27/03/2016

Momulk: la mort de la Nymphe

jaimie-alexander-wonder-woman-640x435.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé la belle Ëtilred alors qu'elle avait entendu une voix mystérieuse et séductrice l'inviter à libérer Fomal pour qu'il l'aide à retrouver son aimé, le malheureux Ostolcün, plongé avec Mardon dans l'abîme de la Terre.

Etilrëd, écoutant l'ombre de son aimé, délia les liens de Fomal; elle fit tomber ses chaînes. Puis elle ouvrit la porte de sa cage: la déverrouilla. Fomal alors bondit, et Etilrëd comprit sa folie: car, derrière le monstre, elle vit l'ombre d'Ostolcün se déformer, la lumière qui l'emplissait se dissiper, ou plus exactement se résorber dans le feu d'une torche qu'un démon hideux portait. Il la brandissait de la main, ou de ce qui en lui ressemblait à une main, et qu'un mortel n'eût pas appelé tel. Et il riait, et ses yeux pleins de malice étaient d'une grande cruauté, et dans un éclair il s'envola et disparut dans la nuit, emportant sa torche avec lui: le tonnerre retentit, et l'on crut parmi les mortels à un météore, car nulle nuée ne fut distinguée dans le ciel.

Ce démon était muni d'ailes noires comme faites d'ombre, et il s'en était allé vers le Môle. Il traversa une brume qui l'entourait, et qui parut vouloir le saisir; mais il brandit son long épieu et chassa les êtres de brume, et pénétra dans une faille de la montagne entre le Petit et le Grand Môle. Quiconque se fût approché eût vu des Nains tenter à leur tour de le saisir, mais ne pas y parvenir: car il fut secouru par des Maufaés venus d'en bas, et qui repoussèrent les Nains à coups de massue.

Quant à Etilrëd, sa dernière heure était venue. Elle sortit son épée du fourreau, pour repousser l'assaut de Fomal, qui, bien que désarmé, avait assez de force pour tuer Ëtilred de ses mains nues. Elle s'efforça de crier pour donner l'alarme, mais aucun son ne sortit de sa bouche, et elle sentit ses membres las, sans force, comme si le mensonge dont elle avait été victime l'avait vidée de l'intérieur, avait créé dans son âme un néant. Il lui parut qu'elle n'habitait plus ses jambes, et qu'un autre être s'en était emparé, qui avait la forme d'un squelette, d'un gnome décharné. Il les enserrait, et en aspirait la vie. Elles tremblaient sous son poids. Une obscurité s'empara d'elle.

Elle tenta de lever son bras et d'asséner, du peu de force qui lui restait, un coup d'épée à l'Homme-Taureau; mais, du bracelet doré qui l'ornait, celui-ci, en levant le bras, put sans peine parer le coup, arrêter la lame, qui fit jaillir une étincelle. De l'autre bras il asséna un coup terrible à la malheureuse fée, qui s'écroula. Et de son pied botté et dur comme un sabot, il l'acheva, cruellement, horriblement - ou du moins le crut-il. Car elle vivait encore.

Une fois ce forfait accompli, l'Homme-Taureau s'avança vers la branche où on avait suspendu ses armes comme pour le narguer - car de sa cage il les voyait continuellement -, et s'en revêtit. Une nymphe armée, qui avait vu de loin des mouvements étranges et entendu des bruits insolites, s'approcha, et tenta de donner Minotaur-Art.jpgl'alarme à son tour, mais Fomal lança depuis ses yeux un rayon de feu concentré qui l'atteignit en plein cœur, et la fit s'effondrer. Elle se nommait Itilcil, et était fille de Nasálda et Olün.

D'autres fées virent bientôt Fomal libre, et elles crièrent, et, face à sa venue, s'enfuirent. Pour elles sa puissance était trop grande.

Vif comme la pensée, malgré sa taille, l'Homme-Taureau se saisit d'une d'elles, et, avant de la tuer, la fit souffrir, la tortura pour lui faire dire où étaient Amariel et ses guerrières de choix, et par où elles reviendraient, et quand elles reviendraient. Elle le lui dit, et il s'en fut vers la caverne par où Momulk et l'Elfe Jaune avaient pénétré le royaume d'Amariel, guidés par celle-ci. Une fée, appelée Alastën, plus courageuse que les autres, vint voir les nymphes qui gisaient à terre, et constata qu'Itilcil était morte, mais qu'Etilrëd vivait encore; elle respirait faiblement, mais elle put raconter tout ce qui était arrivé, et c'est ainsi qu'à présent cela pouvait être redit, Alastën l'ayant communiqué à Amariel et à ses amis.

Ayant achevé son récit et demandé pardon, néanmoins, Etilrëd soupira, et dans un flot de sang jaillissant de sa bouche, son âme s'en alla. Elle s'en fut dans l'abîme. Mais on dit que les anges eurent pitié de ses souffances, et qu'elle était destinée à échapper à la seconde mort. On ne le sait point néanmoins avec certitude, car tous les secrets du ciel ne sont pas révélés.

Or à ce récit Amariel s'exclama: Hélas! malheureuse Etilrëd, chérie entre les chéries! Je savais ta douleur, je connaissais ta peine, et je pensais que tu pourrais guérir de cet amour trahi, volé par la mort cruelle. Le devoir, la paix du royaume immortel de Vouan, la sagesse des dieux, si sensible en ces lieux, le murmure de la rivière, la voix de l'arbre sacré, toujours prête à répercuter le murmure des étoiles et à chuchoter la pensée des dieux, étaient, à mes yeux naïfs, propres à vaincre en toi la souffrance. Et les seigneurs du ciel en avaient jugé de même, puisqu'ils t'avaient choisie pour garder la cage de Fomal. Mais, hélas! le destin en a décidé autrement.

Sois donc pardonnée, ô Etilrëd, fille de Tolsil et Ocaled! Que seules de bonnes pensées partent de nos cœurs pour te rejoindre, et te portent dans les hauteurs les plus rayonnantes des cieux - où, peut-être, t'attend ton aimé sublime, le vaillant Ostolcün, dans les salles de Dordïn, lumineuses et grandioses.

Or sur ces mots, lecteur, il est bon de quitter cet épisode, et d'attendre la suite dans un prochain.

Les commentaires sont fermés.