20/10/2016

L'Homme-Météore face à Radsal-Tör

517ad67ce793274a0aa2e0b33ff73636.jpgDans le dernier épisode de cette inquiétante série, nous avons laissé Robert Tardivel, alter ego de l'Homme-Météore, alors qu'il avait la vision d'un paysage incroyable, par la fenêtre de l'appartement de sa mère, et qu'il venait de distinguer une porte dans une sorte de château aux formes irrégulières, ressemblant à un grand cristal noir, hérissé de pics, de flèches.

Soudain, sous les yeux de Robert, cette porte, qui pouvait être aussi dite une trappe, lentement et doucement s'ouvrit, en suivant une direction oblique des plus curieuses. Elle était telle qu'un panneau qui silencieusement glissait dans la pierre, laissant place à une obscurité compacte, comme tout entière habitée par une haine vivante qui guettait Robert de sa force indicible, et qui débordait de l'ouverture, ou aspirait à en jaillir. Ces ténèbres étaient bizarrement tendues, comme si elles eussent été faites de métal, comme si elles se fussent cristallisées dans le plomb.

Pourtant, il sembla à Robert que, tout au fond, des éclairs jaillissaient, comme une électricité courant le long des parois de ce gouffre.

Pareille à une fumée, l'obscurité soudain déborda, s'avançant lentement vers Robert, et se déployant en un corps vague muni d'ailes. Deux points brillants se montrèrent, rayonnant depuis une tache noire qui parut être la pupille d'un regard. Aux extrémités du corps, devant les grandes ailes, des flux semblaient être des bras, et des mains s'étirèrent en faisant jaillir, des doigts, de fins éclairs, qui étaient bleus et formaient des faisceaux.

Cet être volant, vivant, ne se répandit pas de façon égale sur le pourtour de l'ouverture: il s'élevait, plutôt, et se dirigeait clairement vers Robert Tardivel, l'Homme-Météore. Il progressait lentement, mais sûrement, et, bientôt, Robert vit comme s'ouvrir une gueule, sous les taches de lumière qui étaient des yeux, et ses cheveux se dressèrent sur sa tête. Une épouvante sans nom l'étreignait, et il se demandait comment échapper à un tel monstre. De cette gueule ouverte sortait comme une puanteur physique, comme une odeur qui le ceignait et l'absorbait, et qu'il voyait assombrir l'air autour de lui.

Mais, au fond de cette bouche immonde, il vit soudain un visage, et il sut instantanément, quoiqu'il ne l'eût jamais vu, qu'il s'agissait de Radsal-Tör. Il le regardait, lui aussi, de ses yeux étincelants, brûlants, pareils à des braises.

Il ressemblait à un homme venu d'Orient. Sur son front était un lourd capuchon noir, et à son menton pendait une longue barbe, touffue et ténébreuse, cachant sa poitrine et se confondant avec l'obscurité de la gueule du monstre. Son nez était long et droit, marquant une volonté de fer, et voici! il se mit à parler, et sa voix gutturale résonnait de façon bizarre, comme si elle venait de plus loin que celui qui la possédait. D'ailleurs les lèvres bougeaient peu, et on eût pu croire à une ventriloquie, et que le visage ne fût qu'un masque. Mais la peau, très blanche, luisait, comme recouverte de gouttes de sueur, ou d'huile, et palpitait au son de la voix. Les yeux brillaient d'un éclat changeant, comme s'ils accompagnaient de leur feu les paroles plus ou moins âpres et menaçantes de l'être abject.

Or, Robert l'entendit lui dire ceci: Qui que tu sois, où que tu sois, je t'ai retrouvé. Qui échappe à Radsal-Tör? Tu as osé t'attaquer à lui, il t'en cuira; tu as osé t'en prendre à ceux qui accomplissaient ses volontés, tu en souffriras plus que tu n'as jamais souffert; tu as osé combattre ses meilleurs guerriers, tu le paieras. Attends-toi au pire! Radsal-Tör ne laissera pas impunie ton insolence.

Son but est clair: éradiquer, de la surface de la Terre, tous ceux qui empêchent son action en faveur de l'Absolue Divinité. Il la représente. Qui représentes-tu, toi? Les pantins célestes qui, je suppose, t'ont donné tes pouvoirs? Ces minables extraterrestres venus d'une autre planète et qui, après avoir colonisé la Lune, prétendent imposer Wojtek Siudmak 05.jpgleur loi à la Terre, sans pour autant oser s'y impliquer – voyageurs cosmiques qui butinent d'astre en astre et qui se croient les envoyés d'une divinité solaire qui n'existe pas! Car je connais les êtres solaires: ils ne sont que les instruments de l'Absolue Divinité. Mais eux prennent l'un d'entre eux pour un être à part entière, disposant d'une sagesse infinie. Ah! les fous! Ils ne voient pas que cette sagesse n'est qu'un reflet passif de celle de l'Absolue Divinité, et qu'ils adorent une paroi vide, un miroir dénué d'âme!

Ils utilisent les êtres humains comme des marionnettes au nom de ce pantin qu'ils divinisent, et ils prétendent les libérer des lois iniques de l'Absolue Divinité, sots, fourbes qu'ils sont! Je les hais, et te voici leur chose, leur esclave, car ils t'ont volé ton âme, et ils ont fait de toi une sorte de robot sans conscience – pareil à l'être qu'ils adorent et sur lequel ils projettent leurs pensées folles!

Sache-le, imbécile! Désormais tu n'auras plus nul répit, et la vigueur de mon pouvoir et la force de mes troupes te poursuivront jusqu'au bout de la Terre, s'il le faut, mais tu périras! Lorsqu'ils en auront fini avec toi, il ne restera de ton corps et de ton âme qu'un amas de cendres et une vague fumée.

Bien que ce discours effroyable ne soit pas terminé, c'est sur ces menaces immondes que nous abandonnerons pour l'heure cette geste de l'Homme-Météore. La prochaine fois, la fin du discours et les doutes du héros sont exposés au grand jour. Car voici, Radsal-Tör lui promettra monts et merveilles, et il sera troublé. Mais que nul ne doute de lui, d'ici là! Qui n'a jamais connu une faiblesse? L'Homme-Météore reste un héros grand!

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