28/04/2016

Captain Savoy et les monstres hybrides

127ee31ec6b87a4b442f13983fd089d6.jpgDans le dernier épisode de cette série mêlant super-héros et fantasy (et, même, science-fiction), nous avons laissé Captain Savoy, ses dix disciples et l'Homme-Cygne alors qu'ils venaient d'apercevoir les chevaliers-marins de la Dame du lac Léman, venus les secourir sur le lac d'Annecy. Les nefs qui les transportaient, semblables à des cygnes, émerveillèrent le génie de la Savoie, qui pourtant avait vu bien des choses interdites à l'œil mortel.

Captain Savoy se souvint du chant qu'il avait entendu, la première fois que des mortels avaient aperçu ces grands cygnes éclatants de blancheur, ces nefs pleines de majesté:

L’aube à présent sème aux vents ses cent roses:
Au fond du val tombant, elles se posent
Sur du cristal dont s’élève un brouillard;
Là le soleil redevient sur l’argent
Cet orbe d’or qu’un ange fut forgeant
Et dont les feux sont du monde le fard.

Sur le lac pur, sous des monts d’émeraude,
À l’heure où l’eau paraît être plus chaude,
Un cygne glisse et s’avance sans bruit;
Il vient des bords où l’on voit des roseaux,
Et son éclat, en nageant sur les eaux,
Rend pâle un jour soudain tel que la nuit.

Sous son plumage illuminant les airs,
Naissent des feux dorés sur les flots clairs:
Son corps y fait des sillons de lumière.
L’oiseau n’est pas de l’univers mortel:
Il a franchi le seuil d’un portail tel
Que sa clef seule a le prix de la Terre.

Un jeune poète l'avait composé, ébloui par cette vision. Et Captain Savoy l'avait entendu le dire, quand ses mots avaient résonné sur les flots.

Et il lui semblait encore en percevoir l'écho, et voici! il se surprit à le murmurer à son tour. Car même lui, qui avait parcouru les mondes, qui avait séjourné dans le Palais de la Lune, était émerveillé par cette beauté, cette splendeur des nefs pareilles à des cygnes et dont, d'emblée, la première fois qu'ils les avaient vues, les hommes avaient saisi qu'elles pouvaient emmener au delà des limites de la Terre et sur les routes du Ciel, Teleri_Ships_Drawn_by_Swans.jpgfaisant aborder aux divins rivages où vivent les êtres éternels. Ne venaient-elles pas, de fait, de la mer de la Lune, au bord de laquelle s'élève le palais d'Ordolün où Captain Savoy même s'était rendu, et marié?

Cependant l'Homme-Cygne, déjà reconnaissant les siens, s'était élancé, et, appuyant leur assaut, s'en était pris directement à un monstre hybride de grande taille, muni d'ailes de chauve-souris, et au visage noir et hideux, aux yeux de braise: il se nommait Orcatis et était fils d'une mortelle et d'un géant des profondeurs, et il avait été conçu dans les chambres du Fils de la Pieuvre, qui avait permis cette infâme union, et qu'il en sorte un rejeton, par sa magie. Il avait dans sa main un trident, et sur son corps un haubert rouge, avec des lames violettes; et du feu était sur son crâne aux oreilles pointues, formant une crête oscillante.

L'Homme-Cygne jeta sur lui une rafale de feu cosmique, par le pouvoir qu'avait donné à ses mains sa mère, et, comme il savait que cela ne suffirait point à le vaincre, que cela ne ferait que l'étourdir, s'élança dans la foulée pour lui asséner un coup énorme de son aile argentée. Des étincelles jaillirent, et le monstre poussa un cri, mais il ne fut pas tué; un sang noir jaillit de sa bouche, mais ses yeux s'allumèrent d'un feu féroce, et il leva son trident: un éclair jaillit, qui frappa l'Homme-Cygne sur la poitrine. À peine son haubert d'argent put-il protéger son corps; s'il n'avait pas, au dernier moment, fait tourner son buste, afin que l'éclair y rebondît sans le percer, il eût à coup sûr reçu une plaie mortelle.

Captain Savoy, voyant son ami s'élancer, fit de même. Bien lui en prit. Car il eût pu être accusé d'ingratitude et de déloyauté, s'il ne l'avait pas fait. L'Homme-Cygne, en effet, était assaili par deux autres hybrides pareils à des géants, et il ne fallut pas trop de la lance de Captain Savoy pour le dégager: il atteignit l'un de sa pointe, lui perçant l'épaule au moment où il se retournait vers lui pour se défendre, et l'autre d'un rayon sorti de son anneau, qui le blessa lourdement au visage, lui crevant l'œil qu'il avait entouré d'un heaume brillant, de couleur bleue.

Et pendant ce temps les chevaliers de Nalinë s'étaient tous élancés sur le Fils de la Pieuvre, l'avaient recouvert, comme des abeilles recouvrent l'homme qui s'enduit de miel à proximité de leur ruche. Ils l'abreuvaient de coups, mais qui ne l'entamaient pas vraiment, qui ne faisaient que l'exciter et le mettre en colère. Et il les balaya: il les repoussa les uns après les autres, tuant plusieurs d'entre eux de la hache qu'il avait saisie, un autre de ses longues griffes, pareilles à des dagues, un autre encore de sa queue, qui le transperça comme une lance, car elle était pointue au bout, et dure comme du fer.

Mais sur ces mots, ô lecteur, il faut laisser là cette bataille; ce sera une prochaine fois que nous verrons comment Captain Savoy put fuir sans pertes parmi ses disciples, l'ennemi demeurant trop puissant, et s'en aller vers son imprenable base du Grand Bec.

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