15/06/2016

La mère de l'Homme-Météore

10404183_894029610693053_3998527883988506175_n.jpgDans le dernier épisode de cette furieuse série, nous avons laissé notre héros au moment où il venait de s'envoler d'un toit d'immeuble, où il était tombé après avoir été frappé par un éclair parti du nord de Paris alors qu'il se tenait sur un tapis volant.

L'Homme-Météore chercha des yeux le tapis. Il ne le vit nulle part. L'attaque dont il avait été victime avait bien fonctionné. Il n'était plus en mesure de remonter à la source du méfait qui s'était commis.

Il vola quelques minutes autour de l'endroit d'où il lui avait paru que l'éclair était parti lorsqu'il avait été frappé, mais il ne put déceler aucun indice. Le repaire du sorcier était bien caché, ou les bâtiments qui abritaient ses armes, tout au moins.

Il décida de reprendre son identité habituelle et se promit de mener l'enquête sous les traits anodins de Robert Tardivel: car sous son apparence d'Homme-Météore, il craignait d'être vu et que cela ne fît jaser, et l'empêchât de mener une enquête saine.

Ses pouvoirs de vision ne lui permettaient pas de déceler la source cachée du pouvoir de Radsal-Tör; sans doute un sort était-il tissé autour de sa base, ou de ses relais. Mais les voies d'investigation d'un simple mortel ne seraient pas arrêtées par ce sortilège. Utilisant la froide raison, elles passaient pour ainsi dire par dessous. Aussi, grâce à des indices pourrait-il établir des pistes, qu'ensuite il éclairerait comme Homme-Météore, exploiterait comme héros pour arrêter le Mage Noir, et l'empêcher de nuire. Car il était sûr que l'être qu'imprudemment l'un des guerriers ninjas avait nommé comme étant son maître, était le sorcier qui les avait formés et dirigés, et par eux avait tâché d'enlever des femmes pour d'obscurs desseins.

Il rentra en direction de chez lui, se posa sur le toit de son immeuble, et baissa la tête. Le costume-armure le quitta, ainsi que la force qui depuis sa métamorphose remplissait son corps; il redevint Robert Tardivel.

Il emprunta la trappe permettant d'accéder au toit, et descendit les trois étages qui le séparaient de son appartement. Il ouvrit la porte, et fut tout heureux de voir que chez lui tout était à la même place, rassurante et ordinaire. Il avait l'impression d'avoir vécu un rêve, et se demanda s'il n'était pas devenu fou, et s'il n'avait point été victime d'une hallucination. Il s'assit dans son canapé, et même bientôt s'y étendit: il était effroyablement fatigué, comme s'il n'avait pas dormi depuis deux jours. Il n'eut pas le temps de gagner son lit: il s'endormit.

Quand, le lendemain matin, il se réveilla, il était déjà plus de neuf heures. Or, il était lundi, et il était attendu au bureau depuis une demi-heure: le téléphone sonnait. Il décrocha. C'était la secrétaire de cabinet de la mairie, chargée de lui demander s'il était malade. Il fut tenté de dire: Oui, mais il répondit qu'il arrivait incessamment, qu'il avait eu un coup de fatigue mais que cela irait mieux rapidement - il en était certain. Il s'excusa de son retard puis raccrocha. Il se précipita dans sa salle de bain, se rasa, se brossa les dents, et, sans prendre le temps de boire un café, courut vers son bureau, qui ne se trouvait qu'à deux rues. Il arriva essoufflé, s'excusa une nouvelle fois, et s'assit, déjà concentré sur ses tâches administratives habituelles. Un administré d'ailleurs arrivait, demandant le formulaire nécessaire à l'établissement d'une nouvelle carte d'identité. Il le lui donna. Et la journée se poursuivit ainsi.

Elle s'arrêtait à cinq heures. Lorsqu'elles sonnèrent, il rangea son bureau, prit son manteau - et il s'apprêtait à rentrer chez lui quand il se souvint que sa mère n'avait pas de nouvelles de lui depuis la veille. Il fut du reste étonné de n'avoir reçu aucun coup de téléphone d'elle dans la journée. Elle ne se gênait pas, 32991629.jpgd'ordinaire, pour l'appeler au bureau. Il se précipita vers son téléphone, et composa le numéro. À l'autre bout du fil, seul le répondeur se fit entendre.

Il se précipita chez elle, prenant le métro jusqu'au château de Vincennes. Il longea le square Jean Jaurès, prit la rue Lejemptel, et sonna longuement à sa porte, au numéro dix-huit, dont elle occupait le premier étage. Finalement, elle répondit à l'interphone, et lui ouvrit. Il monta, et entra: la porte était entrebâillée. Il se rendit dans le salon, et la vit sa mère, Josiane Tardivel, née Delécret, allongée sur son canapé, dans sa chemise de nuit, sous une couverture; la télévision était allumée, mais le son en était bas. En ce soir d'automne, l'écran projetait de la lumière, à peine balancée par une lampe de chevet, posée sur un guéridon près de la tête de madame Tardivel. Un livre était par terre; il s'agissait des Misérables de Victor Hugo.

La mère de Robert avait le bras droit sur les yeux. Il lui demanda: Cela ne va pas, maman? Elle répondit, faiblement, et lentement, après un temps: Pas très bien.

- Que se passe-t-il? reprit Robert.

Mais pour le savoir, ô lecteur, il faudra attendre une fois prochaine. Alors nous en saurons plus sur l'étrange état de Josiane Tardivel, et seront présentées ses visions.

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