris, mais à ta guise, et pour y faire le bien que tu rêves: car ai-je d'autre ambition, que de voir les hommes accomplir ce qu'ils veulent, réaliser leurs rêves, et rendre célestes leurs cités terrestres? Que de devenir eux-mêmes des dieux, immortels, luisants comme des étoiles?

Je le pressens, hélas: tu ne feras rien! Tu es trop stupide. Au lieu de connaître la gloire dans le sein de l'Absolue Divinité, tu préféreras suivre tes anges égarés, tes elfes planétaires qui suivent eux-mêmes de dangereuses lubies. Au lieu de te fondre dans la lumière des cimes galactiques, tu préféreras continuer à t'occuper de choses misérables, à compatir pour des êtres méprisables. Au lieu de te voir entouré de nymphes splendides dans une cité sublime, au lieu d'être aimé des êtres les plus rutilants de l'univers, tu courras au gouffre où t'emmènent tes amis ineptes! Au lieu de t'oublier toi-même, avec tous tes malheurs, sur leur sein rayonnant et pur, tu préféreras te pencher sur les immondices dont se repaissent tes guides infâmes et que produit l'humanité dévoyée actuelle! Au lieu de rencontrer mille merveilles pleines de délices, tu préféreras rester dans tes pensées bassement terrestres, dans le Viejos_comiendo_sopa.jpggoût de l'utilité pratique et des biens passagers du monde. Tu iras vers des pauvres dénués de dents, à la bouche informe, et tu perdras ton temps à t'occuper d'eux, à les protéger du froid, du vent, de ce que décide d'envoyer sur eux l'Absolue Divinité – te faisant ainsi son ennemi, par fausse bonté, et illusoire. Tu prendras plaisir à voir rire ces ruines d'hommes, parce que tu aimes la laideur et la niaiserie.

Mais, si tu viens avec moi, un grand destin t'attend! N'hésite pas, n'hésite plus. Je t'offre les merveilles de la Terre, la beauté, la richesse, la joie, la volupté, la gloire, la grandeur! Tu deviendrais tel qu'un dieu, aux yeux des autres, comme je le suis moi, déjà, auprès des privilégiés qui me connaissent! Tu entrerais dans la pointe suprême de l'univers, celle du vide empli de splendeur, et tu verrais les clartés t'embrasser comme des amies! Entends-tu, idiot? Tu n'es rien. Donne-toi à moi, donne-toi à tous, donne-toi à l'Absolue Divinité, et tu seras sauvé! Ou bien meurs, comme un chien. J'ai dit.

Radsal-Tör alors se tut. Il sembla attendre, guettant la réaction de Robert. Celui-ci hésitait. La peur l'avait saisi, et le doute, et il se demanda si on ne s'était pas joué de lui, et si les êtres étranges qui l'avaient revêtu de son armure n'étaient pas, en réalité, mus par la naïveté et l'égoïsme. Il les avait pris pour des anges, mais en était-il ainsi? Ils pouvaient bien n'être que des extraterrestres ignorant les grands mystères cosmiques, et demon_king_1920x1080.jpgun peuple impie; Radsal-Tör pouvait bien, lui, être le prêtre incompris de la vraie divinité, celle qui trône au sommet des cieux et sans qui rien n'advient.

Il se représenta la volupté des bienheureux dans la lumière qui irrigue toute chose et au-delà des étoiles règne seule, et les anges à visage de femme qui y vivent et y servent les saints inégalés.

Mais il se souvint, aussi, de sa mère. Il la revit, en lui-même, sur son lit, souffrante, et l'aimant. Il revit, également, les administrés du douzième arrondissement de Paris, qui venaient le voir en pleurs, ou l'air triste, et qu'il aidait de son mieux. Et puis lui revinrent en mémoire ses collègues, et la belle Aude Tiguet, aux cheveux bruns soyeux, qui lui souriait et apparemment l'appréciait.

Il se souvint, encore, de ces autres collègues qui étaient méprisants et tiraient orgueil des reproches qu'ils pouvaient lui faire; alors son âme s'assombrit. Il repensa aux Parisiens agressifs, froids, ou coléreux qui s'adressaient à lui et l'accusaient de ne pas les servir correctement, lui qui était payé avec leurs impôts! Et il se représenta, à l'opposé, le ciel divin, et les griffons qui portaient les saints hommes, et les emmenaient, sur leur dos d'or, entre leurs ailes de feu, dans de fabuleux pays - et il se demanda d'où venait 648c34f6f3be2b0d205d47959d1a9503.jpgcette image, car Radsal-Tör n'en avait point parlé.

Lui envoyait-il des pensées à distance, sans user de la parole? Avait-il ce pouvoir? Ou lui-même avait-il eu une vision, une révélation?

Il imagina ce que serait Paris dirigé depuis la tour secrète de Radsal-Tör, et soumise à sa volonté de fer, et tous les Parisiens contraints de lui obéir et de suivre ses préceptes, et la ville parfaitement réglée, et les mœurs purifiées, et les conflits abrogés, les individus s'effaçant au profit d'un principe plus élevé, collectif et universel.

Mais il vit Radsal-Tör à l'intérieur de sa tour, hilare, fier de lui-même, régnant sur les hommes, les foulant aux pieds joyeusement, et ne faisant de son côté que ce qu'il voulait, s'entourant de femmes jeunes et belles arrachées sous divers prétextes à leurs parents, à leurs maris, à leurs fiancés, et les traitant ainsi que des esclaves, et faisant mourir de jeunes hommes pour son plaisir, quoiqu'il invoquât les nécessités de sa sécurité, sacrifiant ainsi une jeunesse à sa folie. Il le vit tenter d'acquérir de nouveaux pouvoirs en immolant des êtres vivants, des êtres humains, et y parvenant, et sa magie devenir pareille à la puissance d'un dieu, et lui donnant la faculté de jeter des éclairs de ses mains, de s'élever dans les airs dans la gloire d'une clarté éblouissante, et défier le ciel et le parcourir sans scaphandre, entouré d'une bulle d'air qui lui conférait les moyens de vaincre les hauteurs. Ce pouvoir était utilisé à mauvais escient, car il exigeait la soumission absolue de tous, et promettait en échange de grandes prérogatives, mais il accroissait surtout les siennes.

Mais cet épisode est déjà bien trop long, ô cher lecteur, et la prochaine fois seulement nous connaîtrons la décision de l'Homme-Météore, face à ces tentations de Radsal-Tör; nous le verrons reprendre son armure étincelante!

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